Les territoires perdus d’Outreau

Avertissement. Bien que ce titre puisse évoquer une aventure d’Indiana Jones, il ne s’agira pas de reconquérir les territoires cédés par Outreau à Boulogne-sur-Mer, Le Portel, Équihen-Plage ou Saint-Léonard au cours des trois derniers siècles.

Depuis 1835, la surface d’Outreau n’a en effet cessé de diminuer, avec la perte de Capécure, du Portel, d’Équihen-Plage et de quelques parcelles au profit de Boulogne-sur-Mer et de Saint-Léonard[1, 2].

Aux portes de Capécure (26 février 1835)

C’est à Capécure, dans le fort de Villeneuve-Montplaisir, que le 24 mars 1550 est signé le traité d’Outreau — parfois nommé traité de Capécure — mettant fin à la guerre commencée le 8 août 1549. Le roi de France Henri II y reprend Boulogne au Conseil de régence du roi anglais Édouard VI et accorde sa protection à l’Écosse ; le traité est ratifié à Édimbourg le 18 avril[1, 6].

Le château Decajeul, réquisitionné par la Marine

Sur un terrain acheté en 1745 sur la rive gauche de la Liane, le baron Decajeul fait bâtir un beau château, coiffé d’une toiture brisée et ceint d’un parc clos de murs[1]. L’édifice est réquisitionné par la Marine au moment du camp de Boulogne (1803-1805).

Selon J. Tardieu, la demeure est ensuite cédée par le gouvernement français au colonel Sansot, qui la revend en 1831 à E. Darvall, gentilhomme anglais[1]. Napoléon III y établit son quartier général pendant les manœuvres des camps du Nord en 1855, où il reçoit Léopold Ier roi des Belges, le roi du Portugal, la reine Victoria et le prince consort Albert. La bâtisse sera détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

Les propriétés Chanlaire, vendues à Huguet et Adam

À l’extrémité opposée de cette zone de Capécure, dont il possédait une part très importante des terrains vagues, Armand-François Chanlaire, commissaire de marine, fait édifier une maison de campagne dès 1762.

En 1803, la partie occidentale du camp de Boulogne s’y implante, avec un bassin semi-circulaire (l’actuel bassin Napoléon) et un arsenal (l’arsenal Chanlaire). En 1827, Anatole-Léon-Marie Chanlaire, ancien de la Flottille et fils d’Armand-François, hérite des propriétés de Capécure ; il les vend à Auguste Huguet et à la famille Adam avant de quitter définitivement Boulogne[1, 4].

Des marécages à l’agriculture, et les ponts de Napoléon

Capécure, originellement marécageux, se couvre peu à peu de terrains agricoles. L’étendue agreste, boisée et parcourue de haies devient un lieu privilégié de l’habitat résidentiel, où s’élèvent plusieurs châteaux.

Dans son projet d’invasion de l’Angleterre, Napoléon Ier modifie le Boulonnais : création du pont de service (1801, remplacé par le pont Marguet après 1853) et du pont de l’Écluse (1803, remplacé par le pont de la Lampe puis par le pont de l’Entente Cordiale)[1].

Le pont Marguet a une double fonction : pont (pour franchir la Liane) et barrage (pour réguler le niveau du fleuve et des eaux marines, grâce à une écluse associée). Construit sous le mandat de Louis Fontaine (maire de 1849 à 1855), il porte le nom de son concepteur, l’ingénieur des Ponts et Chaussées Pierre Marguet. L’inauguration, présidée par Napoléon III le 28 septembre 1853, se fera sans l’ingénieur, décédé auparavant. L’ouvrage remplace le pont de service établi en 1801, plus de 200 mètres en amont, détruit en 1854[1, 5]. Anéanti durant la Seconde Guerre mondiale, le pont Marguet est réparé puis remplacé par une construction de l’ingénieur Peyronnet, inaugurée en juin 1959.

Capécure rattachée à Boulogne-sur-Mer (1835)

Pour agrandir le port, une demande de rattachement de Capécure à Boulogne est formulée le 29 avril 1804, mais refusée par Outreau ; c’est l’ordonnance royale du 26 février 1835 qui l’officialise[1].

Avec l’établissement de la ligne Paris–Amiens–Boulogne, Capécure et sa gare deviennent le point de départ et d’arrivée d’un important trafic commercial, qui permet aux industries de s’implanter à Outreau[1]. Le bassin à flot est creusé de 1859 à 1868.

L’église Saint-Vincent-de-Paul est lancée à partir de 1858 par la municipalité de Louis Fontaine, avec l’architecte Debayser ; ouverte au culte le 30 mars 1862 et consacrée le 19 juillet, elle est bombardée et incendiée en 1940, puis disparaît après le bombardement du 15 juin 1944.

Aussi curieux que cela puisse paraître aujourd’hui, l’activité économique fait de Capécure un quartier dynamique et très peuplé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, bordé de nombreuses maisons de campagne le long de la Liane au XIXe siècle — on en voit encore les toitures au-dessus de certains hangars.

Un autre territoire perdu pour Boulogne-sur-Mer (1962)

Les limites communales avec Boulogne-sur-Mer ont de nouveau été modifiées par un décret du 5 février 1962.

Aux portes du Portel (13 juin 1856)

En 1787, le hameau du Portel se dote d’une école ; le 11 mai 1836, l’inauguration de l’église Saint-Pierre acte une première reconnaissance ecclésiale, avec l’apparition de la paroisse du Portel sur la carte diocésaine. De nombreuses démarches d’indépendance sont engagées auprès du conseil général et du conseil d’arrondissement, en vain. Lors d’une tournée d’inspection du camp d’Équihen, une délégation porteloise soumet à Napoléon III une pétition paraphée par 204 signataires réclamant l’indépendance.

Le 13 juin 1856, un décret impérial accorde au hameau du Portel le statut de commune et lui attribue un territoire de 253 hectares ; Gabriel Fourcroy — né en 1822, maire jusqu’en 1870, décédé en 1905 — en est le premier maire[1, 3, 4].

Aux portes d’Équihen (4 avril 1939)

Au milieu du XIXe siècle, le hameau d’Équihen est isolé. En 1856, la population et des militaires du camp d’Équihen y bâtissent une église, son presbytère et une école de filles, sous l’impulsion de l’abbé Labègue. Le village de pêcheurs attire les artistes et les peintres de la Côte d’Opale. Après une première requête d’émancipation en 1896, la loi du 4 avril 1939 érige la section d’Équihen en commune sous le nom d’Équihen-Plage[2, 8].

La crique de Ningles

Ningles fut un hameau d’Outreau jusqu’en 1939. Le rivage s’étend de Ningles à la Warenne, à la limite d’Écault : c’est là que se dressent les dernières falaises du Boulonnais, entaillées de deux « crans » — l’un à Ningles, l’autre à « la crevasse » —, ces points de retrait de la falaise dus à l’érosion des cours d’eau et à l’effondrement des terres entre les blocs de grès. Au pied de cette falaise rocheuse, à l’origine de récifs autrefois redoutés lors des échouages, la plage de sable fin court sur quatre kilomètres[7].

Aux portes de Saint-Léonard (3 avril 1973)

Un arrêté préfectoral du 3 avril 1973 a rattaché des parcelles d’Outreau à Saint-Léonard[2].

Références

  1. Détré Jean-Marc. Outreau – Le Portel – Équihen-Plage par l’image. 2024.
  2. Archives départementales du Pas-de-Calais (Telmedia). Outreau / Équihen-Plage – Recherche par commune. 2025. lien
  3. Atelier de Mémoire Populaire et d’Histoire Locale d’Outreau. Bulletin n° 8 (Gabriel Fourcroy).
  4. Atelier de Mémoire Populaire et d’Histoire Locale d’Outreau. Bulletin n° 18 (Chanlaire, Fourcroy).
  5. Atelier de Mémoire Populaire et d’Histoire Locale d’Outreau. Bulletin n° 21 (pont Marguet).
  6. Atelier de Mémoire Populaire et d’Histoire Locale d’Outreau. Bulletin n° 23 (traité d’Outreau / de Capécure, 1550).
  7. Atelier de Mémoire Populaire et d’Histoire Locale d’Outreau. Bulletin n° 27 (Ningles et la Warenne).
  8. Wikipasdecalais / Archives du Pas-de-Calais. Équihen-Plage (loi du 4 avril 1939). lien

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