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Thérapeutique · sécurité du médicament

QTc au cabinet :
l'ECG n'est pas la porte

Personne ne fait d'ECG avant un Atarax. Bonne nouvelle : aucun résumé des caractéristiques du produit ne le demande. Ce que le RCP de l'hydroxyzine demande, c'est cinq questions — et celles-là non plus, on ne les pose pas. Cette fiche remet le filtre au bon endroit, puis donne de quoi mesurer un QTc en une minute quand il est vraiment utile.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche vérifiée et sourcée (références en fin de page).
Aide à la décision pour MG et internes. Ne remplace pas l'avis du cardiologue en cas de QT allongé avéré.
Première version : 2026-08-07Dernière révision : 2026-08-07
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00 — CE QUE DISENT VRAIMENT LES RCP

L'ECG systématique n'existe pas — la liste de contre-indications, si

C'est le point de départ, et il est contre-intuitif : la croyance « il faudrait un ECG » a remplacé une obligation réelle et bien plus simple, celle de vérifier une liste de facteurs de risque à l'interrogatoire.

Hydroxyzine (ATARAX et génériques)

Le RCP français, dans sa version mise à jour au 16/02/2026, contre-indique l'hydroxyzine chez les patients présentant :1

Le mot « électrocardiogramme » n'apparaît dans ce RCP que deux fois : une fois pour dire que l'hydroxyzine allonge le QT sur l'électrocardiogramme, une fois dans la rubrique surdosage. Aucune rubrique ne prescrit d'ECG avant traitement.1

La conséquence pratique, et elle est forte : si le patient a l'un de ces facteurs, l'hydroxyzine est contre-indiquée — et un ECG normal ne lève pas la contre-indication. Si le patient n'en a aucun, l'hydroxyzine est prescriptible sans ECG. Dans les deux cas, l'ECG ne décide de rien. C'est l'interrogatoire qui décide.

Ces restrictions datent de la réévaluation européenne de 2015 (PRAC puis CMDh, relayée en France par l'ANSM), qui a aussi ramené la dose maximale à 100 mg/j chez l'adulte, 50 mg/j après 65 ans (où l'hydroxyzine n'est de toute façon pas recommandée) et 2 mg/kg/j chez l'enfant jusqu'à 40 kg.2

Escitalopram (SEROPLEX et génériques) — et citalopram

Le RCP est construit autrement : la contre-indication est plus étroite, et l'ECG y apparaît, mais ciblé.3

Doses maximales rappelées par l'ANSM : escitalopram 20 mg/j chez l'adulte, 10 mg/j après 65 ans et/ou en cas d'insuffisance hépatique ; citalopram 40 mg/j et 20 mg/j respectivement.4

QuestionHydroxyzine (Atarax)Escitalopram (Seroplex)
ECG systématique avant ?Non — jamais demandé1Non — seulement « à envisager » si cardiopathie stabilisée3
Cardiopathie connueContre-indicationECG à envisager, puis prudence
Autre médicament allongeant le QTContre-indicationContre-indication
Hypokaliémie / hypomagnésémieContre-indicationÀ corriger avant
Mort subite familialeContre-indicationNon mentionnée (prudence)
BradycardieContre-indication si significative« Prudence » si significative
Dose max adulte100 mg/j (50 mg/j après 65 ans)20 mg/j (10 mg/j après 65 ans ou IH)
Rein / foieCI si DFG < 15 ; −50 % si DFG < 30 ; −50 % si insuff. hépatique10 mg/j max si insuffisance hépatique

Sources : RCP ANSM de chaque spécialité, lus intégralement (réf. 1 et 3). « Contre-indication » = rubrique 4.3 ; « prudence » = rubrique 4.4.

Le piège d'interaction le plus fréquent en MG, et il est explicite : le RCP de l'hydroxyzine contre-indique nommément l'association avec le citalopram et l'escitalopram.1 Un patient sous Seroplex qui demande de l'Atarax pour dormir : c'est non — pas « prudence », non.

01 — LE FILTRE 30 SECONDES

Faut-il un ECG chez ce patient ?

Cochez ce qui s'applique. L'outil applique la logique des rubriques 4.3 et 4.4 du RCP concerné — rien d'autre. Il produit une note copiable pour le dossier.

🔒 Rien n'est envoyé sur internet. Tout le calcul se fait sur votre appareil.

Facteurs à vérifier (interrogatoire + dossier)

VerdictChoisissez un médicament et cochez les facteurs présents.
Pourquoi une liste de questions peut suffire. Le score RISQ-PATH, construit puis validé sur des cohortes de patients ambulatoires et hospitalisés, montre qu'un ensemble de facteurs cliniques et biologiques repère les QTc allongés avec une sensibilité de 87–88 % et surtout une valeur prédictive négative de 98 %.56 Autrement dit : quand tous les facteurs sont absents, la probabilité d'un QTc allongé est faible. Réserve à garder en tête : ces cohortes sont belges et hospitalières, incluent des biologies (kaliémie, DFG, CRP) que l'on n'a pas toujours en consultation, et la transposition à un cabinet français est une inférence, pas une donnée. Le score complet n'est pas reproduit ici : je n'ai pas pu accéder au tableau de pondération de la version courte.
02 — LE RISQUE RÉEL, EN CHIFFRES

De quel ordre de grandeur parle-t-on ?

Utile pour savoir où mettre son inquiétude : sur le patient à facteurs de risque, pas sur la file active entière.

Hydroxyzine

Lecture honnête de ces chiffres. Un taux de notification n'est pas une incidence : la sous-déclaration en pharmacovigilance est massive et le vrai chiffre est plus élevé, d'un facteur inconnu. Ce que la série documente solidement, en revanche, c'est le profil des cas : ils ne surviennent pratiquement pas chez un patient sans facteur de risque à dose normale. Ce qui est exactement ce que le filtre de la section 01 cherche à attraper.

Escitalopram

Synthèse défendable. L'effet sur le QTc est réel, mesurable, dose-dépendant, et modeste. Le risque d'événement, lui, se concentre presque entièrement sur les patients qui cumulent : cardiopathie, trouble ionique, autre médicament allongeant le QT, âge, surdosage. C'est précisément la population que les RCP contre-indiquent ou signalent — et c'est chez elle, et seulement chez elle, qu'un tracé change quelque chose.
L'objection la plus forte à ce qui précède — celle qu'il faut garder : ces séries mesurent le risque tel qu'il est actuellement filtré. Une partie de la sécurité observée vient peut-être de prescripteurs qui évitent déjà spontanément ces molécules chez les patients cardiaques. Un raisonnement du type « on n'a jamais vu de problème, donc on peut arrêter de filtrer » serait une erreur logique : c'est le filtre qui produit l'absence de problème.
Mesurer
03 — UN TRACÉ EN 1 MINUTE

Comment obtenir un QTc au cabinet, vraiment vite

Trois voies, trois niveaux de preuve. La question n'est pas « laquelle est la meilleure » mais « laquelle me donne un chiffre exploitable dans le temps que j'ai ».

VoieTemps réelCe que ça vautCoût
ECG 12 dérivations du cabinet 3–5 min La référence. Déshabillage, 10 électrodes, tracé, impression. Le QTc automatique de la machine est un point de départ, pas une mesure : il faut le recontrôler à la main (section 04). Déjà là, ou ~1 500–3 000 €
Boîtier 6 dérivations sur smartphone
(type KardiaMobile 6L)
30 s d'enregistrement
+ ~30 s de mesure
Deux pouces sur le boîtier, le boîtier posé sur le genou ou la cheville gauche → dérivations I, II, III, aVR, aVL, aVF. Validation prospective : différence moyenne de −3 ± 16 ms avec le QTc du 12 dérivations en DII, sensibilité 80 % / spécificité 99 % pour un QTc ≥ 480 ms, et 7 % de tracés inexploitables.11 ~200 €12
Montre connectée / 1 dérivation 30 s Conçue pour la fibrillation atriale, pas pour le QT. Une seule dérivation, onde T souvent trop plate pour poser une tangente fiable. À ne pas utiliser pour décider d'une prescription.
Point d'honnêteté sur le « QTc automatique » des boîtiers. Aux États-Unis, la FDA a autorisé les professionnels de santé à utiliser le KardiaMobile 6L pour calculer le QTc, sur la base d'un réseau de neurones entraîné sur plus de 1,6 million d'ECG : dans la validation prospective sur 686 patients à cardiopathie génétique, l'écart avec la lecture experte du 12 dérivations était de −0,45 ± 24,73 ms, avec une AUC de 0,97 pour détecter un QTc ≥ 500 ms (sensibilité 80 %, spécificité 94 %).13 Mais : la page produit européenne du même appareil n'annonce pas cette fonction — elle annonce la détection de fibrillation atriale, bradycardie et tachycardie.12 En France, la démarche réaliste est donc : enregistrer 30 s, exporter le PDF, et mesurer le QT à la main — c'est exactement ce qu'ont fait les validations européennes.11
Et la revue systématique du NIHR ? Elle tempère : aucune étude ne mesure la précision diagnostique du KardiaMobile 6L pour détecter un allongement du QTc (les études disponibles mesurent la concordance des millisecondes), toutes portent sur des populations non psychiatriques, et les tracés y étaient relus par des cardiologues. Conclusion des auteurs : « preuves insuffisantes » pour une évaluation médico-économique complète.14 À traduire ainsi en pratique : l'outil est bon pour rassurer ou pour déclencher un vrai ECG, pas pour affirmer seul un diagnostic de QT long.
04 — MESURER LE QT

La méthode du tangent, en 20 secondes

C'est la seule partie qui s'apprend vraiment. Elle a été conçue justement parce que la plupart des médecins, cardiologues compris, ne reconnaissent pas un QT long quand ils en voient un.15

Méthode du tangent pour mesurer l'intervalle QT Complexe ECG schématique. L'intervalle QT est mesuré du début du QRS jusqu'au point où la tangente à la pente la plus raide de la descente de l'onde T croise la ligne isoélectrique. Ce point tombe avant le retour réel du tracé à la ligne de base : c'est la tangente qui définit la fin du QT, pas le retour du tracé. tangente = fin du QT retour réel du tracé (à ne pas prendre) intervalle QT P R T

La tangente à la pente la plus raide de la descente de l'onde T croise la ligne isoélectrique avant le retour réel du tracé : c'est ce point (rouge) qui définit la fin du QT. Prendre le retour réel surestime le QT et fabrique des faux QT longs.

Le geste, pas à pas

Repères de papier à 25 mm/s — 1 petit carreau (1 mm) = 40 ms · 1 grand carreau (5 mm) = 200 ms
Un QT de 10 petits carreaux = 400 ms · un RR de 4 grands carreaux = 800 ms (soit 75/min)

Les quatre pièges qui font mal

05 — CALCULATEUR QTc

Du QT mesuré au QTc corrigé

Le QT brut dépend de la fréquence : il faut le corriger. Les quatre formules usuelles sont affichées ensemble, parce que leur désaccord est en soi une information.

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Fridericia (QTcF)
Bazett (QTcB)
Framingham
Hodges
InterprétationSaisissez un QT et une fréquence.

Quelle formule croire ?

Les deux réponses coexistent, et il faut les tenir ensemble :

Règle de sortie simple. Si Bazett et Fridericia sont d'accord, le chiffre est solide. S'ils divergent de plus de 15–20 ms, c'est que la fréquence est loin de 60/min : croire Fridericia, et si la décision est serrée, refaire le tracé au calme.

Les seuils, et d'où ils viennent

QTcLectureSource
< 450 ms (H) / < 460 ms (F)NormalLimites supérieures usuelles, attribuées à la déclaration AHA/ACCF/HRS 200918 — voir la réserve ci-dessous
460–479 msZone grise. Diagnostique de QT long chez un patient symptomatique (syncope)ESC 202219
≥ 480 msAllongé — diagnostique de QT long même sans symptômeESC 202219
≥ 500 ms ou Δ ≥ 60 ms vs avant traitementAgir : arrêt / changement de molécule, correction des facteurs, avisAHA/ACCF 201020
Réserve assumée sur les seuils 450/460. Ces deux valeurs circulent partout et sont attribuées à la déclaration AHA/ACCF/HRS de 2009 ; je n'ai pas pu accéder à son texte intégral (accès refusé) et ne les ai lues que dans des sources secondaires qui la citent.18 Elles sont donc affichées à titre indicatif. Les seuils sur lesquels l'outil fonde ses recommandations d'action — 480, 500 et Δ 60 ms — proviennent, eux, de textes que j'ai pu lire directement.1920
Agir
06 — QUE FAIRE DU CHIFFRE

Le tracé est là. Et maintenant ?

Un QTc sans conduite à tenir associée est un examen inutile : c'est la vraie raison pour laquelle il ne faut le demander que quand il peut changer quelque chose.

Le bilan à demander quand le QTc est ≥ 480 ms
Ionogramme sanguin avec kaliémie · magnésémie · calcémie corrigée (ou albuminémie) · créatininémie avec DFG · TSH
Objectifs correctifs usuels chez un patient à QT long médicamenteux : K⁺ > 4,0 mmol/L et Mg²⁺ dans la moitié haute de la normale — cible pragmatique, à adapter à la fonction rénale.
Le geste qui a le meilleur rapport temps/bénéfice, et de loin : relire l'ordonnance complète. La très grande majorité des torsades de pointes médicamenteuses survient chez des patients qui cumulent plusieurs molécules allongeant le QT, ou une molécule + une hypokaliémie.722 Trente secondes d'ordonnance valent mieux que dix minutes d'ECG.
07 — LES ALTERNATIVES

Quand la réponse est « pas cette molécule »

La contre-indication n'est utile que si l'on sait par quoi remplacer. Les options ci-dessous sont classées par indication d'origine.

À la place de l'hydroxyzine

À la place de l'escitalopram ou du citalopram

Aux doses usuelles, la fluoxétine, la fluvoxamine et la sertraline n'entraînent pas d'augmentation cliniquement significative du QTc dans la majorité des études ; la paroxétine apparaît comme celle au risque le plus faible.25 L'étude sur dossiers électroniques ne retrouve d'effet dose-réponse ni pour la sertraline ni pour la fluoxétine.8

Sertraline 25 mg/j pendant 7 jours, puis 50 mg/j — dose usuelle 50–150 mg/j, max 200 mg/j
Paroxétine 20 mg/j — max 50 mg/j (40 mg/j chez le sujet âgé)
Le choix entre les deux se fait sur le reste du profil (interactions, syndrome de sevrage, grossesse), pas sur le QT seul.
En cas de doute sur une molécule quelconque, la liste de référence est celle de CredibleMeds (AZCERT), qui classe les médicaments en trois catégories : risque connu de torsades (dont le citalopram et l'escitalopram), risque possible, et risque conditionnel — c'est-à-dire seulement en cas de surdosage, d'hypokaliémie ou d'interaction. L'hydroxyzine est classée à risque conditionnel, ce qui recoupe exactement le profil des cas rapportés.26
08 — IDÉES REÇUES

Ce qu'on se raconte sur le QT

Toutes ces phrases s'entendent en salle de garde ou en visite de laboratoire. Aucune ne tient.

« Il faut un ECG avant tout Atarax. »
Le RCP ne le demande nulle part.1 Ce qu'il demande, c'est de vérifier cinq facteurs de risque à l'interrogatoire — et si l'un d'eux est présent, l'hydroxyzine est contre-indiquée, ECG ou pas. La croyance en l'ECG a remplacé une exigence plus simple et plus contraignante.
« L'ECG est normal, donc je peux prescrire malgré la cardiopathie. »
Non pour l'hydroxyzine. La contre-indication porte sur la pathologie cardiovasculaire connue, pas sur le chiffre du QTc.1 Un ECG normal ne l'annule pas. Pour l'escitalopram, la logique est inverse : l'ECG est justement là pour éclairer la décision chez le patient à cardiopathie stabilisée.3
« Le QTc affiché par la machine suffit. »
La mesure manuelle est recommandée plutôt que la mesure automatique, les algorithmes étant très variables sur les tracés à repolarisation anormale.16 Le chiffre de la machine est une alerte, pas une mesure.
« Une montre connectée peut me donner le QTc. »
Elle est conçue pour le rythme, pas pour la repolarisation. Même sur un appareil 6 dérivations validé, 7 % des tracés sont inexploitables et la mesure exige une lecture manuelle.11
« La cétirizine, c'est de l'hydroxyzine, donc même problème. »
La cétirizine est bien le métabolite actif de l'hydroxyzine, mais son profil cardiaque diffère : cétirizine et loratadine ne comportent qu'un risque minime d'allongement du QT.23 La parenté chimique n'implique pas la parenté de toxicité.
« Puisque les études ne montrent pas de sur-risque, on peut arrêter de s'en occuper. »
C'est l'erreur symétrique. Les cohortes rassurantes décrivent une population déjà filtrée par les contre-indications ; et les cas de torsades rapportés sous hydroxyzine avaient tous un facteur de risque ou un surdosage.7 C'est le filtre qui produit la sécurité observée.
« Le vrai danger, c'est le QTc à 460 ms. »
Le vrai danger, c'est l'ordonnance : deux molécules allongeant le QT, ou une molécule plus une hypokaliémie sous diurétique.722 Le chiffre isolé sur un patient sans cofacteur est rarement l'histoire.
09 — FICHE PATIENT

À imprimer et à donner

Langage courant, imprimable seule (l'impression de cette page ne sort que cette fiche).

Votre médicament et votre cœur : ce qu'il faut savoir

Certains médicaments courants — comme l'hydroxyzine (Atarax) ou l'escitalopram (Seroplex) — peuvent, très rarement, perturber le rythme du cœur. Cela s'appelle un « QT long ». Le mot désigne simplement le temps que met le cœur à se recharger entre deux battements. Quand ce temps s'allonge trop, le rythme peut se dérégler.

C'est rare — mais pas chez tout le monde

Ce problème n'arrive presque jamais chez une personne sans souci de cœur. Il arrive quand plusieurs choses se cumulent : une maladie du cœur, un manque de potassium ou de magnésium dans le sang, plusieurs médicaments pris ensemble, ou une dose trop forte.

Ce que votre médecin vérifie avant de prescrire

  • Avez-vous déjà eu un problème de cœur (infarctus, insuffisance cardiaque, trouble du rythme) ?
  • Quelqu'un dans votre famille proche est-il mort subitement avant 45 ans ?
  • Avez-vous déjà eu un malaise avec perte de connaissance, surtout à l'effort ou lors d'une émotion forte ?
  • Prenez-vous des diurétiques (médicaments pour faire uriner) ? Avez-vous eu des vomissements ou de la diarrhée ces jours-ci ?
  • Prenez-vous d'autres médicaments ? Apportez toutes vos boîtes, y compris ce que vous achetez sans ordonnance.

Si vous répondez non à toutes ces questions, il n'y a pas besoin d'électrocardiogramme : le médicament peut être prescrit, à la dose la plus faible et pour la durée la plus courte possible.

Quand consulter sans attendre

  • Un malaise ou une perte de connaissance.
  • Des palpitations inhabituelles : le cœur qui s'emballe, qui saute des battements.
  • Une vive douleur dans la poitrine ou un essoufflement soudain.

Ces signes justifient d'arrêter le médicament et de consulter rapidement — le 15 en cas de malaise avec perte de connaissance.

Deux choses simples

  • Ne cumulez pas. Signalez toujours vos autres traitements, y compris ceux prescrits par un autre médecin ou achetés en pharmacie sans ordonnance.
  • Ne doublez pas les doses si vous avez oublié une prise, et ne dépassez jamais la dose indiquée sur l'ordonnance.

Fiche remise par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau. À montrer à votre pharmacien ou à tout autre médecin.

Ressources
10 — EN SAVOIR PLUS

Histoire, géographie, évolution

Registre « pour comprendre d'où ça vient » : rien ici ne change une conduite, mais tout y éclaire pourquoi la règle est ce qu'elle est.

Histoire — une famille norvégienne, puis un scandale d'antihistaminiques

Le QT long entre en médecine en 1957, quand Anton Jervell et Fred Lange-Nielsen décrivent, dans l'American Heart Journal, une famille norvégienne dont quatre des six enfants étaient sourds-muets et faisaient des syncopes : trois sont morts subitement, et l'électrocardiogramme montrait un allongement du QT.27 C'était la première maladie du rythme cardiaque héréditaire documentée.

Le versant médicamenteux, lui, arrive avec les antihistaminiques « non sédatifs » des années 1980-1990. La terfénadine (Teldane) et l'astémizole (Hismanal), présentés comme les antihistaminiques modernes sans somnolence, se révèlent capables de provoquer des torsades de pointes — surtout en cas de surdosage, d'insuffisance hépatique ou d'association à un inhibiteur de leur métabolisme (macrolides, antifongiques azolés). En 1996, on identifie le mécanisme : la terfénadine bloque le canal hERG, dix fois plus sensible que les autres cibles cardiaques.28 Les deux molécules sont retirées du marché.

Le lien direct avec l'hydroxyzine. Cette histoire explique pourquoi une vieille molécule de 1955 a été rouverte en 2015 : après le précédent terfénadine, les régulateurs ont exigé des données de canal ionique sur toute la classe. Les études non cliniques ont alors montré un blocage hERG de l'hydroxyzine à des concentrations plus basses qu'on ne le croyait7 — d'où la réévaluation européenne et les restrictions actuelles.2 Un médicament ancien peut changer de statut sans qu'aucun patient nouveau n'ait été blessé : c'est la méthode qui a progressé, pas le danger.

Évolution — pourquoi hERG attrape autant de médicaments

La question mérite d'être posée : pourquoi ce canal-là, et pas un autre, est-il bloqué par des molécules aussi différentes qu'un antihistaminique, un antipsychotique, un antibiotique et un antipaludéen ?

La réponse est structurale. La cavité interne du canal hERG est plus grande que celle des autres canaux potassiques voltage-dépendants, et elle est tapissée de deux résidus aromatiques, Tyr652 et Phe656, portés par chacun des quatre segments S6.29 Un grand vestibule plus des cycles aromatiques capables d'interactions non spécifiques, cela fait une poche de liaison accueillante pour presque toute molécule lipophile portant une amine chargée — c'est-à-dire pour une bonne partie de la pharmacopée. Le piège se referme littéralement : beaucoup de ces molécules restent séquestrées dans la cavité lors de la fermeture de la porte d'activation à la repolarisation.2930

Présenté comme hypothèse, et non comme fait établi : cette « promiscuité » n'a évidemment pas été sélectionnée pour piéger des médicaments. Elle est probablement le prix d'une autre propriété, celle qui rend hERG capable de sa cinétique très particulière — inactivation rapide, réactivation tardive — qui protège le cœur des extrasystoles précoces. La vulnérabilité pharmacologique serait alors un effet collatéral d'un dispositif de sécurité. C'est une lecture cohérente avec la biophysique connue du canal ; elle reste une interprétation.

Géographie — ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas

Les restrictions décrites dans cette fiche sont européennes (procédure PRAC/CMDh de 2015 pour l'hydroxyzine, transposée dans tous les RCP nationaux).2 Les avertissements américains sur le citalopram, eux, datent de 2011-2012 et ont porté sur les doses.9 Les seuils diagnostiques, eux, ne sont pas parfaitement alignés : l'ESC retient 480 ms,19 les textes nord-américains raisonnent plutôt à partir de 500 ms et du delta de 60 ms pour l'action.20 Sur les variations de fréquence du QT long selon les populations, je n'ai pas de donnée solide à proposer : ce volet reste ouvert, et je préfère le dire que de le combler.

11 — SOURCES

Références & méthode

Méthode. Le socle opposable de cette fiche est constitué des RCP français de l'hydroxyzine (version ANSM du 16/02/2026) et de l'escitalopram, lus intégralement en texte et non résumés de mémoire : c'est de cette lecture directe que vient l'affirmation centrale — aucun ECG systématique n'y est demandé. Les seuils d'action proviennent de la déclaration AHA/ACCF 2010 et des recommandations ESC 2022. Les données de risque viennent de sources primaires (pharmacovigilance, cohortes, études sur dossiers électroniques), chaque PMID ayant été résolu et vérifié.

Réserves, explicitement. (1) Les seuils 450/460 ms sont attribués à la déclaration AHA/ACCF/HRS 2009 dont je n'ai pas pu ouvrir le texte intégral (accès refusé) : ils sont donnés à titre indicatif, et les recommandations d'action de l'outil ne reposent pas sur eux. (2) Le tableau de pondération du score RISQ-PATH version courte n'était pas accessible : le score n'est donc pas implémenté, seules ses performances sont citées. (3) Les objectifs de kaliémie et magnésémie donnés en section 06 sont une cible pragmatique d'usage courant, non une recommandation formelle sourcée. (4) La disponibilité de la fonction « QTc » sur la version européenne des boîtiers 6 dérivations a été vérifiée sur la page produit du fabricant au 7 août 2026 ; elle peut évoluer. (5) Cette fiche traite de la décision de prescrire en médecine générale ; elle ne couvre pas la prise en charge d'un syndrome du QT long avéré, qui relève du cardiologue rythmologue.

Ce qui a été lu, et comment. Distinguer importe ici plus qu'ailleurs, puisque toute la fiche repose sur une lecture de texte réglementaire. Ont été lus en texte intégral ce jour : le RCP de l'hydroxyzine (réf. 1) et celui de l'escitalopram (réf. 3) — c'est de là que vient l'affirmation centrale ; le texte de Schlit sur la pharmacovigilance de l'hydroxyzine (réf. 7) ; celui de Bergeman sur la validation du boîtier 6 dérivations (réf. 11) ; la revue du NIHR (réf. 14) ; la page méthodologique de l'ESC sur la mesure du QT (réf. 16) ; les résumés PubMed de Zivin et Qirjazi (réf. 9 et 10). Les 23 identifiants PubMed de la bibliographie ont été résolus un à un et leur titre, revue et année comparés à ce qui est écrit ici — non pour vérifier qu'ils existent, mais qu'ils pointent bien vers le bon article.

En revanche, n'ont été consultés qu'à travers leur résumé ou une source secondaire, et doivent donc être relus avant tout usage opposable : la déclaration de l'AHA/ACCF de 2010 (réf. 20 — la phrase sur les seuils 500 ms et Δ 60 ms est citée mot pour mot par plusieurs sources concordantes, mais je n'ai pas ouvert le texte) ; les recommandations ESC 2022 (réf. 19 — seuil de 480 ms lu sur le site de l'ESC, pas dans le texte des recommandations, dont le fichier dépassait la taille exploitable) ; la comparaison des ISRS de Funk et Bostwick (réf. 25) ; l'algorithme de surveillance de Fanoe (réf. 21) ; la revue de Beach (réf. 22) ; et les références historiques et mécanistiques de la section 10 (réf. 27 à 30). Aucune de ces sources ne porte à elle seule une décision de prescription dans cette fiche.
  1. ANSM. Résumé des caractéristiques du produit — ATARAX 25 mg, comprimé pelliculé sécable (dichlorhydrate d'hydroxyzine). Rubriques 4.2, 4.3, 4.4, 4.5, 4.8, 4.9. Mis à jour le 16/02/2026. base de données publique des médicaments
  2. ANSM ; EMA (PRAC/CMDh). Hydroxyzine (Atarax® et génériques) — restrictions d'utilisation liées au risque d'allongement de l'intervalle QT (dose maximale 100 mg/j adulte, 50 mg/j après 65 ans, 2 mg/kg/j enfant ≤ 40 kg). Avril 2015. vidal.fr
  3. ANSM. Résumé des caractéristiques du produit — escitalopram. Rubriques 4.3, 4.4 et 5.1 (étude dédiée de l'intervalle QT : +4,3 ms à 10 mg/j, +10,7 ms à 30 mg/j, correction de Fridericia). agence-prd.ansm.sante.fr
  4. ANSM. Citalopram et escitalopram (Seropram, Seroplex, génériques) — rappel sur le risque d'allongement dose-dépendant de l'intervalle QT. Information de sécurité. ansm.sante.fr
  5. Vandael E, Vandenberk B, Vandenberghe J, Willems R, Foulon V. Development of a risk score for QTc-prolongation: the RISQ-PATH study. Int J Clin Pharm. 2017;39(2):424-32. doi:10.1007/s11096-017-0446-2 · PMID 28281228
  6. Vandael E, Vandenberk B, Vandenberghe J, Spriet I, Willems R, Foulon V. A smart algorithm for the prevention and risk management of QTc prolongation based on the optimized RISQ-PATH model. Br J Clin Pharmacol. 2018;84(12):2824-35. doi:10.1111/bcp.13740 · PMID 30112769
  7. Schlit AF, Delaunois A, Colomar A, Claudio B, Cariolato L, Boev R, et al. Risk of QT prolongation and torsade de pointes associated with exposure to hydroxyzine: re-evaluation of an established drug. Pharmacol Res Perspect. 2017;5(3):e00309. doi:10.1002/prp2.309 · PMID 28480041
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