Variant Delta : la France a-t-elle déconfiné trop tôt ?

La réouverture massive des lieux de contamination juste avant l’été pourrait avoir joué un rôle dans l’accélération de la propagation du variant Delta.

Le nombre de contaminations ne cesse d’augmenter depuis plusieurs semaines, pour atteindre plus de 11 697 cas quotidiens, en hausse de 134% en une semaine contre à peine plus de 1800 fin juin. Le 9 juin, les restaurants, lieu de contamination important, rouvraient en intérieur avec une jauge de 50%, supprimée le 30 juin. Il y a un mois, le gouvernement levait le couvre-feu 10 jours plus tôt que prévu, le 20 au lieu du 30 juin, en raison de la bonne situation sanitaire.

“On a rouvert trop tôt les lieux de contamination”

Aux Pays-Bas, qui font également face à un rebond important de l’épidémie sous l’effet du variant Delta, le Premier ministre a reconnu que son gouvernement et lui-même avaient commis une erreur en assouplissant bien trop tôt certaines restrictions liées à la pandémie de coronavirus.

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“On a rouvert le 9 juin les lieux de contamination, dont font partie les restaurants. C’était trop tôt car on avait encore un nombre important de cas chaque jour. On savait que la réouverture de ces lieux allait relancer l’épidémie”, regrette Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie.

Plus de 5 000 cas à la réouverture des restos

Les repas font partie des moments les plus à risque de contamination, relèvent plusieurs études depuis le début de la pandémie, qu’ils aient lieu à domicile entre amis, au travail ou au restaurant. Le 9 juin, jour de la réouverture des restaurants en intérieur, on enregistrait 5 654 nouveaux cas par jour en moyenne.

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Symboliquement, c’est aussi le 9 juin que le nombre de nouveaux cas au Royaume-Uni dépassait celui de la France, sous l’effet du variant Delta, avec une hausse de 66% des cas en une semaine. Une première depuis le 4 février.

“La dynamique était prévisible”

“C’était difficile de s’attendre à une telle flambée, car on ne connaissait pas très bien le variant Delta. Mais la dynamique qu’elle allait entraîner, c’est-à-dire une hausse des contaminations, était largement prévisible”, poursuit le docteur Rochoy.

Dans son avis du 6 mai, le Conseil Scientifique prévenait que “des projections indiquent que, sous des hypothèses plausibles, un rebond important de l’épidémie est possible durant la période estivale si les mesures de contrôle sont relâchées trop rapidement, et cela même lorsqu’on considère un rythme important de vaccination”.

Des manquements dans la stratégie française

L’épidémiologiste Antoine Flahault est moins dur avec la stratégie de déconfinement tricolore. “Je ne crois pas que la France ait rouvert trop tôt, presque tous les pays d’Europe de l’Ouest sont aujourd’hui frappés par une quatrième vague d’une grande force, liée au variant Delta et qu’il semble être difficile de contrer”, observe le directeur de l’Institut de Santé Globale à Genève.

Néanmoins, l’épidémiologiste pointe du doigt des manquements dans la stratégie française. “Le contrôle sanitaire aux frontières est clé et les Français n’ont guère été très efficaces à ce sujet. Les méthodes de rétro-tracing et d’isolement efficace des porteurs de virus visant à démanteler les chaînes de transmission n’ont pas été suffisamment mises en œuvre non plus. Enfin les capacités de séquençage du virus sont très insuffisantes en France”, relève Antoine Flahault.

Une communication pointée du doigt

Au-delà d’un déconfinement trop précoce, Michaël Rochoy pointe du doigt la communication des autorités, qui a pu entrainer un relâchement dans le comportement des Français. “Quand Jean Castex annonçait en mai que ‘Nous sommes en train de sortir durablement de la crise sanitaire’ ou ‘Nous touchons au but’, cela a pu entraîner un relâchement dans les gestes barrières par exemple”, note le chercheur en épidémiologie.

Près de deux mois plus tard, le 5 juillet, le Premier ministre tenait un discours beaucoup plus prudent, sous l’effet du rebond entraîné par le variant Delta : “Nous gérons une crise sanitaire qui n’est pas terminée et qui pourrait nous dicter son agenda”, rappelle Le Parisien.

Si la France a rouvert trop tôt certains lieux pour Michaël Rochoy, c’est surtout la réaction à la flambée des cas qui l’interroge. “On dit ‘les cas augmentent’, et on regarde augmenter, en prenant quelques restrictions locales. Mais on ne regarde pas à plus long terme, pour la rentrée scolaire par exemple. Il n’y a rien de prêt en cas de vague épidémique en septembre”. La question d’un pass sanitaire pour les établissements scolaires a d’ailleurs été écartée par le gouvernement.

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