Vaccination Pfizer : comment du sérum physiologique peut-il être injecté par erreur ? – Le Parisien

 

Un soignant prépare des deux doses de vaccin Pfizer, à Versailles. AFP/STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
Un soignant prépare des deux doses de vaccin Pfizer, à Versailles. AFP/STEPHANE DE SAKUTIN / AFP) 

Le 29 mai 2021 à 16h55

 

Au bout du fil, un agent indique qu’il va falloir retourner recevoir une première injection. La raison ? À la place du vaccin Pfizer, du simple sérum physiologique a été administré par erreur. Cette mésaventure est survenue à plusieurs centaines de personnes depuis le début de la campagne de vaccination, en France. Pas une semaine ne passe sans qu’une telle situation ne soit rapportée par la presse locale. « Nous avons été victimes d’une erreur de manipulation de vaccin », s’insurgeait vendredi dans Ouest-France une cinquantenaire concernée dans le Maine-et-Loire. Avant cela, il y a eu Épernay, Châtillon, Deauville, etc.

S’il reste très rare (plus de 18 millions de personnes ont reçu une première dose de vaccin Pfizer), ce genre de cas fait tache. Pour comprendre pourquoi il peut survenir, il faut d’abord expliquer comment sont « fabriquées » les doses de vaccin Pfizer. Les médecins et autres « vaccinateurs » reçoivent un ou plusieurs flacons, chacun d’entre eux permettant en théorie de « produire » six ou sept doses. Contrairement à AstraZeneca, Moderna et Janssen, son contenu doit être dilué. 1,8 ml d’une solution injectable de chlorure de sodium (le fameux sérum physiologique) est injecté dans le flacon. D’autres seringues permettent ensuite de récupérer chacune 0,3 ml du produit mélangé, qui sera administré dans le bras des habitants.

« L’erreur est humaine »

Cela explique pourquoi du « sérum phy » est abondamment présent dans les centres de vaccination. Reste à comprendre comment il peut ensuite être injecté. Les soignants interrogés s’accordent sur une hypothèse qu’ils jugent la plus plausible. « La seule possibilité que je vois, si on n’est pas assez attentif, c’est que l’on injecte du sérum physiologique dans un flacon vide dont on aurait déjà extrait des doses Pfizer avant », avance le médecin Luc Duquesnel, coordinateur des centres de vaccination dans la Mayenne. Seul du sérum serait alors récupéré lors de la deuxième étape. Le Dr Jean-Michel Caille L’Etienne, lui non plus, ne voit « pas d’autre solution possible ». « L’erreur est humaine, mais il faudrait vraiment que la personne responsable ait la tête ailleurs », complète celui qui vaccine dans le Doubs et la Haute-Saône.

Vaccination Pfizer : comment du sérum physiologique peut-il être injecté par erreur ?

Le plus souvent, les médecins se rendent compte du problème à la fin de la journée, lorsqu’ils se retrouvent avec un flacon non utilisé alors qu’ils ont vacciné le nombre prévu d’habitants. Recevoir du sérum physiologique (une simple solution saline) ne présente aucun danger pour l’organisme, le seul risque étant que les personnes concernées puissent se penser protégées à tort. Comme elles ne sont pas identifiables facilement, elles sont généralement toutes appelées à réaliser une prise de sang afin d’identifier lesquelles n’ont pas du tout été immunisées et doivent donc être « repiquées ».

Enquête de la police en Allemagne

Michaël Rochoy, médecin généraliste dans le Nord, évoque aussi le fait que le protocole ne serait pas systématiquement parfaitement bien respecté. « Quand on vaccine à la chaîne, peut-être que certains font les mélanges différemment. Mais ce serait quand même étonnant ». Il faut dire que le dispositif est bien cadré. La date et l’heure doivent notamment être indiquées sur une étiquette collée sur chaque flacon reconstitué, d’après le protocole fixé par le ministère de la Santé. « On a mis en place un système bien affûté. Deux infirmières nous préparent toutes les doses avant que nous les injections », témoigne Jean-Michel Caille L’Etienne.

Le risque de se tromper de seringue, entre celles qui servent à injecter le sérum dans le flacon et celles qui servent ensuite à injecter le vaccin recomposé au patient, semble quasiment nul. « Ce sont des seringues spécifiques et de modèles différents », précise le médecin généraliste. L’une est de 2 ou 3 ml, l’autre d’1ml.

Des raisons encore plus extravagantes, comme l’envie de couvrir une erreur ou un vol de vaccin, avaient été envisagées par certains. Mais elles ne sont restées qu’au stade de la rumeur. En tout cas, en France. De l’autre côté du Rhin, une infirmière allemande aurait volontairement préparé et administré six doses de sérum physiologique. Elle avait ensuite reconnu avoir voulu dissimuler le fait qu’elle avait cassé un flacon Pfizer. Mais la police a aussi découvert dans ses publications Facebook de nombreux messages antivax, comparant notamment le Covid-19 à une simple grippe, rapporte Der Spiegel.

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