Vaccination : La France a-t-elle intérêt à proposer elle aussi une troisième dose face au variant Delta ?

Pour l’instant, la France ne propose pas de troisième dose de vaccins aux personnes n’ayant pas été vaccinées avec des ARN Messager comme c’est le cas en Allemagne. — SYSPEO/SIPA
    • Avec l’annonce de l’Allemagne de proposer une troisième dose de vaccin contre le coronavirus à une partie de sa population, le sujet revient sur le devant de la scène en France.

 

    • Pour l’instant, le gouvernement compte proposer un rappel vaccinal à la rentrée pour les personnes à risque, mais n’envisage pas d’étendre ce rappel au reste de la population pour lutter contre le variant Delta.

 

    • Pour les experts, la priorité reste avant tout de vacciner avec deux doses le maximum de personnes en France, mais aussi dans le reste du monde, pour lutter efficacement contre le virus.

 

La France suivra-t-elle le mouvement ? Dimanche, l’Allemagne a annoncé qu’elle proposerait à la rentrée
une troisième dose de vaccin contre le Covid-19 à certains de ces citoyens. Le ministère allemand a expliqué avoir pris cette décision après la publication d’études montrant que la réponse immunitaire se réduisait chez certaines populations vulnérables, même entièrement vaccinées.

Les autorités allemandes vont plus loin puisque cette dose de rappel sera également proposée aux personnes vaccinées avec AstraZeneca et Johnson & Johnson, soit toutes celles qui n’ont pas reçu de sérum à ARN Messager. Cette prise de position remet sur le devant de la scène la possibilité de proposer aux Français une troisième dose pour lutter contre la propagation du variant Delta. Le gouvernement a annoncé ce mardi qu’il étudierait la question la semaine prochaine. Mais est-ce réellement judicieux ?

L’administration d’une troisième dose a-t-elle déjà fait ses preuves dans d’autres pays ?

Il est encore trop tôt pour le dire puisque pour l’instant Israël est l’unique pays à avoir mis en place cette politique sanitaire et seulement depuis dimanche. Toutes les personnes de plus de 60 ans ayant été vaccinées il y a plus de cinq mois peuvent recevoir une troisième dose de vaccin contre le Covid-19. Le Premier ministre Naftali Bennett a justifié cette « campagne de vaccination complémentaire » en assurant que « quelques jours après la 3e dose, vous aurez plus de défenses immunitaires ».

D’autres pays pourraient cependant lui emboîter prochainement le pas. Selon le quotidien Daily Telegraph, le Royaume-Uni envisagerait de proposer cette troisième dose d’ici la fin de l’été auprès des personnes de plus de 50 ans ou bien considérées comme vulnérables, soit 32 millions de Britanniques. Aux Etats-Unis, Anthony Fauci, principal expert américain en maladies infectieuses, a déclaré le 25 juillet sur CNN que les responsables de la santé américaines étudiaient des données pour déterminer le moment nécessaire pour éventuellement renforcer le système immunitaire. Il a également assuré qu’une troisième dose pourrait être nécessaire aux Etats-Unis pour les personnes immunodépressives.

Quelle est la position française actuelle sur la question ?

Dans l’Hexagone, l’hypothèse d’une troisième dose contre le coronavirus fait actuellement l’objet d’un débat. Le 6 juillet dernier, le Conseil scientifique a recommandé un rappel de vaccination chez les personnes de plus de 80 ans résidant en Ehpad ou à domicile. S’appuyant sur cet avis, Emmanuel Macron a annoncé lors de son allocution six jours plus tard, la mise en place d’une « campagne de rappel » début septembre pour les primo-vaccinés. Un peu plus tard, dans son avis du 16 juillet 2021, la Haute Autorité de santé (HAS) a écarté « pour le moment » l’option d’une troisième dose sauf pour les plus vulnérables et les plus âgés.

Cependant, le ministère de la Santé a annoncé ce mardi que le périmètre exact des personnes qui se verront proposer un rappel vaccinal contre le Covid-19 à la rentrée devrait faire l’objet d’un arbitrage « la semaine prochaine ».

La France a-t-elle les moyens de proposer cette troisième dose ?

Selon Michaël Rochoy, médecin généraliste, chercheur en épidémiologie et membre du collectif « Du côté de la science », il n’y a jamais eu assez de doses en France pour vacciner tout le monde. « La demande a toujours été calquée sur l’offre, car on a ouvert progressivement par tranches successives. Mais si tous les gens qui ont deux doses de vaccin en voulaient une troisième aujourd’hui, ça serait la guerre pour trouver un créneau sur Doctolib », assure-t-il. Il existe en effet déjà des disparités sur le territoire. Si dans les grandes villes, il est assez facile de trouver un créneau, il faut parfois attendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines dans certaines régions, notamment en raison de l’extension du pass sanitaire.

Quels seraient les bénéfices et inconvénients d’une troisième dose pour tous ?

Dans son avis du 16 juillet 2021, la Haute Autorité de santé explique que « s’il paraît très probable qu’une injection de rappel procurera effectivement un effet boost (…), les données disponibles à ce jour ne permettent pas d’évaluer précisément l’impact ni la nécessité d’un tel rappel sur la prévention des échecs vaccinaux ». Si le bénéfice individuel est
actuellement reconnu pour les personnes immunodéprimées et les personnes âgées, l’intérêt pour le reste de la population n’est pas encore tranché scientifiquement.

« Passer de deux doses à trois doses, c’est un peu comme quand on dit qu’il faut passer d’un masque chirurgical à un masque FFP2, compare Michaël Rochoy. Évidemment on gagne un peu en efficacité et en bénéfice individuel, mais finalement ce qui est efficace, c’est que tout le monde porte un masque. C’est le même principe pour la vaccination : ce qui est efficace, c’est que tout le monde soit vacciné contre le Covid, plutôt qu’il y ait des gens vaccinés trois fois et d’autres pas. »

Une troisième dose est-elle une priorité ?

Dans son communiqué de presse, la HAS regrettait mi-juillet le ralentissement des vaccinations et estimait que la priorité pour les prochaines semaines était de tout mettre en œuvre afin de vacciner davantage de Français. La Haute Autorité s’inquiétait particulièrement d’une couverture vaccinale insuffisante chez les plus âgés (73,8 % pour les plus de 80 ans). La priorité selon les scientifiques reste donc de vacciner les personnes les plus à risque et de faire en sorte que la majeure partie de la population ait un schéma vaccinal complet.

Toutefois, la priorité n’est pas que nationale pour Michaël Rochoy qui rappelle qu’une pandémie se gère au niveau mondial. « Il faut que tout le monde ait un schéma vaccinal complet, d’abord parce qu’une vie en Albanie n’a pas moins de valeur qu’une vie en France, mais aussi parce que s’il reste des pays avec une faible couverture vaccinale, on risque de voir émerger de nouveaux variants et d’autres complications qui auront un retentissement chez nous », détaille l’épidémiologiste. Le 21 juillet dernier, l’Organisation mondiale de la santé a ainsi demandé aux pays riches de ne pas vacciner leurs populations les plus jeunes, mais plutôt de faire don de leurs doses en surplus aux pays pauvres.



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