Pas de danger pour les enfants, vraiment ? L’inquiétante progression des cas de Covid-19 pédiatriques constatée à travers l’Europe | Atlantico.fr

Des données en Suède, du Royaume-Uni et en Italie révèlent une progression du variant britannique qui pourrait être responsable d’une multiplication des cas de Covid-19 chez les enfants.

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Contaminations

Pas de danger pour les enfants, vraiment ? L’inquiétante progression des cas de Covid-19 pédiatriques constatée à travers l’Europe

Des données venues de Suède, du Royaume-Uni ou encore d’Italie indiquent que la progression du variant britannique ou B117 pourrait être responsable d’une multiplication des cas de développement de la maladie chez les enfants.

Atlantico : De nouvelles données suédoises montrent une poussée soudaine et dramatique des cas pédiatriques de Covid-19 depuis janvier dans le contexte de la nouvelle prédominance du variant anglais. Que disent ces chiffres ? A-t-on les mêmes en France ?

Michaël Rochoy : Les données suédoises montrent qu’il y a une augmentation du nombre de cas chez les jeunes. Entre la semaine 3 et la semaine 9 de 2021, il y a eu une diminution chez les plus âgés (probablement due à la vaccination) et une augmentation chez les enfants. Quand on compare semaine 8 et 9 ça allait déjà dans le même sens. Ce n’est donc pas juste une fluctuation d’une semaine sur l’autre.

La proportion en semaine 8 du variant à Stockholm était de 53%. La situation en France et en Italie est à peu près la même. En France, la semaine du 3 mars, le variant anglais était présent dans toutes les classes d’âges et particulièrement chez les enfants. La plus forte proportion de suspicions de variant anglais était observée chez les 0-9 ans (64.9%) et les 10-19 ans (61.9%). Cette proportion diminue en fonction de l’âge pour atteindre 41,2% chez les 90 ans et plus notamment parce que ce sont des personnes qui ont plus souvent été vaccinées pendant la période d’augmentation du variant.

Avec la diffusion active du variant au début d’année (certainement arrivé fin 2020), le taux d’incidence chez les 0-9 ans est passé de 34 à 89 / 100 000 (x2,5), chez les 10-19 ans de 105 à 248 (x2,5), chez les 20-20 de 207 à 325 (x1,5)… Plus on monte en âge moins il progresse, voire chute chez les plus de 80 et plus de 90 ans, très probablement grâce à la vaccination.

Comment expliquer cette augmentation ?

On savait déjà qu’avec la souche dite « sauvage » les enfants étaient contaminés et contaminants. Mais comme ils étaient le plus souvent asymptomatiques, on a pu entendre ou lire qu’ils n’étaient pas à risque et que l’école ne participait pas à la dynamique de transmission du virus. Nous avons toujours soutenu que c’était faux : même si les enfants sont moins susceptibles d’être contaminés, ils sont très exposés (famille, enseignants, camarades de classe) ce qui compense malheureusement. Par ailleurs, ils ont de nombreux contacts, ce qui les rend contaminant. Tout cela motive bien sûr le port du masque chez les enfants, et l’adoption d’autres mesures de ventilation, de sécurisation des cantines, etc.

Maintenant, avec le variant anglais, nous pouvons penser à plusieurs hypothèses.

Si on a un virus qui est plus virulent ou qui entraîne plus de symptômes, il entraîne aussi plus de tests PCR et donc plus de détection de cas positifs chez les enfants. C’est très probablement la proportion de cas symptomatique qui augmente en lien avec le variant et non le nombre d’enfants contaminés. Cela devient simplement plus visible.

Il se peut que le variant se transmette spécifiquement plus chez les enfants, pour des raisons immunologiques qu’on ignore encore. Mais je pense qu’on assiste surtout à un rattrapage. Cette augmentation pourrait simplement être le signe d’une sous-détection dans les mois qui ont précédé car si le variant rend les enfants plus symptomatiques, il devient aussi plus visible.

Ces nouveaux chiffres devraient-ils inspirer de nouvelles mesures concernant les enfants et les écoles ?

Ce variant confirme le fait que les enfants ont un rôle dans la transmission du virus. Plus le virus est transmis entre enfants, plus il y a de risques d’avoir des enfants qui développent des formes graves du Covid-19, sans compter les formes chroniques et les Covid long.

On sait qu’il y a eu un sous-diagnostic des enfants. Comme les enfants sont plus asymptomatiques, ils sont moins testés. En France, on a une méthode qui incite au sous-diagnostic en considérant qu’un enfant n’est pas cas contact s’il n’y a pas plus de 3 cas dans la classe, etc.

L’Italie a fait fermer les écoles dans certaines régions. C’est la vraiment la dernière solution. Il faut continuer à prévenir la contamination. Heureusement en France on a rendu la masque obligatoire à l’école mais il y a encore beaucoup de points d’améliorations, notamment dans les cantines qui restent encore des lieux clos de contamination, idem pour les détecteurs de CO2 qui ne sont toujours pas généralisés dans les classes, et l’absence d’un protocole d’aération pour enfin prendre le risque de transmission aérienne sérieusement et ainsi diminuer le risque dans les établissements d’éducation.

Il faut aussi tester massivement et régulièrement toutes les classes, ce qui serait possible avec des tests salivaires par pooling. Lors de l’identification d’un cas, toute la classe doit être testée et le traçage et isolement  doivent être plus efficaces, notamment pour tous les enfants ayant mangé ensemble, donc sans masque.

Enfin, il faut intégrer la notion d’exposition dans la priorisation des vaccins. Un enseignant, a fortiori en maternelle face à des enfants non masqués, est particulièrement exposé à la COVID-19 ; il est important de les vacciner rapidement compte tenu de la stratégie choisie qui maintient une circulation élevée du virus.

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Dépistage salivaire massif (enfin) homologué : comment éviter un nouvel échec pour une priorité gouvernementale contre le Covid-19 ? | Atlantico.fr

Atlantico.fr : La Haute autorité de santé (HAS) a enfin autorisé le recours à un dépistage massif par prélèvement salivaire sur des groupes fermés, notamment dans les écoles ou les EHPAD. Que va permettre cette nouvelle technique et quelle bonne politique de tests doit-on tenir ?

Michaël Rochoy : Tout d’abord, la bonne nouvelle est qu’on va enfin tester les enfants qui étaient jusqu’ici une population très peu testée. Ensuite, l’utilisation la plus performante de ces tests va dépendre des moyens financiers et humains. A personnel et tests illimités, on testerait tous les jours. Ce n’est pas la situation actuelle. Tester tout le monde et toutes les semaines c’est très compliqué. On n’a pas suffisamment de tests, surtout si c’est pour tester des gens qui vont être négatifs.

En priorité, il faudra cibler les écoles où des cas sont détectés. Les tests salivaires permettront de s’y prendre plus rapidement et de tester massivement une classe ou toute une école dès le premier cas détecté. Ça aura aussi pour conséquence positive un meilleur traçage et un meilleur isolement.

A Outreau (Pas-de-Calais) par exemple, il y a eu un cas dans une école maternelle. Si on avait eu cette possibilité de faire un test salivaire massif, on aurait testé toute l’école pour repérer rapidement dans quelle classe se trouvent le ou les cas positifs, fermer ces classes et renvoyer les enfants à la maison afin d’éviter la transmission entre enfants et entre les enfants et leur famille. Ces tests massifs seraient particulièrement bienvenus dans les écoles maternelles où les enfants ne portent pas de masques.

Si une fois qu’on a fait tout ça, il reste des moyens financiers et humains, on peut imaginer de faire des tests à des moments clés de l’épidémie ou dans des territoires où la circulation du virus est importante. On peut aussi penser à des tests menés « à l’aveugle » dans des conditions d’études épidémiologiques, mais cela nécessiterait un accord de comité de protection des personnes.

Enfin, il faut rester vigilant à ce que ces tests détectent les variants parce qu’on a vu que certains tests antigéniques ne les détectaient pas.

Les représentants de la médecine scolaire ont fait part de leurs doutes quant à la mise en place pratique de ces tests, soulignant notamment leur manque d’effectifs. Va-t-on se heurter à une nouvelle incapacité à mettre en place les ambitions gouvernementales ? Comment pallier ce manque de moyens humains ?

Michaël Rochoy : Il ne faut pas que tout repose sur la médecine scolaire. Il faut une mobilisation au niveau du territoire. Ça peut venir d’acteurs locaux comme des médecins généralistes, des infirmiers libéraux, des pharmaciens… Ils participeraient à ces tests de façon ponctuelle, car ça n’arrive pas non plus tous les jours dans une ville qu’une école ferme à cause du Covid. En revanche, si on veut faire des tests réguliers, on ne pourra pas mobiliser tout le monde et tout le temps. On ne peut pas faire les soins habituels, les vaccins et les tests. Le temps n’est pas extensible.

Claudine Nemausat, médecin scolaire du syndicat Snmsu-Unsa : Pour le moment, la HAS n’a pas encore émis ses préconisations pour le mode opératoire. On a appris l’annonce comme tout le monde, dans les médias. Nous n’avons fait l’objet d’aucune consultation. Il sera très compliqué pour nous de réaliser efficacement ces tests. Nous sommes déjà très peu nombreux et très occupés avec le contact tracing. En effet, il faut savoir que contrairement à ce qui est écrit dans les protocoles, l’ARS ne le fait pas et s’est complètement déchargée sur les personnels de l’Education nationale pour faire le contact tracing.

Pour faire des tests salivaires à grande échelle, il faudra beaucoup plus de monde. Je ne sais pas avec qui ils pensent le faire. Il faudrait pour cela nous réquisitionner pour ne faire que cela et pas autre chose, et encore, ce ne sera pas suffisant. Actuellement je ne vois pas comment on pourrait faire vu le faible effectif que nous sommes. C’est une nouvelle décision que nous ne faisons que subir.

Jérôme Marty : C’est impossible de mobiliser régulièrement les médecins et les pharmaciens. Ces derniers font déjà des tests antigéniques. Quant à la médecine scolaire, elle est en crise grave… Il faut regarder si on ne peut pas mettre en place dans les écoles un assistant qui serait formé pour réaliser des tests. Mais pourquoi toute cette organisation n’a pas été étudiée auparavant ? On ne se rend compte de ces besoins logistiques que maintenant ? Je suis toujours étonné par ces problématiques qu’on semble découvrir au dernier moment. Ça fait quand même un moment qu’on parle de dépister les élèves et l’Education nationale découvre qu’elle n’a pas les effectifs pour le faire. On n’a pas les moyens de nos ambitions, c’est un peu le fil rouge de la crise sanitaire.

Les tests salivaires autorisés par la HAS seront-ils suffisants pour détecter le plus efficacement possible les cas positifs ?

Jérôme Marty : La HAS a validé uniquement les tests salivaires en RT-PCR et pas les RT-Lamp du système français EasyCov qui a notre préférence de par sa rapidité de résultat et sa flexibilité. Le système RT-LAMP permettrait notamment à chaque entreprise de pouvoir faire ses tests. L’entreprise achète le robot de diagnostic (1500 euros), le salarié fait son test lui-même et reçoit le diagnostic immédiatement sans besoin de l’intervention d’un laboratoire.

Dans le cas présent des tests salivaires en RT-PCR, on aura des délais beaucoup trop long et pas de réel dépistage de masse au sens auquel je l’entends. On ne pourra pas faire non plus de pooling (tester plusieurs personnes en un seul test) dont l’efficacité est avérée. Si on pouvait faire du pooling, ça demanderait moins de moyens et ce serait plus facile à faire.

Faire du test RT-PCR en prélèvement buccal, ça demande beaucoup de logistique, des prélèvements à envoyer au laboratoire, des papiers à remplir pour chaque personne testée, etc. Si on n’a pas l’habitude, ça prend quand même un certain temps, même si c’est plus rapide qu’un prélèvement nasopharyngé.

Lors de son point presse, Olivier Véran a annoncé que le contact tracing allait être renforcé, notamment en mettant l’accent sur le rétrotracing. Peut-on y croire ?

Jérôme Marty : C’est ce qu’on demande depuis des mois. Le virus est diffusé via des super contaminateurs, c’est eux que l’on cherche avec le rétrotracing. Comment se fait-il que l’on n’en parle que le 11 février 2021 alors que certains pays le font depuis des mois ? Ce sont des choses qui sont connues et qui relèvent d’études scientifiques et qui ont été pratiquées avec succès dans d’autres pays. Nous, on a refusé de le faire. Aujourd’hui, Véran nous annonce le plus naturellement du monde qu’on va enfin s’y mettre.

Je ne désespère pas qu’on va un jour cibler les lieux clos à risque pour tester de façon répétée. Cette maladie se propage en lieu clos, il faut cibler les zones où le virus a propension à se déplacer en testant les gens tous les jours. Pour cela, il faut autoriser le RT-LAMP.

A chaque fois, notre retard se compte en nombre de morts. On a tendance à l’oublier. On a quand même un président qui prétend avoir gagné son pari contre les scientifiques alors qu’on en est à plus de 300 morts par jour. Un Airbus se crashe tous les jours et on fait comme si tout allait bien. Il faut revenir à la réalité. Ce ne sont pas que des chiffres, ce sont des morts et des centaines de familles endeuillées tous les jours.

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Covid-19 : Israël pense nécessaire de vacciner les enfants, le Royaume-Uni prépare ses hôpitaux à une hausse des cas pédiatriques graves | Atlantico.fr

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Réaction inflammatoire

Covid-19 : Israël pense nécessaire de vacciner les enfants, le Royaume-Uni prépare ses hôpitaux à une hausse des cas pédiatriques graves

Le Covid-19 déclencherait une réponse inflammatoire chez certains enfants. Le système hospitalier britannique est mobilisé pour accueillir ces jeunes patients. Connaît-on une hausse des cas en France ? Faut-il s’inquiéter pour les enfants ?

Atlantico.fr : Le Covid-19 pourrait provoquer chez certains enfants un syndrome inflammatoire multisystémique (MIS-C ou PIMS). Au Royaume-Uni le système hospitalier s’organise pour faire face à cette menace qui augmente. De quoi s’agit-il ? Assiste-t-on à une hausse des cas aussi en France ?

Michaël Rochoy : C’est une réaction inflammatoire qui survient quatre à six semaines après l’infection. On n’a pas encore de certitudes sur le mécanisme d’actions. Après avoir été contaminé par le Covid, le corps de l’enfant fabrique des anticorps qui vont entraîner une réaction systémique. Ce n’est pas le virus lui-même qui est la cause mais la réaction du système immunitaire qui donne une réaction inflammatoire. Il y a plusieurs symptômes : la fièvre persistante systématique, on retrouve d’autres symptômes notamment gastro-intestinaux (douleurs, diarrhées) et aussi des éruptions cutanées qui sont fréquentes, ou encore des problèmes cardiaques (myocardite, inflammation du myocarde)

On sait que c’est un syndrome qui peut être lié à des prédispositions génétiques. Une équipe de l’hôpital Necker a notamment conclu en juin que les enfants ayant des ancêtres africains étaient plus à risque.

On rapproche souvent le PIMS de la maladie de Kawasaki qui est une inflammation post-infectieuse qui donne des signes similaires mais dans des proportions différentes.

La hausse du nombre de cas de PIMS semble liée au nombre de cas de Covid. Santé publique France montre que les courbes ont bien suivi les deux vagues en France. 368 cas ont été détectés en France entre mars 2020 et 24 janvier 2021 : 44 % de filles, avec un âge médian de 7 ans. En mai dernier, un enfant est décédé à Marseille.

Au-delà du PIMS, qu’en est-il des risques de cas graves de Covid chez les jeunes ? Est-ce en augmentation ?

Il est encore difficile de répondre de manière définitive. C’est trop tôt pour dire si les variants donnent plus de formes graves. Ce qui compte c’est surtout la transmission. Etant donné que le variant se transmet davantage, il y a plus de cas et donc plus de formes graves. Il faut donc surtout éviter la transmission en amont.

Israël a ouvert la vaccination aux jeunes de moins de 16 ans. Est-ce un choix stratégique au vu des dernières données sur la forte capacité de transmission des jeunes, notamment en milieu scolaire ?

C’est un choix qui semble réfléchi puisqu’Israël arrive à la fin de de son plan de vaccination (ils n’ont pas commencé par vacciner les jeunes). Mais il serait intéressant d’avoir un recul, il ne faudrait pas que ce soit un essai clinique sauvage. Il faudrait un certain suivi pour avoir des données qui arrivent rapidement pour s’assurer qu’il n’y ait pas de syndromes systémiques qui arriveraient après par exemple. Même si je n’y crois pas, il faut garder un œil critique et ne pas vacciner n’importe comment. Je pense qu’ils ont raison de le faire mais cela aurait été mieux si on avait eu des essais cliniques validés pour ça.

Le vaccin Pfizer a une autorisation de mise sur le marché uniquement pour les plus de 16 ans. Israël prend la responsabilité de vacciner les moins de 16 ans, c’est leur décision. A priori, ça va bien fonctionner, mais jusqu’à quel âge ? Les systèmes immunitaires ne sont pas les mêmes, notamment chez les très jeunes. Où est-ce qu’on s’arrête ? 5 ans ? 2 ans ? Avec quelle dose ? Il y a pas mal de questions qui se posent. Par exemple, pour la diphtérie et la coqueluche, on n’utilise pas les mêmes doses avant 10 ans et après 10 ans. Idem pour l’hépatite B (pas la même dose avant et après 11 ans). Il y a donc des variations chez les enfants en termes de vaccins par rapport aux adultes.

Source: Covid-19 : Israël pense nécessaire de vacciner les enfants, le Royaume-Uni prépare ses hôpitaux à une hausse des cas pédiatriques graves | Atlantico.fr