Covid-19 : les écoles sont-elles prêtes pour leur réouverture ? | Atlantico.fr

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Covid-19 : les écoles sont-elles prêtes pour leur réouverture ?

Le lundi 26 avril, les élèves de maternelle et de primaire doivent faire leur retour à l’école. Cette reprise inquiète les syndicats d’instituteurs et de parents d’élèves sur la question du protocole sanitaire. Des municipalités ont commandé des capteurs de CO2 pour les installer dans les écoles et préparer la réouverture.

Atlantico : Depuis le mardi 6 avril, l’école en présentiel a été mise en pause pour une durée de trois semaines. Des pays comme la Finlande ont pu mettre en place un système d’aération particulièrement détaillé et sourcé scientifiquement pour éviter au maximum la propagation aérosol de la Covid-19. Une telle mesure serait-elle intéressante à mettre en place en France pour la réouverture des écoles ?

Collectif Du Côté de la Science : Oui ! Hélas, à moins de nouvelles de dernière minute, il est peu probable que le protocole sanitaire de l’Education nationale change pour la  rentrée, et nous le déplorons. Ce protocole n’est pas adapté aux mesures de sécurité vis-à-vis de la transmission du virus dans les écoles. Il ne protège ni les enfants, ni le personnel (enseignant et non enseignant). Le protocole de l’Education Nationale n’est pas seul responsable de la situation actuelle, mais il y a fortement contribué en ne prenant pas en compte la voie principale de contamination qui est aérienne ; il n’a donc pas permis la mise en place de mesures efficaces pour y faire face. Les recommandations du Haut Comité de la Santé publique datant de juillet et octobre 2020 mentionnent la vectorisation aérienne du virus et recommande d’aérer très régulièrement les endroits clos. Le protocole de l’EN recommande de le faire 2-3 fois par jour, alors qu’il faudrait le faire au moins 2 à 3 fois par heure en fonction du nombre de personnes dans la pièce et de son volume ! La Finlande n’a fait que transcrire en termes plus simples les recommandations du REHVA, de l’ECDC, de l’OMS et d’autres organismes européens et internationaux qui concernent l’aération et la ventilation pour éviter la contagion aérienne par le SARS-CoV-2. Cela avait d’ailleurs conduit notre collectif (Du côté de la science) à publier un document à ce sujet, reprenant également ces mêmes recommandations dans le contexte de l’Education Nationale et à informer auprès de 2 syndicats enseignants début novembre 2020.

Les recommandations finlandaises s’appuient sur la mesure de concentration en CO2 dans l’atmosphère, à l’aide de détecteurs de CO2 très faciles à se procurer. Ce sont des marqueurs de la qualité de l’air : plus le niveau de CO2 est élevé, plus le risque qu’il y ait des aérosols (en cas de présence d’une personne infectée évidemment) est élevé. Pour comprendre, le CO2 est expiré par chacun et s’accumule dans l’air d’une pièce fermée. De la même façon, l’air expiré par une personne infectée même asymptomatique peut contenir du virus en suspension, qui est lui invisible et pas encore mesurable. Une concentration importante en CO2 reflète la possibilité d’une forte concentration de virus dans l’air, et de se contaminer. Ce risque est d’autant plus fort si la personne infectée est fortement excrétrice (super-spreader) comme 10-20 % des personnes contaminées. Pour nous, l’Education nationale devrait investir dans l’achat de tel matériel, permettant de guider le rythme d’aération. Actuellement, les quelques capteurs présents dans les écoles le sont à l’initiative de quelques enseignants ou parents.

Les autorités finlandaises font aussi le point sur l’utilisation des purificateurs d’air et les normes nécessaires pour qu’ils soient utiles  et efficaces. Elles rappellent également que l’objectif principal est d’apporter de l’air extérieur à l’intérieur afin de diluer et d’évacuer les aérosols potentiellement contaminés.

 

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Atlantico : Quelles seraient les mesures à mettre en place impérativement lors de la réouverture, et quelles sont celles qui auraient dû être anticipées ?

Collectif Du Côté de la Science : Il faut évidemment revenir au principe : un enfant positif = une classe fermée et ne plus attendre 3 cas par classe avant d’agir.

Concernant les autres mesures, nous en avons présenté de nombreuses sur notre site : https://ducotedelascience.org/nos-propositions/.

Primo, elles sont spécifiques à l’investissement que nous souhaitons mettre dans la poursuite de l’éducation de nos enfants : acheter et installer des détecteurs de CO2 (recommandation du Haut Comité de Santé Publique du 14 Octobre 2020), vérifier la ventilation correcte des salles de classe, profiter des périodes sans enfant dans les établissements pour revoir les capacités de ventilation des classes et réfectoires, prendre les mesures pour assurer une ventilation minimale et identifier les lieux à risque nécessitant des purificateurs d’air.

 

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Secundo, elles sont spécifiques aux lieux d’enseignement : d’abord il faut que les professeurs (qui, théoriquement, sont ceux qui parlent le plus pendant un cours !) portent constamment un masque de qualité et soient à proximité d’une source d’aération (fenêtre ouvrable). Ensuite, il faut limiter le brassage des élèves : passage des options en distanciel (actuellement certains groupes mélangent plusieurs classes pour une option par semaine…), mouvements des professeurs plutôt que des élèves entre les cours autant que possible (sauf matériel informatique, scientifique, technologique ou sportif spécifique, etc.).

Tertio, elles sont spécifiques aux cantines et lieux de restauration. Encore plus à risque que le cours dans une classe non ventilée, le repas pris dans un réfectoire bondé avec des enfants non masqués, brassant plusieurs classes, assis les uns en face des autres n’est pas envisageable en période de circulation active du virus. De multiples solutions sont possibles : avec le retour des beaux temps, la prise de repas en extérieur ou sous préau (ventilation optimale), livraison de repas dans les classes afin d’éviter le brassage (et un meilleur traçage en cas de contamination), incitation au retour à domicile des enfants autant que possible par des aménagements des horaires pour les parents, etc. Le Ministère de l’Education Nationale doit collaborer avec celui du Travail sur ces questions. L’autre solution est de laisser les lieux de restauration en l’état : sauf qu’à chaque fois qu’un enfant sera déclaré positif, il faudrait fermer les 2 ou 3 classes ayant partagé une heure de restauration avec lui, si on veut pleinement tenir compte du risque de transmission par aérosol.

Quarto, les mesures sont spécifiques des établissements. A l’instar des autorités finlandaises, l’Education Nationale aurait dû définir des objectifs autour de l’aération, ventilation et voies de transmission à combattre, puis fournir les solutions disponibles et recommandations pour atteindre ces objectifs. On ne lutte pas contre une pandémie sans objectif. Les régions, départements et communes auraient pu alors s’adapter à leurs possibilités et besoins, et réclamer si nécessaire des aides. Certaines mairies ont ainsi pu transformer des salles municipales ou gymnases inoccupés en extension pour les cantines ou les cours, afin justement d’assurer une meilleure sécurité pour les enfants et les personnels d’éducation ; hélas, cela n’est pas la règle.

Quinto, les mesures doivent s’adapter aux conditions sanitaires. Comme prévu par l’Education Nationale en été 2020, une adaptation territoriale selon la circulation du virus serait pertinente. Il faut se préparer à tout, et notamment à des cours en distanciel pour tout ou partie (classes hybrides). La vaccination des personnels de l’éducation est aussi un point important, dès qu’elle sera possible… Enfin, il faut développer les tests itératifs et systématiques pour isoler les enfants contaminés asymptomatiques afin de réduire la diffusion du virus dans l’école mais également sur le lieu de travail des parents des enfants concernés par effet boule de neige.

 

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Atlantico : Que nous a appris le protocole sanitaire d’aération des salles de classes, de systématisation du port du masque chirurgical et l’évolution des protocoles de fermetures de classes sur la capacité du milieu scolaire à maintenir une activité d’enseignement tout en préservant les élèves comme les professeurs ?

Collectif Du Côté de la Science : “Qu’on a encore du chemin à faire et une bonne marge de progression” comme diraient certains professeurs pour l’évaluation de certains élèves. Les mesures successives nous ont montré que les dirigeants n’avaient pas pris au sérieux la voie aérienne de contamination, et n’avaient donc pas pris les bonnes mesures pour protéger efficacement les personnels et les élèves, menant à la situation que nous vivons. Par ailleurs les tests systématiques salivaires finalement lancés récemment (mais bien trop tard) ont également confirmé ce qui avait déjà été démontré dans de nombreux pays et par de nombreuses publications, à savoir que la contamination des enfants est similaire à celle de la communauté. La seule différence est qu’ils sont moins symptomatiques, donc moins testés, car leur système immunitaire est plus rapide et plus efficace. Rappelons d’ailleurs que le port du masque à l’école dès 6 ans a été obtenu de longue lutte et ne faisait pas partie des mesures initiales de l’Education Nationale. Le dogme qui considère que l’on isole la classe qu’à partir du troisième cas n’est ni scientifiquement ni médicalement rationnel : il doit être supprimé. Le protocole sanitaire ne repose malheureusement pas sur des mesures efficaces de contrôle et protection, mais sur une approche visant une efficacité à la marge et la continuité des cours dans des conditions très dégradées qui sont certainement loin d’être meilleures que des cours à distance s’ils avaient été pensés, préparés et déployés à l’avance. Pourquoi n’avoir pas eu un projet national de continuité des cours via le support numérique au cours de l’été 2020 ? Fallait-il vraiment être dans le mur pour se rendre compte que c’était une solution efficace, même temporairement, et un investissement d’avenir ?

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