À quoi va réellement servir le couvre-feu à 23h ?

Mercredi 9 juin, la France entre dans une nouvelle phase du déconfinement. Mais l’utilité de décaler encore le couvre-feu plutôt que de l’abroger se pose.

Dès le 9 juin, le couvre-feu sera décalé à 23 heures, avant d'être abrogé le 30 juin.
Dès le 9 juin, le couvre-feu sera décalé à 23 heures, avant d’être abrogé le 30 juin. Ludovic MARIN / AFP

Alors que le soleil semble s’être installé durablement sur le territoire, la France va entrer mercredi 9 juin dans sa troisième phase de déconfinement. À cette occasion, l’intérieur des bars et restaurants rouvrira à 50% de leurs capacités, tandis que les terrasses redeviendront totalement opérationnelles. Les jauges seront également assouplies dans les cinémas, les musées, et lors des cérémonies religieuses, tandis que les parcs d’attractions feront leur grand retour, et le pass sanitaire son apparition.

Mais surtout, le couvre-feu national sera à nouveau décalé, passant de 21 heures à 23 heures jusqu’au 30 juin, date à laquelle il sera abrogé. Un changement qui peut sembler à la fois libérateur et anecdotique : pourquoi ne pas définitivement tirer un trait sur le couvre-feu ? Se contamine-t-on réellement à partir de 23 heures ? La question de l’efficacité réelle de cette mesure se pose. D’autant plus qu’avec le coup d’envoi imminent de l’Euro de football (le 11 juin), la fin des matchs coïncidera souvent avec l’horaire du couvre-feu et le risque d’une affluence massive dans les rues et transports en commun est réel.

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Une mesure paradoxale ?

Les spécialistes que Le Figaro a interrogés sont unanimes sur un point : le couvre-feu en général a un réel intérêt. «C’est un confinement du soir qui permet de limiter les activités», résume Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais). Mais si, pour lui, le couvre-feu de 21 heures «limitait la principale source de contamination, à savoir les restaurants», celui de 23 heures «n’a pas d’intérêt». «Il consiste à colmater une petite brèche alors qu’on ouvre un barrage» avec l’ouverture des salles des établissements de bouche, juge-t-il. Et le praticien de pointer un paradoxe dans ce changement d’horaire : «Le gouvernement fait le choix de limiter les interactions qu’on autorise pourtant le midi entre collègues». Et ce faisant, il «privilégie le travail sur les loisirs».

L’épidémiologiste Mircea Sofonea, maître de conférences à l’Université de Montpellier, justifie, lui, ce passage à 23 heures par la temporalité. «Le calendrier de déconfinement a été annoncé la dernière semaine d’avril», tempère-t-il auprès du Figaro. À l’époque, la situation était délicate et la France se trouvait dans une grande période d’incertitude. Le gouvernement a donc préféré prendre des mesures «plus conservatives», quitte à relâcher la pression par la suite. «C’était plutôt bien vu», note le scientifique. En laissant un espacement de trois semaines entre chaque étape, l’exécutif se laisse ainsi le temps de «redresser le tir» au fur et à mesure.

Plus de brassage le soir

Mircea Sofonea se demande néanmoins si cette mesure n’est pas «superflue», voire «contre-productive». L’épidémiologiste imagine ainsi «une soirée étudiante» à Paris, qui «finit dans un appartement» à cause du couvre-feu à 23 heures. Une personne va peut-être dormir sur place pour ne pas se faire attraper par la police. «Dans ce contexte où il y a plus de brassage, il vaut mieux laisser les gens rentrer et diluer les fêtards», juge le scientifique, qui conseille donc d’accompagner ce couvre-feu à 23 heures «d’une forme de tolérance», en laissant à la population une marge pour rentrer chez eux avant l’horaire fatidique. Et s’il estime cette nouvelle mesure «moins pertinente», Mircea Sofonea en appelle surtout à la «responsabilisation» des Français. «Revoyez vos proches, mais il ne faut pas que ça s’éternise !» résume-t-il.

Le docteur Rochoy a une vision bien plus sévère de la situation. S’il est évident, pour lui, que le couvre-feu, à n’importe quelle heure, «limite un peu la contamination», ce changement d’horaire est «plus politique que sanitaire». «Il y a une incohérence de la part du gouvernement sur la question», explique-t-il au Figaro, y observant surtout une tentative d’éviter l’aveu de faiblesse. En levant purement et simplement le couvre-feu le 9 juin, l’exécutif aurait «avoué qu’il ne servait à rien, à part accabler l’économie», soupire-t-il. Le généraliste aurait, lui, abrogé définitivement cette mesure le 19 mai, mais rouvert les restaurants seulement à partir du 1er juillet, quand le nombre de vaccinés aurait été suffisamment élevé pour prévenir d’une quatrième vague en septembre.

Inquiétudes pour la rentrée

Car les deux spécialistes ont une inquiétude commune : «Plus la courbe est haute en début d’été, plus elle va augmenter pendant cette période. Et que va-t-il alors se passer à la rentrée ?» s’interroge Michaël Rochoy. «Localement, la reprise épidémique peut être plus importante», confie de son côté Mircea Sofonea, quand bien même cette hausse sera relativement contenue par la vaccination. «Il y aura de toute façon une augmentation des transmissions» dans les semaines à venir, prévient-il. Une crainte partagée ce mardi 8 juin au matin par Jean-François Delfraissy. Sur RTL, le président du Conseil scientifique n’a pas caché sa peur de voir déferler une quatrième vague dès la rentrée, notamment à cause du variant indien. Pour lui, tout va se jouer mercredi, avec la nouvelle étape du déconfinement : «On a un moment un peu complexe là […] parce que jusqu’à maintenant, on était à l’extérieur et là on va ouvrir à l’intérieur».

Contacté par Le Figaro, le ministère de la Santé n’a pas donné suite.

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Vaccination contre le Covid: un week-end inédit à 300.000 injections

Le gouvernement a réussi à écouler ce week-end un grand nombre de doses d’AstraZeneca qui avaient été boudées par les soignants.

Samedi, des gens attendent de se faire vacciner au centre de conférences de Nice. VALERY HACHE/AFP

S’agissait-il d’une répétition générale ou d’un coup de com destiné à calmer les critiques sur la lenteur de la politique vaccinale française? Probablement un peu des deux. Le bilan, en tout cas, est positif. Après avoir battu un record vendredi (près de 240.000 injections, + 37 % par rapport au vendredi précédent), plus de 200.000 vaccins ont été administrés samedi, soit le deuxième jour le plus prolifique depuis le début de la vaccination et, surtout, près de trois fois plus que le samedi précédent (un peu plus de 70.000 injections). Et alors qu’on écoulait péniblement une dizaine de milliers de doses pendant le traditionnel jour de repos dominical, Olivier Véran espérait dimanche en écouler «au moins 100.000». Preuve est faite s’il en était besoin que la France sait aussi vacciner le week-end pour peu qu’elle s’en donne les moyens.

De l’aveu même du ministère de la Santé, il ne faut toutefois pas s’attendre à ce que de telles opérations soient mises en place tous les week-ends. Une grande partie des centres éphémères montés en urgence dans 23 départements n’ont pas vocation à être pérennisés pour le moment. L’objectif consistait d’abord à écouler les stocks d’AstraZeneca boudés par les soignants. Quelque 200.000 doses (sur les 600.000 qui leur étaient réservés) ont ainsi été réintroduites dans le circuit grand public. Il en reste par ailleurs encore un million à injecter. Les autorités espèrent qu’elles seront rapidement utilisées par les généralistes. Alors qu’ils n’étaient que 19.000 la première semaine à avoir commandé au moins un flacon, ils étaient 38.000 la semaine dernière (ils recevront leurs doses mercredi). «Les médecins sont mobilisés, nous l’avons vu ce week-end, estime le Dr Michaël Rochoy qui a répondu au pied levé à l’appel des autorités pour participer au centre monté en urgence à Boulogne-sur-Mer. Si ces doses avaient été données aux généralistes ou aux pharmaciens il y a trois semaines, il n’y aurait pas eu besoin d’une telle campagne de rattrapage.»

Dans tous les cas, il va falloir que la logistique se fluidifie. Cette semaine, ce sont plus de 800.000 doses d’AstraZeneca qui seront livrées. Il devrait y en avoir un million par semaine ensuite jusqu’à la fin du mois. Cela ne représente en fait que deux flacons par généraliste en moyenne, cela n’a donc rien d’insurmontable en principe. D’autant que les pharmaciens vont entrer dans la danse le 15 mars. Un renfort qui n’a rien d’anecdotique puisqu’ils ont par exemple écoulé près d’un tiers des vaccins contre la grippe cette année.

Quant aux vaccins ARN, ce sont entre 750.000 et 800.000 doses de Pfizer qui sont attendues chaque semaine en mars, et 930.000 doses de Moderna réparties en deux livraisons sur le mois. Un flux que les centres de vaccination déjà ouverts, et dont certains fonctionnent parfois au ralenti faute de doses, doivent en principe réussir à absorber sans problème. C’est en avril que les choses pourraient commencer à devenir plus délicates: sont attendues 7,7 millions de doses de Pfizer, 1,7 million de Moderna, 3,1 millions d’AstraZeneca et 2,7 millions de Janssen (en cours d’autorisation). Il faudra alors écouler 500.000 doses par jour en moyenne pour tout injecter en flux tendu. Un défi que le gouvernement n’a pas le droit de rater.

Les soignants exhortés à se faire vacciner

À ce jour, moins d’un tiers des professionnels de santé se sont fait vacciner contre le Covid. Dans une tribune commune parue dimanche dans le Journal du Dimanche, les sept ordres des professionnels de santé (médecins, infirmiers, pharmaciens, dentistes, sages-femmes, etc) appellent «d’une seule voix l’ensemble des soignants à se faire vacciner». Avant tout car «cela relève de leur devoir déontologique, protéger leurs patients en toutes circonstances».

Le vaccin d’AstraZeneca «est sûr et son efficacité est amplement démontrée par les études réalisées en Grande-Bretagne et en Israël, où il a largement été administré», rappellent-ils. En visite dimanche à Boulogne-sur-Mer, Olivier Véran a lui assuré sentir «un engouement qui monte chez les soignants» et exclu pour le moment de rendre la vaccination obligatoire pour les professionnels de santé.

 Source: Vaccination contre le Covid: un week-end inédit à 300.000 injections

Le gouvernement démasqué – Libération

Michaël Rochoy, 33 ans, est médecin généraliste à Outreau. Enseignant-chercheur, adepte de Terry Pratchett et des Monty Python, il a particulièrement apprécié le «nonsense» absurde de la gestion pandémique des masques :

«Hier au téléphone le gouvernement m’a fait une proposition. Je n’ai pas saisi le nom de mon interlocuteur, mais il était question de lutter contre le froid et d’isoler mon habitation pour un euro seulement. Voilà qui tombait à pic, j’avais brisé mes fenêtres en m’initiant au golf lors du précédent confinement, et mon poseur de fenêtres n’arrivait plus à se fournir en double vitrage.

– Il n’y a pas de pénurie de fenêtres à redouter, ce n’est pas un sujet, me corrigea le messager du gouvernement. Mais avez-vous pensé à isoler vos combles ? C’est par le toit que s’échappe la chaleur.

-C’est-à-dire qu’il me semble plus urgent de bloquer les fenêtres, quitte à utiliser du simple vitra…

– Il y a un consensus très clair aujourd’hui pour dire qu’il ne faut surtout pas avoir de fenêtres, ça n’a pas d’intérêt, c’est même presque faussement protecteur, parce qu’ayant des fenêtres, on oublie d’isoler ses combles. Vous voulez que je vous dise ? Je ne sais pas utiliser une fenêtre ! Ça nécessite un apprentissage, des gestes techniques, précis, sinon on se trompe de sens et on l’ouvre et ça peut même être contre-productif.»

« Tout a commencé il y a neuf mois. Le 22 mars, au début du confinement, Antoine Hutt (radiologue), Jonathan Favre, Thibault Puszkarek et moi-même (médecins généralistes) avons lancé le site et collectif Stop-Postillons.fr. Il y avait une pénurie de masques (quoi qu’on en mente) et il fallait les garder pour les personnels exposés. Néanmoins tout le monde avait chez soi des t-shirts à découper, du tissu à coudre : des écrans anti-postillon» (EAP). Nous voulions “confiner les bouches et les nez” lors des sorties dérogatoires (dans les hypermarchés qui n’imposaient pas de masque à l’époque), puis maintenir cette couverture faciale lors du déconfinement.

«Nous avions donc un seul message, qui est resté en tête du site : “Portons tous un EAP dans l’espace public pour freiner et arrêter la pandémie. Porter quelque chose sera mieux que rien. Le but des EAP est collectif et altruiste : protéger les autres et être protégé si chacun en porte.”

Le très simple et efficace découpage de t-shirt

«Avec un message d’une telle banalité dans le cadre d’une pandémie à contamination respiratoire, nous aurions dû disparaître au bout d’une semaine. Les dirigeants auraient dû répondre: “OK, bonne idée, on fait ça, on demande aux gens de se couvrir le nez et la bouche en attendant les masques”, et c’était plié. C’était simple, il suffisait de faire confiance à l’intelligence collective et à la solidarité. Nous avions détaillé notre argumentaire, proposé une cinquantaine de tutoriels, dont la diversité permettait de fabriquer plusieurs types de protection, sans risquer la pénurie d’élastiques ou de tissu en mercerie : au pire, il restait toujours le très simple et efficace découpage de t-shirt. Nous avons relayé de nombreuses initiatives solidaires, comme ces couturières bénévoles qui envoyaient leurs créations aux quatre coins de France tandis que le ministre de la Santé demandait aux Français de ne rien porter en attendant de pouvoir acquérir un masque grand public le 11 mai… Quand on est encerclé par le feu, on n’attend pas des seaux d’eau labellisés par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers : on demande à chacun de prendre les récipients qu’il a sous la main et d’arroser en attendant mieux. Cet appel à l’intelligence collective, à la débrouillardise, a été rendu largement visible par les réseaux sociaux, avec un pic à 133 000 visites le 4 avril.

«Notre message, aussi basique soit-il, était pertinent. Il a progressivement été entendu. Trèèèès progressivement : le masque a été imposé dans les lieux publics clos à partir du 20 juillet, dans les entreprises à partir du 1er septembre, dans les écoles élémentaires à partir du 2 novembre. Ainsi, en pleine pandémie, il aura fallu huit mois après notre premier appel pour généraliser le masque dans la quasi-totalité des espaces recevant du public. Il aura fallu sacrifier une grande partie de notre temps libre avec d’autres médecins, scientifiques, parents, sur les réseaux sociaux, dans les médias, les revues scientifiques, pour que le gouvernement se dise : “Tiens finalement, ce ne serait peut-être pas mal de mettre des fenêtres partout en plus de l’isolation des combles…”

Colonies de bactéries

«Nous n’étions rien, nous ne sommes personne. Lorsque nous avons lancé le site le 22 mars, nous nous basions sur les données scientifiques, les seules qui comptent, au-delà des arguments d’autorité. Depuis le CheckNews de Libération du 13 mars, nous savions que les personnes asymptomatiques pouvaient être contagieuses. Nous avions lu l’étude de Davies et al. dans laquelle 21 volontaires avaient toussé dans une boîte, mise en incubation pendant 48 heures, avant de compter les “colonies” de bactéries de la taille du Sars-CoV-2 : 200 sans masque, 43 avec un masque en coton fait maison, 30 avec un masque chirurgical. Visionnaires en 2013, les auteurs concluaient qu’en cas de pénurie de masques chirurgicaux, un masque fait maison serait mieux que rien – mon expression favorite.

«Début mai nous avons proposé des infographies avec la graphiste Coralie Blanc et son père, Jean-Baptiste Blanc, médecin généraliste comme nous, en plaçant le masque en premier plan. Là encore, notre message était simple : “Dedans (sauf chez vous), portez toujours un masque; dehors, portez un masque en cas de contact ou de risque de contact proche.”

«Nous sommes en décembre, et le masque apparaît toujours en dernière position sur les sites gouvernementaux, après “éviter de se toucher le visage”, et avec la consigne de «le porter quand la distance d’un mètre ne peut pas être respectée». Le risque de transmission par aérosol n’est toujours pas considéré, ce qui permet d’ailleurs d’imposer le masque à l’école et en entreprise et en même temps, de laisser les cantines scolaires ou d’entreprises en l’état. C’est à désespérer.

Le gouvernement-qui-assure-suivre-l’OMS

«Pendant de longs mois, nous avons lu que le gouvernement avait suivi l’Organisation mondiale de la santé sur les masques. C’est faux : d’une part, l’OMS n’émet pas un avis pour la France mais pour tous les pays de la planète, y compris ceux où l’accès à l’eau potable est limité. D’autre part, l’OMS a précisé le 6 avril que le port du masque pouvait être envisagé en population générale comme une mesure barrière supplémentaire. L’OMS a recommandé son port généralisé le 5 juin, notamment “dans les lieux publics tels que les épiceries, au travail […], dans les écoles”, et la même OMS a précisé le 21 août qu’il pouvait être porté dès l’âge de 6 ans dans les pays où le virus circule activement. En France, le gouvernement-qui-assure-suivre-l’OMS a donc mis trois mois après la recommandation du 5 juin pour imposer le masque en entreprise et cinq mois pour l’école élémentaire.

«Concernant l’école enfin, nous avons dû militer, publier des tribunes cet été, écrire des communiqués en août, septembre et octobre, une revue de littérature, intervenir en visioconférence auprès de syndicats d’enseignants en demande d’informations scientifiques… Tout ça parce qu’un ministre déclarait être “préparé à tout” sur la base de l’avis… roulement de tambour… des sociétés savantes de pédiatrie ! Jean-Michel Blanquer avait soudain fait fi de l’OMS : avec un tel niveau en pirouette, il n’est pas étonnant qu’il ait récupéré le ministère des Sports lors du remaniement, remarquez. Toutefois, si la plus haute instance à suivre n’est plus l’OMS mais les sociétés nationales, pourquoi concernant les masques entre avril et juillet le gouvernement a-t-il ignoré l’Académie nationale de médecine le 2 avril, le 22 avril, le 7 mai et le 28 juillet, l’European Centre for Disease Control le 8 avril ou son propre Conseil scientifique le 20 avril ? Il est facile de multiplier les instituts, conseils, centres, agences, sociétés, académies, autorités et organisations pour au final choisir parmi tous leurs avis celui qu’on veut mettre en avant… Mais ça, ce n’est ni de la science, ni de la politique. C’est de la manipulation.»

 


Christian Lehmann médecin et écrivain

 

 

Source: Le gouvernement démasqué – Libération

Faut-il demander aux enfants de porter le masque à la maison ?

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LA VÉRIFICATION – C’est ce qu’a recommandé l’ancien directeur général de la Santé, le professeur William Dab, ce week-end, soulevant l’indignation sur les réseaux sociaux.

«Je crois que c'est un vrai objectif social de laisser nos enfants à l'école. En revanche, il faut que, quand ils rentrent à la maison, ils gardent le masque», a lancé le médecin.
«Je crois que c’est un vrai objectif social de laisser nos enfants à l’école. En revanche, il faut que, quand ils rentrent à la maison, ils gardent le masque», a lancé le médecin. famveldman – stock.adobe.com

LA QUESTION. Les enfants de plus de six ans ont désormais l’obligation de porter un masque à l’école. Faut-il maintenant envisager qu’ils le portent chez eux ? C’est ce qu’a suggéré dimanche 1er novembre sur BFMTV le professeur William Dab, directeur général de la Santé (DGS) de 2003 à 2005. «Je crois que c’est un vrai objectif social de laisser nos enfants à l’école. En revanche, il faut que, quand ils rentrent à la maison, ils gardent le masque», a lancé le médecin et épidémiologiste, allant jusqu’à recommander aux familles de ne pas partager leurs repas avec les plus jeunes. «Si on ne contrôle pas ça, on ne va pas réussir à concilier notre obligation éducative et malgré tout à ralentir cette épidémie pour éviter des malades et des morts, et limiter la casse économique et sociale qui est déjà considérable.»

Jugée «irréaliste» et «inhumaine», cette proposition a essuyé de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux. Faut-il vraiment demander aux enfants de porter le masque à la maison pour protéger la famille ?

VÉRIFIONS. Jusque très récemment, les enfants et jeunes adolescents n’étaient pas considérés comme des vecteurs importants du virus. Et pour cause : «les études rassurantes publiées pendant l’été 2020 sur le risque modéré d’épidémies en milieu scolaire l’étaient avant tout parce que la circulation du virus en Europe en post-confinement était faible», explique le conseil scientifique du gouvernement français dans son rapport du 28 octobre . Avec la rentrée, ces certitudes ont volé en éclat. «La situation a radicalement changé avec la reprise épidémique du mois d’octobre et doit nous conduire à reconsidérer l’ouverture des établissements scolaires», lit-on dans le rapport.

Entre la semaine du 4 septembre et celle du 23 octobre, le taux de positivité au Covid des enfants de moins de 9 ans est passé de 2,9 à 13,8% au niveau national. Ce qui signifie que sur 100 enfants de cette classe d’âge testés, près de 14 étaient porteurs du virus. Sur la même période, le taux de positivité des 10-19 ans est passé de 6,7 à 19,4%.

Les scientifiques s’accordent sur le fait que les enfants et les adolescents jouent bel et bien un rôle dans la transmission du Sars-CoV-2, même s’ils ne développent, pour l’immense majorité, qu’une forme bénigne de la maladie. «Les adolescents de 12 à 18 ans semblent avoir la même susceptibilité au virus et la même contagiosité vers leur entourage que les adultes», note le Conseil scientifique, qui précise que dans la moitié des cas, ils ne présentent pas de symptômes. Quant aux élèves de primaire, ils semblent moins susceptibles de contracter le virus et moins contagieux que les adultes. Toutefois, «une transmission silencieuse du virus entre enfants a été décrite», qui «peut s’accompagner de transmission intrafamiliale secondaire».n

Les écoles, lieux de circulation du virus

N’y a-t-il donc pas un risque bien réel qu’enfants et adolescents disséminent le virus chez eux, faisant naître des chaînes de transmission, pendant ce 2e confinement, puisque les écoles, les collèges et les lycées restent cette fois-ci ouverts ? «On sait que dans de nombreuses écoles, l’environnement est propice à la circulation du virus, essentiellement parce qu’il y a des classes qui sont mal ventilées», estime le Pr William Dab, interrogé par Le Figaro. Au 26 octobre, le milieu scolaire et universitaire représentait 15% des clusters identifiés en cours d’investigation par Santé publique France (363 sur 2394). «Si on l’accepte sans rien faire, il faut s’attendre à ce que les mesures de confinement décidées aient une efficacité très partielle. Ce qui veut dire que d’ici deux ou trois semaines, dans certaines régions, dont l’Ile-de-France, nous allons faire face à une situation extrêmement difficile dans nos hôpitaux.»

On sait que dans de nombreuses écoles, l’environnement est propice à la circulation du virus (…) Si on l’accepte sans rien faire, il faut s’attendre à ce que les mesures de confinement décidées aient une efficacité très partielle. — Pr William Dab, médecin et épidémiologiste

Selon le scientifique, deux solutions sont envisageables. «On peut décider de fermer les écoles, et il n’est pas impossible que cela arrive dans certaines régions si la situation sanitaire est trop difficile à gérer», prévoit l’ancien DGS. «Si on ne le fait pas, il faut tout faire pour que les jeunes ne

contaminent pas leur entourage». Autrement dit : lavage de mains intensif, respect des distances physiques, aération et port du masque. Ce dernier serait valable jusqu’à ce que la circulation du virus redescende à un niveau faible (5000 cas par jour au niveau national).

Une idée impossible ?

Reste qu’en pratique, cette idée semble difficile à mettre en place, pour ne pas dire impossible. «Sur un plan purement sanitaire, c’est pertinent, il y aurait un bénéfice à le faire. Sauf qu’en pratique, c’est intenable. Cela implique des conséquences non négligeables sur la vie familiale», juge le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste et membre du collectif Stop Postillons, qui prônait dès l’été dernier le port du masque à partir de 6 ans à l’école. «Il faut limiter les contacts physiques entre les familles, pas au sein des familles. Si on en est à porter un masque à la maison, c’est qu’on a vraiment échoué ailleurs.»

«Je ne dis pas que le risque sanitaire s’impose sur toute autre considération, que c’est ce qu’il faut faire absolument», se défend William Dab. «Mon message est qu’il faut donner aux familles toutes les informations afin de leur permettre de faire leurs choix en connaissance de cause. Il faut qu’elles sachent qu’en novembre, les gens ne pourront pas être aussi bien soignés qu’on peut l’espérer à l’hôpital, que 40% des cas en réanimation ont moins de 65 ans et que 90% ont une comorbidité (diabète, obésité, hypertension, NDLR). Je peux entendre que les gens ne souhaitent pas se priver de contacts physiques avec leurs enfants. Mais dans les familles où il y a des gens porteurs de ces pathologies, il faut faire très attention. Il revient maintenant à chaque famille d’apprécier cela.»

Source: Faut-il demander aux enfants de porter le masque à la maison ?

Port du masque obligatoire dès 6 ans : une «bonne nouvelle» pas toujours facile à appliquer – Libération

«C’est une bonne nouvelle», se réjouit Michaël Rochoy, généraliste à Outreau (Pas-de-Calais) et cofondateur du collectif Stop postillons, après l’annonce du port du masque à l’école dès 6 ans, par le Premier ministre Jean Castex à partir de la rentrée de lundi 2 novembre. «Le gouvernement a préféré qu’on soit au pied du mur pour prendre cette décision alors que si ça avait été fait dès le mois de septembre, ça aurait permis d’aplatir la courbe de l’épidémie», regrette toutefois le médecin. Si les enfants de moins de 10 ans peuvent être contaminés par le Covid-19, ils sont majoritairement asymptomatiques et développent rarement des formes graves. Mais sont-ils contagieux ? «Les enfants de moins de 11 ans le sont tout autant que les adolescents ou les adultes», affirme Michaël Rochoy, s’appuyant notamment sur une grande étude de tracing menée en Inde et publiée dans la revue Science : elle conclut que les enfants pourraient bien être des acteurs clés dans la diffusion de la maladie. «Laisser les enfants sans masque en primaire, ça aurait été saboter le confinement puisqu’ils peuvent ramener le virus dans les foyers», ajoute Elisa Zeno, cofondatrice du collectif Ecoles et familles oubliées.

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La question de leur contagiosité divise toujours beaucoup la communauté scientifique. Certains chercheurs affirment que les enfants transmettent beaucoup le virus, quand d’autres disent qu’ils sont au contraire très peu contaminants. «Les enfants sont peu porteurs, peu malades et peu contagieux entre eux et envers les adultes, insiste Fabienne Kochert, présidente de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa). Moins contagieux ne veut pas dire pas contagieux du tout donc si le virus circule davantage sur tout le territoire, on peut avoir un petit plus de clusters dans les écoles», reconnaît la pédiatre. Rémi Salomon, chef du service pédiatrie Necker, est du même avis et ajoute : «Il faut prendre un maximum de précautions pour que les enfants ne transmettent pas le virus, ne le ramènent pas à la maison.»

Difficultés dans les apprentissages

Du côté des enseignants, le port du masque dès le primaire rassure, même si, dans les faits, ce ne sera pas toujours simple à appliquer. «A 6 ans, les enfants ont tendance à manipuler beaucoup de choses, observe Philippe Descottes, enseignant dans une école primaire à Rennes. Ceux qui le portent déjà volontairement à partir du CM1 le manipulent régulièrement. Donc pour les plus petits, ce sera loin d’être évident.» Autre difficulté soulevée, celle liée aux apprentissages. Les élèves ont déjà parfois du mal à entendre leurs professeurs masqués, un problème de compréhension qui ne s’arrangera pas quand tout le monde sera logé à la même enseigne. «Une énorme partie des apprentissages se fait dans le dialogue avec les autres élèves et les enseignants, donc là, les interactions vont être bridées, remarque Eva, pofesseure des écoles en zone REP à Paris. Ce sera aussi un obstacle quand ils devront lire à voix haute et ce sera globalement compliqué pour le langage oral.» Les enseignants s’interrogent également sur la fourniture de ces masques. Si le ministère de l’Education ne prévoit rien, les familles les plus modestes ne pourront pas équiper leurs enfants correctement. «Certains portent déjà le même masque plusieurs jours de suite», relève Eva.

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Dans son ensemble, le monde éducatif ne s’oppose pas au port du masque dès l’âge de 6 ans mais tout le monde s’accorde à dire que ça ne doit pas être la seule mesure, loin de là, pour renforcer le protocole sanitaire et assurer la sécurité des élèves, comme celle du personnel.

 


Cécile Bourgneuf

 

 

Source: Port du masque obligatoire dès 6 ans : une «bonne nouvelle» pas toujours facile à appliquer – Libération

Didier Raoult a-t-il vraiment signé «3 500 publications internationales» dans sa carrière ? – Libération

Didier Raoult a-t-il vraiment signé «3 500 publications internationales» dans sa carrière ?

Didier Raoult à l'Assemblée nationale le 24 juin.
Didier Raoult à l’Assemblée nationale le 24 juin.Photo Thomas Coex. AFP

Le directeur de l’IHU Méditerranée a effectivement cosigné plus de 3 000 articles et études. Ce qui ne veut pas dire qu’il les a «écrits».

Question posée par Thomas le 16/09/2020

Bonjour,

Nous avons raccourci votre question, qui était formulée ainsi : «Le Pr Raoult dit-il vrai lorsqu’il affirme avoir “écrit 3500 publications internationales” ? Cela fait beaucoup pour un seul homme. Si le chiffre surprend, est-ce que l’on sait par ailleurs si le fait de signer signifie qu’il a réellement travaillé dessus ? Merci.»

Vous faites référence aux déclarations de Didier Raoult lors de son audition, ce mardi 15 septembre, par la commission d’enquête sénatoriale sur la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. Voici les propos exacts du directeur de l’IHU Méditerranée Infection : «Je vous le dis très solennellement et après avoir juré de ne dire que la vérité : je n’ai jamais fraudé de ma vie. J’ai écrit 3 500 publications internationales, je n’en ai jamais rétracté aucune. Alors bien entendu, sur 3 500, il y a eu des erreurs qui sont passées, il y a une fille qui me traque depuis que je suis célèbre, qui a réussi à trouver 5 erreurs sur 3 500 publications. Il y en a probablement beaucoup plus que ça, j’estime qu’il y a entre 2 et 4% d’erreurs dans les papiers que j’ai faits. Je ne suis qu’un pauvre humain, je fais des erreurs comme tout le monde.»

Un rythme «proprement phénoménal»

L’affirmation du Professeur Raoult sur les «3 500 publications» – comprendre études scientifiques – qu’il aurait «écrites» a été largement commentée sur les réseaux sociaux. A l’instar de la journaliste du Point, Géraldine Woessner, plusieurs internautes ont rapidement calculé que cela correspondrait à «une [publication] tous les quatre jours, sans discontinuité, au long de quarante ans de carrière». Un rythme «proprement phénoménal», commente-t-elle dans son tweet, largement partagé. En se rendant sur les différents sites de recensement de publications scientifiques, force est de constater que le chiffre de 3 500 études mentionnant Didier Raoult parmi les auteurs est probable. Si l’on compte «seulement» 72 articles de lui sur Expertscape – site à l’algorithme tenu secret sur lequel Didier Raoult est référencé comme meilleur expert français de son domaine – on trouve 1 743 publications sur ResearchGate, 1 868 résultats sur Pubmed, le plus officiel, ainsi que 3 149 documents sur Scopus.

Les résultats de chaque plateforme ne sont pas à ajouter les uns aux autres : la majorité des études sont référencées sur plusieurs sites, puisqu’ils partagent les données des mêmes six ou sept principales revues scientifiques. La base de données Scopus en référence davantage car elle est tenue par Elsevier, éditeur des revues New Microbes and New Infections et International Journal of Antimicrobial Agents (Ijaa). Deux revues où plusieurs membres de l’IHU Méditerranée Infection siègent au comité éditorial, acceptant pratiquement sans délai de vérification chaque publication du Pr Raoult, qui en est donc le principal contributeur, comme l’expliquent Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui, professeurs à l’Université du Québec à Montréal (Uqam) dans une étude sur les revues scientifiques publiée sur le site The Conversation. En considérant que certaines publications mentionnant Didier Raoult en auteur ont pu passer entre les mailles du recensement en ligne, l’ordre de grandeur de 3 500 publications donné par Didier Raoult est tout à fait plausible.

Publications cosignées, oui, écrites, non

Toujours sur Scopus, on constate que Didier Raoult est coauteur de plus d’une centaine d’articles par an : il cumule jusqu’à 228 publications sur la seule année 2016. Le site recense déjà 118 publications de Didier Raoult en 2020, soit une publication tous les deux ou trois jours depuis le début de l’année. La découverte du Sars-COV-2 et la crise du Covid-19 ont évidemment donné matière aux chercheurs, et les publications se sont multipliées dans les instituts et laboratoires du monde entier. Or certains internautes soulignent que l’activité médiatique – les nombreuses interviews et conférences comme les vidéos sur Youtube – du Professeur Raoult ces derniers mois a dû lui laisser bien peu de temps pour rédiger des études approfondies, tout en étant aussi au chevet de ses patients.

«Chaque champ de recherche a ses spécificités, explique-t-on du côté de l’équipe de Didier Raoult. En biologie, celui qui exécute est premier auteur et celui qui dirige est dernier auteur. Ces articles, ce sont des recherches que Didier Raoult dirige. C’est assez classique. Il relit l’article, il fait des corrections, parfois il peut écrire des passages. La seule règle c’est d’avoir participé à la recherche.»

Mais déjà en 2016, le biologiste et journaliste Nicolas Chevassus-au-Louis s’interrogeait dans son livre Malscience : de la fraude dans les labos, à propos des records du monde du professeur Raoult. «Comment croire qu’un scientifique puisse participer réellement à des recherches débouchant sur quasiment une publication par semaine ?» questionnait-il. Plus récemment, une tribune intitulée «Halte à la fraude scientifique», publiée dans Libération, visait sans le nommer l’infectiologue marseillais. «Il est anormal que des directeurs d’équipes de recherche cosignent des publications dont le nombre rend impossible le fait qu’ils y aient réellement participé», affirmait le texte signé par un collectif de plusieurs centaines de scientifiques, chercheurs, et professionnels de santé.

Comme un «un réalisateur qui aurait fait 3 500 films»

«Dire qu’un scientifique a écrit 3 500 publications au cours de sa carrière est aussi ridicule que prétendre qu’un réalisateur a fait 3 500 films. Ce sont les mêmes délais : plusieurs mois voire un an, minimum», compare le docteur Michaël Rochoy, ancien chef de clinique des universités à Lille, lui-même auteur de plusieurs publications en médecine générale. «Il y a des délais qui sont incompressibles, un article prend en général plusieurs mois.» 

Les étapes, depuis le choix d’une question de recherche jusqu’à la publication de l’étude, sont a minima «faire une revue bibliographique sur le sujet, définir une méthodologie, recueillir un accord de comité d’éthique si besoin, recueillir les données et faire les analyses statistiques, comparer les résultats à la littérature, détailler les forces et limites de l’étude, conclure, écrire l’article, le soumettre à une revue, attendre la relecture, les corrections, la relecture», décrit le médecin. «Donc même avec le rythme de production d’un Spielberg, et même s’il a indéniablement consacré sa vie à la recherche, on ne peut envisager qu’il ait, comme il le dit, “écrit” lui-même ces études», détaille-t-il à CheckNews après avoir exposé son incrédulité sur Twitter. Selon lui, Didier Raoult «doit probablement avoir une contribution plus symbolique que réelle sur un grand nombre d’articles, c’est ce qu’on appelle être un auteur fantôme». Son nom aurait donc été systématiquement ajouté aux travaux de tous les collaborateurs et nombreux doctorants accueillis par l’IHU Méditerranée Infection.

Une théorie validée par le Professeur Roger Salamon, épidémiologiste et biostatisticien, ancien président du Haut Conseil de la santé publique et premier signataire de la tribune «Halte à la fraude scientifique». «Les signatures automatiques par le chef de laboratoire sont une pratique bien connue, explique-t-il à CheckNews. Si j’avais signé tous les papiers qui sortaient de mon Institut [l’Isped, Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement, ndlr] depuis trente ans, je n’aurais pas moins de 3 500 publications à mon actif, moi aussi.»

Pour le professeur Hervé Maisonneuve, médecin de formation devenu expert en intégrité scientifique, référent sur le sujet pour la faculté de médecine Paris-7, et derrière le blog «Rédaction médicale et scientifique», le volume de publication du PRaoult est effectivement incompatible avec le travail attendu d’un auteur. Celui-ci est détaillé dans les recommandations de l’ICMJE (International Commitee of Medical Journal Editors), qui font office de règlement déontologique dans le milieu. Elles déterminent que l’attribution de la qualité d’auteur doit reposer sur quatre critères cumulatifs. A savoir la «contribution substantielle à la conception ou aux méthodes de la recherche», la «rédaction préliminaire de l’article ou sa révision critique», «l’approbation finale de la version à publier» et «l’engagement à assumer l’imputabilité pour tous les aspects de la recherche».

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«Le rythme de ses publications rend impossible qu’il coche les deux premiers critères», estime Hervé Maisonneuve. Nathan Peiffer-Smadja, coordinateur du Réseau des jeunes infectiologues français (Réjif), acquiesce et rappelle un événement datant de 2012, énième preuve selon lui de l’implication toute relative du professeur Raoult dans certaines de ses publications. En 2006, Elisabeth Bik – la «fille qui traque» Didier Raoult selon les mots de ce dernier, chercheuse émérite ayant consacré sa vie à la lutte contre la fraude scientifique – a mis en lumière de graves erreurs dans des articles signés par Didier Raoult. Il a alors été interdit de publications dans toutes les revues scientifiques de l’American Society for Microbiology (ASM) pendant un an, «une sanction jamais vue dans l’histoire», commente Nathan Peiffer-Smadja. Lorsque l’affaire est révélée dans le magazine Science, six ans plus tard, l’infectiologue marseillais se dit «victime collatérale d’une sanction collective», comme le rappelle cet article de For Better Science. Il réclame un droit de réponse et déclare pour sa défense : «Je n’ai pas chapeauté ce papier et je n’ai même pas lu la dernière version.»

Points Sigaps et millions d’euros

Le professeur Roger Salamon tempère néanmoins : «On ne peut pas attaquer le professeur Raoult sur ça : c’est discutable, mais ce n’est pas illégal, et il n’est pas le seul à le faire.» Les accusations ne sont donc pas pour l’infectiologue, dont il dit apprécier la personnalité au demeurant, mais pour le «fonctionnement bancal du système de reconnaissance de la recherche» par l’Etat. Mêmes critiques de la part de Nathan Peiffer-Smadja : «Le système de publication est un gros problème en France, qui dépasse Raoult», concède-t-il, bien qu’il considère que ce dernier a littéralement «professionnalisé» une pratique qui consiste à gonfler son nombre de «points Sigaps».

Sigaps pour «Système d’interrogation de gestion, d’analyse des publications scientifiques». Depuis 2006, en France, cet outil de bibliométrie est utilisé pour calculer une partie de l’enveloppe annuelle accordée par le ministère aux centres hospitaliers universitaires (CHU) et à quelques autres centres liés à la recherche biomédicale, soit 78 établissements au total, explique le Monde. En prenant en compte le rang de signature de l’auteur et la notoriété de la revue, un certain nombre de points est attribué à chaque chercheur, pour chaque publication. Ces points Sigaps servent ensuite de base au ministère de la Recherche pour allouer des subventions publiques aux établissements : la «note» d’un établissement est la somme des notes de ses chercheurs, praticiens et professeurs.

Dans une interview à Marsactu, en 2018, Didier Raoult annonçait rapporter «11 millions d’euros par an» aux hôpitaux publics de Marseille, auquel son IHU est rattaché. Selon le magazine local, l’infectiologue pèserait pour «25% des crédits de recherche attribués à l’AP-HM».

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C’est le volume – et non la qualité – des publications qui compte, avancent tous nos interlocuteurs. «Il y a un vrai enjeu financier, on est poussé à publier beaucoup pour avoir un maximum de points, affirme Nathan Peiffer-Smadja. Pour l’argent mais aussi, dans le secteur de la médecine, parce qu’ils permettent d’être nommé professeur ou maître de conférences» par le Conseil national des universitaires (CNU). Roger Salamon confirme : «Ce fonctionnement dessert ceux qui ont un minimum de respect pour les signatures : au-delà de l’inélégance, le problème, c’est l’inégalité.»

«C’est bien pour ça qu’il n’y a ni contrôles ni changements, personne ou presque ne dénonce ce système, continue le PMaisonneuve. Les publications, donc les points, permettent d’avoir de l’argent et d’être promu, cela influence les comportements, même des plus critiques.» L’Académie des sciences avait d’ailleurs déploré les dérives de ce système dans un rapport en 2011.

Les équipes de Didier Raoult insistent de leur côté sur le fait que ni le professeur ni son IHU ne touchent directement les sommes en question : «Ces scores Sigaps permettent d’évaluer le niveau de recherche des hôpitaux, ils entraînent le versement d’une enveloppe financière aux CHU. Il n’y a aucun fléchage particulier qui se fait vers un pôle ou une équipe de recherche en particulier. Didier Raoult et l’IHU n’ont donc aucun intéressement particulier à avoir un score Sigaps élevé.»

Cordialement

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le CFPJ pour le journal d’application de la promotion 53.

 


Mathilde Roche

 

 

 Source: Didier Raoult a-t-il vraiment signé «3 500 publications internationales» dans sa carrière ? – Libération

Halte à la fraude scientifique – Libération

Tribune. Cette pandémie est la première dans l’histoire de la science moderne. Les moyens déployés et la mobilisation des chercheurs ont été sans précédents. Tous les projecteurs étaient braqués sur le monde de la recherche, ce qui aurait contribué à démocratiser et rendre attractif ce domaine parfois vu comme lointain ou inaccessible. Nos concitoyens étaient en droit d’exiger la science la plus sérieuse et honnête, dans l’intérêt supérieur de l’humanité. Force est de constater qu’ils ont été surpris et déçus.

Au lieu d’une unification des forces, ils ont assisté à une dispersion des moyens à l’échelle mondiale, européenne, et même nationale, nourrie par une impréparation et des égoïsmes, tant entre Etats qu’entre équipes de recherche, conduisant à une épidémie de petites études scientifiques locales, parfois de mauvaise qualité, qui ont fait perdre un temps précieux et sans doute beaucoup de vies humaines. L’Académie nationale de médecine a alerté, sans succès.

Cependant, la confiance de nos concitoyens a surtout été brisée par la mise en lumière de fraudes scientifiques. L’affaire dite du «Lancetgate» a eu un retentissement mondial, pas seulement dans la recherche, mais aussi sur des décisions internationales et nationales concernant la santé. Les différentes déclarations (San Francisco, Singapour, Hongkong) ou les recommandations et prises de position du réseau européen des bureaux d’intégrité scientifique (ENRIO) sont pertinentes mais ne suffisent plus : un accord international contraignant sur le système de publication scientifique, de relecture par les pairs et d’évaluation de la recherche, doit être impulsé par l’Union européenne.

Mais la France a aussi été un mauvais élève.

Quelques chercheurs minoritaires mais surmédiatisés, afin d’embellir artificiellement leurs résultats, ont exclu de leurs statistiques des patients dont le traitement n’a pas fonctionné et qui sont décédés, ont inventé des données de manière avantageuse lorsqu’elles étaient manquantes, n’ont pas fourni des informations pourtant facilement accessibles telles que les comorbidités de leurs patients et ont refusé de transmettre à leurs pairs les données permettant de vérifier l’authenticité de leurs résultats. La liste est encore longue. Ils ont ainsi durablement déformé et altéré l’image de la science et de la recherche.

Voies sans issue

Publier hâtivement, sur une plateforme de vidéos en ligne, un graphique biaisé issu de tests non fiables, de données partiellement inventées après avoir écarté celles qui ne sont pas favorables, est une communication trompeuse, abusant un public en attente de solutions et faisant naître de faux espoirs.

User de notoriété pour provoquer une augmentation des prescriptions d’un médicament, puis argumenter qu’il guérit en se basant sur des sondages ou le nombre de prescriptions, relève davantage de la prophétie autoréalisatrice que de la preuve scientifique.

Proclamer qu’un traitement guérit sur la base de comparaisons trompeuses, de patients plus jeunes ou en meilleure santé relève de la mauvaise foi.

Remettre en cause les essais contrôlés randomisés revient à oublier les risques de facteurs de confusion, à mépriser la notion d’équipoise du risque, qui est un fondement de l’éthique médicale, et à gravement méconnaître les apports considérables de cette méthode dans l’amélioration de la vie des malades depuis plus de cinquante ans.

L’argument selon lequel l’éthique médicale et le soin priment sur la recherche est fallacieux : l’histoire de la science et de la médecine nous montre bien des exemples où des vies ont été sauvées, parfois dans l’urgence, grâce à des idées novatrices voire dérangeantes mais, dans d’autres, l’empirisme a conduit à des morts par millions ou, au mieux, à gaspiller du temps et de l’argent dans des voies sans issue. Continuer de proclamer une découverte en refusant de la prouver est une utilisation abusive de cet argument, qui entretient la confusion et ramènerait la science au Moyen Age.

Des résultats transparents, exhaustifs, reproductibles

Les patients ont le souci compréhensible de défendre la qualité de prescription de leurs médecins. Cependant, le même niveau d’exigence doit être imposé aux chercheurs bénéficiant d’un effort national financier considérable pour qu’ils fournissent des résultats fiables et honnêtes, afin que les médecins puissent prescrire de façon éclairée et libre, mais toujours dans les limites fixées par la loi et selon les données acquises de la science, comme l’indique leur code de déontologie médicale. Il n’y a là rien d’une coquetterie élitiste, d’une lourdeur bureaucratique ou de pressions de quelques puissances financières : il s’agit de l’application du serment d’Hippocrate : «Avant tout, ne pas nuire.»

La science est évolutive et a toujours avancé par controverses et retournements de paradigmes : il est heureux que nos concitoyens le découvrent. Et toute découverte commence par la sérendipité ou l’intuition. Un scientifique est libre de ses hypothèses, de sa méthode et de défendre celles qui vont à contre-courant. Mais pour convaincre, il doit apporter des résultats transparents, exhaustifs, reproductibles, afin que ses pairs puissent vérifier ce qu’il proclame : préalable indispensable pour en faire rapidement bénéficier la population.

En sciences, la réputation se construit par la solidité des découvertes et des preuves, et non l’inverse.

Une transformation salutaire

Il est anormal d’invoquer fallacieusement l’éthique et l’obligation de soin pour refuser un essai contrôlé randomisé et, dans le même temps, inclure sans autorisation des enfants de 10 ans dans un essai clinique.

Il est anormal que la carrière des chercheurs et les systèmes de financement de la recherche soient basés davantage sur le nombre de publications (dépendant parfois d’un système de publication perfectible et au modèle économique discutable) que sur leur qualité (l’Académie des sciences le déplore depuis dix ans), alors que les instances d’évaluation de l’intégrité scientifique devraient voir leur indépendance inscrite dans la loi, pouvoir s’autosaisir et avoir un droit de décision sur les carrières des chercheurs et les financements des équipes de recherche.

Il est anormal que des publications scientifiques passent la barrière de la relecture en moins de 24 heures, dans des journaux où les auteurs sont eux-mêmes rédacteurs en chef ou membres du tableau éditorial.

Il est anormal, à l’inverse, qu’une procédure de relecture additionnelle d’une publication scientifique, déclenchée par une société savante, n’aboutisse qu’au bout de plusieurs mois.

Il est anormal que les citations entre auteurs d’une même équipe de recherche soient comptabilisées dans certains indicateurs de référence.

Il est anormal que des directeurs d’équipes de recherche cosignent des publications dont le nombre rend impossible le fait qu’ils y aient réellement participé.

Il est anormal et très grave que des chercheurs partiellement interdits de publication, pour cause de fraude scientifique avérée, se voient promus à des responsabilités encore plus importantes ou même à des fonctions qui décident de la carrière des autres, alors que leurs instances dirigeantes auraient dû les écarter définitivement de la recherche.

Durant des décennies, la fraude scientifique d’une minorité de chercheurs a bénéficié d’une impunité et a même servi de tremplin à leurs carrières, dans l’indifférence générale.

Les scientifiques et les médecins font partie des professions inspirant le plus confiance, ce qui constitue un puissant socle de stabilité de nos démocraties. Durant cette pandémie, l’image déplorable de la recherche a l’avantage d’avoir projeté ce sujet au-devant de la scène médiatique. Utilisons ces débats passionnés dont se sont emparés tous les Français, et qui ont dangereusement clivé notre société, pour provoquer une transformation salutaire. Le moment est historique : les responsables politiques ont le pouvoir de changer les structures de décision des carrières des chercheurs et enseignants-chercheurs et d’instaurer un système coercitif contre la fraude scientifique, avec un véritable impact sur la carrière des quelques rares qui s’y adonnent.

Contre la fraude scientifique aussi, le «monde d’après» ne doit pas ressembler à celui d’avant.

La liste complète des signataires est mise à jour en temps réel sur cette page. Et pour signer la tribune, c’est sur cette page.

Premières structures signataires (sociétés savantes / associations / collectifs) : Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF). Président : Pr Pierre Tattevin ; Société de Réanimation de Langue Française (SRLF). Président : Pr Eric Maury ; Société Francophone de Santé Environnement (SFSE). Présidente : Dr Elisabeth Gnansia ; Société Française de Pédiatrie (SFP). Président : Pr Christophe Delacourt ; Collège National des Généralistes Enseignants (CNGE). Président : Pr Vincent Renard ; Réseau des Jeunes Infectiologues Français (ReJIF). Coordinateur : Nathan Peiffer-Smadja ; Collectif FakeMed. Président : Dr Cyril Vidal ; European rural and isolated practioner association (EURIPA). Président : Dr Jean-Pierre Jacquet

Premiers signataires (personnes physiques) : Pr Roger SALAMON, ancien chef de service de santé publique-épidémiologie (CHU de Bordeaux / université de Bordeaux), ancien président du Haut Conseil de la Santé Publique ; Pr Hervé MAISONNEUVE, médecin de santé publique, référent intégrité scientifique de la faculté de médecine Paris-7, rédacteur du blog «Rédaction Médicale et Scientifique» ; Pr Dominique COSTAGLIOLA, Directrice de Recherche INSERM, membre de l’Académie des Sciences (épidémiologie et biostatistiques) ; Pr Christophe RAPP, infectiologue, hôpital américain de Paris, Président de la Société Française de Médecine des Voyages, membre du Haut Conseil de la Santé Publique ; Pr Jean-Michel CONSTANTIN, chef de service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris (APHP / Sorbonne Université) ; Pr Stéphane GAUDRY, réanimateur, service de médecine intensive et réanimation de l’hôpital Avicenne (APHP / Sorbonne Université) ; Pr Pierre-Yves SCARABIN, directeur de recherche émérite INSERM (épidémiologie et santé publique), ancien directeur de structure INSERM ; Pr Alexandre DEMOULE, chef de service de médecine intensive et réanimation de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris (APHP / Sorbonne Université) ; Pr Francis BERENBAUM, chef de service de rhumatologie de l’hôpital Saint-Antoine, Paris (APHP / Sorbonne Université / INSERM) ; Pr Patrick MERCIE, chef de service de médecine interne et immunologie clinique (CHU de Bordeaux / INSERM / université de Bordeaux) ; Pr Gaëtan GAVAZZI, chef de service de gériatrie clinique, Président du collège National des Enseignants de Gériatrie (CHU de Grenoble, université de Grenoble) ; Pr Mathieu MOLIMARD, chef de service de pharmacologie médicale (CHU de Bordeaux / INSERM / université de Bordeaux) ; Pr Luc FERRARI, toxicologue (CNRS / université de Lorraine) ; Pr Vincent DANEL, toxicologue, professeur émérite (université Grenoble-Alpes) ; Pr Bernard SALLES, toxicologue, professeur émérite (INRAE / université de Toulouse) ; Pr Nicolas PICARD, pharmacien (CHU de Limoges / université de Limoges) ; Pr Louis-Rachid SALMI, médecin de santé publique, ancien directeur de l’Institut de Santé Publique, d’Epidémiologie et de Développement (CHU de Bordeaux / université de Bordeaux) ; Pr Pierre DELLAMONICA, infectiologue, professeur émérite (université de la Côte d’Azur) ; Pr Vincent DUBEE, infectiologue, (CHU d’Angers, université d’Angers) ; Dr Patrick OUVRARD médecin généraliste, Vice-Président de l’Union Européenne de la Médecine Omnipraticienne ; Dr Isabelle CIBOIS-HONORAT, Présidente du conseil scientifique du Congrès de la Médecine Générale ; Dr Francis ABRAMOVICI, médecin généraliste, président de l’UNAFORMEC ; Pr Thierry LAMIREAU, chef de l’unité de gastro-entérologie pédiatrique (CHU de Bordeaux / université de Bordeaux) ; Pr Jean-François KOROBELNIK, chef de service d’ophtalmologie (CHU de Bordeaux / université de Bordeaux) ; Dr Matthieu CALAFIORE, médecin généraliste, directeur du département de médecine générale (faculté de médecine de Lille) ; Pr Patrick IMBERT, médecin généraliste, directeur du département de médecine générale (faculté de médecine de Grenoble) ; Dr Franck CLAROT, médecin légiste, radiologue, vice-président de la Fédération Nationale des Médecins Radiologues 76 ; Dr Edouard OBADIA, réanimateur, représentant de l’Association des Réanimateurs Du Secteur Privé (ARDSP) au CA de la Société de Réanimation de Langue Française ; Dr Christian LEHMANN, médecin généraliste, écrivain

 


Collectif de chercheurs et de professionnels médicaux

 

 

Source: Halte à la fraude scientifique – Libération

Covid-19 : que sait-on aujourd’hui de la transmission du virus par aérosols dans les espaces clos ? – Libération

Question posée par BARALE le 22/08/2020

Bonjour,

La rentrée se fait masquée, dans les entreprises comme dans les salles de classe. Avant que ces décisions ne soient prises, on pouvait lire, dans Libé le 14 août, une tribune d’un collectif de «professionnels de santé» («Covid-19 : le risque existe dans tous les lieux clos, dans les classes comme dans les bureaux») : «Nous l’affirmons sans ambiguïté : le Sars-CoV-2 se transmet par l’air et ne pas rendre le masque obligatoire dans les salles de cours ou les amphithéâtres, dans les open spaces, les salles de réunion, les ateliers et les bureaux partagés n’est pas conforme aux données de la science et de l’OMS.»

A l’aune de ces lignes, très affirmatives, vous nous interrogez sur l’état de la science à propos de la transmission du virus dans l’air. Il n’y a en fait pas de consensus sur une circulation du Covid-19, d’un individu à l’autre en population générale, via des «aérosols», ces microgouttelettes qui restent en suspension et qui pourraient être vectrices de virus actif et infectieux.

Deux médecins auteurs de la tribune reconnaissent auprès de CheckNews que la formulation «sans ambiguïté : le Sars-CoV-2 se transmet par l’air» n’est pas idéale. Mais qu’elle répond à un principe de précaution : il y a un risque que la transmission aéroportée existe, y compris hors des hôpitaux ou des laboratoires (où elle a été documentée).

Vous nous avez aussi demandé Le port du masque à l’extérieur est-il utile ?

Mise en garde de scientifiques

Au début du mois de juillet, 239 scientifiques d’une trentaine de pays mettent en garde sur la diffusion par aérosols du virus. S’adressant aux institutions de santé internationales (notamment l’OMS) et nationales, ils préconisent une grande vigilance concernant la transmission du virus par des microgouttelettes : «Certes, la transmission par aérosols du Sars-CoV-2 n’est pas encore universellement reconnue ; mais, selon notre évaluation collective, il y a suffisamment de preuves pour que le principe de précaution doive s’appliquer. Afin de contrôler la pandémie, en attendant la possibilité d’une vaccination, toutes les voies de transmission doivent être coupées.»

Plusieurs articles ou tribunes ont été consacrés à l’impact de cette publication sur les autorités (en français, en anglais). En France, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a sollicité le Haut Conseil de la santé publique. Le HCSP s’était déjà exprimé sur le sujet dans un avis publié le 8 avril (et dans une moindre mesure dans un avis publié le 24 avril).

Dans ce texte d’avril, on lisait notamment : «La transmission par aérosol est biologiquement plausible lorsque (1) des aérosols infectieux sont générés par ou à partir d’une personne infectieuse, (2) l’agent pathogène reste viable dans l’environnement pendant un certain temps et (3) les tissus cibles dans lesquels l’agent pathogène déclenche l’infection sont accessibles à l’aérosol. […] Pour le Sars-CoV, le niveau de preuve pour la transmission d’aérosols indique que les preuves pour les conditions 1 et 3 sont modérées et fortes pour la condition 2.»

CheckNews faisait aussi un point sur l’état de la science concernant l’aérosolisation au début du mois d’avril. Dans un article publié en mai sur la circulation (ou non) du nouveau coronavirus dans les climatisations, nous écrivions aussi : «Bien qu’il soit possible que des plus petites particules virales restent en suspension dans l’air (on parle alors d’aérosol), une infection nécessite qu’un nombre suffisamment important d’exemplaires actifs du virus pénètre dans l’organisme : c’est la dose infectante. Dans l’immense majorité des situations, le vent, les courants d’air, la ventilation, fait diminuer la concentration de virus dans l’air, ce qui abaisse très sensiblement le risque d’infection. Un risque plus important semble en revanche exister dans les situations de soins intensifs, dans les locaux où les soignants ôtent leurs protections et les toilettes des hôpitaux.»

Avis du Haut Conseil de la santé publique

Après demande du DGS, le HCSP a donc produit un nouvel avis, daté du 23 juillet : «Sars-CoV-2 : actualisation des connaissances sur la transmission du virus par aérosols.» Conclusion ? «Le HCSP considère qu’après actualisation des données de la littérature, une transmission aéroportée du virus Sars-CoV-2 doit être envisagée dans les espaces clos, notamment mal aérés et insuffisamment ventilés, et dans les rassemblements en extérieur.» Et d’enjoindre le public à porter un masque «dans tous les lieux clos publics et privés collectifs ainsi qu’en cas de rassemblement avec une forte densité de personnes en extérieur afin de limiter l’émission de particules respiratoires.»

Plus précisément, le Haut Conseil cite plusieurs études scientifiques publiées au cours des dernières semaines sur le sujet. L’une, parue début avril dans Nature conclut que «la transmission par aérosol est un mode de transmission potentiel des coronavirus, comme de la grippe et des rhinovirus». Les résultats d’une autre, publiée en juin 2020 à partir d’expériences en laboratoire, suggèrent que l’«infectivité et l’intégrité virionique [du Sars-CoV-2] se maintiennent jusqu’à seize heures dans des aérosols de taille respirable».

Le HCSP se réfère également à une revue de littérature émise par le Centre de collaboration nationale en santé environnementale canadien (financé par l’Agence de santé publique du Canada) au sujet des «risques et précautions associés à la Covid-19» dans le cadre du chant choral. Le CCNSEA relève notamment que «de plus en plus, on croit que la transmission par de petites gouttelettes ou par des aérosols produits lors de la parole, du chant, des cris ou de la respiration serait une voie de contagion importante. […] La transmission par aérosols pourrait se produire dans des contextes où les particules s’accumulent dans des pièces fermées non ventilées où de nombreuses personnes sont rassemblées pendant une longue période». S’ensuivent, dans l’avis du HCSP, quelques études de cas qui ont «décrit la survenue de contaminations par le virus Sars-CoV-2 de personnes rassemblées dans des espaces clos».

En laboratoire, en hôpital, en général

Dans cet avis, le HCSP recense donc des études qui vont dans le même sens : une transmission aéroportée du Sars-CoV-2 est possible. Mais elle n’est pas possible dans les mêmes proportions, selon les situations.

Ainsi, le Haut Conseil écrit «prendre en compte» deux éléments. D’abord, la lettre ouverte des scientifiques évoquée au début de l’article. Didier Lepelletier, coprésident du groupe de travail permanent Covid-19 du HCSP nous fait remarquer que cette lettre a été écrite par des physiciens, «qui estiment que la dichotomie entre gouttelette et microgouttelette [aérosol] n’est pas pertinente, pour eux tout est aérosol». Qui plus est, poursuit le chef du Service de bactériologie – hygiène hospitalière du CHU de Nantes : ces physiciens «s’appuient sur des modélisations, par exemple en laboratoire, qui ont pour certaines laissé penser que le virus pouvait circuler sous forme d’aérosols».

Deuxième élément considéré par le HCSP pour son avis de cet été : une prise de position du début du mois de juillet de l’OMS. Elle est lisible en intégralité (et en anglais), ou sous une forme résumée (en anglais), nous indique l’Organisation mondiale de la Santé.

«Le virus se transmet-il par aérosols ?» s’interroge l’OMS, qui distingue deux cas de figure. D’une part, en milieu de soins : «Certaines procédures médicales peuvent produire de très petites gouttelettes qui peuvent rester en suspension dans l’air pendant de plus longues périodes [par exemple une intubation ou une extubation]. Lorsque de telles procédures médicales sont effectuées sur des personnes infectées par le Covid-19 dans des établissements de santé, ces aérosols peuvent contenir le virus Covid-19. Ces aérosols peuvent potentiellement être inhalés par d’autres personnes si elles ne portent pas l’équipement de protection individuelle approprié.»

Autre cas de figure, en population générale (hors des hôpitaux) : «Des cas de Covid-19 ont été signalés dans certains lieux fermés, tels que des restaurants, des boîtes de nuit, des lieux de culte ou des lieux de travail où les gens peuvent crier, parler ou chanter. Dans ces cas, la transmission par aérosol, en particulier dans ces lieux fermés où il y a des espaces surpeuplés et insuffisamment ventilés où les personnes infectées passent de longues périodes avec d’autres personnes, ne peut être exclue.» Et l’OMS d’insister (à l’instar du HCSP) : «Des études supplémentaires sont nécessaires de toute urgence pour étudier ces cas et évaluer leur importance pour la transmission de Covid-19.»

Au lendemain de la publication de cet article paraissait une étude de cas dans le Journal of the American Medical Association (Jama). Elle se résume ainsi : «128 personnes ont pris deux bus et assisté à un événement religieux en Chine orientale. Celles qui ont pris un bus avec recirculation d’air et avec un patient atteint de Covid-19 avaient un risque accru d’infection par le Sars-CoV-2 par rapport à celles qui ont pris un autre bus. La transmission par voie aérienne peut expliquer en partie le risque accru d’infection.»

Moins contagieux que la varicelle

«Il n’y a jamais qu’un mode de transmission d’un virus, rappelle Didier Lepelletier, mais il y a toujours un mode préférentiel.» Il peut être manuporté, ou aérien par exemple. Et parmi les modes de transmission aérienne, il y a donc, schématiquement, les gouttelettes et les aérosols. Dans l’état actuel des connaissances (et depuis plusieurs semaines), «les gouttelettes sont un mode de transmission préférentiel par rapport aux aérosols», observe le membre du HCSP.

Plusieurs scientifiques contactés estiment que si les aérosols étaient le vecteur principal du Sars-CoV-2, le R0 (nombre de reproduction initiale) serait beaucoup plus élevé. Comme il est, par exemple, pour la tuberculose pulmonaire ou la varicelle (qui se transmettent par aérosol). Dont le R0 fluctue autour de 10 (soit beaucoup plus que pour le Covid-19).

Dans une récente étude publiée dans le British Medical Journal, les auteurs constatent que le risque qu’une personne sans symptôme (mais qui peut par exemple émettre des aérosols juste en respirant ou en parlant) contamine son entourage dépend à la fois de la densité de personnes, de leur activité et de la ventilation. Cela rejoint ce qu’exprimait le Haut Conseil dans son avis du 23 juillet, selon lequel que «trois conditions favorables sont à retenir concernant la transmission du virus : les conditions de ventilation et de flux d’air ; les conditions de l’atmosphère (basse température, humidité) ; les activités et efforts physiques pratiqués au sein des espaces clos».

Notons que ni le HCSP, ni l’OMS (ni les signataires de la tribune citées plus haut) ne recommandent explicitement le port du masque hors de ces situations (par exemple en général, dans la rue). Reste que les spécialistes de ces sujets aimeraient voir les études se développer pour mieux cerner les modes de transmission de ce virus.

En résumé : les aérosols ne semblent pas être le mode de transmission préférentiel sur Sars-CoV-2. Toutefois, certaines observations en hôpital ou dans des laboratoires laissent penser qu’il peut y avoir une transmission aéroportée, sans qu’il n’y ait de consensus sur le risque ou la probabilité qu’elle survienne. En population générale, il n’y a pas de preuves ni de mesure scientifique du risque de transmission aéroportée, mais ce risque est probable selon la communauté scientifique, et il est d’autant plus important dans des milieux mal aérés ou en extérieur cas de grands rassemblements. D’où une incitation, dans ces conditions, à porter le masque en milieu clos, au titre du principe de précaution.

Edit le 2 août : ajoute mention de l’étude parue dans le Jama

 


Fabien Leboucq

 

 

Source: (1) Covid-19 : que sait-on aujourd’hui de la transmission du virus par aérosols dans les espaces clos ? – Libération

Coronavirus: les masques, une arme pour prévenir la deuxième vague

Le port d’une protection faciale reste essentiel pour contrer l’épidémie. À condition que certaines mesures soient bien respectées.

Des tests effectués sur la solidité des masques dans le pôle mécanique du laboratoire national de métrologie et d’essais à Trappes. SEBASTIEN SORIANO/Le Figaro

À mesure que la France lève progressivement les restrictions, le port du masque sera, avec le lavage des mains, le maintien des distances physiques et l’aération des pièces fermées, essentiel pour freiner la course du virus. Le temps des controverses sur l’utilité de ce dispositif semble dépassé. Le 5 juin, l’Organisation mondiale de la santé a recommandé son emploi dans les régions où le virus circule, «dans le cadre d’une stratégie globale», dans les magasins, les transports publics et autres environnements peuplés ou confinés. Bien que son bénéfice soit difficile à quantifier, plusieurs études récentes laissent penser qu’une utilisation large du masque réduit de manière significative la transmission du Covid-19.

Un modèle mathématique mis au point par des chercheurs de l’université de Cambridge suggère ainsi que le port du masque pourrait contribuer de façon «majeure» à la réduction du taux de reproduction du virus (le nombre de personnes contaminées en moyenne par un individu infecté). Lorsque ce taux est inférieur à 1, l’épidémie cesse de progresser.

L’étude, publiée le 10 juin dans la revue Proceedings of the Royal Society, met cependant en lumière les conditions à respecter pour que la protection faciale contribue à endiguer l’épidémie. Le masque doit avoir une bonne capacité de filtration, et être porté par une très large majorité de la population. Le bénéfice disparaît si son usage est limité aux personnes déjà malades. «Cette protection n’est utile que si elle est portée par tout le monde, car les individus infectés sont contagieux environ deux jours avant de présenter des symptômes», remarque le Pr Didier Lepelletier, chef de service au CHU de Nantes et auteur de plusieurs avis du Haut Conseil de la santé publique sur le sujet.

À VOIR AUSSI – Covid-19: l’OMS recommande le port du masque dans les lieux très fréquentés des zones les plus touchées

Covid-19: l?OMS recommande le port du masque dans les lieux très fréquentés des zones les plus touchées – Regarder sur Figaro Live

Avec un autre modèle, l’équipe de Cambridge observe que le port du masque, même lorsqu’il intervient après la première période de confinement, pourrait réduire le risque de survenue d’une seconde vague. «Bien que certains paramètres importants n’aient pas été pris en compte par les scientifiques, leur travail offre un bon cadre de réflexion, et confirme certaines intuitions, commente Hélène Arduin, chercheuse au CNRS, spécialisée dans la modélisation des maladies infectieuses. L’étude illustre aussi la nécessité d’avoir plus d’informations sur la manière dont le virus se propage et survit dans l’environnement.»

 

Aucune étude scientifique en population générale n’a montré que le masque peut être un élément favorisant la contagion s’il est mal porté et il est contre-productif de créer une psychose autour de son utilisation

Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur du site stop-postillons.fr

Le coronavirus se transmet de personne à personne, lors de contacts rapprochés, par des gouttelettes de salive, des éternuements ou des crachats. Une contamination par aérosols dans l’air n’est pas exclue, mais elle n’a pas été démontrée. «Le masque a un effet mécanique incontestable, souligne le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur du site stop-postillons.fr qui en promeut l’usage par la population. Il limite la dispersion des gouttelettes émises par un individu infecté. Chez le sujet sain, il réduit le nombre et la taille des particules virales inhalées.»

Un examen récent de la littérature scientifique portant sur différents virus respiratoires confirme la réduction importante du risque d’infection associée au port du masque, mais aussi aux visières protégeant les yeux et au maintien d’une distance d’un mètre. L’étude a été publiée le 1er juin dans la revue The Lancet. «La protection est plus forte avec les masques FFP2 et chirurgicaux, qui devraient être réservés aux soignants et aux personnes fragiles, mais elle est aussi observée avec les masques en tissu réutilisables portant la norme AFNOR», précise le Pr Lepelletier.

Pour être le plus efficace possible, le masque doit être porté sous le menton et sur le nez, en resserrant la barrette rigide. L’OMS recommande par ailleurs de ne pas toucher son masque de manière répétée, et de ne pas le mettre ou le retirer sans se laver les mains. «Cela dit, aucune étude scientifique en population générale n’a montré que le masque peut être un élément favorisant la contagion s’il est mal porté, souligne le Dr Rochoy, et il est contre-productif de créer une psychose autour de son utilisation. Plus ce dispositif sera adopté par nos concitoyens, plus forte sera notre protection collective.»

 Source: Coronavirus: les masques, une arme pour prévenir la deuxième vague

[Société] Comment stopper les postillons | Clicanoo.re

PRATIQUE. La pandémie aura au moins appris à la population à différencier un masque chirurgical d’un FFP2. Ces masques certifiés étant réquisitionnés pour les soignants en première ligne, restent alors les alternatives en tissu. Un collectif de jeunes médecins du nord de la métropole a lancé le 22 mars un site qui fait la promotion des écrans anti-postillons. Leur devise : « Mon écran te protège, ton écran me protège : nos écrans nous protègent ». Rencontre avec avec Michaël Rochoy, médecin généraliste et co-créateur du site stop-postillons.fr

En quoi consiste votre site ?

Michaël Rochoy : Notre site fait la promotion du port généralisé d’un écran anti-postillons dans l’espace public. Il a plusieurs vocations : sensibiliser le public à l’importance du port généralisé, sensibiliser les médias et éventuellement inciter le gouvernement à agir rapidement. Nous avons détaillé notre argumentaire scientifique, étayé par des avis d’experts puis maintenant par des recommandations sanitaires (CDC aux Etats-Unis, collège de médecine générale belge…), et nous avons recensé plusieurs tutoriels visant à produire ces écrans anti-postillons pour tous, après 2 ans (c’est contre-indiqué avant cet âge).

Comment avez-vous eu cette idée ?

Le terme d’écrans anti-postillons vient du Docteur Elisabeth Hutt-Kempf, allergologue à Strasbourg, la maman d’un des co-auteurs (Antoine Hutt). Antoine a fait le lien avec le Docteur Jonathan Favre, qui a fait le lien à son tour avec le Docteur Thibault Puszkarek et moi-même. Nous étions tous convaincus de l’intérêt de ces écrans. Nous n’avons pas la prétention de nous positionner comme précurseurs : des études de 2008 et 2013 parlaient déjà de l’intérêt de masques fait maison en cas de pénurie et de pandémie. Sur la toile, des tutoriels fleurissent depuis février… Notre idée était de créer un site dédié pour réunir tout ça (arguments, avis, recommandations, tuto…) et en faire la promotion autant que possible, pour sensibiliser le public.

Vous faites partie des personnes qui recommandent le port du masque.

Effectivement, nous défendons l’idée d’un port généralisé d’écran anti-postillons pour protéger l’environnement. C’est un changement de paradigme : les écrans ne sont pas là pour se protéger soi-même (seuls les masques FFP2, en pénurie, le permettent), mais pour protéger les autres… Mais si les autres en portent, c’est moi qu’ils protègent ! Je porte un masque pour te protéger, tu portes un masque pour me protéger. C’est donnant donnant, et coronavirus perdant !

En quoi peut être fait ce masque ?

Ça peut être un masque en tissu, en papier, une écharpe, une visière en plastique, un cache-col… Peu importe : il faut dans un premier temps que lorsque nous sortons dans l’espace public (dans le cadre des déplacements autorisés), nous gardions un certain confinement de nos bouches et nos nez, comme cela se fait dans des pays asiatiques. Bien sûr, certains masques en tissu avec filtre seront un peu plus performants que d’autres, mais dans un premier temps, il faut vraiment que chacun s’habitue à porter quelque chose. Le port généralisé est une arme majeure dans la lutte contre le coronavirus, une arme qu’on a tous chez soi à disposition. Cela a fait ses preuves.

Vous détaillez précisément comment porter un masque : est-ce parce que les usagers ne savent pas comment porter un masque ?

Nous avons pleinement confiance dans la compréhension de l’utilisation des masques par les usagers. Ils ne peuvent pas « mal les porter » comme on l’a entendu. Ces écrans anti-postillons sont là pour protéger l’environnement de leurs postillons (et si tout le monde en porte, tout le monde se protège collectivement). Il suffit donc d’avoir cet écran devant le nez et la bouche.

Il existe de consignes pour les porter efficacement ?

Oui, nous avons précisé les consignes de port, pour qu’ils soient utilisés avec le maximum d’efficacité. Il faut bien comprendre que porter un écran anti-postillons ne sera jamais pire que ne rien porter. Nous ne pouvons pas faire moins que le “rien” actuel. Il est peu probable que vous vous contaminiez avec un écran bien porté (il faudrait toucher une projection reçue sur l’écran, puis mettre la main à la bouche sans la laver entre temps). Quand bien même cela arriverait, sans l’écran, vous auriez été contaminé.

Propos recueillis par Véronique Tournier

 Comment utiliser mon écran anti-postillons ?

Sur le site internet, le collectif de médecin explique comment utiliser les masques en tissu ou en papier, l’utilisation des écrans anti-postillon (EAP) en général. Selon eux, leur efficacité est limitée dans le temps (maximum 3 heures), mais compatible avec les sorties courtes autorisées.

1/Avant la sortie

– Je me lave les mains au savon ou à la solution hydro-alcoolique

– Je l’installe avant de sortir de chez moi.

– Il doit couvrir ma bouche et mon nez (bien ajusté au niveau du nez et du menton, pour limiter les ouvertures).

– Pour bien ajuster, il est recommandé de ne pas avoir certains types de barbes.

2/Pendant la sortie

– Je ne le touche pas lorsqu’il est en place.

Je ne l’enlève pas quand je suis à l’extérieur : il y a un risque de transmission du virus si les mains touchent la bouche ou le nez.

3/Après la sortie

– Je me lave les mains avant de toucher l’écran.

– Je n’enlève l’EAP qu’une fois de retour à la maison, en retirant par les attaches et en limitant le contact avec la partie exposée de l’écran.

– Je me lave les mains au savon ou à la solution hydro alcoolique après le retrait (possible contamination de l’écran).

4/Et après son utilisation ?

-Je le jette à la poubelle immédiatement s’il est en papier.

-Je le désinfecte tout de suite s’il est en tissu : je peux le laver à 60° pendant 30 minutes avec un détergent en machine à laver, pour limiter le contact avec les sécrétions sur le masque (le lavage à l’alcool ou à l’eau de javel, ou le repassage au fer à vapeur seul ne sont pas des méthodes suffisantes).

-Si je ne peux pas le désinfecter tout de suite, je le garde dans une boite hermétique (par exemple une boite en plastique qui devra être désinfectée avec de l’eau de javel). Le virus ne survit pas plus de 4 jours.

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