Le Parisien Paris : Le pass, une arme loin d’être infaillible

Pour les spécialistes, la mesure phare du gouvernement pour permettre de contrôler le Covid-19 a surtout l’avantage d’inciter fortement à la vaccination.

 

David Lalbat

 

Kevin Helies

 

« On est sur la bonne voie. » Pour Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur du collectif Stop Postillons, aucun doute : le pass sanitaire va « dans le bon sens » pour reprendre le contrôle de l’épidémie. Depuis quelques jours déjà, les nouvelles contaminations se stabilisent sur un plateau haut. La tendance, encore fragile, est même à la baisse dans quelques  départements.

 

« Ça s’explique par un taux de protection de la population en forte augmentation », analyse l’épidémiologiste Fabienne El-Khoury. Et c’est en partie grâce au pass sanitaire, estime-t-elle : « Un des premiers effets a été de booster la vaccination. » Dès le lendemain de l’annonce de son élargissement, plus de 1,3 million de rendez-vous ont été pris sur la plate-forme Doctolib, un record. Depuis, entre 300 000 et 400 000 Français entament chaque jour leur parcours vaccinal. L’objectif est désormais d’atteindre les 50 millions de primo-injections d’ici à la fin du mois, soit plus des trois quarts de la population française.

Certains tests moins sûrs que d’autres

Michaël Rochoy voit aussi dans la généralisation du pass sanitaire un moyen de faire baisser les contaminations dans les lieux les plus sensibles, à commencer par les bars et les restaurants. « Dans ces endroits de réunion clos, on retire le masque, il y a de la proximité, la probabilité d’y attraper le virus est importante », rappelle-t-il. Un risque majoré par la forte contagiosité du variant Delta.

Toutefois, le pass est loin d’être une arme infaillible. Pour l’obtenir, il faut avoir un schéma vaccinal complet depuis plus d’une semaine, ce qui n’est pas une garantie absolue de ne pas être porteur du virus. Autre possibilité, avoir un certificat de rétablissement de moins de six mois ou encore un test de dépistage négatif. Et là, nouveau trou dans la raquette : « Il est parfaitement possible d’attraper le Covid entre le moment où l’on se fait dépister et le moment où on entre dans le lieu soumis au pass », souligne Michaël Rochoy. D’autant que, pour éviter un engorgement des barnums, le délai de validité du test a été prolongé de 48 à 72 heures. Autre biais : si les tests PCR sont fiables, les antigéniques, également autorisés, le sont un peu moins. Et les autotests, désormais acceptés, encore moins.

Il est également très facile de passer entre les mailles du filet en utilisant le certificat d’un proche vacciné, puisque la présentation du pass ne s’accompagne, dans la plupart des cas, d’aucun contrôle d’identité, seulement d’un scan du code QR avec l’application TousAntiCovid Verif. « La fraude restera à la marge, veut croire Michaël Rochoy. Pas de quoi en tout cas remettre en question l’efficacité sanitaire de la mesure. » Le gouvernement rappelle tout de même que la combine est passible d’une amende de 135 €. Quant aux trafics de faux certificats, ils sont sévèrement punis. En Seine-Saint-Denis, une contractuelle du « vaccidrive » de Villepinte a été condamnée à un an et demi de prison, dont douze mois ferme, après avoir produit 200 faux codes QR qu’elle revendait à 200 € l’unité sur Snapchat.

Essentiels gestes barrière

Pour Michaël Rochoy et Fabienne El-Khoury, aussi imparfait soit-il, le pass sanitaire n’en reste pas moins utile pour combattre l’épidémie. Suffira-t-il à inverser la tendance ? Ils rappellent que c’est un outil parmi d’autres et qu’il doit s’accompagner d’autres précautions. La principale : le retour des gestes barrière qu’on a eu tendance à relâcher depuis le début de l’été. « Il faut continuer à porter le masque, respecter la distanciation sociale, se laver les mains régulièrement, aérer », conseille Michaël Rochoy. Y compris lorsqu’on est totalement vacciné !

Source: Le Parisien Paris : Le pass, une arme loin d’être infaillible