Covid-19 : et si on vaccinait les jeunes en priorité ? – Le Parisien

 

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Une étudiante se fait vacciner contre la méningite le 4 janvier 2017, sur le campus de Dijon.
Une étudiante se fait vacciner contre la méningite le 4 janvier 2017, sur le campus de Dijon. (AFP/PHILIPPE DESMAZES)

Le 5 mars 2021 à 17h22

 

Et si, après les plus âgés et les plus fragiles, on faisait passer… les plus jeunes ? « Bien sûr qu’on a envie de se faire vacciner rapidement », lâche Mélanie Luce, la présidente de l’Union des étudiants de France (Unef). Cette semaine, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, et le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, ont proposé que les jeunes puissent être vaccinés contre le Covid-19 dès que possible, par exemple dès le mois d’avril. Le premier veut « cibler » les « 18-24 ans » avec le vaccin Johnson & Johnson, a-t-il dit sur RMC et BFMTV. 2,7 premiers millions de doses de ce vaccin sont attendues en avril, soit… le même nombre que celui d’inscrits dans l’enseignement supérieur.

Pour le moment, priorité a donc été donné aux résidents d’Ehpad, aux soignants, aux personnes âgées de plus de 75 ans, à celles souffrant d’une maladie très grave et à celles d’au moins 50 ans avec comorbidités. Ce qui fait du monde (rien que six millions de plus de 75 ans) ! 6,2 % de la population majeure a reçu au moins une dose de vaccin au 3 mars, et près de 30 % des 80 ans et plus. Mi-avril, tous les 50-74 ans – cette fois, sans comorbidités – pourront à leur tour se faire piquer, comme l’a indiqué Jean Castex lors de sa conférence de presse jeudi soir. Et forcément, les 18-24 sont tout en bas du classement, avec 0,5 % de vaccinés pour le moment.

« Notre jeunesse vit un véritable drame »

Cela fait plusieurs semaines que le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, se préoccupe aussi de la santé des étudiants. « Notre jeunesse vit un véritable drame avec la crise. Le nombre de ceux en dépression a doublé et les vacciner leur permettrait de finir leurs études plus correctement, de retourner le plus rapidement possible à l’université et de se sentir mieux », défend le député de Seine-Saint-Denis. Certains cours en présentiel ont repris en février, mais avec des jauges et des règles sanitaires très strictes. L’élu pense qu’il serait possible de commencer à vacciner les jeunes sans attendre le mois d’avril. « On a des doses AstraZeneca dans les frigos, utilisons-les ! », s’exclame-t-il, faisant référence aux 400 000 doses stockées dans des hôpitaux. Ce vendredi, le ministre de la Santé a d’ailleurs demandé de les redistribuer vers des centres de vaccination.

Covid-19 : et si on vaccinait les jeunes en priorité ?

D’autres pays ont déjà opté pour une telle stratégie. Israël, leader mondial de la vaccination, a intégré les 16-39 ans dans le circuit fin janvier. En deux semaines, 40 % d’entre eux avaient reçu une première dose, rapporte le Times of Israël. La province canadienne du Nouveau-Brunswick vient de son côté de décider que les 16-24 ans passeront avant les 50-69 ans. « Ce n’est pas vraiment qu’on s’oppose à ce que les jeunes soient vaccinés, c’est qu’on voudrait que nos aînés soient vaccinés en priorité », s’est désolé auprès de Radio Canada Marcel Larocque, président de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick.

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Vacciner les jeunes prioritairement ? L’idée fait sens aux yeux de l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de Genève. « Je suis très favorable à vacciner les 18-25 ans en priorité après avoir vacciné les personnes âgées et vulnérables, les soignants et les 50-75 ans avec comorbidités. Ils ont payé un lourd tribut social, éducatif et économique à la crise et la société a une dette envers eux qui justifie cette priorité », estime-t-il. « C’est très dur d’évaluer qui en souffre le plus, et il ne faut pas minimiser l’impact sur les personnes âgées. Eux aussi aimeraient retourner au club de tarot quand ils seront vaccinés », nuance le jeune médecin généraliste Michaël Rochoy, 34 ans.

Le gouvernement défend sa stratégie

Du côté du ministère de la Santé, on défend sans surprise le choix d’avoir vacciné en priorité les personnes âgées et fragiles, et d’enchaîner avec celles souffrant de comorbidités. « Quand on a fondé notre stratégie à partir des recommandations de la Haute Autorité de santé, on a pris en considération que les vaccins offraient une protection contre les formes graves. Donc la priorité va à ceux qui ont le risque d’en présenter », justifie-t-on dans l’entourage d’Olivier Véran. Même réponse de la part d’Alain Fischer, le président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale. « L’ouverture aux autres publics se fera progressivement, mais notre objectif est de vacciner rapidement les personnes fragiles », nous indique son équipe.

Un flou temporel qui ne satisfait pas Mélanie Luce, la présidente de l’Unef. « Une fois qu’on a vacciné les personnes âgées et les personnels de santé, il faut que les étudiants soient les prochains sur la liste », lâche-t-elle. Privés de soirées et de sorties une bonne partie de l’année, tous les jeunes ont vécu une année extrêmement péniblement. Alors, les regards se tournent déjà vers la rentrée de septembre ou d’octobre. « Si la vaccination commence en avril ou en mai, on peut espérer avoir une majorité de vaccinés pour la rentrée. Pas si on commence en août », exhorte Mélanie Luce. Certes, le nombre de doses est encore très limité. Mais la France doit – à ce stade – en recevoir 20 millions en mars et avril confondus, soit trois fois plus qu’en janvier et février cumulés, et plus de 20 millions supplémentaires rien qu’en mai.

Un vaccin qui limite les infections ?

Le salut de la jeunesse viendrait-il de nouvelles données scientifiques ? Peu à peu, les travaux scientifiques concordent sur le fait que le vaccin serait efficace non seulement contre les formes graves ou symptomatiques, mais aussi contre la simple transmission. « Des études très intéressantes tendant à montrer que la vaccination protégerait de la contagiosité », a indiqué Olivier Véran jeudi soir.

 

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Cela pourrait bouleverser pas mal de choses. Vacciner les jeunes pourrait ainsi permettre de limiter le risque qu’ils ne contaminent leurs aînés. L’été dernier, les indicateurs avaient montré que l’incidence était remontée en premier chez les moins de 30 ans, qui ont davantage de contacts sociaux et ont plus profité de cette période de déconfinement pour faire la fête et décompresser. « Si je suis vaccinée, je pourrai aller voir mes parents mais aussi tous mes amis et toute ma famille sans crainte de leur transmettre le virus. J’en rêve », lâche Marie, 23 ans, qui ne compte plus les heures de couvre-feu à se languir dans son studio parisien.

Covid-19 : et si on vaccinait les jeunes en priorité ?

« Si demain on avait des éléments permettant d’établir définitivement l’efficacité des vaccins sur la contagiosité, évidemment que cela aurait un intérêt et pourrait changer certaines choses », glisse-t-on dans l’entourage d’Olivier Véran. La Haute Autorité de santé serait alors saisie pour rendre un nouvel avis. « Si l’exposition devient un critère important, les jeunes doivent très clairement être prioritaires », approuve Michaël Rochoy.

Dernier aspect : les 20-29 ans ont été deux fois moins contaminés que les plus de 50 ans depuis un an, d’après l’Institut Pasteur. Or, les personnes déjà infectées n’ont besoin que d’une seule dose de vaccin. Ainsi, avec un même stock, il serait possible de vacciner davantage de jeunes que de personnes plus âgées. Surtout que les 18-24 ans sont, à cette heure, ceux qui comptent le moins se faire vacciner. Dans la dernière enquête CoviPrev de Santé publique France, ils sont seulement 35 % à en avoir l’intention, contre 64 % des 50-64 ans. Mais ce taux pourrait augmenter au fil de la campagne, comme cela s’est produit pour d’autres tranches d’âge.

 Source: Covid-19 : et si on vaccinait les jeunes en priorité ? – Le Parisien