Un couvre-feu à 23 h est-il vraiment utile pour lutter contre le Covid-19 ?

Ouest-France Publié le 09/06/2021 à 18h22Abonnez-vous

C’est l’une des mesures phares de cette troisième phase du déconfinement : le décalage de l’heure du couvre-feu à 23 h. Mais, ainsi modifiée, cette mesure de lutte contre le Covid-19 garde-t-elle une utilité ? On fait le point.

À défaut d’être acceptée avec joie, la logique à l’œuvre derrière la mise en place d’un couvre-feu à 18 h avait été plutôt bien comprise : il s’agissait d’éviter tout contact rapproché en dehors de la sphère professionnelle. Le but du couvre-feu à 21 h, en vigueur depuis le 19 mai, était également relativement clair : empêcher, tout en assouplissant quelques restrictions, la tenue de certaines soirées ou de certains repas à fort potentiel de contagiosité.

Suivez en direct l’actualité du mercredi 9 juin en lien avec la pandémie de coronavirus et le déconfinement

Mais quid d’un couvre-feu entrant en vigueur à 23 h, comme c’est le cas depuis ce mercredi 9 juin ? Quelle utilité peut encore avoir ce dispositif avec une heure de déclenchement aussi tardive ?

Un couvre-feu est toujours utile, mais…

Les scientifiques le rappellent : quelle que soit son heure de début, un couvre-feu garde une part d’utilité.

Matthieu Revest, infectiologue au service maladies infectieuses et réanimation médicale du CHU de Rennes, explique ainsi à Ouest-France que « chaque situation d’interaction sociale évitée est bonne pour contrôler l’épidémie ». Et cela vaut donc également pour celles qui auraient dû avoir lieu après 23 h : « Cela va continuer à diminuer le nombre d’interactions par rapport à la vie normale. »

Néanmoins, ces interactions évitées après 23 h sont moins nombreuses que celles évitées entre 21 h et 23 h. Et, parfois, le mal (la contamination) a déjà été fait auparavant, lors du début de soirée. « C’est vrai que cet horaire va limiter l’efficacité du couvre-feu », admet François Bricaire, infectiologue et membre de l’Académie de Médecine, interrogé par Ouest-France.

« Colmater une petite brèche »

Conserver un couvre-feu à 23 h, avec cette utilité connue mais réduite qu’on peut lui prêter, n’est-ce donc pas un coup d’épée dans l’eau ?

C’est ce que pense Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais), interrogé par Le Figaro. Pour lui, le couvre-feu à 23 h, s’il limite « un peu les contaminations », « consiste à colmater une petite brèche (les contaminations pouvant avoir lieu après 23 h) alors qu’on ouvre un barrage », à savoir la possibilité d’aller dans les salles intérieures des bars et restaurants, que l’on sait propices aux contaminations.

Toujours dans Le Figaro, Mircea Sofonea, maître de conférences à l’Université de Montpellier, évoque même un potentiel effet pervers de cette mesure, qui pourrait selon lui amener des soirées à se terminer en intérieur, par peur du couvre-feu, plutôt qu’à l’extérieur, où le risque de contamination est moins grand.

De son côté, l’épidémiologiste Martin Blachier va plus loin et juge même que, au vu « du phénomène saisonnier », qui rend selon lui le virus bien plus inoffensif en été, « le couvre-feu à 23 h est sans doute superflu ».

Une manière de demander aux Français de rester vigilants

Toutefois, François Bricaire voit tout de même un intérêt dans le maintien d’un couvre-feu : celui de signifier que l’épidémie n’est pas tout à fait derrière nous. « Ce dont il faut se méfier, c’est un relâchement trop fort des gestes barrières », prévient-il.Déconfinement : autoriser l’ouverture des salles de bars, cafés, restaurants, est-ce une décision responsable ?Débattez !

Pour lui, le maintien d’un couvre-feu, qu’il juge surtout « d’ordre politique », est donc un moyen pour le gouvernement de dire : « Attention, ce n’est pas fini, maintenons les gestes barrières ». Un message qui, effectivement, se fait de plus en plus souvent entendre.

Source : https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/couvre-feu/un-couvre-feu-a-23-h-est-il-vraiment-utile-contre-le-covid-19-5ba8a396-c929-11eb-b44f-78ab7e85b98f

Déconfinement. Le couvre-feu à 23 heures est-il une mesure utile face à la pandémie ?


Déconfinement. Le couvre-feu à 23 heures est-il une mesure utile face à la pandémie ?

À partir du mercredi 9 juin 2021, la France entre dans la troisième phase du déconfinement. Dans les nouveaux assouplissements, le couvre-feu est décalé à 23 heures. Est-il encore utile face au Covid-19 ? On vous répond.

En Normanide, le couvre-feu reste est désormais à 23h

En Normanide, le couvre-feu reste est désormais à 23h – Photo Boris Maslard

Vous vous êtes sûrement déjà posé la question, un couvre-feu à 23 heures est-il bien utile ? Si le couvre-feu établi à 18 heures pour éviter tout contact et rassemblements en dehors de la sphère professionnelle semblait sinon logique, du moins acceptable lors de son instauration à l’automne dernier, les décalages à répétition avec l’arrivée des beaux jours et le déconfinement peuvent nous interroger sur sa pertinence aujourd’hui. Pourquoi s’obstiner à tenir un couvre-feu tardif ? On fait le point.

« Limiter les activités »

Pour Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais), interviewé par Le Figaro, «
C’est un confinement du soir qui permet de limiter les activités
». Mais il considère que le couvre-feu de 23 heures « n’a pas d’intérêt
» : « Plus on retarde l’heure du couvre-feu, moins il empêche des rassemblements, moins il a d’efficacité », contrairement à celui de 21 heures qui limitait la contamination dans les restaurants. Pour l’épidémiologiste Martin Blachier juge même que, au vu « du phénomène saisonnier », qui rend selon lui le virus bien plus inoffensif en été, « le couvre-feu à 23 heures est sans doute superflu ». Une mesure de tolérance donc ? Pour Michaël Rochoy, le couvre-feu à 23 heures « consiste à colmater une petite brèche alors qu’on ouvre un barrage », en prenant en compte l’ouverture des salles de bars et restaurants.

Assouplir les règles

Il est encore difficile de connaître l’impact réel du couvre-feu sur la contamination. À Toulouse, une étude publiait dans Journal of Infection montrait que le couvre-feu de 21 heures a permis de diminuer le taux d’incidence, mais avec une plus grande contamination dans les foyers familiaux. Face aux événements festifs qui se préparent comme l’Euro ou encore la Fête de la musique, le couvre-feu à 23 heures semble aussi être la solution : « L’Euro est peut-être la meilleure justification pour un couvre-feu à 23 heures
», avance le docteur Rochoy dans Le Figaro. Et plus l’heure est tardive, « moins ce sont les personnes fragiles – âgées ou avec des pathologies graves – qui sont susceptibles d’être dehors », ajoute-t-il. Même si les jeunes sont aussi touchés par des formes graves du Covid-19.

Une mesure symbolique ?

À l’heure du syndrome des vaccinés et donc du relâchement dans les gestes barrières, cette mesure serait aussi un rappel pour maintenir les mesures barrières. Un moyen de ne pas oublier que le Covid-19 est toujours présent et qu’il faut rester prudent. « Ce dont il faut se méfier, c’est un relâchement trop fort des gestes barrières
», déclare François Bicaire, infectiologue et membre de l’Académie de Médecine, à Ouest-France. Au Figaro, le docteur Rochoy ajoute : « en levant le couvre-feu, l’exécutif aurait avoué qu’il ne servait à rien, à part accabler l’économie
».

Source: Déconfinement. Le couvre-feu à 23 heures est-il une mesure utile face à la pandémie ?

Le port d’un masque à l’extérieur est-il «plus politique que sanitaire»? – EBENE MAGAZINE

Le gouvernement maintient l’obligation de porter le masque à l’extérieur, une mesure soutenue par 67% des Français. Cependant, plusieurs médecins spécialistes, dont certains de l’OMS, sont plus enclins à une approche diversifiée de son application voire de son élimination.

Si plusieurs départements français ont annulé le port des masques à l’extérieur, les avis sur l’utilité de cette mesure de santé diffèrent selon les spécialistes.

« Je recommande de retirer le masque, c’est désormais une décision politique car il existe un consensus scientifique sur le fait qu’il peut être complètement supprimé », a estimé le 31 mai. L’épidémiologiste Martin Blachier sur CNews. .

Soulignant un manque de soutien pour soulever le port du masque, comme indiqué dans de récents sondages, le spécialiste a déclaré que les gens devraient être «prêts». Selon un baromètre BVA pour RTL et Orange publié le 21 mai, deux Français sur trois (67%) étaient favorables au port d’un masque à l’extérieur.

Portez-le «  dans des endroits denses  »

Interrogé par 20 minutes, un autre médecin partage le point de vue de son collègue. Selon Michaël Rochoy, spécialiste en épidémiologie, «c’est plus politique que sanitaire». Il a estimé que son sens de l’hygiène n’était réel que dans les grandes villes comme Paris, Lille ou Rennes.

Le port d’un masque peut être efficace «dans des endroits fermés» ou statique «là où les gens se trouvent», comme les terrasses.

Un avis qui va dans le sens d’une recommandation correspondante de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui recommande de porter le masque sur son site « dans les situations où vous n’avez pas la possibilité de garder une distance physique des autres ». L’OMS cite à titre d’exemple les marchés, les rues animées ou les arrêts de bus.

D’un autre côté, « mettre le masque sur la plage n’a pas de sens, si vous êtes dans des rues piétonnes avec seulement quelques personnes, cela ne sert à rien », a déclaré le Dr. Rochoy.

Défendez-vous contre d’autres maladies

Une approche au cas par cas a également été évoquée à La Dépêche du Midi par Stéphane Oustric, médecin à Toulouse et président de l’Ordre des médecins de Haute-Garonne:

«Il n’est pas risqué de ne pas porter de masque quand on est seul à l’extérieur, sur le vélo, surtout si on a été vacciné. Mais vous devez le supporter à tout prix lorsque vous êtes immobile, dans un espace clos ou en présence d’autres personnes. «

Le médecin a également suggéré de continuer à porter le masque pour se protéger contre certaines maladies:

«Cet hiver, nous avons eu peu de gastro, de grippe, de bronchiolite. Des vies ont été sauvées, pourquoi sans le réflexe masque que nous avons acquis pendant ces longs mois de pandémie? «

Enfin, à la mi-mai, plusieurs spécialistes de l’OMS ont recommandé de prendre en compte l’intensité de la transmission du virus dans la région et la couverture vaccinale. C’est notamment le cas du directeur de l’OMS chargé des urgences sanitaires, Michael Ryan, et du chef scientifique de l’organisation Soumya Swaminathan. Elle a rappelé que les vaccins « protégeaient contre l’infection dans un rapport de 70 à 80% ».

Prédictions des autorités

Emmanuel Macron a mis en garde le 20 mai sur les risques de contamination en cours. Il a appelé à la « prudence » en annonçant que le port du masque en France resterait en vigueur « jusqu’à fin juin ». Début mai, Olivier Véran a évoqué « cet été » dans l’espoir de lever cette mesure.

.Source: Le port d’un masque à l’extérieur est-il «plus politique que sanitaire»? – EBENE MAGAZINE

Vaccins contre le Covid-19 : les bons réflexes à adopter – ladepeche.fr

Alors que la campagne de vaccination s’accélère, de fait, de plus en plus de Français s’apprêtent à se faire vacciner, voici les bons réflexes à adopter avant et après la fameuse injection.

Les effets secondaires des vaccins contre la Covid-19 sont semblables à ceux d’autres vaccins classiques, c’est-à-dire assez anodins dans l’immense majorité des cas. Mais il existe quelques conseils pour s’y préparer au mieux.

Ne pas se faire vacciner si on est déjà malade

L’injection du vaccin va faire réagir le système immunitaire, or, si celui-ci est déjà affaibli, il n’est pas recommandé de lui ajouter du travail en se faisant vacciner.

Autrement, selon le Dr Michaël Rochoy, interrogé par Ouest France, “il n’y a pas de recette miracle pour anticiper les effets” du vaccin.

Le paracétamol, plutôt pour guérir que prévenir

Selon ce médecin, et un autre confrère interrogé par Ouest France, il est conseillé de prendre du paracétamol au moment où des symptômes apparaissent. “On n’est pas certain que la prise anticipée soit mieux que la prise au moment des symptômes”, indiquent-ils.

Les médecins précisent tout de même que les douleurs qui suivent l’injection sont “la simple illustration de la réponse immunitaire qui se met en place”.

Consulter si les effets secondaires persistent après 48h

Le Dr Rochoy indique que des effets secondaires comme la fière ou des courbatures peuvent apparaître après l’injection sans qu’il n’y ait matière à s’inquiéter. À moins que ceux-ci ne persistent au-delà des 48 heures après.

“Si vous avez la moindre inquiétude, vous pouvez tout de même appeler votre médecin traitant et voir avec lui”, précise-t-il.

Reposez-vous et évitez l’alcool

Enfin, le meilleur moyen pour permettre à la réponse immunitaire de se faire sans trop d’effets secondaires est de se reposer. Par ailleurs, comme après la prise d’autres médicaments, l’alcool est déconseillé pendant les jours qui suivent l’injection.

Source: Vaccins contre le Covid-19 : les bons réflexes à adopter – ladepeche.fr

Quelle place pour l’imagerie thoracique après un Covid-19 ? | Le Quotidien du médecin

Dans le cadre du suivi des patients ayant été infectés par le SARS-CoV-2 se pose parfois la question de réaliser une imagerie. Quelles en sont ses modalités et ses indications ? Quelle est la stratégie diagnostique ? Les médecins et chercheurs du collectif « Du côté de la science » font le point sur le sujet.

Du côté de la science

Toute demande d’imagerie thoracique résulte de la nécessité d’obtenir un diagnostic face à des symptômes respiratoires dont la prise en charge (notamment thérapeutique) est guidée par les résultats obtenus. Le Covid-19 ne doit pas échapper à cette règle.

Tout d’abord, soyons direct : il n’y a aucune place pour la radiographie thoracique. Si une imagerie est indiquée, il faut réaliser un scanner (tomodensitométrie, TDM).

Sans preuve de contamination par PCR, le scanner offre actuellement de bonnes performances diagnostiques (Se = 90%, Sp = 91%) ce qui permet de rattraper d’éventuels faux négatifs de la PCR et de poser des diagnostics différentiels.

Concernant la place du scanner, les Société Française de Radiologie (SFR), d’imagerie thoracique (SIT) et de pneumologie de langue française (SPLF) et la Haute Autorité de Santé (HAS) ont publié des recommandations.

Ce qui n’est pas indiqué :
1.    La radiographie de thorax
2.    Faire un scanner uniquement car la PCR ou la sérologie SARS-CoV-2 est positive
3.    Injecter systématiquement le scanner thoracique, en phase initiale. L’injection n’est à effectuer qu’en cas d’élévation importante des D-dimères (ou en cas de discordance entre l’étendue lésionnelle et le retentissement clinique). Rappelons que les D-Dimères sont à interpréter en fonction de l’âge et du contexte.
4.    Multiplier les scanners dans les 15 premiers jours chez des patients cliniquement stables

Ce qui est indiqué :
1.    Réaliser un scanner thoracique en cas de mauvaise tolérance respiratoire (dyspnée, désaturation ou hypoxémie). Le scanner permet alors de grader la sévérité de l’atteinte pulmonaire ce qui fournit une information pronostique. Il peut aussi aider à l’orientation des patients (hospitalisation vs prise en charge ambulatoire) même si la décision repose avant tout sur la clinique
2.    Réaliser un scanner thoracique avec injection en cas d’aggravation respiratoire secondaire, afin de ne pas méconnaître une embolie pulmonaire
3.    Réaliser un suivi scanner de réévaluation sans injection à 3-4 semaines en cas d’atteinte parenchymateuse initialement sévère (oxygénothérapie prolongée, étendue des lésions > 25 % du volume pulmonaire) ; et à 3-6 mois pour évaluer les éventuelles lésions résiduelles fibrosantes ou si des symptômes respiratoires persistent.

Que recherche-t-on au scanner ?

En phase initiale, des opacités en verre dépoli non systématisées, multifocales, pseudo nodulaires bilatérales, et asymétriques, prédominant en région sous pleurale à basale et postérieure ; des micronodules bronchiolaires. L’évolution des images en verre dépoli vers un « crazy paving » est péjorative (c’est à dire l’apparition de réticulations septales au sein du verre dépoli).

Une éventuelle embolie pulmonaire sera visible après injection au niveau vasculaire, et sans injection sous la forme de condensations pulmonaires de densité mixte sous-pleurales bilatérales, à bords nets et rectilignes, de forme triangulaire à base pleurale et centre nécrotique.

À distance, le scanner peut objectiver la régression des anomalies (qui se fait en un mois environ), ou d’éventuelles séquelles visibles sous la forme de possibles lésions fibreuses tardives (qui ne peuvent être affirmées que plus de 4 semaines après le diagnostic). En effet selon les études les plus récentes, 25 à 60 % des patients ayant fait une forme grave nécessitant une hospitalisation, présentent des modifications TDM plus de 100 jours après l’infection (en majorité des opacités en verre dépoli, et des réticulations). Néanmoins ces images sont susceptibles de s’améliorer et n’évoluent pas nécessairement vers la fibrose.

Par comparaison, les épidémies de SARS-CoV-1 et de MERS-CoV ont laissé des séquelles fibrosantes chez 30 à 36 % des survivants.

Messages à retenir :
La radiographie standard n’a pas de place dans la stratégie
Le scanner est utile au diagnostic précoce, et au suivi, dans un cadre précis
L’injection de produit de contraste ne doit pas être systématique
À plus de 3 mois, moins de deux tiers des patients ayant nécessité une hospitalisation présentent des images persistantes au scanner

Références HAS :
Réponses rapides dans le cadre de la COVID-19 – Place du scanner thoracique

Société Française de Radiologie :
Actualisation des recommandations d’imagerie thoracique dans la pneumonie COVID-19

Dr Franck Clarot
Radiologue, Rouen – vice-président de la Fédération Nationale des Médecins Radiologues

Dre Corinne Depagne
Pneumologue, Lyon

Cette contribution extérieure à la rédaction du « Quotidien » a été rédigée par des membres du collectif « Du Côté de la science », composé de médecins et de scientifiques.

Dr Michaël Rochoy
Médecin généraliste, Outreau

23 médecins et chercheurs appellent à un déconfinement fondé sur des critères sanitaires

23 médecins et chercheurs appellent à un déconfinement fondé sur des critères sanitaires


ABONNÉS

TRIBUNE – Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique, et 22 médecins et chercheurs demandent “la mise en place d’un nouveau protocole national, qui fixe des seuils précis, déclenchant des mesures automatiques, décidées et débattues à l’avance”.

Un centre de vaccination près de Nantes.
Un centre de vaccination près de Nantes.
(Reuters)

La tribune : “Avec 26.000 nouveaux cas par jour en moyenne et près de 6.000 patients hospitalisés en soins critiques, le troisième déconfinement annoncé par le président de la République semble davantage guidé par des desseins politiques que par un objectif sanitaire. La ligne de l’exécutif, ‘assumée’ par Emmanuel Macron, est de ‘vivre avec’ le Covid-19, tout en reconnaissant qu’il est ‘impossible’ d’affirmer ‘qu’on ne sera plus jamais débordé par ce virus’.

Cette annonce survient au lendemain de la publication du modèle de l’Institut Pasteur concluant qu’une ‘remontée importante des hospitalisations pourrait être observée en cas de levée trop rapide des mesures de freinage […] même sous des hypothèses optimistes concernant le rythme de vaccination’.

D’après l’Institut Pasteur, seul un scénario optimiste permettrait d’éviter un rebond épidémique durant l’été

D’après l’Institut Pasteur, seul un scénario optimiste permettrait d’éviter un rebond épidémique durant l’été. Ce scénario allie un rythme de vaccination de 350.000 à 500.000 injections par jour, une surcontagiosité du variant anglais limitée, de l’ordre de 40%, et un taux de reproduction (R) maximal de 1,3. Il est optimiste dans la mesure où les études internationales évaluent habituellement la surcontagiosité du variant britannique entre 50 et 70%, avec un taux de reproduction de 1,4 à 1,7. Par ailleurs, il ne prend en compte ni la réouverture des écoles, ni la disparition de la limite des 10 kilomètres, ni l’émergence des variants sud-africain, brésilien ou indien.

Le conseil scientifique, de son côté, affirmait le 21 avril que ‘la situation sanitaire reste malheureusement préoccupante, notamment en raison de l’apparition de variants’ et que ‘la troisième vague de l’épidémie se situe depuis plusieurs mois à un niveau élevé’. On ne peut que s’interroger sur son absence lors de l’annonce présidentielle et sur la liberté dont dispose ce conseil dans l’exercice de sa mission.

Nous assistons à l’officialisation du passage d’une gestion active à une gestion passive de l’épidémie

Plutôt que de formuler un objectif à atteindre, comme le seuil des 5.000 nouveaux cas par jour – seuil en deçà duquel il est jugé possible de contrôler l’épidémie grâce au triptyque tester-tracer-isoler -, les annonces présidentielles officialisent un ‘frein d’urgence’ ou ‘de reconfinement’ fixé à 400 nouveaux cas pour 100.000 habitants, contre 250 auparavant, et associé à des critères aussi flous que l”augmentation brutale du taux d’incidence’ ou la ‘menace de saturation des services’. Nous assistons à l’officialisation du passage d’une gestion active à une gestion passive de l’épidémie. Il s’agit là d’un pari audacieux, avec un seuil particulièrement élevé et ne répondant pas à des objectifs de contrôle. On rappelle que l’Allemagne place la barre du déconfinement à 100 cas, le Portugal à 120.

Par ce choix, notre pays reste sourd à l’alerte donnée par l’OMS, qui vient de mettre en garde l’Europe contre un assouplissement des restrictions, précisant que ‘la situation en Inde peut se produire n’importe où’.

Ce choix nous isole sur la scène internationale. Certains de nos partenaires refusent désormais d’admettre nos ressortissants sur leur territoire. D’autres n’hésitent pas à supprimer leurs liaisons aériennes avec Paris.

Les mesures annoncées par le chef de l’Etat éloignent encore un peu plus la France de la stratégie de suppression du virus adoptée avec succès par un nombre croissant d’Etats dans le monde. Comme l’a rappelé récemment The Lancet, ces Etats sont ceux qui s’en sortent le mieux, à la fois sur le plan sanitaire et sur le plan économique.

La France expose son système de santé à une situation durablement tendue, au prix de nombreux décès directs et indirects

Les exemples du Royaume-Uni, du Portugal et d’Israël démontrent pourtant que la lutte contre le Covid-19 passe par une méthode ‘hybride’, qui allie la vaccination comme moyen de prévention à l’emploi de dispositifs de protection et de contrôle tels que l’aération, les purificateurs d’air, les détecteurs de CO2, les autotests et les tests itératifs.

Faute de l’avoir compris, la France expose son système de santé à une situation durablement tendue, au prix de nombreux décès directs et indirects, sans compter les personnes souffrant de ‘Covid long’, dont la prise en charge pourrait représenter un défi majeur de santé publique au cours des années à venir.

Comment allier impératifs sanitaires, économiques et scientifiques? Après un an de privations, la France aspire à reprendre une vie satisfaisante. Mais cela ne peut se faire que sur des bases scientifiques. Nous appelons donc à la mise en place d’un nouveau protocole national, qui fixe des seuils précis, déclenchant des mesures automatiques, décidées et débattues à l’avance, afin de pouvoir garantir le tester-tracer-isoler et un fonctionnement efficace du système de soins. Un isolement effectif des malades fait partie de cette stratégie, tout comme la quarantaine imposée aux frontières.

Pour lutter efficacement contre le virus, il ne faut plus être dans le déni ni dans la pensée magique, ni invisibiliser la maladie et ses conséquences

Ce nouveau protocole doit s’accompagner d’une communication ambitieuse, qui informe en profondeur la population sur le fait que les contaminations se produisent, pour l’essentiel, dans l’air que nous respirons.

Les entreprises et les établissements recevant du public comme les écoles, les théâtres, les musées, les cinémas ou les restaurants dépendent pour rouvrir durablement de cette ‘approche globale’ de la lutte contre le Covid-19.

Comme le recommande désormais le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), en particulier au sujet des écoles, ‘les fenêtres doivent rester ouvertes pendant les cours ou enseignements’ et ‘l’idéal est d’ouvrir deux fenêtres, si possible, pour favoriser la circulation de l’air’. Le HCSP préconise, ensuite, une ‘mesure de la concentration en dioxyde de carbone dans l’air’. Il fixe un seuil de sécurité : ‘une concentration en CO2 supérieure à un seuil de 800 ppm doit conduire […] à ne pas occuper la salle et à agir’. L’identification des ‘zones à risque’ est une priorité. Des filtres Hepa [haute efficacité pour les particules aériennes] et des autotests systématiques complètent ce dispositif, qui permet un bon contrôle du risque de contamination aérienne.

Pour lutter efficacement contre le virus, il ne faut plus être dans le déni ni dans la pensée magique, ni invisibiliser la maladie et ses conséquences. Seule une attitude proactive alliant vaccination et protocole gradué permettra de vaincre le Covid-19. C’est le défi de notre temps. Relevons-le, ensemble.”

Les signataires : 

Du Côté de la Science

Ecoles et Familles Oubliées

Association Après J20

Isabelle Boulanger, Professeur de français (Ecole et Familles Oubliées)

Pr Thierry Baubet – psychiatre – chef de service psychiatrie addictologie – Hôpital Avicenne – Bobigny (Du Côté de la Science)

Eric Billy – chercheur en immuno-oncologie – Strasbourg (Du Côté de la Science)

Dr Matthieu Calafiore – médecin généraliste – maître de conférence des universités – directeur du département de médecine générale de la faculté de Lille (Du Côté de la Science)

Emeline Chavernac (Association Apresj20)

Dr Franck Clarot, Radiologue, Médecin légiste, Vice-Président de la FNMR (Du Côté de la Science)

Marion Damuni, Chargée de gestion (Ecole et Familles Oubliées)

Gisèle Daste, Pédagogue (Ecole et Familles Oubliées)

Dr Corinne Depagne – pneumologue – Lyon (Du Côté de la Science)

Dr Jonathan Favre – ancien chef de clinique de médecine générale à Lille (Stop-Postillons, Du Côté de la Science)

Pr Guillaume Gorincour – radiologue – vice-président du Conseil départemental de l’Ordre national des médecins (Du Côté de la Science)

Stéphane Korsia-Meffre – vétérinaire & rédacteur médical – Auxerre (Du Côté de la Science)

Dr Christian Lehmann – médecin généraliste – écrivain (Du Côté de la Science)

Dr Jérôme Marty – médecin généraliste – Président de l’UFML (Du Côté de la Science)

Philippe Moreau Chevrolet (Sciences Po Paris)

Dr François-Xavier Moronval – médecin urgentiste (Du Côté de la Science)

Dr Bruno Rocher – psychiatre addictologue – médecin responsable de l’espace Barbara – CHU Nantes (Du Côté de la Science)

Dr Michaël Rochoy – ancien chef de clinique de médecine générale à Lille (Stop-Postillons, Du Côté de la Science)

Dr Hélène Rossinot – médecin spécialiste de santé publique – écrivain – Nancy (Du Côté de la Science)

Barbara Serrano – consultante indépendante et Maîtresse de conférences associée à l’Université de Versailles Saint-Quentin (Du Côté de la Science)

Elisa Zeno, Ingenieur de Recherche (Ecole et Familles Oubliées)

Dr Florian Zores – Cardiologue – Strasbourg (Du Côté de la Science)

Pr Mahmoud Zureik – professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’Université de Versailles Saint-Quentin (Du Côté de la Science)

 Source: 23 médecins et chercheurs appellent à un déconfinement fondé sur des critères sanitaires

Vaccinodromes : Le vaccin Moderna inspirerait moins confiance alors qu’il est très efficace et ne présente aucun effets secondaires

Tout comme AstraZeneca (en tête des vaccins les plus évités), le vaccin Moderna semble être un peu délaissé par les Français. Début d’explication.

Alors que les vaccinodromes ouvrent leurs portes, les créneaux pour recevoir des injections Moderna n’ont pas été pris d’assaut. Pourtant les derniers chiffres (site Business Insider) donnent -selon des estimations américaines- une efficacité de… 99,9999 % pour le vaccin Moderna (et Pfizer/BioNTech). Mieux, Moderna est exempt d’effets secondaires.

Moderna : Plusieurs centaines de rendez-vous restaient disponibles sur Doctolib

Si AstraZeneca est réellement écarté par beaucoup de Français, Moderna manque lui de ‘notoriété’. Dans le Parisien, la première adjointe au maire de Saint-Denis chargée de la Santé, Katy Bontinck, explique : “Au vaccinodrome du Stade de France à Saint-Denis, des places sur Doctolib.fr restent disponibles pour le vaccin Moderna sans qu’on ne puisse l’expliquer“, analyse-t-elle. Pourtant, tout comme Pfizer, Moderna utilise utilisent la même technologie de l’ARN messager et affichent des taux d’efficacité contre le Covid-19 proches. Pour Michaël Rochoy, médecin généraliste et chercheur en épidémiologie, Moderna a manqué de médiatisation : “Celui de Pfizer a été le premier à être approuvé, le premier à être livré, il a été très médiatisé, les gens ont eu énormément d’informations dessus. Moderna, lui, est un peu passé à travers les mailles du filet“, pense le médecin qui ajoute : “La majorité des patients qui se sont fait vacciner ont reçu du Pfizer, donc mécaniquement, il y a plus de gens qui le recommandent“. A ce jour, le vaccin Moderna est moins disponible en France comparé à celui de Pfizer, le laboratoire américain ayant rencontré des difficultés pour livrer l’Europe lors de ce premier trimestre 2021.

Source: Vaccinodromes : Le vaccin Moderna inspirerait moins confiance alors qu’il est très efficace et ne présente aucun effets secondaires

Covid-19 : le vaccin Moderna est-il également boudé en France ? – L’Express

Alors que le vaccin d’AstraZeneca suscite de plus en plus de méfiance, les deux autres sérums anti-Covid actuellement disponibles en France, ceux de Pfizer et de Moderna, continuent d’être injectés tous les jours. Mais ce dernier est semble-t-il moins populaire dans l’hexagone que son concurrent germano-américain.

En témoigne le cas du vaccinodrome du Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), en banlieue de Paris, qui a ouvert le 6 avril. Les créneaux de vaccination sur Doctolib ont été vite remplis, très en avance… Quand il s’agissait d’une injection du vaccin de l’alliance Pfizer/BioNTech. Mais pour les créneaux avec Moderna, plusieurs centaines de rendez-vous restaient disponibles lundi, à la veille de l’ouverture, rapporte Le Parisien. “Sans qu’on ne puisse l’expliquer, Moderna a clairement un déficit de popularité”, constate auprès du quotidien Katy Bontinck, première adjointe (Génération. s) au maire de Saint-Denis, chargée de la santé. Ce samedi, plus aucun créneau, pour Pfizer ou Moderna, n’était toutefois disponible.

La différence a également été constatée ailleurs : “Dans notre centre de vaccination à l’hôpital Avicenne on constate aussi une réticence pour le vaccin Moderna”, déclarait lundi soir sur BFM TV Frédéric Adnet, chef de service d’urgences SAMU-SMUR de l’hôpital Avicenne de Bobigny.

 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

 

Dans l’ombre de Pfizer

Les deux vaccins ont pourtant peu de différence visible pour le grand public. Pfizer/BioNTech et Moderna ont toutes deux utilisé la technologie de l’ARN messager, les deux sérums protègent contre les variants, et les taux d’efficacité sont similaires : 95% pour le premier, 94% pour le second. Comment expliquer alors que les patients fassent une différence entre les deux vaccins ?

Dans Le Parisien, l’élue Katy Bontick émet une première hypothèse “Peut-être parce qu’il a été moins utilisé en France jusqu’ici et donc, qu’il est moins connu”. Pour le médecin généraliste et chercheur en épidémiologie Michaël Rochoy, interrogé par 20 Minutes, “[le vaccin] de Pfizer a été le premier à être approuvé, le premier à être livré, il a été très médiatisé, les gens ont eu énormément d’informations dessus. Moderna, lui, est un peu passé à travers les mailles du filet”. Et Pfizer ayant été le plus distribué jusque-là – 9,9 millions de doses au 8 avril, selon le site VaccinTracker – il a davantage bénéficié du bouche-à-oreille.

C’est également l’explication que propose l”Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France à Marianne : “C’est l’excellente réputation du Pfizer qui fait de l’ombre au Moderna. Depuis le début de la campagne de vaccination, Pfizer est identifié collectivement comme le meilleur vaccin pour les personnes fragiles, cela explique probablement que les patients ont tendance à le privilégier.”

Production et diffusion limitée

D’autant que la diffusion de Moderna est encore limitée. C’est le vaccin le moins utilisé en France pour l’instant, avec 996 399 doses au 8 avril selon VaccinTracker. AstraZeneca en est lui à 2,7 millions de doses malgré les polémiques liées à l’apparition – rarissime – de caillots sanguins. Il est également moins commandé que ses concurrents. Dans Marianne, Alain Fischer, président du Comité d’orientation sur la stratégie vaccinale, estime que la moindre diffusion de Moderna est aussi liée à une question de production. “Pfizer produit en bien plus grande quantité : Moderna est une petite entreprise alors que Pfizer est un grand de l’industrie pharmaceutique. Au niveau européen, on a négocié plus de doses Pfizer que de Moderna, qui est bien plus diffusé aux États-Unis.”

Par ailleurs, Moderna pâtit peut-être aussi de la mauvaise presse faite à AstraZeneca. “Il est beaucoup moins connu et en plus AstraZeneca et Moderna ça rime, donc les gens confondent”, estimait lundi soir l’urgentiste Frédéric Adnet sur BFMTV. C’était aussi la théorie de l’ARS, selon l’élue Katy Bontinck dans Le Parisien lundi. “L’ARS nous dit que Moderna termine aussi en A. Ça peut se jouer à peu de choses mais ce qui est sûr, c’est que le choix du vaccin semble très important aux yeux du public.” Auprès de 20 Minutes, le docteur Jacques Battistoni, président du syndicat de médecins généralistes (MG France), affirme : “Ce sont très certainement les inquiétudes autour du vaccin AstraZeneca qui ont lancé cette défiance”, alors même que Moderna ne fait face à aucune inquiétude au sujet d’effets secondaires graves. Le généraliste Michaël Rochoy estime, lui, que, “plus que de la méfiance, c’est plutôt de l’ignorance”.

S’il faut une communication efficace pour pallier à cette ignorance, les questions de production et de distribution doivent évoluer prochainement. Alain Fischer explique à Marianne que le vaccin de Moderna a des avantages sur Pfizer : “Il se conserve plus longtemps à +4 degrés, 30 jours contre 5 jours pour le Pfizer”. En conséquence, le comité envisage “de faciliter l’administration du Moderna chez les médecins et les pharmaciens”. Par ailleurs, la production de vaccins contre le Covid-19 a commencé mercredi en France, avec un partenariat entre BioNTech et le laboratoire Delpharm, dans l’Eure-et-Loir. Et la société Recipharm doit prendre la suite “avant la fin du mois” selon le commissaire européen en charge des vaccins Thierry Breton dans avec la production de Moderna à Monts, en Indre-et-Loire.


Opinions

French Touch

"Je suis un peu étonné que chaque jour, l'application Tous Anti Covid me gratifie du message invariable mais peu crédible: "pas de contact à risque détecté"."Nicolas Bouzou

Chronique

Marion Van Renterghem, lauréate du prix Albert-Londres, auteure d'une biographie d'Angela Merkel et d'un essai autobiographique sur l'Europe intitulé "Mon Europe, je t'aime moi non plus" (Stock, 2019).Par Marion Van Renterghem

Ultimatum

CREDIT : LAURA ACQUAVIVAPar Christophe Donner

Chronique

France, Paris, 14 décembre 2019, portrait de François Bazin.François Bazin

 Source: Covid-19 : le vaccin Moderna est-il également boudé en France ? – L’Express

« La situation sanitaire dans les écoles met en danger l’ensemble de notre réponse à l’épidémie »

Tribune. L’incidence des nouveaux cas de Covid-19 a doublé chez les enfants de moins de 9 ans au cours des deux dernières semaines. Chez les 10-19 ans, elle est plus élevée que la moyenne nationale pour la dixième semaine consécutive. Oui, les enfants sont contaminés par le coronavirus quand ils y sont exposés. Et ce au prorata de l’augmentation de la circulation du virus liée au variant anglais.

Oui, ils sont ensuite contagieux au sein de leur foyer familial, et constituent un risque pour leurs parents et leurs grands-parents : toutes les publications scientifiques l’affirment de façon nette, même celles sur lesquelles se fondent ceux qui s’entêtent à nier ou minimiser la réalité du risque. Il n’y a donc pas de « cacophonie scientifique » sur ce point. Le consensus en la matière est clair.

Persistance du déni

Premièrement, les enfants et les adolescents sont susceptibles de s’infecter, puis de transmettre, quand ils sont exposés. Et exposés, ils le sont, à l’école, malgré le port du masque. Les cantines, bien sûr, mais aussi les classes de nos établissements scolaires sont des lieux à risque de transmission du virus. La circulation virale y est importante, la fréquentation des espaces est dense et prolongée, l’aération insuffisante.

Lire aussi : Coronavirus : bac « sur dossier », allègement des programmes… les incertitudes du calendrier scolaire

Deuxièmement, le système de surveillance et d’alerte existant ne répond absolument pas aux standards de fiabilité établis, et ne permet donc pas un pilotage réactif : le dépistage est insuffisant (0,03 test par enfant du primaire la semaine dernière), aucun effort n’est fait pour le rendre exhaustif là où il est conduit, les remontées sont opaques, il n’y a pas d’échantillon aléatoire d’élèves permettant un suivi non biaisé. Tester, tracer, isoler : à l’école, le compte n’y est pas.

Troisièmement, cette situation met en danger l’ensemble de notre réponse à l’épidémie ; elle constitue, selon le mot de l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique du gouvernement, un « talon d’Achille » dont les conséquences ébranlent aujourd’hui la société tout entière. Et ce talon d’Achille, les mesures les plus récentes le renforcent !

Lire aussi Jean-Michel Blanquer : « Les avantages à laisser les écoles ouvertes sont largement supérieurs aux inconvénients »

La décision du 18 mars d’autoriser à nouveau les cours d’éducation physique et sportive en intérieur révèle la persistance du déni. Certes, les fermetures de classe au premier cas sont une avancée positive récente, mais pourquoi les limiter aux dix-neuf départements sous restrictions renforcées ?

Structurer une réponse adaptée

Face à ces réalités, nous, acteurs de la société civile, scientifiques et médecins, nous avons alerté les autorités depuis plusieurs mois. Nous savions que l’euphémisation, voire le déni du risque nous conduiraient au pied du mur. Nos réanimateurs (voir la tribune du Monde datée du 28 mars) nous le disent à présent : nous y sommes !

Il vous reste 57.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source: « La situation sanitaire dans les écoles met en danger l’ensemble de notre réponse à l’épidémie »

Covid-19, mieux protéger l’école de la République

Covid-19, mieux protéger l’école de la République

Tribune

Elisa Zeno, ingénieur de recherche, avec le collectif « École et familles oubliées » et le collectif « Du côté de la science » (1). Les signataires demandent des mesures immédiates de « sécurisation de l’école ».

Lecture en 3 min.

Covid-19, mieux protéger l’école de la République 

Tests salivaires dans une école de Roubaix, le 25 mars 2021.
Thierry THOREL/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

L’école des enfants de la République doit être sécurisée vis-à-vis du risque de transmission du coronavirus. Le bénéfice de l’enseignement en présentiel mérite que le risque infectieux soit minimisé par des mesures de prévention à la hauteur des enjeux.

→ DOSSIER. Le confinement en France

Mais si l’école a un rôle fondamental dans la formation et l’éducation des enfants, elle est aussi un lieu collectif où le virus circule au moins autant que dans le reste de la société si ce n’est plus. Les enfants se contaminent par le Sars-CoV-2, développent le Covid-19 et contaminent les autres enfants et les membres de leurs foyers, en véhiculant ainsi le virus à la société tout entière.

Le nombre d’enfants positifs sous-estimés

En France près d’un demi-million d’enfants et adolescents ont été testés positifs depuis le déconfinement, dont plus de 95 % depuis la rentrée scolaire de septembre. Un nombre sûrement très sous-estimé, compte tenu de la forte proportion des formes asymptomatiques chez les enfants et du sous-dépistage pour ces tranches d’âge. Selon les données d’autres pays, entre 10 à 15 %, et jusqu’à 30 %, d’enfants infectés développent des symptômes persistants ou « Covid longs », qui peuvent être handicapants. On ignore encore l’étendue des séquelles à long terme.

→ EXPLICATION. Covid-19 : peut-on freiner l’épidémie sans fermer les écoles ?

À l’heure où la version pédiatrique du vaccin n’est pas encore disponible, la seule option possible est la prévention de la contamination : les familles ne doivent pas avoir à choisir entre santé et scolarité. En effet, l’équilibre psychique de la communauté pédagogique, des parents et élèves est mis à rude épreuve par le manque de transparence et l’incohérence de la gestion des écoles, où les règles de sécurité sanitaire adoptées dans l’ensemble de la société ne s’appliquent pas.

L’école fait figure d’exception par l’absence de distanciation, le brassage entre les classes, le maintien de la restauration collective, et la définition différente des cas contacts et donc le non-isolement de personnes potentiellement infectées. Les valeurs de la République sont heurtées par cette rupture d’égalité, dans laquelle pourtant nos enfants doivent se construire comme futurs citoyens.

Briser les chaînes de contamination

De plus, l’école ne doit pas être associée dans l’esprit des enfants au risque de tomber malade ou de pouvoir contaminer ses proches, alors qu’elle est le lieu où ils sont censés grandir et s’épanouir, apprendre à vivre ensemble.

Enfin, le rôle de l’école dans la propagation de l’épidémie doit aussi être limité par des mesures de prévention et de surveillance visant à briser les chaînes de contamination dès leur apparition : le maintien de niveaux de circulation virale importants dans la communauté a des lourdes conséquences sanitaires et économiques que nous ne pouvons plus accepter.

La circulation du virus dans les écoles favorise l’émergence des variants et risque de compromettre la vaccination, alors qu’elle n’est même pas encore accessible à la majorité de la population, toujours exposée aux risques de formes sévères ou aux Covid longs.

Pour un pilotage par seuils

Aussi, pour les enfants de la République et leurs proches, ainsi que pour l’ensemble de la société, nous demandons des mesures de sécurisation de l’école, à effet immédiat :

● Pilotage par seuils prédéfinis à partir des taux d’incidence locaux, qui déclenchent automatiquement les modalités d’enseignement, les niveaux de distanciation et de brassage prescrits, et la jauge dans les classes et la cantine.

Pour assurer un enseignement sécurisé en présence :

● Mesures d’atténuation efficaces dans les écoles : détecteurs de CO2 dans tous les locaux afin de mesurer le niveau de renouvellement de l’air dans les classes, purificateurs d’air dans toutes les cantines et les locaux mal ventilés, masques de type chirurgical fourni par l’État pour tous et FFP2 à disposition pour personnels et élèves fragiles, distanciation, limitation des activités à risque ;

Augmenter les tests salivaires

● Suivi épidémique : test salivaire hebdomadaire par des personnels compétents pour tous les élèves et personnels, notamment par pooling, et tests salivaires rapides pour tout élève ou personnel symptomatique ou cas contact à risque, désignation d’un référent Covid par établissement poursuivi et communication avec les familles ;

→ DÉBAT Faut-il revoir l’ordre de priorité vaccinale ?

● Communication et transparence : pédagogie à destination des enseignants, élèves et familles sur la contamination par aérosols, bilan hebdomadaire destiné aux familles et personnels sur l’épidémie dans l’établissement (cas confirmés, suspects et contacts), données en open data sur le nombre et les résultats des tests dans chaque établissement ;

● Vaccination des personnels volontaires au plus vite.

Le choix de l’enseignement à distance

Pour assurer une continuité pédagogique juste et efficace :

● Droit des familles de choisir l’enseignement à distance de manière ponctuelle s’ils considèrent que la situation sanitaire de leur école ou de leur foyer le justifie ;

● Aménagement des examens dont BTS ;

● Outils et ressources pédagogiques pour l’enseignement à distance : séquences pédagogiques clés en main, accès à des logiciels éducatifs interactifs en ligne, accès au service du Cned aux familles qui en font la demande ;

● Prise en charge sociale : fourniture sur demande aux élèves boursiers de matériel informatique et d’une connexion haut débit, proposition de repas à emporter en cas d’enseignement distanciel, aide financière pour les familles.

(1) Thierry Amouroux, Porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers SNPI ; Eric Billy, chercheur en immunologie, Strasbourg, collectif “Du Côté de la Science” ; Isabelle Boulanger, Professeur de lettres modernes, collectif “École et Familles Oubliées” ; Benoît Bourges, économiste ; Matthieu Calafiore, Médecin généraliste, directeur du département de médecine générale de Lille, collectif “Du Côté de la Science” ; Julien Cahon, enseignant-chercheur, spécialiste des politiques éducatives ; Marion Damuni, Chargée de Gestion, collectif “École et Familles Oubliées” ; Pr. Stéphane Dedieu, Professeur des Universités, Reims  ; Dr Corinne Depagne, Médecin pneumologue, Lyon, collectif “Du Côté de la Science” ; Dr Jérôme Marty, médecin généraliste, président de l’Union Française pour une Médecine Libre (UFMLS) ; Roland Gori, Psychanalyste, professeur honoraire de psychopathologie à Aix Marseille Université, écrivain ; Dr. Claude-Alexandre Gustave, Biologiste médical, Lyon, Mélanie Heard, Pôle Santé Terranova ; Caroline Hodak, Historienne et conseil en stratégie de communication ; Benoît Hallinger, économiste ; Dr Sophie Ioos, pharmacienne épidémiologiste ; Dr Yvon Le Flohic, Médecin généraliste, collectif médical 22 ; Christian Lehmann, médecin généraliste, écrivain ; Dr Alexis Lepetit, psychiatre, gériatre, Lyon ; Pr. Jean-Michel Loubes, Professeur des Universités, Toulouse ; Arnaud Mercier, Professeur en communication, université Paris 2 Assas ; Philippe Moreau Chevrolet, Professeur de communication politique à Sciences-Po Paris ; Valerio Motta, conseiller en communication ; Myriam Oudghiri, Médecin, collectif “École et Familles Oubliées” ; Cécile Philippe, économiste, Présidente Institut Economique Molinari ; Dr Hélène Rossinot, Médecin de santé publique, collectif “Du Côté de la Science” ; Michaël Rochoy, Médecin généraliste, Univ. Lille, collectifs “Du Côté de la Science” et “Stop-Postillons” ; Barbara Serrano, Sociologue, Université de Versailles Saint-Quentin, collectif “Du Côté de la Science” ; Marie-Jean Sauret, Psychanalyste, membre de l’Association Le Pari de Lacan, professeur émérite des universités ; Olivier Saut, Directeur de Recherche CNRS, Bordeaux ; Jacques Testart, chercheur retraité et essayiste ; Elisa Zeno, Ingénieur de Recherche, Collectif “École et Familles Oubliées” ; Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, collectif “Du côté de la Science”

.

 Source: Covid-19, mieux protéger l’école de la République