La sémiologie respiratoire est humble : la plupart des signes isolés (crépitants, murmure, matité) sont peu sensibles. On procède donc par motif — toux, dyspnée, douleur pleurale, hémoptysie, sifflement, fièvre — en écartant d'abord les urgences (embolie pulmonaire, pneumothorax, œdème aigu, asthme aigu grave, hémoptysie massive), puis en combinant les signes (règle de Heckerling pour la pneumonie) et l'imagerie. L'auscultation et la percussion gardent toute leur valeur — quand on sait ce qu'elles valent.
Choisissez le motif : à chaque étape, l'outil indique le signe utile et sa valeur, jusqu'au diagnostic. Tapez un diagnostic dans la recherche, ou déroulez le parcours. Cliquez un test (pastille 🔍) pour voir sa technique et sa valeur à droite.
Aide-mémoire — les urgences d'abord. Écarter : embolie pulmonaire, pneumothorax (surtout compressif), œdème aigu du poumon, asthme aigu grave / exacerbation sévère de BPCO, hémoptysie massive, épiglottite / obstruction des voies aériennes, corps étranger, anaphylaxie. Cliquez « ⚠ Urgences » dans l'outil pour la liste à droite.
Aucun signe isolé ne confirme ni n'exclut une pneumonie ; c'est la combinaison qui compte. Devant une fièvre respiratoire, évaluer la gravité (CRB-65, FR, SpO₂, conscience, pression artérielle).
Probabilité de pneumonie radiologique (Heckerling 1990) : 0 ≈ 0–2 % · 1 ≈ 3–5 % · 2 ≈ 8–10 % · 3 ≈ 25 % · 4–5 ≈ 45–55 %. Un score 0–1 rend la radiographie souvent évitable ; ≥ 4 = forte probabilité4.
Avant d'ausculter, savoir où l'on pose le stéthoscope : repères osseux, projection des lobes et des scissures, et ce que la palpation apprend déjà.
Antérieures : médiosternale, médioclaviculaire. Latérales : axillaires antérieure, moyenne, postérieure. Postérieures : scapulaire (par la pointe), vertébrale (épineuses).
La percussion complète la palpation : sonorité normale, matité (épanchement, condensation), tympanisme (pneumothorax, distension). Elle prolonge naturellement le repérage vers l'auscultation.
Sons synthétisés à visée pédagogique : ils schématisent le timbre, le temps (inspiration/expiration) et le rythme — ils n'ont pas la finesse de vrais enregistrements. Choisissez un bruit, réglez la vitesse, écoutez au casque.
Message d'ensemble : la plupart des signes respiratoires isolés ont une sensibilité basse — utiles quand présents, peu quand absents. On combine.
| Signe | Oriente vers | LR+ | LR− |
|---|---|---|---|
| Pneumonie | |||
| Égophonie | Pneumonie | ~6,2 | ns |
| FR ≥ 20/min | Pneumonie | ~3,5 | 0,77 |
| FC > 100/min | Pneumonie | ~2,8 | 0,76 |
| Matité / crépitants | Pneumonie | ~2,6 / ~2,4 | ~0,77 |
| Signes vitaux + examen normaux | Exclut la pneumonie | — | ~0,10 |
| Épanchement & obstruction | |||
| Matité (percussion) | Épanchement pleural | ~8,7 | ~0,31 |
| Temps expiratoire forcé > 9 s | BPCO | ~4,8 | ~0,40 |
| Sibilants auscultés | Obstruction | élevé | Se basse |
De Laennec (l'inventeur du stéthoscope) aux cristaux de l'asthme : la sémiologie pulmonaire est un panthéon d'éponymes. Par ordre alphabétique, avec l'article d'origine.
Interne à Lyon puis praticien à Mâcon, il décrit en 1876 un rythme respiratoire anormal chez un adolescent atteint de méningite tuberculeuse.
Génodermatose (gène FLCN).
Décrit une pneumopathie chronique à éosinophiles distincte.
Charcot (Salpêtrière) et von Leyden (Berlin) ont donné leur nom aux cristaux issus de la lyse des éosinophiles.
Individualisent une angéite allergique granulomateuse.
Chef de l'hôpital d'État de Hambourg puis chaire de médecine interne à Leipzig. À distinguer de son fils Hans (dystrophie myotonique de Curschmann-Steinert).
Damoiseau (Paris) et Ellis (Boston, doyen de Harvard) ont décrit la ligne supérieure de matité de l'épanchement pleural.
Assistant de Weichselbaum à Vienne, puis professeur d'anatomie pathologique à Prague.
Clinicien réputé pour ses techniques d'examen du thorax (Pavie).
Diagnosticien du Johns Hopkins, connu pour ses travaux sur l'emphysème médiastinal et la fibrose pulmonaire (syndrome de Hamman-Rich).
Radiologue américain ; l'éponyme désigne un signe radiographique de l'embolie pulmonaire.
Maître du diagnostic physique à Cleveland (Western Reserve). Le même Hoover a décrit le signe neurologique de la paralysie fonctionnelle (1908).
Pionnier de l'ophtalmologie zurichoise ; il décrit en 1869 la triade oculo-sympathique.
Médecin breton de l'hôpital Necker, il invente le stéthoscope en 1816 et fonde l'auscultation moderne ; il meurt de la tuberculose qu'il avait tant étudiée.
Médecin de la Charité de Berlin (clinique de Frerichs).
Interniste bâlois, pionnier du dépistage radiographique de la tuberculose. À ne pas confondre avec Löfgren (suédois, sarcoïdose).
Pneumologue du Karolinska ; il montre que l'érythème noueux peut relever de la sarcoïdose.
Premier professeur de radiologie des États-Unis (University of Pennsylvania).
Fondateur de la clinique du diabète du Northern Hospital de Liverpool.
Télangiectasie hémorragique héréditaire, décrite au tournant du XXe siècle.
Membre de la Nouvelle École de Vienne (avec Rokitansky), il refonde percussion et auscultation sur des bases physiques.
Cofondateur de la pathologie expérimentale allemande (Charité) ; il introduit la thermométrie clinique.
Éponyme aujourd'hui remplacé par « granulomatose avec polyangéite » (le nom propre étant contesté pour raisons historiques).
Radiologue suédois (et régatier olympique 1912) ; il publie en 1938 les signes radiographiques de l'embolie pulmonaire.
Sources biographiques : whonamedit.com, LITFL (Medical Eponym Library), PubMed. Nuances notables : les cristaux de Charcot-Leyden ont une paternité échelonnée (Zenker 1851, Charcot-Robin 1853, Leyden 1872) ; Curschmann le père (spirales) ≠ le fils (Curschmann-Steinert) ; Löffler (suisse, poumon éosinophile) ≠ Löfgren (suédois, sarcoïdose) ; Westermark et Hampton sont radiographiques, pas cliniques ; l'espace de Traube fut peut-être décrit d'abord par Fräntzel. Plusieurs paginations anciennes restent « à vérifier » (whonamedit était inaccessible).
Les signes anciens encore utiles (frémitus tactile, percussion/matité, souffle tubaire, égophonie, temps expiratoire forcé, signe de Hoover) figurent au catalogue. Voici ceux délaissés à juste titre — et deux « signes d'appel » à nuancer.
Valeurs issues des séries Rational Clinical Examination du JAMA et de méta-analyses ; sémiologie descriptive d'après un traité de sémiologie pulmonaire. Intègre l'ancienne fiche « Pneumonie » (archivée). Les éponymes citent leur article d'origine (§10).