Un examen psychiatrique organisé par motif de consultation. De la plainte, on déroule l'examen de l'état mental — présentation, contact, psychomotricité, humeur, discours, pensée, perceptions, cognition, conscience du trouble — et l'on cible l'outil de repérage utile, dont on connaît la valeur réelle (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance), jusqu'au diagnostic. À ne jamais manquer : le risque suicidaire, le syndrome confusionnel (delirium), le sevrage alcoolique, la catatonie, l'anorexie sévère et la psychose du post-partum.
Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose l'outil de repérage à privilégier, puis où aller selon la clinique, jusqu'au diagnostic. Cliquez sur le nom d'un outil (pastille 🔍) pour afficher sa passation et sa valeur (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance) dans le panneau de droite. La quasi-totalité de l'examen psychiatrique est réalisable en téléconsultation : la bascule ci-dessous le signale.
Réflexe transversal — le risque suicidaire s'explore à chaque motif. Quel que soit le tableau, poser la question des idées de mort et de suicide de façon directe : en parler n'induit pas le passage à l'acte. Évaluer le Risque, l'Urgence et la Dangerosité (RUD). Conférence de consensus HAS/ANAES, 20004.
Douze situations où l'orientation prime sur l'étiquetage : la plupart imposent un avis spécialisé ou un passage aux urgences le jour même, et souvent la recherche d'une cause somatique.
Repérer d'abord (les 2 questions de Whooley ou le PHQ-2 sont d'excellents filtres), puis caractériser : durée, nombre de symptômes, retentissement — et surtout chercher un antécédent d'exaltation, car une dépression bipolaire ne se traite pas comme une dépression unipolaire.
≥ 2 semaines, ≥ 5 symptômes (dont humeur dépressive ou anhédonie) : tristesse, perte d'intérêt, troubles du sommeil/appétit, ralentissement ou agitation, fatigue, dévalorisation/culpabilité, difficultés de concentration, idées de mort. Retentissement net.
Repérer PHQ-9 ≥ 10 : Se ~0,88 / Sp ~0,858. Toujours évaluer le risque suicidaire (item 9).
Humeur dépressive la plupart du temps ≥ 2 ans, moins intense mais chronique. Souvent banalisée (« il a toujours été comme ça ») ; peut se surajouter à un épisode caractérisé (« double dépression »).
Épisode dépressif pendant la grossesse ou dans l'année suivant l'accouchement. Dépister avec l'EPDS (seuil ≥ 11 : Se ~0,81 / Sp ~0,88)9 ; l'item 10 explore les idées suicidaires. À distinguer du baby blues (transitoire, J3–J10) et de la psychose du post-partum (urgence).
Épisodes récurrents à début automne-hiver, rémission au printemps ; hypersomnie et appétence pour les sucres fréquentes. La luminothérapie a une place.
Une dépression qui cache une bipolarité : rechercher tout antécédent d'exaltation/hypomanie. Le MDQ aide (≥ 7 items + concomitance + retentissement) : bonne sensibilité en milieu spécialisé (~0,73)10, mais elle chute fortement en population générale (il dépiste surtout le type I) ; le HCL-32 est plus sensible, moins spécifique11. Le doute justifie un avis avant un antidépresseur (risque de virage).
Symptômes thymiques et physiques marqués et récurrents dans la phase lutéale, disparaissant après les règles, avec retentissement — au-delà d'un simple syndrome prémenstruel.
Réaction à une perte (deuil) ou à un facteur de stress identifié (trouble de l'adaptation, < 3 mois après). La tristesse du deuil vient par vagues, préserve l'estime de soi et n'atteint pas tous les critères d'un épisode caractérisé — distinction clinique fine, parfois évolutive.
Y penser devant un premier épisode atypique, résistant, ou du sujet âgé : hypothyroïdie, maladie de Parkinson, post-AVC, apnées du sommeil, corticoïdes, interféron, certains antihypertenseurs. Traiter la cause.
Sécurité & accès aux soins. Dépression légère : l'antidépresseur n'est pas le premier choix (psychothérapie, activation comportementale, surveillance active). À l'instauration d'un antidépresseur : surveillance rapprochée les premières semaines (risque de majoration transitoire des idées suicidaires, surtout avant 25 ans), délai d'action de 2 à 4 semaines, et risque de virage maniaque chez le sujet bipolaire. Pour la psychothérapie de première intention (TCC), penser au dispositif Mon soutien psy (séances remboursées).
Exaltation (versant maniaque). Humeur élevée ou irritable, énergie et activité augmentées, réduction du besoin de sommeil sans fatigue, fuite des idées, désinhibition. Manie : ≥ 1 semaine et/ou retentissement majeur ou symptômes psychotiques (souvent hospitalisation). Hypomanie : ≥ 4 jours, sans retentissement sévère ni psychose. Un antécédent maniaque signe le trouble bipolaire de type I ; hypomanie + épisodes dépressifs signent le type II. L'accès maniaque avec mise en danger est une urgence (§01).
L'anxiété est normale ; elle devient trouble par son intensité, sa durée, son caractère incontrôlable et son retentissement. La forme (crises brèves, inquiétude chronique, peur focalisée, obsessions, après-trauma) oriente le diagnostic. Toujours éliminer une cause organique (hyperthyroïdie, arythmie, caféine, sevrage).
Inquiétudes excessives et difficiles à contrôler, la plupart du temps, ≥ 6 mois, avec tension, fatigue, irritabilité, troubles du sommeil/concentration. Repérer avec le GAD-7 (≥ 10 : Se ~0,89 / Sp ~0,82)12 ou le GAD-2 (≥ 3 : Se ~0,76 / Sp ~0,81)13.
Attaque : montée brutale de peur, culminant en quelques minutes, avec palpitations, dyspnée, sueurs, sensation de mort imminente. Trouble panique : attaques récurrentes + crainte anticipatoire d'en refaire. Une attaque isolée n'est pas un trouble.
Peur/évitement des situations où fuir serait difficile ou les secours indisponibles (foule, transports, files, espaces ouverts). Souvent associée au trouble panique.
Phobie sociale : peur du regard et du jugement d'autrui, avec évitement des situations d'exposition. Phobie spécifique : peur circonscrite à un objet ou une situation (animaux, hauteur, sang-injection). Le point commun : évitement et retentissement.
Obsessions (pensées intrusives, égodystoniques : contamination, doute, symétrie, agressivité) et/ou compulsions (rituels de lavage, vérification, conjuration) chronophages. À différencier des ruminations dépressives et de la personnalité obsessionnelle.
Après exposition à un événement traumatique : reviviscences (flashbacks, cauchemars), évitement, altérations cognitives/émotionnelles, hyperréactivité. Repérage rapide par le PC-PTSD-5 (≥ 3 : Se ~0,95 / Sp ~0,85)14 — outil validé surtout chez des vétérans, à transposer prudemment. Avant 1 mois : état de stress aigu.
Devant un tableau psychotique, deux questions commandent l'orientation : est-ce aigu ou installé ? y a-t-il une cause organique/toxique ? Le premier réflexe, surtout chez le sujet âgé ou fébrile, est d'écarter un syndrome confusionnel — un délire aigu n'est pas toujours psychiatrique.
Début brutal, délire polymorphe et fluctuant, durée < 1 mois avec retour à l'état antérieur. Éliminer une cause toxique/organique. Un premier épisode impose un avis rapide (§01).
≥ 6 mois : symptômes positifs (idées délirantes, hallucinations, surtout acoustico-verbales), désorganisation (discours, comportement) et symptômes négatifs (retrait, émoussement affectif, avolition), avec altération du fonctionnement. La catatonie peut s'y associer.
Délire systématisé, souvent non bizarre (persécution, jalousie, érotomanie, hypocondrie), sans dissociation ni symptômes négatifs marqués, avec un fonctionnement relativement conservé en dehors du thème.
Coexistence de symptômes psychotiques et thymiques. Schizoaffectif : psychose présente aussi hors des épisodes thymiques. Si les idées délirantes n'apparaissent que pendant un épisode dépressif ou maniaque, c'est un trouble de l'humeur avec caractéristiques psychotiques.
Induite : cannabis, amphétamines, hallucinogènes, corticoïdes, sevrage — le lien temporel oriente. Post-partum : urgence (§01).
Devant une altération cognitive, distinguer delirium (aigu, fluctuant, inattention), démence (installée, progressive) et dépression (pseudo-démence réversible). Les deux premières coexistent souvent ; la troisième se démasque à l'entretien.
Trouble aigu de l'attention et de la conscience, fluctuant, avec désorganisation ou altération de la vigilance. Le CAM a une excellente valeur — Se ~0,82 / Sp ~0,99 (méta Shi 2013), rapports de vraisemblance poolés séparément LR+ ~9,6 / LR− ~0,16 (Wong 2010)515 ; l'inattention se teste au lit (mois à l'envers : toute erreur Se ~0,87 / Sp ~0,6116 ; test de l'horloge anormal Se ~0,76 / Sp ~0,7017). Chercher la cause somatique.
Déclin cognitif acquis, progressif, retentissant sur l'autonomie. Repérage : MMSE (seuil 23/24 : Se ~0,81 / Sp ~0,89, LR+ ~7,5)1819 ou MoCA (< 26 : Se ~0,91 / Sp ~0,81 — plus sensible)18. Une plainte mnésique rapportée par un proche a plus de valeur que celle du patient (LR+ ~6,5)20.
Plainte mnésique au premier plan, mais avec humeur basse, réponses « je ne sais pas », conscience de la difficulté et réversibilité sous traitement de la dépression. Ne pas conclure trop vite à une démence.
Deux champs où le repérage précoce en médecine générale change le pronostic, et où des questionnaires courts et validés existent. Le trouble se définit par la perte de contrôle, le craving, la poursuite malgré les conséquences — pas par la seule quantité.
Repérer avec l'AUDIT-C (≥ 4 : Se ~0,86 / Sp ~0,72 ; seuils usuels ≥ 4 homme, ≥ 3 femme)21 ou le CAGE, qui explore plutôt la dépendance-vie (par score, LR de 0,1 à 100)2223. L'AUDIT complet (≥ 8) est spécifique mais de sensibilité variable selon le seuil24. Le sevrage et le delirium tremens sont des urgences (§01).
Évaluer la dépendance (Fagerström pour le tabac), le retentissement et la motivation. Chez l'adolescent, le CRAFFT repère un trouble lié aux substances (≥ 2 : Se ~0,80 / Sp ~0,86)25.
Jeu d'argent pathologique, jeu vidéo : mêmes mécanismes (craving, perte de contrôle, poursuite malgré les pertes) sans substance. À rechercher devant un surendettement ou un retrait social inexpliqués.
Restriction conduisant à un poids significativement bas, peur intense de grossir, altération de l'image du corps. Rechercher les signes de gravité somatique (§01)28. Urgence si dénutrition sévère.
Boulimie : crises de frénésie alimentaire + conduites compensatoires (vomissements, laxatifs, jeûne, sport), poids souvent normal (signe de Russell : callosités du dos de la main). Hyperphagie boulimique : crises sans compensation, avec surpoids fréquent et détresse.
Des symptômes physiques réels et pénibles, sans explication médicale suffisante — ou une préoccupation disproportionnée. Le diagnostic est positif (sur la clinique), pas seulement d'élimination : ces patients souffrent et se sentent souvent mal accueillis.2
Un ou plusieurs symptômes physiques pénibles, associés à des pensées, émotions ou comportements excessifs qui leur sont liés (temps, anxiété, recours aux soins), durablement.
Préoccupation centrée sur la peur d'être ou de devenir gravement malade, avec peu ou pas de symptômes, vérifications ou évitements répétés — l'ancienne « hypocondrie ».
Déficit moteur ou sensoriel (paralysie, cécité, crises non épileptiques, troubles de la marche) incompatible avec une atteinte organique (ex. signe de Hoover). Diagnostic positif sur des signes cliniques, non par défaut.
Production volontaire de symptômes pour endosser le rôle de malade, sans bénéfice externe (à distinguer de la simulation). Le syndrome de Münchhausen en est la forme sévère, itinérante et théâtrale (voir Éponymes §14).
Des modes de fonctionnement stables, présents de longue date, qui deviennent des diagnostics par leur rigidité et leur retentissement. Chez l'adulte, TDAH et autisme sont souvent repérés tardivement.2
Instabilité de l'humeur, des relations et de l'image de soi, peur de l'abandon, impulsivité, gestes auto-agressifs. Fréquent en soins premiers ; le risque suicidaire y est élevé et se réévalue.
Traits envahissants et rigides d'un des trois groupes (bizarre/excentrique ; dramatique/émotionnel ; anxieux/craintif), source de souffrance ou de dysfonctionnement, distincts d'un épisode aigu.
Inattention et/ou hyperactivité-impulsivité depuis l'enfance, persistant à l'âge adulte (désorganisation, oublis, agitation interne, impulsivité). Retentissement scolaire, professionnel, relationnel.
Difficultés de communication sociale et intérêts/comportements restreints et répétitifs, présents dès l'enfance. Diagnostic parfois porté à l'âge adulte, surtout chez les femmes (tableau moins « typique »).
Difficultés d'endormissement ou de maintien du sommeil ≥ 3 nuits/semaine depuis ≥ 3 mois, avec retentissement diurne, sans autre cause. Souvent secondaire à une dépression, une anxiété ou un syndrome d'apnées (à explorer). La TCC de l'insomnie est le traitement de première intention.
L'équivalent psychiatrique de l'examen physique : une observation structurée et un vocabulaire partagé. On suit ici l'organisation de l'AESP — éveil, cognition, affect, comportement — qui sous-tend le référentiel du Collège.12 À décrire, pas à cocher : ce sont des observations, sans sensibilité ni spécificité.
Vigilance et sommeil : hypoéveil (baisse de vigilance < obnubilation < confusion), hyperéveil anxieux ; insomnie (avec ou sans fatigue diurne), hypersomnie, cauchemars.
Attention : hypoprosexie, distractibilité, hyperprosexie. Mémoire : amnésie, paramnésie (illusion de mémoire), confabulation. Perception : hallucinations psychosensorielles (auditives/acoustico-verbales → soliloquie, attitudes d'écoute ; visuelles, olfactives, tactiles, cénesthésiques), hallucinations intrapsychiques (écho/vol/divulgation de la pensée), dépersonnalisation/déréalisation. Pensée — contenu : idées délirantes (thème, mécanisme, systématisation, adhésion), obsessionnelles, ou congruentes à l'humeur (culpabilité, incurabilité / grandeur). Pensée — cours : accéléré (tachypsychie, fuite des idées, coq-à-l'âne) ou ralenti (bradypsychie, monoïdéisme, mutisme) ou altéré (barrages, fading, discours tangentiel). Forme : néologismes, paralogisme, agrammatisme, schizophasie. Jugement et cognition sociale.
Émotion (réponse ponctuelle) : type, intensité, adéquation (affect paradoxal, ambivalence, émoussement). Humeur (tonalité durable) : hyperthymie/exaltation, humeur dépressive/athymie, labilité, euthymie. Anxiété et signes neurovégétatifs. Motivation : anhédonie, aboulie, craving ; fonctions instinctuelles (sommeil, appétit, sexualité).
Présentation : soin/incurie, clinophilie, mimique (hypomimie, paramimie). Psychomotricité : ralentie (bradykinésie, stupeur, catalepsie, flexibilité cireuse, négativisme) ou augmentée (agitation, tasikinésie) ou altérée (maniérisme, stéréotypies, échopraxie). Impulsivité, raptus. Interactions : retrait, familiarité, irritabilité, agressivité. Conduites : évitements, compulsions, conduites à risque, conduites suicidaires.
Et toujours, pour finir : la conscience du trouble (insight) — le patient reconnaît-il ses symptômes comme pathologiques ? — car elle conditionne l'alliance et l'adhésion aux soins ; le fonctionnement (autonomie, travail, liens) ; et l'évaluation du risque suicidaire et hétéro-agressif (§09).
L'entretien est l'instrument principal : il recueille les symptômes et soigne (alliance). Le repérage du risque suicidaire en est le temps non négociable.
Des questionnaires courts, validés, qui orientent mais ne remplacent pas l'entretien : un test positif appelle une confirmation clinique. La balise indique la faisabilité en téléconsultation.
Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, l'outil ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source citée (rien n'est inventé).
| Outil (cible) | Seuil | Se | Sp | LR+ | LR− | Source |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Humeur | ||||||
| Whooley (dépression) | ≥ 1 | 0,95 | 0,65 | 2,7 | 0,08 | Bosanquet 20157 |
| PHQ-2 (dépression) | ≥ 2 | 0,91 | 0,67 | 2,8 | 0,13 | Levis 202029 |
| PHQ-9 (dépression) | ≥ 10 | 0,88 | 0,85 | 5,9 | 0,14 | Levis 20198 |
| EPDS (péripartum) | ≥ 11 | 0,81 | 0,88 | 6,8 | 0,22 | Levis 20209 |
| MDQ (bipolaire, spécialisé) | ≥ 7 | 0,73 | 0,90 | 7,3 | 0,30 | Hirschfeld 200010 |
| HCL-32 (bipolaire) | var. | 0,82 | 0,57 | 1,9 | 0,32 | Wang 201911 |
| Anxiété & trauma | ||||||
| GAD-7 (TAG) | ≥ 10 | 0,89 | 0,82 | 4,9 | 0,13 | Spitzer 200612 |
| GAD-2 (TAG) | ≥ 3 | 0,76 | 0,81 | 4,0 | 0,30 | Plummer 201613 |
| PC-PTSD-5 (ESPT) | ≥ 3 | 0,95 | 0,85 | 6,3 | 0,06 | Prins 201614 |
| Addictions & TCA | ||||||
| CAGE (dépendance alcool) | ≥ 2 | 0,74 | 0,91 | 8,2 | 0,29 | Buchsbaum 199123 |
| AUDIT-C (conso. excessive) | ≥ 4 | 0,86 | 0,72 | 3,1 | 0,19 | Bush 199821 |
| CRAFFT (substances, ado) | ≥ 2 | 0,80 | 0,86 | 5,7 | 0,23 | Knight 200225 |
| SCOFF (TCA) | ≥ 2 | 0,86 | 0,83 | 5,0 | 0,17 | Kutz 202026 |
| Cognition | ||||||
| CAM (delirium) | algo. | 0,82 | 0,99 | 9,6* | 0,16* | Wong · Shi515 |
| Mois à l'envers (delirium) | ≥ 1 err. | 0,87 | 0,61 | 2,2 | 0,22 | méta 202316 |
| MMSE (démence) | 23/24 | 0,81 | 0,89 | 7,5 | 0,21 | Tsoi 201518 |
| MoCA (démence) | < 26 | 0,91 | 0,81 | 4,8 | 0,12 | Tsoi 201518 |
Deux scores autoadministrés très utilisés en médecine générale : « sur les 2 dernières semaines, à quelle fréquence… ». Le score oriente et suit l'évolution ; il ne pose pas le diagnostic à lui seul.
Ces calculateurs sont des aides pédagogiques (calcul local, dans le navigateur). Un score élevé n'est pas un diagnostic : il appelle un entretien. Un item 9 du PHQ-9 > 0 impose d'explorer le risque suicidaire (§09), quel que soit le total.
La sémiologie psychiatrique s'est construite au XIXe et au XXe siècle, entre l'observation clinique française (Pinel, Esquirol, Falret, de Clérambault), la nosographie allemande (Kraepelin, Bleuler) et, récemment, une entreprise de standardisation du vocabulaire pour l'enseignement.
En France, cet effort est aujourd'hui porté par l'AESP (Association pour l'Enseignement de la Sémiologie Psychiatrique), qui propose une organisation minimale et hiérarchisée des termes1 — reprise dans le référentiel du Collège2 — et des ressources ouvertes : l'application DicoSemioPsy, un guide d'examen standardisé, des cartographies sémiologie → trouble. D'autres outils pédagogiques prolongent ce travail, comme Semio8G (arbre sémiologique en 8 domaines)30 et, côté aide à la décision du généraliste, Psychiaclic3.
Derrière chaque nom, une observation clinique fondatrice. Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire.
Hallucinations visuelles complexes chez une personne malvoyante, dont la critique est conservée (elle sait que ce n'est pas réel), sans trouble psychotique. Bonnet l'a décrit chez son grand-père presque aveugle ; de Morsier a donné son nom au syndrome.
L'article : Bonnet C. Essai analytique sur les facultés de l'âme. Copenhague : Philibert ; 1760.
Description systématique de l'« hystérie » comme trouble à symptomatologie somatique multiple et chronique, chez des patients (surtout des femmes, dans un contexte social contraint) longtemps mal considérés. Ancêtre du trouble à symptomatologie somatique actuel.
L'article : Briquet P. Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie. Paris : J.-B. Baillière ; 1859.
« Illusion des sosies » : conviction qu'un proche a été remplacé par un imposteur physiquement identique. Décrit avec Reboul-Lachaux. Fait partie des syndromes d'identification erronée.
L'article : Capgras J, Reboul-Lachaux J. L'illusion des « sosies » dans un délire systématisé chronique. Bull Soc Clin Méd Ment. 1923;11:6-16.
Conviction délirante d'être aimé par une personne, souvent d'un rang supérieur, qui « en aurait fait le premier pas ». Prototype des psychoses passionnelles, avec ses phases d'espoir puis de dépit et de rancune.
L'article : de Clérambault GG. Les psychoses passionnelles. Communication, Société de médecine mentale ; 1921 (repris dans l'Œuvre psychiatrique).
« Délire des négations » : conviction délirante d'être mort, de ne plus avoir d'organes, ou d'être immortel/damné. Survient dans les dépressions mélancoliques sévères et certaines psychoses.
L'article : Cotard J. Du délire des négations. Arch Neurol (Paris). 1882;4:152-170, 282-296.
« Cœur irritable » ou « cœur du soldat » : palpitations, douleur thoracique, dyspnée et fatigue sans cardiopathie, décrits chez des soldats de la guerre de Sécession. Un ancêtre de l'anxiété/trouble panique à expression somatique.
L'article : Da Costa JM. On irritable heart. Am J Med Sci. 1871;61:17-52.
Incurie majeure, syllogomanie (accumulation), retrait social et déni du trouble, souvent chez la personne âgée. Nommé d'après Diogène le Cynique — par antiphrase, car il n'a rien d'un ascète choisi.
L'article : Clark ANG, Mankikar GD, Gray I. Diogenes syndrome: a clinical study of gross neglect in old age. Lancet. 1975;1(7903):366-368.
Conviction délirante d'être infesté de parasites sous la peau, avec sensations tactiles (« le signe de la boîte d'allumettes » : le patient apporte des débris cutanés comme « preuves »). À distinguer du syndrome des jambes sans repos, qu'Ekbom a aussi décrit.
L'article : Ekbom KA. Der präsenile Dermatozoenwahn. Acta Psychiatr Neurol Scand. 1938;13:227-259.
Conviction qu'une même personne (souvent un persécuteur) se cache sous des apparences différentes — l'inverse de Capgras. Nommé d'après l'acteur transformiste Leopoldo Fregoli.
L'article : Courbon P, Fail G. Syndrome d'« illusion de Frégoli » et schizophrénie. Bull Soc Clin Méd Ment. 1927:121-125.
« Réponses à côté » (paralogies) : le patient répond de façon absurde mais en montrant qu'il a compris la question (2 + 2 = 5), avec obnubilation et symptômes dissociatifs. Décrit chez des détenus.
L'article : Ganser SJ. Über einen eigenartigen hysterischen Dämmerzustand. Arch Psychiatr Nervenkr. 1898;30:633-640.
Amnésie antérograde massive avec confabulations et fausses reconnaissances, séquelle d'une carence en thiamine (souvent alcoolique), faisant suite à une encéphalopathie de Gayet-Wernicke.
L'article : Korsakoff SS. Étude médico-psychologique sur une forme des maladies de la mémoire. Rev Philos. 1889;28:501-530.
Forme sévère et itinérante du trouble factice : le patient simule ou provoque des maladies, multiplie hospitalisations et interventions, dans le seul but d'endosser le rôle de malade. Nommé d'après le baron affabulateur de Münchhausen.
L'article : Asher R. Munchausen's syndrome. Lancet. 1951;1(6650):339-341.
Deux familles très différentes : des signes fins tombés en désuétude mais encore justes, et des « diagnostics » qu'on a eu raison d'abandonner — et dont l'histoire est instructive.
À distinguer : certains termes n'ont pas été abandonnés mais renommés à mesure que la clinique s'affinait — ainsi la « démence précoce » de Kraepelin est devenue la schizophrénie de Bleuler. Ce n'est pas un rejet, c'est une nosographie qui mûrit.
Méthode. Le cadre sémiologique et le vocabulaire suivent l'organisation de l'AESP (4 domaines : éveil, cognition, affect, comportement)1, reprise dans le référentiel du Collège2 ; l'entrée par motif est inspirée de Psychiaclic3. Les valeurs diagnostiques (Se/Sp/LR) proviennent de méta-analyses et d'études de validation primaires (PubMed), citées à leur seuil. Périmètre = sémiologie et repérage en soins premiers ; la pharmacologie, les modalités de soins sans consentement et la prise en charge spécialisée ne sont qu'effleurées.
Réserves honnêtes. (1) Plusieurs outils sont validés dans des populations particulières (vétérans pour le PC-PTSD-5, gériatrie hospitalière pour le CAM/CDT/MOTYB, échantillons masculins pour l'AUDIT-C) : leur transposition à une patientèle française de médecine générale est imparfaite. (2) Pour le CAGE, la spécificité stratifiée par population n'est pas fournie de façon homogène ; pour l'AUDIT complet, la sensibilité varie fortement selon le seuil — d'où l'usage des LR par score et des fourchettes. (3) Le délire d'Ekbom n'a aucun instrument de repérage chiffré (diagnostic clinique). (4) Les sources primaires des éponymes sont données dans chaque carte (§14) ; certaines sont antérieures à l'indexation PubMed. Aucune donnée n'a été inventée : « — » signale une valeur non fournie par la source.