SemioClic · sémiologie fondée sur les preuves

Psychiatrie :
le motif oriente,
l'examen mental précise

Un examen psychiatrique organisé par motif de consultation. De la plainte, on déroule l'examen de l'état mental — présentation, contact, psychomotricité, humeur, discours, pensée, perceptions, cognition, conscience du trouble — et l'on cible l'outil de repérage utile, dont on connaît la valeur réelle (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance), jusqu'au diagnostic. À ne jamais manquer : le risque suicidaire, le syndrome confusionnel (delirium), le sevrage alcoolique, la catatonie, l'anorexie sévère et la psychose du post-partum.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche rédigée et vérifiée (sources en fin de page).
Cadre & vocabulaire : le référentiel de sémiologie de l'AESP (4 domaines : éveil, cognition, affect, comportement)1 et le Référentiel de Psychiatrie du Collège2 ; entrée par motif inspirée de Psychiaclic (CHU de Lille)3. Valeurs : méta-analyses de repérage (PHQ, GAD-7, CAGE, SCOFF, CAM).
Aide au raisonnement — ne remplace ni l'entretien, ni le jugement clinique, ni l'avis spécialisé quand il est indiqué.
Première version : 2026-07-10Dernière révision : 2026-07-10
Par où commencer
00 — AIGUILLAGE

Du motif au diagnostic, pas à pas

Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose l'outil de repérage à privilégier, puis où aller selon la clinique, jusqu'au diagnostic. Cliquez sur le nom d'un outil (pastille 🔍) pour afficher sa passation et sa valeur (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance) dans le panneau de droite. La quasi-totalité de l'examen psychiatrique est réalisable en téléconsultation : la bascule ci-dessous le signale.

Réflexe transversal — le risque suicidaire s'explore à chaque motif. Quel que soit le tableau, poser la question des idées de mort et de suicide de façon directe : en parler n'induit pas le passage à l'acte. Évaluer le Risque, l'Urgence et la Dangerosité (RUD). Conférence de consensus HAS/ANAES, 20004.

01 — URGENCES

Ce qu'il ne faut pas manquer

Douze situations où l'orientation prime sur l'étiquetage : la plupart imposent un avis spécialisé ou un passage aux urgences le jour même, et souvent la recherche d'une cause somatique.

Crise suicidaire à haut risque Scénario suicidaire élaboré (idée → plan → moyen → date/lieu), accès à un moyen létal, désespoir, impulsivité, trouble de l'humeur ou psychotique, isolement. Ne pas laisser seul, sécuriser les moyens, hospitaliser si l'urgence est élevée. Ressources mobilisables : 3114 (ligne nationale de prévention du suicide, 24 h/24) et VigilanS (dispositif de recontact des personnes ayant fait une tentative). RUD, HAS/ANAES 20004.
Syndrome confusionnel (delirium) Début aigu, fluctuant, avec inattention : c'est un symptôme d'une maladie somatique jusqu'à preuve du contraire (infection, médicament — surtout benzodiazépines et anticholinergiques —, sevrage, métabolique, rétention/fécalome). Repérer avec le CAM — Se ~0,82 / Sp ~0,99 (méta Shi 2013), rapports de vraisemblance poolés séparément LR+ ~9,6 / LR− ~0,16 (Wong 2010) — et chercher la cause. Wong, JAMA 20105.
Agitation aiguë / violence imminente Assurer la sécurité (espace, renforts), désescalade verbale d'abord ; éliminer une cause organique (hypoglycémie, hypoxie, delirium, intoxication) avant d'attribuer à un trouble psychiatrique.
Sevrage alcoolique & delirium tremens Après arrêt/réduction : tremblements, sueurs, tachycardie, anxiété → puis crises convulsives, hallucinations, confusion et instabilité (DT). Urgence vitale : hydratation, vitamine B1 avant tout apport glucosé, benzodiazépines, hospitalisation.
Encéphalopathie de Gayet-Wernicke Carence aiguë en thiamine (B1) : triade confusion + ophtalmoplégie + ataxie (souvent incomplète, donc à évoquer largement). Terrains : alcool, mais aussi vomissements de la grossesse, chirurgie bariatrique, dénutrition/anorexie. Urgence : vitamine B1 parentérale sans attendre (et avant tout apport glucosé) — préviendra l'évolution vers un syndrome de Korsakoff (§14).
Syndrome sérotoninergique Après agent sérotoninergique (souvent une association) : triade agitation/confusion, hyperactivité neurovégétative, et surtout myoclonies, hyperréflexie, clonus. Arrêt du traitement, avis urgent. (Détail pharmacologique : hors sémiologie.)
Syndrome malin des neuroleptiques Sous antipsychotique : hyperthermie, rigidité « en tuyau de plomb », dysautonomie, confusion, CPK élevées. Arrêt du neuroleptique, urgence. À distinguer du syndrome sérotoninergique (rigidité vs clonus).
Catatonie (dont forme maligne) ≥ 3 signes : stupeur, mutisme, négativisme, immobilité, flexibilité cireuse, catalepsie, écholalie/échopraxie. La catatonie maligne (fièvre, dysautonomie) est vitale. Le test au lorazépam a une valeur diagnostique et thérapeutique.
Anorexie mentale sévère Signes de gravité imposant l'hospitalisation : IMC très bas (< 14), amaigrissement rapide, bradycardie, hypotension, hypothermie, hypokaliémie/hypophosphatémie, malaises. Attention au syndrome de renutrition.
Accès maniaque avec mise en danger Exaltation, désinhibition, dépenses, insomnie totale sans fatigue, conduites à risque, ± idées délirantes. Risque médico-légal et financier : avis psychiatrique, hospitalisation souvent nécessaire (parfois sans consentement).
Psychose du post-partum Dans les jours/semaines suivant l'accouchement : début brutal, fluctuant, confusion, idées délirantes, risque suicidaire et d'infanticide. Urgence psychiatrique, hospitalisation (idéalement unité mère-bébé).
Premier épisode psychotique Idées délirantes, hallucinations, désorganisation d'apparition récente : éliminer une cause organique/toxique, ne pas banaliser, adresser rapidement (l'accès précoce aux soins améliore le pronostic).
Le motif oriente
02 — HUMEUR

Tristesse, perte d'intérêt, exaltation

Repérer d'abord (les 2 questions de Whooley ou le PHQ-2 sont d'excellents filtres), puis caractériser : durée, nombre de symptômes, retentissement — et surtout chercher un antécédent d'exaltation, car une dépression bipolaire ne se traite pas comme une dépression unipolaire.

Le filtre initial. Deux questions (« Au cours du dernier mois, vous êtes-vous senti triste, déprimé ou désespéré ? » et « avez-vous perdu l'intérêt ou le plaisir à faire les choses ? ») : au moins une réponse positive donne une Se ~0,95 et un LR− ~0,0867 — un filtre presque parfait pour exclure. Une réponse positive n'affirme rien : confirmer par un PHQ-9 et l'entretien.

Épisode dépressif caractérisé

≥ 2 semaines, ≥ 5 symptômes (dont humeur dépressive ou anhédonie) : tristesse, perte d'intérêt, troubles du sommeil/appétit, ralentissement ou agitation, fatigue, dévalorisation/culpabilité, difficultés de concentration, idées de mort. Retentissement net.

Repérer PHQ-9 ≥ 10 : Se ~0,88 / Sp ~0,858. Toujours évaluer le risque suicidaire (item 9).

Trouble dépressif persistant (dysthymie)

Humeur dépressive la plupart du temps ≥ 2 ans, moins intense mais chronique. Souvent banalisée (« il a toujours été comme ça ») ; peut se surajouter à un épisode caractérisé (« double dépression »).

Dépression du péripartum

Épisode dépressif pendant la grossesse ou dans l'année suivant l'accouchement. Dépister avec l'EPDS (seuil ≥ 11 : Se ~0,81 / Sp ~0,88)9 ; l'item 10 explore les idées suicidaires. À distinguer du baby blues (transitoire, J3–J10) et de la psychose du post-partum (urgence).

Dépression saisonnière

Épisodes récurrents à début automne-hiver, rémission au printemps ; hypersomnie et appétence pour les sucres fréquentes. La luminothérapie a une place.

Épisode dépressif d'un trouble bipolaire

Une dépression qui cache une bipolarité : rechercher tout antécédent d'exaltation/hypomanie. Le MDQ aide (≥ 7 items + concomitance + retentissement) : bonne sensibilité en milieu spécialisé (~0,73)10, mais elle chute fortement en population générale (il dépiste surtout le type I) ; le HCL-32 est plus sensible, moins spécifique11. Le doute justifie un avis avant un antidépresseur (risque de virage).

Trouble dysphorique prémenstruel

Symptômes thymiques et physiques marqués et récurrents dans la phase lutéale, disparaissant après les règles, avec retentissement — au-delà d'un simple syndrome prémenstruel.

Deuil & trouble de l'adaptation

Réaction à une perte (deuil) ou à un facteur de stress identifié (trouble de l'adaptation, < 3 mois après). La tristesse du deuil vient par vagues, préserve l'estime de soi et n'atteint pas tous les critères d'un épisode caractérisé — distinction clinique fine, parfois évolutive.

Dépression secondaire (organique / iatrogène)

Y penser devant un premier épisode atypique, résistant, ou du sujet âgé : hypothyroïdie, maladie de Parkinson, post-AVC, apnées du sommeil, corticoïdes, interféron, certains antihypertenseurs. Traiter la cause.

Sécurité & accès aux soins. Dépression légère : l'antidépresseur n'est pas le premier choix (psychothérapie, activation comportementale, surveillance active). À l'instauration d'un antidépresseur : surveillance rapprochée les premières semaines (risque de majoration transitoire des idées suicidaires, surtout avant 25 ans), délai d'action de 2 à 4 semaines, et risque de virage maniaque chez le sujet bipolaire. Pour la psychothérapie de première intention (TCC), penser au dispositif Mon soutien psy (séances remboursées).

Exaltation (versant maniaque). Humeur élevée ou irritable, énergie et activité augmentées, réduction du besoin de sommeil sans fatigue, fuite des idées, désinhibition. Manie : ≥ 1 semaine et/ou retentissement majeur ou symptômes psychotiques (souvent hospitalisation). Hypomanie : ≥ 4 jours, sans retentissement sévère ni psychose. Un antécédent maniaque signe le trouble bipolaire de type I ; hypomanie + épisodes dépressifs signent le type II. L'accès maniaque avec mise en danger est une urgence (§01).

03 — ANXIÉTÉ

Anxiété, panique, phobies & trauma

L'anxiété est normale ; elle devient trouble par son intensité, sa durée, son caractère incontrôlable et son retentissement. La forme (crises brèves, inquiétude chronique, peur focalisée, obsessions, après-trauma) oriente le diagnostic. Toujours éliminer une cause organique (hyperthyroïdie, arythmie, caféine, sevrage).

Trouble anxieux généralisé

Inquiétudes excessives et difficiles à contrôler, la plupart du temps, ≥ 6 mois, avec tension, fatigue, irritabilité, troubles du sommeil/concentration. Repérer avec le GAD-7 (≥ 10 : Se ~0,89 / Sp ~0,82)12 ou le GAD-2 (≥ 3 : Se ~0,76 / Sp ~0,81)13.

Attaque de panique & trouble panique

Attaque : montée brutale de peur, culminant en quelques minutes, avec palpitations, dyspnée, sueurs, sensation de mort imminente. Trouble panique : attaques récurrentes + crainte anticipatoire d'en refaire. Une attaque isolée n'est pas un trouble.

Agoraphobie

Peur/évitement des situations où fuir serait difficile ou les secours indisponibles (foule, transports, files, espaces ouverts). Souvent associée au trouble panique.

Phobie sociale / phobie spécifique

Phobie sociale : peur du regard et du jugement d'autrui, avec évitement des situations d'exposition. Phobie spécifique : peur circonscrite à un objet ou une situation (animaux, hauteur, sang-injection). Le point commun : évitement et retentissement.

Trouble obsessionnel-compulsif

Obsessions (pensées intrusives, égodystoniques : contamination, doute, symétrie, agressivité) et/ou compulsions (rituels de lavage, vérification, conjuration) chronophages. À différencier des ruminations dépressives et de la personnalité obsessionnelle.

État de stress post-traumatique

Après exposition à un événement traumatique : reviviscences (flashbacks, cauchemars), évitement, altérations cognitives/émotionnelles, hyperréactivité. Repérage rapide par le PC-PTSD-5 (≥ 3 : Se ~0,95 / Sp ~0,85)14 — outil validé surtout chez des vétérans, à transposer prudemment. Avant 1 mois : état de stress aigu.

04 — PSYCHOSE & CONFUSION

Idées délirantes, hallucinations, confusion

Devant un tableau psychotique, deux questions commandent l'orientation : est-ce aigu ou installé ? y a-t-il une cause organique/toxique ? Le premier réflexe, surtout chez le sujet âgé ou fébrile, est d'écarter un syndrome confusionnel — un délire aigu n'est pas toujours psychiatrique.

Les tableaux psychotiques

Trouble psychotique bref (bouffée délirante aiguë)

Début brutal, délire polymorphe et fluctuant, durée < 1 mois avec retour à l'état antérieur. Éliminer une cause toxique/organique. Un premier épisode impose un avis rapide (§01).

Schizophrénie

≥ 6 mois : symptômes positifs (idées délirantes, hallucinations, surtout acoustico-verbales), désorganisation (discours, comportement) et symptômes négatifs (retrait, émoussement affectif, avolition), avec altération du fonctionnement. La catatonie peut s'y associer.

Trouble délirant persistant

Délire systématisé, souvent non bizarre (persécution, jalousie, érotomanie, hypocondrie), sans dissociation ni symptômes négatifs marqués, avec un fonctionnement relativement conservé en dehors du thème.

Trouble schizoaffectif & trouble de l'humeur psychotique

Coexistence de symptômes psychotiques et thymiques. Schizoaffectif : psychose présente aussi hors des épisodes thymiques. Si les idées délirantes n'apparaissent que pendant un épisode dépressif ou maniaque, c'est un trouble de l'humeur avec caractéristiques psychotiques.

Psychose induite & psychose du post-partum

Induite : cannabis, amphétamines, hallucinogènes, corticoïdes, sevrage — le lien temporel oriente. Post-partum : urgence (§01).

La confusion : les « 3 D »

Devant une altération cognitive, distinguer delirium (aigu, fluctuant, inattention), démence (installée, progressive) et dépression (pseudo-démence réversible). Les deux premières coexistent souvent ; la troisième se démasque à l'entretien.

Syndrome confusionnel (delirium)

Trouble aigu de l'attention et de la conscience, fluctuant, avec désorganisation ou altération de la vigilance. Le CAM a une excellente valeur — Se ~0,82 / Sp ~0,99 (méta Shi 2013), rapports de vraisemblance poolés séparément LR+ ~9,6 / LR− ~0,16 (Wong 2010)515 ; l'inattention se teste au lit (mois à l'envers : toute erreur Se ~0,87 / Sp ~0,6116 ; test de l'horloge anormal Se ~0,76 / Sp ~0,7017). Chercher la cause somatique.

Trouble neurocognitif majeur (démence)

Déclin cognitif acquis, progressif, retentissant sur l'autonomie. Repérage : MMSE (seuil 23/24 : Se ~0,81 / Sp ~0,89, LR+ ~7,5)1819 ou MoCA (< 26 : Se ~0,91 / Sp ~0,81 — plus sensible)18. Une plainte mnésique rapportée par un proche a plus de valeur que celle du patient (LR+ ~6,5)20.

Dépression pseudo-démentielle

Plainte mnésique au premier plan, mais avec humeur basse, réponses « je ne sais pas », conscience de la difficulté et réversibilité sous traitement de la dépression. Ne pas conclure trop vite à une démence.

05 — ADDICTIONS & TCA

Addictions & conduites alimentaires

Deux champs où le repérage précoce en médecine générale change le pronostic, et où des questionnaires courts et validés existent. Le trouble se définit par la perte de contrôle, le craving, la poursuite malgré les conséquences — pas par la seule quantité.

Alcool & substances

Mésusage & dépendance à l'alcool

Repérer avec l'AUDIT-C (≥ 4 : Se ~0,86 / Sp ~0,72 ; seuils usuels ≥ 4 homme, ≥ 3 femme)21 ou le CAGE, qui explore plutôt la dépendance-vie (par score, LR de 0,1 à 100)2223. L'AUDIT complet (≥ 8) est spécifique mais de sensibilité variable selon le seuil24. Le sevrage et le delirium tremens sont des urgences (§01).

Tabac, cannabis, opioïdes

Évaluer la dépendance (Fagerström pour le tabac), le retentissement et la motivation. Chez l'adolescent, le CRAFFT repère un trouble lié aux substances (≥ 2 : Se ~0,80 / Sp ~0,86)25.

Addiction comportementale (jeu, écrans)

Jeu d'argent pathologique, jeu vidéo : mêmes mécanismes (craving, perte de contrôle, poursuite malgré les pertes) sans substance. À rechercher devant un surendettement ou un retrait social inexpliqués.

Troubles des conduites alimentaires

Le filtre SCOFF (5 questions). ≥ 2 réponses positives : méta-analyse Se ~0,86 / Sp ~0,83 (LR+ ~5,0)26 ; en médecine générale Se ~0,85 / Sp ~0,9027. Moins sensible en population générale et chez l'homme.

Anorexie mentale

Restriction conduisant à un poids significativement bas, peur intense de grossir, altération de l'image du corps. Rechercher les signes de gravité somatique (§01)28. Urgence si dénutrition sévère.

Boulimie & hyperphagie boulimique

Boulimie : crises de frénésie alimentaire + conduites compensatoires (vomissements, laxatifs, jeûne, sport), poids souvent normal (signe de Russell : callosités du dos de la main). Hyperphagie boulimique : crises sans compensation, avec surpoids fréquent et détresse.

06 — SOMATIQUE

Plaintes somatiques & troubles fonctionnels

Des symptômes physiques réels et pénibles, sans explication médicale suffisante — ou une préoccupation disproportionnée. Le diagnostic est positif (sur la clinique), pas seulement d'élimination : ces patients souffrent et se sentent souvent mal accueillis.2

Trouble à symptomatologie somatique

Un ou plusieurs symptômes physiques pénibles, associés à des pensées, émotions ou comportements excessifs qui leur sont liés (temps, anxiété, recours aux soins), durablement.

Crainte excessive d'avoir une maladie

Préoccupation centrée sur la peur d'être ou de devenir gravement malade, avec peu ou pas de symptômes, vérifications ou évitements répétés — l'ancienne « hypocondrie ».

Trouble neurologique fonctionnel (conversion)

Déficit moteur ou sensoriel (paralysie, cécité, crises non épileptiques, troubles de la marche) incompatible avec une atteinte organique (ex. signe de Hoover). Diagnostic positif sur des signes cliniques, non par défaut.

Trouble factice & syndrome de Münchhausen

Production volontaire de symptômes pour endosser le rôle de malade, sans bénéfice externe (à distinguer de la simulation). Le syndrome de Münchhausen en est la forme sévère, itinérante et théâtrale (voir Éponymes §14).

07 — PERSONNALITÉ & NEURODÉVELOPPEMENT

Personnalité, TDAH, autisme, sommeil

Des modes de fonctionnement stables, présents de longue date, qui deviennent des diagnostics par leur rigidité et leur retentissement. Chez l'adulte, TDAH et autisme sont souvent repérés tardivement.2

Trouble de la personnalité limite (borderline)

Instabilité de l'humeur, des relations et de l'image de soi, peur de l'abandon, impulsivité, gestes auto-agressifs. Fréquent en soins premiers ; le risque suicidaire y est élevé et se réévalue.

Autres troubles de la personnalité

Traits envahissants et rigides d'un des trois groupes (bizarre/excentrique ; dramatique/émotionnel ; anxieux/craintif), source de souffrance ou de dysfonctionnement, distincts d'un épisode aigu.

TDAH de l'adulte

Inattention et/ou hyperactivité-impulsivité depuis l'enfance, persistant à l'âge adulte (désorganisation, oublis, agitation interne, impulsivité). Retentissement scolaire, professionnel, relationnel.

Trouble du spectre de l'autisme

Difficultés de communication sociale et intérêts/comportements restreints et répétitifs, présents dès l'enfance. Diagnostic parfois porté à l'âge adulte, surtout chez les femmes (tableau moins « typique »).

Insomnie chronique

Difficultés d'endormissement ou de maintien du sommeil ≥ 3 nuits/semaine depuis ≥ 3 mois, avec retentissement diurne, sans autre cause. Souvent secondaire à une dépression, une anxiété ou un syndrome d'apnées (à explorer). La TCC de l'insomnie est le traitement de première intention.

La boîte à outils
08 — EXAMEN DE L'ÉTAT MENTAL

L'examen de l'état mental, en 4 domaines

L'équivalent psychiatrique de l'examen physique : une observation structurée et un vocabulaire partagé. On suit ici l'organisation de l'AESPéveil, cognition, affect, comportement — qui sous-tend le référentiel du Collège.12 À décrire, pas à cocher : ce sont des observations, sans sensibilité ni spécificité.

A · Éveil

Vigilance et sommeil : hypoéveil (baisse de vigilance < obnubilation < confusion), hyperéveil anxieux ; insomnie (avec ou sans fatigue diurne), hypersomnie, cauchemars.

B · Cognition

Attention : hypoprosexie, distractibilité, hyperprosexie. Mémoire : amnésie, paramnésie (illusion de mémoire), confabulation. Perception : hallucinations psychosensorielles (auditives/acoustico-verbales → soliloquie, attitudes d'écoute ; visuelles, olfactives, tactiles, cénesthésiques), hallucinations intrapsychiques (écho/vol/divulgation de la pensée), dépersonnalisation/déréalisation. Pensée — contenu : idées délirantes (thème, mécanisme, systématisation, adhésion), obsessionnelles, ou congruentes à l'humeur (culpabilité, incurabilité / grandeur). Pensée — cours : accéléré (tachypsychie, fuite des idées, coq-à-l'âne) ou ralenti (bradypsychie, monoïdéisme, mutisme) ou altéré (barrages, fading, discours tangentiel). Forme : néologismes, paralogisme, agrammatisme, schizophasie. Jugement et cognition sociale.

C · Affect

Émotion (réponse ponctuelle) : type, intensité, adéquation (affect paradoxal, ambivalence, émoussement). Humeur (tonalité durable) : hyperthymie/exaltation, humeur dépressive/athymie, labilité, euthymie. Anxiété et signes neurovégétatifs. Motivation : anhédonie, aboulie, craving ; fonctions instinctuelles (sommeil, appétit, sexualité).

D · Comportement

Présentation : soin/incurie, clinophilie, mimique (hypomimie, paramimie). Psychomotricité : ralentie (bradykinésie, stupeur, catalepsie, flexibilité cireuse, négativisme) ou augmentée (agitation, tasikinésie) ou altérée (maniérisme, stéréotypies, échopraxie). Impulsivité, raptus. Interactions : retrait, familiarité, irritabilité, agressivité. Conduites : évitements, compulsions, conduites à risque, conduites suicidaires.

Et toujours, pour finir : la conscience du trouble (insight) — le patient reconnaît-il ses symptômes comme pathologiques ? — car elle conditionne l'alliance et l'adhésion aux soins ; le fonctionnement (autonomie, travail, liens) ; et l'évaluation du risque suicidaire et hétéro-agressif (§09).

09 — ENTRETIEN

L'entretien & le repérage du risque suicidaire

L'entretien est l'instrument principal : il recueille les symptômes et soigne (alliance). Le repérage du risque suicidaire en est le temps non négociable.

  1. Accueillir & laisser dire — une ouverture large (« qu'est-ce qui vous amène ? »), écoute active, reformulation. On observe déjà (présentation, contact, psychomotricité).
  2. Préciser la plainte — depuis quand, comment ça a commencé, retentissement (sommeil, appétit, travail, liens), facteurs déclenchants.
  3. Explorer les domaines — humeur/affect, anxiété, pensée (cours et contenu), perceptions, cognition — de façon dirigée sur ce que la plainte a ouvert (§08).
  4. Aborder le risque suicidairedirectement : « avez-vous parfois pensé que la vie ne valait pas la peine ? », « avez-vous pensé à mettre fin à vos jours ? ». En parler ne provoque pas le passage à l'acte.4
  5. Évaluer RUDRisque (facteurs : antécédents, trouble, isolement, accès aux moyens), Urgence (degré d'élaboration : idée → plan → scénario daté/lieu → moyen), Dangerosité (létalité et accessibilité du moyen). Ce n'est pas un score, c'est un entretien structuré.4
  6. Conclure & orienter — restituer, proposer un plan (suivi, traitement, avis), sécuriser (moyens létaux, entourage, contacts d'urgence), tracer.
Rappel utile. La quasi-totalité de ces étapes se mène en téléconsultation (observation, discours, humeur, pensée, insight). Font exception l'examen physique du delirium et la recherche de signes catatoniques, qui gagnent à être vus en présentiel.
10 — CATALOGUE

Les outils de repérage, un par un

Des questionnaires courts, validés, qui orientent mais ne remplacent pas l'entretien : un test positif appelle une confirmation clinique. La balise indique la faisabilité en téléconsultation.

Whooley (2 questions) — dépression Téléconsultation OK

Passation
Humeur triste/désespoir ? Perte d'intérêt/plaisir ? (dernier mois)
Positif
≥ 1 réponse « oui »
Valeur
Se ~0,95 / Sp ~0,65 ; LR− ~0,08 : filtre d'exclusion.67

PHQ-2 / PHQ-9 — dépression Téléconsultation OK

Passation
PHQ-2 : 2 items (0–3). PHQ-9 : 9 items, score 0–27 ; item 9 = idées suicidaires.
Seuils
PHQ-2 ≥ 2 ; PHQ-9 ≥ 10 (dépression modérée)
Valeur
PHQ-2 ≥ 2 : Se ~0,91 / Sp ~0,6729. PHQ-9 ≥ 10 : Se ~0,88 / Sp ~0,85 (LR+ ~5,9, LR− ~0,14).8

GAD-7 / GAD-2 — anxiété Téléconsultation OK

Passation
7 (ou 2) items (0–3) sur 2 semaines
Seuils
GAD-7 ≥ 10 ; GAD-2 ≥ 3
Valeur
GAD-7 ≥ 10 : Se ~0,89 / Sp ~0,8212 ; GAD-2 ≥ 3 : Se ~0,76 / Sp ~0,81.13

MDQ / HCL-32 — trouble bipolaire Téléconsultation OK

Passation
Repérage d'antécédents d'(hypo)manie
Valeur
MDQ (≥ 7 + concomitance + retentissement) : Se ~0,73 / Sp ~0,90 en milieu spécialisé10 ; sensibilité bien plus basse en population générale (dépiste surtout le type I). HCL-32 : Se ~0,82 / Sp ~0,57.11

EPDS — dépression du péripartum Téléconsultation OK

Passation
10 items ; item 10 = idées suicidaires
Seuils
≥ 11 (optimal) ; ≥ 13
Valeur
≥ 11 : Se ~0,81 / Sp ~0,88 ; ≥ 13 : Se ~0,66 / Sp ~0,95.9

PC-PTSD-5 — stress post-traumatique Téléconsultation OK

Passation
5 items oui/non après un événement traumatique
Seuil
≥ 3
Valeur
≥ 3 : Se ~0,95 / Sp ~0,85 (LR+ ~6,3, LR− ~0,06) — validé surtout chez des vétérans.14

CAGE / AUDIT — alcool Téléconsultation OK

Passation
CAGE : 4 questions (dépendance-vie). AUDIT-C : 3 items de consommation.
Seuils
CAGE ≥ 2 ; AUDIT-C ≥ 4 (homme) / ≥ 3 (femme) ; AUDIT ≥ 8
Valeur
CAGE, par score : LR de 0,14 (0) à 100 (4)2223. AUDIT-C ≥ 4 : Se ~0,86 / Sp ~0,72.2124

CRAFFT — substances, adolescent Téléconsultation OK

Seuil
≥ 2
Valeur
Se ~0,80 / Sp ~0,86.25

SCOFF — conduites alimentaires Téléconsultation OK

Seuil
≥ 2 réponses positives
Valeur
Méta-analyse : Se ~0,86 / Sp ~0,83 (LR+ ~5,0, LR− ~0,17)26 ; en MG Se ~0,85 / Sp ~0,90.27

CAM — syndrome confusionnel (delirium) Présentiel

Passation
Début aigu et fluctuant + inattention + (pensée désorganisée OU altération de la vigilance). Exige un test d'attention (mois à l'envers).
Valeur
Se ~0,82 / Sp ~0,99 (méta Shi 2013) ; LR poolés LR+ ~9,6 / LR− ~0,16 (Wong 2010). Se/Sp et LR issus de pooling distincts (d'où LR+ ≠ Se/(1−Sp)).515

MMSE / MoCA — trouble neurocognitif Présentiel

Seuils
MMSE 23/24 ; MoCA < 26
Valeur
MMSE : Se ~0,81 / Sp ~0,89 (LR+ ~7,5)1819 ; MoCA : Se ~0,91 / Sp ~0,81 (plus sensible).18

RUD — risque suicidaire Téléconsultation OK

Passation
Entretien structuré : Risque (facteurs), Urgence (élaboration du scénario), Dangerosité (moyen)
Valeur
Cadre d'évaluation, non un score chiffré.4
11 — RÉCAP

Valeur diagnostique des outils

Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, l'outil ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source citée (rien n'est inventé).

Se/Sp/LR au seuil indiqué ; sources en fin de page. Les LR « calculés » dérivent de Se et Sp. * CAM : Se/Sp (Shi 2013) et LR (Wong 2010) proviennent de méta-analyses à pooling distinct — le LR+ affiché n'est donc pas le calcul direct Se/(1−Sp) (la spécificité ~0,99 impliquerait un LR+ bien plus élevé).
Outil (cible)SeuilSeSpLR+LR−Source
Humeur
Whooley (dépression)≥ 10,950,652,70,08Bosanquet 20157
PHQ-2 (dépression)≥ 20,910,672,80,13Levis 202029
PHQ-9 (dépression)≥ 100,880,855,90,14Levis 20198
EPDS (péripartum)≥ 110,810,886,80,22Levis 20209
MDQ (bipolaire, spécialisé)≥ 70,730,907,30,30Hirschfeld 200010
HCL-32 (bipolaire)var.0,820,571,90,32Wang 201911
Anxiété & trauma
GAD-7 (TAG)≥ 100,890,824,90,13Spitzer 200612
GAD-2 (TAG)≥ 30,760,814,00,30Plummer 201613
PC-PTSD-5 (ESPT)≥ 30,950,856,30,06Prins 201614
Addictions & TCA
CAGE (dépendance alcool)≥ 20,740,918,20,29Buchsbaum 199123
AUDIT-C (conso. excessive)≥ 40,860,723,10,19Bush 199821
CRAFFT (substances, ado)≥ 20,800,865,70,23Knight 200225
SCOFF (TCA)≥ 20,860,835,00,17Kutz 202026
Cognition
CAM (delirium)algo.0,820,999,6*0,16*Wong · Shi515
Mois à l'envers (delirium)≥ 1 err.0,870,612,20,22méta 202316
MMSE (démence)23/240,810,897,50,21Tsoi 201518
MoCA (démence)< 260,910,814,80,12Tsoi 201518
Deux pièges de lecture. (1) La sensibilité du MDQ s'effondre hors milieu spécialisé (de ~0,73 en centre expert à bien moins en population générale) : un MDQ négatif n'exclut pas une bipolarité10. (2) Ces valeurs viennent de populations variées (vétérans pour le PC-PTSD-5, gériatrie pour le CAM) : la probabilité post-test dépend aussi de la prévalence dans votre patientèle.
12 — CALCULATEURS

Calculateurs de scores

Deux scores autoadministrés très utilisés en médecine générale : « sur les 2 dernières semaines, à quelle fréquence… ». Le score oriente et suit l'évolution ; il ne pose pas le diagnostic à lui seul.

PHQ-9 — sévérité de la dépression🔒 Rien n'est envoyé sur internet
1. Peu d'intérêt ou de plaisir à faire les choses
2. Se sentir triste, déprimé ou désespéré
3. Troubles du sommeil (endormissement, réveils, trop dormir)
4. Fatigue ou manque d'énergie
5. Perte d'appétit ou au contraire manger trop
6. Mauvaise image de soi, sentiment d'échec ou de culpabilité
7. Difficultés à se concentrer
8. Lenteur, ou au contraire agitation, remarquée par autrui
9. Penser qu'il vaudrait mieux être mort, ou se faire du mal
0/27Renseignez les 9 items.
GAD-7 — sévérité de l'anxiété🔒 Rien n'est envoyé sur internet
1. Se sentir nerveux, anxieux ou tendu
2. Ne pas pouvoir arrêter de se faire du souci
3. Se faire trop de souci à propos de tout
4. Avoir du mal à se détendre
5. Être si agité qu'il est difficile de rester en place
6. Devenir facilement contrarié ou irritable
7. Avoir peur que quelque chose d'affreux puisse arriver
0/21Renseignez les 7 items.

Ces calculateurs sont des aides pédagogiques (calcul local, dans le navigateur). Un score élevé n'est pas un diagnostic : il appelle un entretien. Un item 9 du PHQ-9 > 0 impose d'explorer le risque suicidaire (§09), quel que soit le total.

Aller plus loin
13 — HISTOIRE & REPÈRES

Un vocabulaire qui a une histoire

La sémiologie psychiatrique s'est construite au XIXe et au XXe siècle, entre l'observation clinique française (Pinel, Esquirol, Falret, de Clérambault), la nosographie allemande (Kraepelin, Bleuler) et, récemment, une entreprise de standardisation du vocabulaire pour l'enseignement.

En France, cet effort est aujourd'hui porté par l'AESP (Association pour l'Enseignement de la Sémiologie Psychiatrique), qui propose une organisation minimale et hiérarchisée des termes1 — reprise dans le référentiel du Collège2 — et des ressources ouvertes : l'application DicoSemioPsy, un guide d'examen standardisé, des cartographies sémiologie → trouble. D'autres outils pédagogiques prolongent ce travail, comme Semio8G (arbre sémiologique en 8 domaines)30 et, côté aide à la décision du généraliste, Psychiaclic3.

Pourquoi un vocabulaire commun ? Parce qu'un signe mal nommé est un signe perdu : dire « fuite des idées » plutôt que « il parle beaucoup », « flexibilité cireuse » plutôt que « il est bizarre », c'est rendre l'observation transmissible, comparable, et donc utile au patient suivant.

14 — ÉPONYMES

Éponymes de la sémiologie psychiatrique

Derrière chaque nom, une observation clinique fondatrice. Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire.

Syndrome de Charles Bonnet

Charles Bonnet · naturaliste suisse · 1760

Hallucinations visuelles complexes chez une personne malvoyante, dont la critique est conservée (elle sait que ce n'est pas réel), sans trouble psychotique. Bonnet l'a décrit chez son grand-père presque aveugle ; de Morsier a donné son nom au syndrome.

À retenir : devant des hallucinations visuelles isolées chez un sujet âgé malvoyant, penser Charles Bonnet plutôt que « démence » ou « psychose ».

L'article : Bonnet C. Essai analytique sur les facultés de l'âme. Copenhague : Philibert ; 1760.

Syndrome de Briquet

Paul Briquet · médecin français · 1859

Description systématique de l'« hystérie » comme trouble à symptomatologie somatique multiple et chronique, chez des patients (surtout des femmes, dans un contexte social contraint) longtemps mal considérés. Ancêtre du trouble à symptomatologie somatique actuel.

À retenir : des symptômes physiques multiples et anciens, sans substrat, chez un patient en souffrance réelle — à accueillir, pas à congédier.

L'article : Briquet P. Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie. Paris : J.-B. Baillière ; 1859.

Syndrome de Capgras

Joseph Capgras · psychiatre français · 1923

« Illusion des sosies » : conviction qu'un proche a été remplacé par un imposteur physiquement identique. Décrit avec Reboul-Lachaux. Fait partie des syndromes d'identification erronée.

À retenir : peut s'observer dans la schizophrénie mais aussi dans des atteintes organiques (démence à corps de Lewy) → examen cognitif.

L'article : Capgras J, Reboul-Lachaux J. L'illusion des « sosies » dans un délire systématisé chronique. Bull Soc Clin Méd Ment. 1923;11:6-16.

Syndrome de Clérambault (érotomanie)

Gaëtan Gatian de Clérambault · psychiatre français · 1921

Conviction délirante d'être aimé par une personne, souvent d'un rang supérieur, qui « en aurait fait le premier pas ». Prototype des psychoses passionnelles, avec ses phases d'espoir puis de dépit et de rancune.

À retenir : risque de harcèlement et de passage à l'acte quand le déni se mue en rancune.

L'article : de Clérambault GG. Les psychoses passionnelles. Communication, Société de médecine mentale ; 1921 (repris dans l'Œuvre psychiatrique).

Syndrome de Cotard

Jules Cotard · neuropsychiatre français · 1880-1882

« Délire des négations » : conviction délirante d'être mort, de ne plus avoir d'organes, ou d'être immortel/damné. Survient dans les dépressions mélancoliques sévères et certaines psychoses.

À retenir : mélancolie délirante = risque suicidaire majeur, urgence.

L'article : Cotard J. Du délire des négations. Arch Neurol (Paris). 1882;4:152-170, 282-296.

Syndrome de Da Costa

Jacob Mendes Da Costa · médecin américain · 1871

« Cœur irritable » ou « cœur du soldat » : palpitations, douleur thoracique, dyspnée et fatigue sans cardiopathie, décrits chez des soldats de la guerre de Sécession. Un ancêtre de l'anxiété/trouble panique à expression somatique.

À retenir : une plainte cardiaque sans substrat peut être une expression somatique de l'anxiété — après avoir écarté l'organique.

L'article : Da Costa JM. On irritable heart. Am J Med Sci. 1871;61:17-52.

Syndrome de Diogène

Clark, Mankikar & Gray · gériatres britanniques · 1975

Incurie majeure, syllogomanie (accumulation), retrait social et déni du trouble, souvent chez la personne âgée. Nommé d'après Diogène le Cynique — par antiphrase, car il n'a rien d'un ascète choisi.

À retenir : plus un syndrome comportemental qu'un diagnostic ; chercher démence, dépression, psychose, addiction sous-jacentes.

L'article : Clark ANG, Mankikar GD, Gray I. Diogenes syndrome: a clinical study of gross neglect in old age. Lancet. 1975;1(7903):366-368.

Syndrome d'Ekbom (délire de parasitose)

Karl-Axel Ekbom · neurologue suédois · 1938

Conviction délirante d'être infesté de parasites sous la peau, avec sensations tactiles (« le signe de la boîte d'allumettes » : le patient apporte des débris cutanés comme « preuves »). À distinguer du syndrome des jambes sans repos, qu'Ekbom a aussi décrit.

À retenir : aucun questionnaire validé ; diagnostic clinique de trouble délirant. Écarter une cause dermatologique/toxique réelle.

L'article : Ekbom KA. Der präsenile Dermatozoenwahn. Acta Psychiatr Neurol Scand. 1938;13:227-259.

Syndrome de Fregoli

Courbon & Fail · psychiatres français · 1927

Conviction qu'une même personne (souvent un persécuteur) se cache sous des apparences différentes — l'inverse de Capgras. Nommé d'après l'acteur transformiste Leopoldo Fregoli.

À retenir : syndrome d'identification erronée, à contexte psychotique ou organique.

L'article : Courbon P, Fail G. Syndrome d'« illusion de Frégoli » et schizophrénie. Bull Soc Clin Méd Ment. 1927:121-125.

Syndrome de Ganser

Sigbert Ganser · psychiatre allemand · 1898

« Réponses à côté » (paralogies) : le patient répond de façon absurde mais en montrant qu'il a compris la question (2 + 2 = 5), avec obnubilation et symptômes dissociatifs. Décrit chez des détenus.

À retenir : à ne pas confondre avec une simulation ni une démence ; évoque un mécanisme dissociatif.

L'article : Ganser SJ. Über einen eigenartigen hysterischen Dämmerzustand. Arch Psychiatr Nervenkr. 1898;30:633-640.

Syndrome de Korsakoff

Sergueï Korsakoff · psychiatre russe · 1887-1889

Amnésie antérograde massive avec confabulations et fausses reconnaissances, séquelle d'une carence en thiamine (souvent alcoolique), faisant suite à une encéphalopathie de Gayet-Wernicke.

À retenir : prévention = vitamine B1 avant tout apport glucosé chez l'alcoolodépendant (§01).

L'article : Korsakoff SS. Étude médico-psychologique sur une forme des maladies de la mémoire. Rev Philos. 1889;28:501-530.

Syndrome de Münchhausen

Richard Asher · médecin britannique · 1951

Forme sévère et itinérante du trouble factice : le patient simule ou provoque des maladies, multiplie hospitalisations et interventions, dans le seul but d'endosser le rôle de malade. Nommé d'après le baron affabulateur de Münchhausen.

À retenir : distinct de la simulation (pas de bénéfice externe) ; la forme « par procuration » (sur un enfant) est une maltraitance.

L'article : Asher R. Munchausen's syndrome. Lancet. 1951;1(6650):339-341.

15 — SIGNES ABANDONNÉS

Signes perdus, signes abandonnés

Deux familles très différentes : des signes fins tombés en désuétude mais encore justes, et des « diagnostics » qu'on a eu raison d'abandonner — et dont l'histoire est instructive.

Un vieux signe perdu, encore utile

L'oméga mélancolique & le pli de Veraguth. Deux signes faciaux de la mélancolie, hérités de la clinique du XIXe siècle : l'oméga mélancolique (froncement glabellaire en forme de Ω, décrit par Schüle en 1878) et le pli de Veraguth (pli palpébral triangulaire oblique, en haut et en dedans, décrit par Otto Veraguth vers 1911). Ils traduisent la contraction durable des muscles corrugateurs et procerus. Rarement enseignés aujourd'hui, ils restent observables et ont été corrélés à la sévérité dépressive — un vieux signe perdu qui rappelle que le visage parle. Saraf & Nath 201931.

Des « diagnostics » qu'on a eu raison d'abandonner

À distinguer : certains termes n'ont pas été abandonnés mais renommés à mesure que la clinique s'affinait — ainsi la « démence précoce » de Kraepelin est devenue la schizophrénie de Bleuler. Ce n'est pas un rejet, c'est une nosographie qui mûrit.

16 — SOURCES

Méthode & références

Méthode. Le cadre sémiologique et le vocabulaire suivent l'organisation de l'AESP (4 domaines : éveil, cognition, affect, comportement)1, reprise dans le référentiel du Collège2 ; l'entrée par motif est inspirée de Psychiaclic3. Les valeurs diagnostiques (Se/Sp/LR) proviennent de méta-analyses et d'études de validation primaires (PubMed), citées à leur seuil. Périmètre = sémiologie et repérage en soins premiers ; la pharmacologie, les modalités de soins sans consentement et la prise en charge spécialisée ne sont qu'effleurées.

Réserves honnêtes. (1) Plusieurs outils sont validés dans des populations particulières (vétérans pour le PC-PTSD-5, gériatrie hospitalière pour le CAM/CDT/MOTYB, échantillons masculins pour l'AUDIT-C) : leur transposition à une patientèle française de médecine générale est imparfaite. (2) Pour le CAGE, la spécificité stratifiée par population n'est pas fournie de façon homogène ; pour l'AUDIT complet, la sensibilité varie fortement selon le seuil — d'où l'usage des LR par score et des fourchettes. (3) Le délire d'Ekbom n'a aucun instrument de repérage chiffré (diagnostic clinique). (4) Les sources primaires des éponymes sont données dans chaque carte (§14) ; certaines sont antérieures à l'indexation PubMed. Aucune donnée n'a été inventée : « — » signale une valeur non fournie par la source.

  1. Micoulaud-Franchi JA, Geoffroy PA, Amad A, Quilès C. Le jardinier et le botaniste : proposition d'une organisation minimale de la sémiologie psychiatrique pour l'étudiant en médecine. Ann Med Psychol. 2015;173(5):460-469. Cadre sémiologique AESP en 4 domaines (éveil, cognition, affect, comportement).
  2. Collège National des Universitaires de Psychiatrie, AESP, CUNEA. Référentiel de Psychiatrie et Addictologie. 4e éd. Tours : Presses Universitaires François-Rabelais. cunea.frRéférentiel officiel de l'examen psychiatrique et de la nosographie (EDN).
  3. F2RSMpsy, CHU de Lille. Psychiaclic — aide à la décision en psychiatrie pour le médecin généraliste. psychiaclic.frEntrée par motif de consultation ; évaluation de l'urgence ; soins sans consentement.
  4. Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé (ANAES). La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge. Conférence de consensus. 2000. has-sante.frÉvaluation Risque – Urgence – Dangerosité (RUD).
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