SemioClic · sémiologie fondée sur les preuves

Main & poignet :
le siège oriente,
le test tranche

Une sémiologie de la main et du poignet organisée par siège et par motif. De la plainte, on déroule l'examen région par région et l'on cible la manœuvre utile — dont on connaît la valeur réelle (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance) — jusqu'au diagnostic. La main est aussi une fenêtre sur les maladies générales. À ne jamais manquer : la fracture du scaphoïde (radio normale trompeuse), le phlegmon des gaines, l'ischémie digitale, l'arthrite septique et la lésion de Stener du pouce.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche rédigée et vérifiée (sources en fin de page).
Cadre : deux traités de sémiologie de la main et du poignet (dont Lescuyer) et la littérature EBM (méta-analyses canal carpien, scaphoïde, De Quervain, rhizarthrose).
Aide au raisonnement — ne remplace ni l'examen, ni le jugement clinique, ni l'imagerie ou l'avis chirurgical quand ils sont indiqués.
Première version : 2026-07-06Dernière révision : 2026-07-14
Par où commencer
00 — AIGUILLAGE

Du siège au diagnostic, pas à pas

Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le test à faire en priorité, puis où aller selon qu'il est positif ou négatif, jusqu'au diagnostic. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance) dans le panneau de droite. Au poignet, le siège de la douleur (radial, ulnaire, central) oriente puissamment ; à la main, l'inspection ouvre souvent le diagnostic.

Repère de lecture. Un test sensible sert à écarter (un test négatif rassure) ; un test spécifique sert à confirmer (un test positif affirme). À la main, beaucoup de manœuvres classiques (Phalen, Tinel, Finkelstein) sont peu discriminantes : la fiche le signale et privilégie les signes réellement informatifs.

01 — URGENCES

Les pièges à ne pas manquer

Neuf situations où l'orientation prime : fractures méconnues, infections des espaces clos de la main, atteintes vasculo-nerveuses et lésions tendineuses dont le pronostic dépend de la précocité.

Fracture du scaphoïde — une radio normale ne l'exclut pas Après une chute sur la main tendue, une douleur de la tabatière anatomique = fracture du scaphoïde jusqu'à preuve du contraire. Ce signe est très sensible mais peu spécifique1 et la radiographie initiale est souvent normale : immobiliser (attelle scaphoïde) et réimager (TDM/IRM). Risque : pseudarthrose et nécrose (vascularisation rétrograde).
Phlegmon des gaines des fléchisseurs Les 4 signes de Kanavel (doigt en flexion, tuméfaction fusiforme, douleur à l'extension passive, douleur sur le trajet de la gaine) signent une infection dans la gaine synoviale. Urgence chirurgicale (lavage) + antibiothérapie : le pronostic fonctionnel dépend de l'heure.
Plaie de morsure (« fight bite ») Plaie sur poing fermé en regard d'une MCP (dent) ou morsure animale : risque d'arthrite/phlegmon (pasteurellose, anaérobies). Ne jamais suturer d'emblée ; parage, antibiothérapie, avis chirurgical, tétanos ± rage.
Arthrite septique / monoarthrite aiguë Articulation chaude, gonflée, très douloureuse et impotente, ± fièvre : septique jusqu'à preuve du contraire. Ponction, biologie, antibiothérapie, avis chirurgical (penser aussi goutte et chondrocalcinose).
Ischémie digitale aiguë Doigt froid, pâle ou cyanosé, douloureux : embolie, thrombose, vascularite, gelure, ou Raynaud sévère. Urgence : avis vasculaire immédiat ± anticoagulation, recherche d'une cause emboligène — le pronostic est le doigt. (Le test d'Allen évalue les arcades ; il ne tranche pas l'urgence.)
Lésion par injection à haute pression Point d'entrée minuscule et peu douloureux (pistolet à peinture/graisse/solvant), main d'apparence normale à H0, puis nécrose extensive et amputation en cas de retard. Ne pas se fier à l'aspect : la notion d'un jet sous pression impose une exploration/décompression chirurgicale immédiate.
Luxation périlunaire du carpe Traumatisme à haute énergie, poignet très douloureux et tuméfié, ± signes médians. Facilement méconnue (profil mal lu). Urgence : réduction, avis chirurgical.
Lésion de Stener (pouce du skieur) Devant une entorse du ligament collatéral ulnaire du pouce (abduction forcée), une rupture complète peut interposer l'aponévrose de l'adducteur (lésion de Stener) qui empêche la cicatrisation et impose la chirurgie. Tester la laxité avec prudence ; imagerie.
Plaie de la main avec atteinte profonde Toute plaie impose de tester en aval : tendons (flexion/extension active de chaque articulation), nerfs (sensibilité pulpaire, discrimination) et vaisseaux (recoloration, Allen). Une plaie « qui va bien » peut cacher une section tendineuse ou nerveuse.
Fracture de l'extrémité distale du radius avec atteinte médiane Déformation « en dos de fourchette » après une chute : rechercher systématiquement un déficit du nerf médian (canal carpien aigu) qui peut imposer une décompression en urgence.
Le siège oriente
02 — POIGNET RADIAL

Douleur du poignet côté pouce

Le versant radial concentre des entités fréquentes que le contexte sépare : traumatisme (scaphoïde, instabilité scapho-lunaire), gestes répétés du pouce (De Quervain), dégénératif de la base du pouce (rhizarthrose).2

Fracture du scaphoïde

Chute sur la main tendue + douleur de la tabatière : très sensible mais peu spécifique (Se ~0,87-1,00 ; Sp très variable — pas de valeur poolée)1. Radio initiale souvent normale → immobiliser et réimager. Combiner tabatière + tubercule + compression axiale précise le risque (§01).

Ténosynovite de De Quervain

Douleur de la styloïde radiale (1er compartiment), gestes répétés du pouce, fréquente en post-partum. Le WHAT test est très sensible (Se ~0,99 → un test négatif écarte) mais peu spécifique3 ; Finkelstein et Eichhoff, souvent confondus, ne sont pas validés métrologiquement. À distinguer du syndrome de l'intersection (plus dorsal).

Rhizarthrose (arthrose trapézo-métacarpienne)

Femme > 50 ans : douleur de la base du pouce à la pince, « squaring », grind test positif (Se ~0,42-0,53 / Sp ~0,80-0,93 : confirme mais n'exclut pas)4. Souvent bien tolérée avec orthèse ; l'information rassure. L'arthrose scapho-trapézo-trapézoïdienne (STT) donne une douleur radiale basse voisine, à ne pas confondre.

Instabilité scapho-lunaire

Chute poignet en extension : douleur dorso-radiale sur la fossette scapho-lunaire, lâchages. Test de Watson (Se ~0,50 / Sp ~0,78 : orientation seulement)5. Méconnue → arthrose du carpe (« SLAC »). Clichés dynamiques ± arthro-IRM.

Tendinopathies radiales

Fléchisseur radial du carpe (FCR) : douleur radio-volaire au passage sur le trapèze, majorée par flexion + déviation radiale contrariées. Syndrome de l'intersection : douleur et crépitation dorsales un peu en amont, au croisement des tendons des 1er et 2e compartiments (aviron, musculation).

03 — POIGNET ULNAIRE

Douleur du poignet côté auriculaire & centrale

Le poignet ulnaire est réputé difficile (« le rachis lombaire du poignet ») : de nombreuses causes s'y côtoient. Le signe de la fovéa est le meilleur repère, et l'un des rares tests de la main avec de bons rapports de vraisemblance.2

Lésion du TFCC

Chute main pronée ou dégénératif (travail manuel, variance ulnaire positive) : douleur de la fovéa, clics, faiblesse en prono-supination. Le signe de la fovéa ulnaire a une Se ~0,95 / Sp ~0,87 (LR+ ~7,0, LR− ~0,06)6. Arthro-IRM/arthroscopie.

Atteinte de l'extenseur ulnaire du carpe (ECU)

Douleur dorsale ulnaire ; une subluxation du tendon à la prono-supination (ressaut) évoque une instabilité de sa gaine. Tendinopathie ou instabilité ; repos, orthèse, avis si instabilité.

Instabilité luno-triquétrale & syndrome pisotriquétral

Douleur ulnaire à la charge ; ballottement luno-triquétral (non validé) ; douleur à la mobilisation du pisiforme sur le triquetrum. Imagerie ± arthroscopie.

Fracture de l'hameçon de l'hamatum

Sport de crosse/raquette/golf : douleur hypothénar à la pression de l'hameçon, parfois symptômes ulnaires (loge de Guyon voisine). Radiographie souvent normale → TDM ; risque de pseudarthrose.

Poignet central : kyste, Kienböck, instabilité radio-ulnaire distale

Kyste synovial : tuméfaction ronde, rénitente, dorsale ou palmaire, transilluminable, bénigne. Kienböck : ostéonécrose du semi-lunaire (homme jeune manuel), radio longtemps normale → IRM. Instabilité DRUJ : ressaut « touche de piano » de la tête ulnaire, souvent post-fracture.

04 — NERFS

Paresthésies de la main — quel nerf ?

Le territoire localise le nerf. Le syndrome du canal carpien (médian) est de loin le plus fréquent — et c'est là que la sémiologie « classique » est le plus trompeuse.

Canal carpien : les tests qui comptent (et ceux qui trompent). Les plus informatifs sont le diagramme de Katz (classique/probable LR+ 2,4 ; improbable LR− 0,2), l'hypoalgésie médiane (LR+ 3,1) et la faiblesse d'abduction du pouce (LR+ 1,8)7. En revanche Phalen et Tinel sont peu discriminants (D'Arcy : LR ~1,3-1,4) ; une méta-analyse leur donne un peu plus (Phalen Se ~0,68/Sp ~0,73 ; compression de Durkan Se ~0,64/Sp ~0,83)8 — valeurs instables selon les revues, à ne pas surinterpréter. Le hand elevation test est simple et spécifique (Se ~0,76/Sp ~0,99)9 ; la règle de Wainner (5 items) atteint un LR+ de 18,310.

Syndrome du canal carpien (nerf médian)

Paresthésies du territoire médian (pouce-index-majeur), nocturnes, soulagées en secouant la main. Diagnostic clinique en 1re intention ; l'ENMG confirme, gradue et est nécessaire à la reconnaissance en maladie professionnelle. L'amyotrophie thénarienne est un signe tardif de sévérité.

Compression du nerf ulnaire — poignet (Guyon) vs coude

Le point clé est le dos de la main : épargné dans la loge de Guyon (branche dorsale naît en amont), atteint quand la compression est au coude. Guyon : kyste, hameçon de l'hamatum, appui (cycliste). Coude : gouttière épitrochléo-olécrânienne (2e neuropathie compressive). Signe de Froment.

Causes projetées : radiculopathie cervicale, défilé thoraco-brachial

Une main « qui fourmille » n'est pas toujours un canal carpien : radiculopathie (C6 pouce, C7 majeur, C8 auriculaire, majorée par le cou) ou défilé thoracique (paresthésies posturales, bras levés). À évoquer devant un territoire atypique.

05 — TRAUMATISMES

Traumatismes de la main & du poignet

Le mécanisme oriente ; la priorité est d'écarter les lésions à pronostic (scaphoïde méconnu, luxation périlunaire, lésion de Stener, section tendineuse) que l'imagerie initiale peut manquer.

Fracture de l'extrémité distale du radius

Chute sur la main : déformation « en dos de fourchette » (Pouteau-Colles), impotence. Radiographies face + profil. Rechercher un déficit médian associé et une atteinte radio-ulnaire distale (§01).

Fracture du scaphoïde & luxation périlunaire

Scaphoïde : douleur de la tabatière, radio normale trompeuse (§01, §02)1. Luxation périlunaire : traumatisme violent, poignet très déformé, souvent méconnue sur le profil — urgence chirurgicale.

Doigts : entorses, fractures, pouce du skieur

Vérifier l'axe de rotation des doigts en flexion (convergence vers le scaphoïde) : un défaut de rotation est une indication chirurgicale. Pouce du skieur : abduction forcée, laxité de la MCP ulnaire → chercher une lésion de Stener (§01).

Ruptures tendineuses caractéristiques

Doigt en maillet (mallet finger) : choc axial, la dernière phalange tombe et ne s'étend plus (attelle en extension). Jersey finger : traction sur doigt fléchi, la dernière phalange ne se fléchit plus (rupture du fléchisseur profond → avis chirurgical).

06 — DOIGTS

Doigts, nodules & déformations

Le mode de présentation (accrochage, corde palmaire, nodules durs, déformation) suffit souvent au diagnostic. Beaucoup de ces entités sont cliniques et bénignes — l'information et la réassurance font partie du soin.

Doigt à ressaut (ténosynovite sténosante)

Accrochage, ressaut, parfois blocage à la flexion-extension, avec un nodule palpable sur la poulie A1. Fréquent, favorisé par le diabète. Diagnostic clinique ; orthèse, infiltration, chirurgie si résistant.

Maladie de Dupuytren

Fibrose rétractile de l'aponévrose palmaire : nodules puis cordes, flexion progressive irréductible (4e et 5e rayons). Le table-top test de Hueston (la paume ne s'aplatit plus) mesure le retentissement et l'indication chirurgicale. Terrain familial, homme, diabète, alcool.

Arthrose digitale (Heberden / Bouchard)

Nodosités dures des interphalangiennes distales (Heberden) et proximales (Bouchard), femme après 50 ans, souvent familiale. Poussées inflammatoires possibles. Point clé : la polyarthrite rhumatoïde épargne les IPD — leur atteinte oriente vers l'arthrose (ou le rhumatisme psoriasique).

Déformations d'un rhumatisme inflammatoire

Polyarthrite rhumatoïde : atteinte des MCP et IPP, coup de vent ulnaire, col de cygne, boutonnière, pouce en Z, synovites, raideur matinale. La main de Jaccoud (déformations réductibles) s'observe dans le lupus. Bilan immunologique et avis.

Kyste synovial (ganglion)

Tuméfaction ronde, rénitente, souvent dorsale (scapho-lunaire) ou palmaire radiale, variable, transilluminable. Bénin ; abstention si asymptomatique.

07 — MAIN SYSTÉMIQUE

La main, fenêtre sur les maladies générales

La main exprime de nombreuses pathologies systémiques — auto-immunes, vasculaires, métaboliques, néoplasiques. Le temps d'inspection (couleur, ongles, peau, déformations) est primordial et souvent négligé.11

Phénomène de Raynaud

Acrosyndrome paroxystique en 3 phases (syncopale blanche, cyanique, rouge) au froid/stress. Primaire (jeune femme, symétrique, examen normal) ou secondaire (asymétrique, ulcères, mégacapillaires péri-unguéaux, auto-anticorps → sclérodermie, lupus). Capillaroscopie et anticorps orientent.

Hippocratisme digital

Bombement des ongles, doigts « en baguette de tambour » (angle de Lovibond ouvert, signe de Schamroth). Chercher une cause pulmonaire (cancer, DDB, fibrose), cardiaque (cyanogène, endocardite), digestive (cirrhose, MICI), ou héréditaire.

Sclérodactylie & signes cutanés systémiques

Sclérodactylie : peau des doigts indurée, luisante, non plissable, ± ulcères pulpaires (sclérodermie). Papules de Gottron (dos des articulations) : pathognomoniques de la dermatomyosite. Télangiectasies, mégacapillaires : collagénose.

Signes unguéaux

Hémorragies filiformes sous-unguéales (endocardite, vascularite), koïlonychie (ongles en cuillère : carence martiale), leuconychie (hypoalbuminémie), lignes de Beau, atteinte psoriasique (ongles ponctués, onycholyse). L'ongle est une fenêtre diagnostique à part entière.

La boîte à outils
08 — ANATOMIE PALPATOIRE

Se repérer sous les doigts

La topographie fait le diagnostic : chaque douleur se rattache à une structure palpable.12

Face dorsale & radiale

Tabatière anatomique (entre les tendons du long/court extenseurs et du long abducteur du pouce) : y sont accessibles le scaphoïde, le trapèze et l'articulation trapézo-métacarpienne. Tubercule de Lister (repère du radius distal) : le long extenseur du pouce le contourne. Styloïdes radiale et ulnaire. Les 6 compartiments des extenseurs se palpent d'un bord à l'autre (1er = De Quervain ; 6e = extenseur ulnaire du carpe).

Face palmaire

Tunnel carpien (nerf médian + fléchisseurs) sous le rétinaculum. Pisiforme et hameçon de l'hamatum (bord ulnaire, canal de Guyon avec le nerf ulnaire). Éminence thénar (muscles du pouce, médian) et hypothénar (muscles du 5e, ulnaire). Le long palmaire (inconstant) est superficiel au rétinaculum.

Articulations & fovéa ulnaire

Radio-ulnaire distale, radio-carpienne, médio-carpienne, carpo-métacarpiennes (le 2e-3e rayon = segment fixe), MCP, IPP, IPD. La fovéa ulnaire (point mou entre styloïde ulnaire, fléchisseur ulnaire du carpe et pisiforme) est la clé du poignet ulnaire.

09 — EXAMEN

L'examen pas-à-pas

Un ordre simple, toujours comparatif avec le côté sain, de l'inspection aux manœuvres ciblées.12

  1. Inspection globale — couleur, trophicité (amyotrophie thénar/hypothénar), déformations, nodules, ongles, peau. La main se lit de loin avant de se toucher.
  2. Interrogatoire ciblé — siège exact, mécanisme, gestes déclenchants, main dominante, retentissement (force, dextérité, motricité fine), paresthésies.
  3. Palpation structurée — os et articulations (§08), tendons et gaines, points douloureux précis ; œdème articulaire (synovite) vs des tissus mous.
  4. Mobilité & force — flexion/extension du poignet, prono-supination, opposition du pouce, flexion complète des doigts vers la paume ; force de préhension (dynamomètre).
  5. Manœuvres ciblées — selon le siège : tabatière (scaphoïde), grind (rhizarthrose), WHAT (De Quervain), Watson (scapho-lunaire), fovéa (TFCC), Katz/hypoalgésie (canal carpien).
  6. Vasculaire & neurologique — pouls radial/ulnaire, test d'Allen et recoloration ; sensibilité par territoire (médian, ulnaire, radial), Froment, signes moteurs.
10 — CATALOGUE

Les tests, décrits pour être reproduits

Chaque manœuvre citée ailleurs est ici : comment la faire, ce qui est positif, ce qu'elle teste, et sa valeur. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00).

Canal carpien — les 3 signes utiles Présentiel

Valeur
Diagramme de Katz (classique/probable) LR+ 2,4 ; hypoalgésie médiane LR+ 3,1 ; faiblesse d'abduction du pouce LR+ 1,8 / LR− 0,5.7 Compression de Durkan Se ~0,64/Sp ~0,83.8

Canal carpien — les tests trompeurs Présentiel

Valeur
Phalen et Tinel : peu discriminants (LR ~1,3-1,4 selon D'Arcy7 ; un peu plus selon MacDermid, valeurs instables8). Hand elevation test Se ~0,76/Sp ~0,999 ; règle de Wainner (5 items) LR+ 18,3.10

Scaphoïde (3 signes) Présentiel

Valeur
Tabatière : Se ~0,87-1,00 mais Sp très variable (0,03-0,98) ; tubercule Se ~0,82-1,00/Sp ~0,17-0,57 ; compression axiale variable. Pas de valeur poolée : très sensibles, peu spécifiques → combiner les 3.1

De Quervain — WHAT test Présentiel

Valeur
Se ~0,99 / Sp ~0,29 → LR− 0,03 : bon pour EXCLURE, mauvais pour confirmer (Finkelstein/Eichhoff non validés).3

Rhizarthrose — grind test Présentiel

Valeur
Se ~0,42-0,53 / Sp ~0,80-0,93, LR+ 2,65-6,0 : confirme (positif) mais n'exclut pas.4

Poignet ulnaire — signe de la fovéa Présentiel

Valeur
Se ~0,95 / Sp ~0,87 → LR+ 7,0 / LR− 0,06 : le meilleur test de la main pour une lésion foveale du TFCC.6

Instabilité scapho-lunaire — test de Watson Présentiel

Valeur
Se ~0,50 / Sp ~0,78 → LR+ ~2,3 / LR− ~0,64 : orientation ; un test négatif n'exclut pas.5

Tests descriptifs (sans Se/Sp validées) Présentiel

À interpréter avec prudence
Froment (ulnaire), Allen (vasculaire), Kanavel (phlegmon), stress valgus du pouce (Stener), table-top de Hueston (Dupuytren), recherche du ressaut : signes cliniques utiles mais sans validation métrologique — ne pas leur attribuer de chiffres.
11 — RÉCAP

Valeur diagnostique des tests

Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, le test ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source (rien n'est inventé).

Se/Sp/LR au seuil/pattern indiqué ; sources en fin de page. Diagramme de Katz : les Se/Sp affichées sont celles du pattern « classique/probable » (LR+ 2,4) ; le LR− 0,2 correspond au pattern « improbable » (catégorie distincte) — le LR− n'est donc pas le calcul direct depuis ces Se/Sp.
Test (cible)SeSpLR+LR−Source
Canal carpien (nerf médian)
Diagramme de Katz (classique/probable)0,640,732,40,2D'Arcy 20007
Hypoalgésie médiane3,1D'Arcy 20007
Faiblesse abduction du pouce1,80,5D'Arcy 20007
Phalen0,680,731,3–2,5*D'Arcy / MacDermid78
Tinel (poignet)0,500,771,4–2,2*D'Arcy / MacDermid78
Compression de Durkan0,640,833,80,43MacDermid 20048
Hand elevation test0,760,99élevéAhn 20019
Règle de Wainner (5 items +)18,3Wainner 200510
Poignet — traumatique & dégénératif
Tabatière (fracture du scaphoïde)0,87–1,00,03–0,98non pooléMallee 20141
WHAT test (De Quervain)0,990,291,40,03Goubau 20143
Grind test (rhizarthrose)0,42–0,530,80–0,932,7–6,00,6Merritt 20104
Watson (instabilité scapho-lunaire)0,500,782,30,64Schmauss 20225
Signe de la fovéa (TFCC)0,950,877,00,06Tay 20076
Deux avertissements. (1) Phalen/Tinel (*) : les revues divergent (D'Arcy les juge non discriminants, LR ~1,3-1,4 ; MacDermid, à partir de Se/Sp, donne ~2,2-2,5) — valeurs instables, à ne pas surinterpréter. (2) Scaphoïde : aucune valeur « poolée » n'existe (hétérogénéité) ; les signes sont très sensibles mais peu spécifiques — d'où l'immobilisation large et la ré-imagerie plutôt qu'un chiffre unique.1
Aller plus loin
12 — ÉPONYMES

Éponymes de la main & du poignet

Derrière chaque nom, une observation fondatrice. Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire.

Test d'Allen

Edgar Van Nuys Allen · médecin américain · 1929

Manœuvre appréciant la perméabilité des deux arcades palmaires (radiale et ulnaire) : compression des deux artères poing fermé, puis levée successive en observant la recoloration.

À retenir : orientation vasculaire avant un geste sur l'artère radiale ou devant une ischémie digitale.

L'article : Allen EV. Thromboangiitis obliterans: methods of diagnosis of chronic occlusive arterial lesions distal to the wrist. Am J Med Sci. 1929;178:237-244.

Nodosités de Bouchard & Heberden

William Heberden (1802) & Charles Bouchard (XIXe s.)

Nodosités osseuses de l'arthrose digitale : Heberden aux interphalangiennes distales, Bouchard aux proximales. Heberden les décrivit dans ses Commentaries.

À retenir : l'atteinte des IPD oriente vers l'arthrose (la polyarthrite rhumatoïde les épargne).

L'article : Heberden W. Commentaries on the history and cure of diseases. Londres ; 1802.

Ténosynovite de De Quervain

Fritz de Quervain · chirurgien suisse · 1895

Ténosynovite sténosante du 1er compartiment dorsal (long abducteur et court extenseur du pouce), à la styloïde radiale.

À retenir : le test « de Finkelstein » couramment réalisé est en fait celui d'Eichhoff ; aucun n'est validé — le WHAT test est plus sensible.

L'article : de Quervain F. Über eine Form von chronischer Tendovaginitis. Correspondenz-Blatt für Schweizer Ärzte. 1895;25:389-394.

Maladie de Dupuytren

Guillaume Dupuytren · chirurgien français · 1831

Fibrose rétractile de l'aponévrose palmaire responsable d'une flexion progressive irréductible des doigts (4e-5e rayons).

À retenir : le table-top test de Hueston mesure le retentissement (indication chirurgicale).

L'article : Dupuytren G. Leçons orales de clinique chirurgicale (rétraction permanente des doigts). Paris ; 1831-1834.

Signe de Froment

Jules Froment · neurologue français · 1915

Devant une paralysie du nerf ulnaire, la pince pouce-index sur une feuille se fait par flexion compensatrice de l'IP du pouce (long fléchisseur, médian) car l'adducteur du pouce (ulnaire) est déficient.

À retenir : signe simple et fiable d'atteinte ulnaire motrice.

L'article : Froment J. La préhension dans les paralysies du nerf cubital et le signe du pouce. Rev Neurol. 1915.

Loge (canal) de Guyon

Félix Guyon · chirurgien français · 1861

Défilé du bord ulnaire du poignet (entre pisiforme et hameçon de l'hamatum) où chemine le nerf ulnaire — site de compression distale.

À retenir : l'ÉPARGNE du dos de la main y localise l'atteinte (vs le coude).

L'article : Guyon F. Note sur une disposition anatomique propre à la face antérieure de la région du poignet. Bull Soc Anat Paris. 1861.

Signes de Kanavel

Allen Buckner Kanavel · chirurgien américain · 1912

Les 4 signes du phlegmon des gaines des fléchisseurs : doigt en flexion, tuméfaction fusiforme, douleur à l'extension passive, douleur sur le trajet de la gaine.

À retenir : urgence chirurgicale ; la douleur à l'extension passive est particulièrement évocatrice.

L'article : Kanavel AB. Infections of the Hand. Philadelphie : Lea & Febiger ; 1912.

Maladie de Kienböck

Robert Kienböck · radiologue autrichien · 1910

Ostéonécrose du semi-lunaire (« malacie »), chez l'homme jeune manuel : douleur centrale du poignet, radiographie longtemps normale.

À retenir : devant une douleur centrale persistante à radios normales, demander une IRM.

L'article : Kienböck R. Über traumatische Malazie des Mondbeins. Fortschr Geb Röntgenstr. 1910;16:77-103.

Manœuvre de Phalen

George Phalen · chirurgien américain · 1966

Flexion maintenue des poignets ~60 s pour reproduire les paresthésies médianes du canal carpien.

À retenir : longtemps enseignée, mais de faible pouvoir discriminant (§04) — ne pas s'y fier isolément.

L'article : Phalen GS. The carpal-tunnel syndrome. J Bone Joint Surg Am. 1966;48(2):211-228.

Lésion de Stener

Bertil Stener · chirurgien suédois · 1962

Dans la rupture complète du ligament collatéral ulnaire du pouce, l'aponévrose de l'adducteur s'interpose entre les extrémités ligamentaires, empêchant la cicatrisation.

À retenir : sa présence impose la chirurgie — d'où la prudence à tester la laxité.

L'article : Stener B. Displacement of the ruptured ulnar collateral ligament of the metacarpophalangeal joint of the thumb. J Bone Joint Surg Br. 1962;44(4):869-879.

Signe de Tinel

Jules Tinel · neurologue français · 1915

Percussion d'un nerf provoquant des fourmillements dans son territoire (signe de régénération/irritation).

À retenir : au poignet, peu discriminant pour le canal carpien (§04) ; utile surtout pour localiser.

L'article : Tinel J. Le signe du « fourmillement » dans les lésions des nerfs périphériques. Presse Méd. 1915;23:388-389.

Test de Watson

H. Kirk Watson · chirurgien de la main américain · 1988

« Scaphoid shift » : mobilisation du scaphoïde de la déviation ulnaire vers radiale à la recherche d'un ressaut, pour l'instabilité scapho-lunaire.

À retenir : test d'orientation ; un résultat négatif n'exclut pas (§02).

L'article : Watson HK, Ashmead D, Makhlouf MV. Examination of the scaphoid. J Hand Surg Am. 1988;13(5):657-660.

13 — SIGNES ABANDONNÉS

Vieux signes, croyances révisées

Des signes fins encore utiles — et des habitudes que les preuves ont corrigées.

Des vieux signes encore utiles

Des habitudes que les preuves ont corrigées

14 — AUTO-EXERCICES

Ordonnances d'auto-exercices (fondées sur les preuves)

Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier.

À adapter au patient. Ces programmes génériques ne remplacent pas une prescription de kinésithérapie personnalisée quand elle est indiquée ; la douleur pendant l'exercice reste acceptable si elle est modérée (≤ 3-5/10) et se calme avant le lendemain. Reconsulter devant des fourmillements permanents, une fonte des muscles à la base du pouce, ou une perte de force de la main, ou en l'absence d'amélioration après ~6 semaines.
Comment lire le rythme : « 3 × 10 » = 3 séries de 10 mouvements, avec une courte pause entre chaque série ; « 5 × 20-45 s » = 5 fois, en tenant la position 20 à 45 secondes ; « 3 fois/semaine » = 3 jours dans la semaine (pas tous les jours) ; « un jour sur deux » = un jour oui, un jour non.
Douleur pendant l'exercice — règle des couleurs : VERT (0-3/10) continuez ; ORANGE (4-5/10) continuez si la douleur redescend dans l'heure et le lendemain matin ; ROUGE (> 5/10, douleur qui augmente de jour en jour, ou gonflement) arrêtez et réduisez. Matériel : « élastique » = bande élastique de rééducation (en pharmacie).

Sources des programmes (médecine fondée sur les preuves) : Syndrome du canal carpien1314 · Arthrose de la base du pouce15 · Ténosynovite de De Quervain16.

15 — SOURCES

Méthode & références

Méthode. Le socle sémiologique (anatomie palpatoire, examen par région, signes systémiques de la main) suit deux traités de sémiologie de la main et du poignet1112. Les valeurs diagnostiques (Se/Sp/LR) proviennent de la série JAMA — The Rational Clinical Examination et de méta-analyses, citées à leur seuil et vérifiées sur PubMed. L'exhaustivité des entités a été recoupée avec un traité d'appareil locomoteur ; conformément à l'usage de cette série, ni EMC ni UpToDate ne sont cités — on remonte aux références primaires.

Réserves honnêtes. (1) La sémiologie de la main est peu validée : beaucoup de tests classiques (Phalen, Tinel, Finkelstein/Eichhoff, ballottement luno-triquétral, stress valgus du pouce) n'ont pas de Se/Sp fiables — présentés comme signes d'orientation, sans chiffres inventés. (2) Pour le scaphoïde, aucune valeur poolée n'existe (Mallee 2014 s'y refuse) : on donne des fourchettes. (3) Pour Phalen/Tinel, les revues divergent : la discordance est affichée plutôt que tranchée. « — » = valeur non fournie par la source ; les sources primaires des éponymes figurent dans chaque carte (§12).

  1. Mallee WH, Henny EP, van Dijk CN, et al. Clinical diagnostic evaluation for scaphoid fractures: a systematic review and meta-analysis. J Hand Surg Am. 2014;39(9):1683-1691. PMID:25091335 · doi:10.1016/j.jhsa.2014.06.004Signes du scaphoïde : très sensibles, peu spécifiques, pas de pooling.
  2. Forman TA, Forman SK, Rose NE. A clinical approach to diagnosing wrist pain. Am Fam Physician. 2005;72(9):1753-1758. PMID:16300037Diagnostic différentiel de la douleur du poignet par siège.
  3. Goubau JF, Goubau L, Van Tongel A, et al. The wrist hyperflexion and abduction of the thumb (WHAT) test. J Hand Surg Eur Vol. 2014;39(3):286-292. PMID:23340762 · doi:10.1177/1753193412475043De Quervain : WHAT test Se ~0,99 / Sp ~0,29.
  4. Merritt MM, Roddey TS, Costello C, Olson S. Diagnostic value of clinical grind test for carpometacarpal osteoarthritis of the thumb. J Hand Ther. 2010;23(3):261-267. PMID:20452743 · doi:10.1016/j.jht.2010.02.001Grind test : Se ~0,42-0,53 / Sp ~0,80-0,93.
  5. Schmauss D, Pöhlmann S, Weinzierl A, et al. Relevance of the scaphoid shift test for the investigation of scapholunate ligament injuries. J Clin Med. 2022;11(21):6322. PMID:36362552 · doi:10.3390/jcm11216322Test de Watson : Se ~0,50 / Sp ~0,78.
  6. Tay SC, Tomita K, Berger RA. The "ulnar fovea sign" for defining ulnar wrist pain. J Hand Surg Am. 2007;32(4):438-444. PMID:17398352 · doi:10.1016/j.jhsa.2007.01.022Signe de la fovéa : Se ~0,95 / Sp ~0,87.
  7. D'Arcy CA, McGee S. Does this patient have carpal tunnel syndrome? JAMA. 2000;283(23):3110-3117. PMID:10865306 · doi:10.1001/jama.283.23.3110Signes du canal carpien : diagramme de Katz LR+ 2,4, hypoalgésie LR+ 3,1, Phalen/Tinel peu discriminants.
  8. MacDermid JC, Wessel J. Clinical diagnosis of carpal tunnel syndrome: a systematic review. J Hand Ther. 2004;17(2):309-319. PMID:15162113 · doi:10.1197/j.jht.2004.02.015Phalen, Tinel, compression de Durkan : Se/Sp poolées.
  9. Ahn DS. Hand elevation: a new test for carpal tunnel syndrome. Ann Plast Surg. 2001;46(2):120-124. PMID:11216604 · doi:10.1097/00000637-200102000-00006Hand elevation test : Se ~76 % / Sp ~99 %.
  10. Wainner RS, Fritz JM, Irrgang JJ, et al. Development of a clinical prediction rule for the diagnosis of carpal tunnel syndrome. Arch Phys Med Rehabil. 2005;86(4):609-618. PMID:15827908 · doi:10.1016/j.apmr.2004.11.008Règle à 5 items : LR+ 18,3.
  11. Lescuyer S. Examen clinique de la main (manuel). Tours : Presses Universitaires François-Rabelais. Sémiologie de la main : déformations, ongles, paume, signes systémiques, vasculaire, neurologique.
  12. Manuel d'examen musculosquelettique. Chapitre « Examen de la main et du poignet ». Anatomie palpatoire, compartiments, manœuvres, diagnostic différentiel par siège.
  13. Karjalainen TV, Lusa V, Page MJ, O'Connor D, Massy-Westropp N, Peters SE. Splinting for carpal tunnel syndrome. Cochrane Database Syst Rev. 2023;2:CD010003. PMID:36848651L'attelle (notamment nocturne) améliore probablement les symptômes à court terme ; bénéfice à long terme incertain.
  14. Ballestero-Pérez R, Plaza-Manzano G, Urraca-Gesto A, et al. Effectiveness of nerve gliding exercises on carpal tunnel syndrome: a systematic review. J Manipulative Physiol Ther. 2017;40(1):50-59. PMID:27842937Les glissements nerveux ont un effet limité et incertain en monothérapie : à proposer en complément, pas seuls.
  15. Adams J, Barratt P, Rombach I, et al. Essai contrôlé randomisé d'une orthèse de la base du pouce dans l'arthrose trapézo-métacarpienne (rhizarthrose). Rheumatology (Oxford). 2021;60(6):2645-2655. PMID:33254239Une orthèse de la base du pouce réduit la douleur à 8 semaines vs soins usuels : base du couple « orthèse + exercices/économie articulaire ».
  16. Currie KB, Tadisina KK, Mackinnon SE. Common Hand Conditions: A Review. JAMA. 2022;327(24):2434-2445. PMID:35762992Attelle du pouce ± corticoïde en 1re ligne dans la ténosynovite de De Quervain ; la preuve spécifique de l'exercice reste faible.