La sémiologie de l'œil tient sur trois questions : l'œil est-il douloureux ?, la vision baisse-t-elle ?, l'œil est-il rouge ? — leur combinaison sépare le bénin (conjonctivite, hémorragie sous-conjonctivale) des urgences (kératite, uvéite, glaucome aigu, décollement, occlusion vasculaire). Réflexe : un œil rouge douloureux avec baisse de vision est une urgence ; une amaurose brutale aussi. Cette fiche « raisonnement » complète la fiche pratique Œil.
Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours indique le test à faire en priorité, puis où aller selon qu'il est positif ou négatif, jusqu'au diagnostic. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur dans le panneau de droite.
La triade qui tranche. Un œil rouge + douleur profonde + baisse de vision = urgence (kératite grave, uvéite, glaucome aigu) → avis ophtalmologique en urgence. À l'inverse, un œil rouge indolore à vision normale est rassurant (conjonctivite, hémorragie sous-conjonctivale). Renvois : conduite pratique, collyres, fiche patient → fiche Œil ; pupilles, diplopie, champ visuel (voies visuelles) → fiche Neurologie.
Sources de l'aiguillage (références primaires) : artérite à cellules géantes / NOIA1234 · brûlure chimique56 · zona ophtalmique78 · cellulite orbitaire vs préseptale9 · strabisme & amblyopie1011 · leucocorie / rétinoblastome12 · décollement postérieur du vitré & déchirure13 · conjonctivite14 · myopie & décollement de rétine15161718.
Règle transversale : œil rouge + douleur profonde + baisse de vision = urgence ; et toute amaurose brutale = urgence. Avis ophtalmologique sans délai.
Trois questions gouvernent la sémiologie de l'œil : douleur ? vision ? rouge ? Leur combinaison, avec l'aspect de la rougeur, sépare le bénin des urgences.19
| Diagnostic | Douleur | Vision | Aspect / signe clé |
|---|---|---|---|
| Conjonctivite | Non (grain de sable) | Normale | Rouge diffus + sécrétions |
| Hémorragie sous-conj. | Non | Normale | Rouge en nappe, sans capillaires |
| Épisclérite / sclérite | ±/profonde | Normale/↓ | Rougeur en secteur |
| Kératite | Superficielle +++ | ± ↓ | Photophobie + fluorescéine + |
| Uvéite antérieure | Profonde | ↓ modérée | Cercle périkératique + myosis + Tyndall |
| Glaucome aigu | Profonde intense | ↓↓ | Cercle périkératique + globe dur + mydriase + vomissements |
| BRUTALE (urgence) | PROGRESSIVE |
|---|---|
| Occlusion artérielle (amaurose indolore) | Cataracte (éblouissement, halos) |
| Occlusion veineuse | DMLA (scotome central, métamorphopsies) |
| Décollement de rétine (phosphènes + voile) | Glaucome chronique (champ périphérique) |
| Hémorragie du vitré (diabétique) | Rétinopathie diabétique |
| Névrite optique (douleur à la mobilisation, DPAR) | Amétropie / presbytie (corrigée par verres) |
| Glaucome aigu (œil rouge douloureux) |
| Anomalie | Signes associés | Oriente vers |
|---|---|---|
| Mydriase aréactive | Ptôsis + œil en dehors (± douleur) | Paralysie du III (III douloureux = anévrisme !) |
| Myosis | Ptôsis + énophtalmie | Claude Bernard-Horner (Pancoast, dissection) |
| Myosis | Photomoteur aboli, accommodation OK | Argyll Robertson (neurosyphilis) |
| Mydriase tonique | Femme jeune, contraction lente | Pupille d'Adie (bénin) |
| Mydriase paradoxale (éclairement alterné) | Baisse de vision | DPAR / Marcus Gunn → nerf optique |
Comment chercher chaque signe, ce qu'il teste, ce qu'il vaut. En médecine générale, la fluorescéine et la palpation du tonus sont accessibles ; la lampe à fente et le fond d'œil relèvent souvent du spécialiste.
| Situation | Le réflexe |
|---|---|
| Les règles d'or | |
| Œil rouge + douleur profonde + baisse de vision | Urgence (glaucome aigu, uvéite, kératite grave) |
| Baisse de vision brutale | Urgence (occlusion, décollement, névrite, GAFA) |
| Signes qui orientent | |
| Cercle périkératique | Kératite / uvéite / glaucome aigu (pas conjonctivite) |
| Prise de fluorescéine | Kératite / ulcère (pas de corticoïde) |
| Globe dur, douloureux | Glaucome aigu |
| Phosphènes + mouches + voile | Décollement de rétine |
| Métamorphopsies + scotome central | DMLA |
| Schirmer < 5 mm / 5 min | Sécheresse oculaire |
| Signe | LR+ | LR− | Pour quoi |
|---|---|---|---|
| Artérite à cellules géantes (Horton) — prévalence de départ 39 %1 | |||
| Claudication de la mâchoire | 4,2 | — | Le signe clinique le plus utile |
| Diplopie | 3,4 | — | |
| Artère temporale « en chapelet » | 4,6 | — | IC très large (1,1-18,4) |
| Artère temporale proéminente | 4,3 | — | |
| Examen de l'artère temporale NORMAL | — | 0,53 | Ne rassure que modestement |
| VS normale | — | 0,2 | Le plus utile pour écarter |
| Conjonctivite : viral vs bactérien14 | |||
| Pharyngite associée | 5,4-9,9 | — | En faveur du viral |
| Adénopathie prétragienne | 2,5-5,6 | — | En faveur du viral |
| Sécrétions mucopurulentes | 2,1 | — | En faveur du bactérien — faible |
| Mouches volantes / éclairs → déchirure rétinienne (prévalence 14 %)13 | |||
| Baisse d'acuité subjective | 5,0 | — | Le symptôme le plus important |
| Hémorragie du vitré | 10 | — | |
| Apparition de ≥ 10 mouches | 8,1-36 | — | |
| Absence de pigment vitréen | — | 0,23 | |
| Zona ophtalmique7 | |||
| Signe de Hutchinson (Se 53 % / Sp 89 %) | OR 6,5 | VPN 60 % | Bon pour dire oui, mauvais pour dire non |
Mini-biographies. Dates issues de connaissances générales et marquées « à vérifier ». Les éponymes absents de la source (Adie, Marcus Gunn, Seidel, von Graefe, Hutchinson) sont signalés comme relevant de la sémiologie classique.
Neurologue londonien.
Ophtalmologiste d'Édimbourg.
Horner décrit le syndrome clinique ; Claude Bernard en avait posé les bases physiologiques.
Deux éponymes à ne pas confondre.
Étudia la physiologie du film lacrymal.
Éponyme non présent dans la source de travail.
Physicien, éponyme emprunté à l'optique (diffusion de la lumière par des particules en suspension).
Fondateur de l'ophtalmologie scientifique allemande.
L'œil est une fenêtre sur les maladies générales : d'anciens signes, visibles à l'œil nu ou à la lampe de poche, gardent tout leur intérêt — d'autres ont été délaissés à juste titre.
Trois pathologies majeures de l'œil s'expliquent par son histoire évolutive : un défaut de conception, une discordance avec le mode de vie moderne, et une pièce non renouvelable.
La médecine comparée n'est pas une récréation : elle rend visible, chez l'animal, le mécanisme que l'humain masque. Le statut de chaque analogie est indiqué — vérifié (source touchée) ou à vérifier (physiologie comparée non re-sourcée).
Version « raisonnement » d'après un traité de sémiologie ophtalmologique, complémentaire de la fiche pratique Œil (conduite, collyres, fiche patient). Plusieurs entités des urgences rétiniennes (occlusions, névrite optique) et signes (Seidel, Adie, Marcus Gunn, von Graefe, Hutchinson) sont absents de la source de travail et signalés « hors source » (sémiologie classique). Les pupilles, diplopies et champs visuels recoupent la fiche Neurologie. Reprise prévue avec l'EMC (Ophtalmologie) et UpToDate.