Une sémiologie du rachis — cervical, dorsal, lombaire — et de la sacro-iliaque, organisée par motif. L'examen ne cherche pas « la » lésion (souvent introuvable) : il écarte un drapeau rouge, distingue commun / radiculaire / inflammatoire, et suit l'évolution. Pour chaque manœuvre, sa valeur réelle (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance). À ne jamais manquer : le syndrome de la queue de cheval, la fracture, le cancer, la spondylodiscite et la myélopathie.
Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le test à faire en priorité, puis où aller selon qu'il est positif ou négatif. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance). L'ordre du raisonnement : écarter un drapeau rouge → situer le segment → distinguer commun / radiculaire / inflammatoire.
Repère de lecture. Un test sensible sert à écarter (négatif rassure), un test spécifique à confirmer (positif affirme). Au rachis, beaucoup de chiffres viennent de populations chirurgicales (forte prévalence, spectre biaisé) : ils surestiment la sensibilité en soins premiers. La fiche le signale test par test.1
La plupart des drapeaux rouges, pris isolément, ont une spécificité faible et beaucoup de faux positifs : ils servent à trier, pas à confirmer. C'est leur accumulation et le terrain qui comptent.2
Trois cadres à séparer : la cervicalgie commune (mécanique), la névralgie cervicobrachiale (radiculopathie, douleur dans le bras) et la myélopathie (compression médullaire, urgence relative) — sans oublier les causes symptomatiques.
Douleur mécanique du cou, souvent posturale ou après faux mouvement, sans irradiation radiculaire ni drapeau rouge. Évolution favorable ; mobilisation précoce, antalgiques. Pas d'imagerie systématique.
Douleur descendant dans le bras selon un territoire (C6 pouce, C7 majeur, C8 auriculaire), ± déficit sensitivomoteur. Spurling et distraction confirment, l'ULTT écarte, le cluster tranche4. Le plus souvent uncodiscarthrosique ou discale.
Compression médullaire : maladresse des mains, troubles de la marche (spastique/ataxique), signes pyramidaux (Babinski, Hoffmann, hyperréflexie). Le cluster de Cook (≥ 1 signe) dépiste (Se ~0,94)3 ; Babinski, très spécifique, confirme. Avis et IRM — la chirurgie prévient l'aggravation.
Blocage cervical douloureux avec attitude vicieuse, souvent au réveil, bénin et régressif s'il est isolé. Un torticolis fébrile, post-traumatique, ou de l'enfant impose d'éliminer une cause (infection, luxation rotatoire).
La « dorsalgie commune » est un diagnostic prudent : le rachis dorsal est un carrefour où se projettent des douleurs viscérales (cœur, aorte, voies biliaires) et où siègent fractures ostéoporotiques et métastases.
Douleur mécanique, posturale (travail sur écran, troubles statiques), sans drapeau rouge ni projection viscérale. Diagnostic d'élimination : rester vigilant sur les causes projetées.
Adolescent : cyphose dorsale fixée (« dos rond »), douleurs ; cunéiformisation vertébrale radiologique. Surveillance, kinésithérapie, corset si aggravation.
Sujet âgé, femme ménopausée, corticothérapie : douleur aiguë après un effort minime ou spontanée, perte de taille, cyphose. Radiographies ± IRM (dater, écarter un tassement malin) ; bilan d'ostéoporose et cause secondaire (myélome). Le red flag utile est l'association âge + corticoïdes + traumatisme.2
Devant une douleur non mécanique, fébrile, nocturne, ou sur terrain néoplasique : penser métastase, spondylodiscite, et surtout aux urgences projetées (dissection/anévrisme aortique). Ne jamais banaliser une dorsalgie « atypique ».
L'immense majorité est commune (non spécifique). L'examen ne cherche pas « la » lésion : il écarte le symptomatique, reconnaît l'inflammatoire, repère une radiculalgie, et suit l'évolution.5
Douleur mécanique, sans drapeau rouge ni signe radiculaire : aucune imagerie en 1re intention. Message clé : réassurance et maintien de l'activité (l'alitement aggrave). La préférence directionnelle (la direction qui soulage, souvent l'extension) guide la rééducation.
Un drapeau rouge (§01) réoriente vers une cause grave : tumeur/métastase (antécédent de cancer), fracture (âge + corticoïdes + traumatisme), spondylodiscite (fièvre, terrain). C'est la combinaison et le terrain qui comptent, pas le signe isolé.2
Les signes de Waddell (≥ 3/5 : douleur non anatomique, simulation, distraction, régionalisation, sur-réaction) signalent une composante psychosociale ou une chronicisation — non une simulation. À interpréter avec prudence et sans stigmatiser : ce sont des « drapeaux jaunes » invitant à explorer les facteurs de chronicité.6
Le territoire donne la racine ; le mécanisme (discal, canalaire, non discal) et l'âge orientent. Le piège métrologique : le Lasègue est très sensible mais peu spécifique — il écarte, il ne confirme pas.
L5 : dos du pied, gros orteil, marche sur les talons difficile. S1 : plante, petit orteil, marche sur la pointe difficile, réflexe achilléen aboli. Le plus souvent discale ; évolution favorable en 6-8 semaines. Le Lasègue reproduit la douleur (écarte si négatif) ; le croisé et le slump confirment.
Face antérieure de la cuisse (L3) ou antéro-interne jusqu'au genou/jambe (L4 ; réflexe rotulien aboli). Le Lasègue est souvent négatif : c'est le signe de Léri (Lasègue inversé, en décubitus ventral, extension de hanche) qui la reproduit. Souvent discale haute ou foraminale.
Sujet âgé : claudication neurogène (douleur/faiblesse des jambes à la marche, soulagée en flexion — caddie, vélo, assis), démarche à base élargie. Les symptômes sont plus utiles que l'examen : soulagement en flexion LR+ ~6,4 ; pas de douleur assis LR+ ~7,4 ; base élargie LR+ ~13 ; claudication neurogène LR+ ~3,7 / LR− ~0,238. À distinguer de la claudication vasculaire (pouls, soulagement debout à l'arrêt).
Atypique, résistante, ou sur terrain néoplasique/inflammatoire : chercher une tumeur (neurinome, métastase), une spondylodiscite, une atteinte du plexus, ou une cause extra-rachidienne (piriforme, pelvis). IRM et bilan orienté.
La fesse est un carrefour : rachis (racine S1), articulation sacro-iliaque, hanche, tendons fessiers. La topographie et une batterie de tests trient — car les tests sacro-iliaques isolés ne valent rien.
Douleur fessière/de la charnière, parfois post-partum ou après un faux mouvement. Batterie de Laslett (≥ 3/6). Écarter une sacro-iliite inflammatoire (terrain jeune, rythme inflammatoire, IRM).
Une douleur « de fesse » peut venir de la hanche (coxarthrose, conflit fémoro-acétabulaire), du grand trochanter (tendinopathie fessière), du pubis (pubalgie) ou d'un ressaut : ces causes, avec la hanche de l'enfant et les traumatismes du bassin, sont traitées dans la fiche SemioClic « Bassin & hanche ». La sacro-iliaque y figure aussi (conservée ici pour son lien avec le rachis inflammatoire).
Le rythme inflammatoire et le terrain jeune font évoquer une spondyloarthrite axiale — mais, honnêtement, ces critères discriminent mal en soins premiers : ce sont une porte d'entrée, pas une preuve.
Sujet jeune, rachialgie inflammatoire (dérouillage matinal, réveils nocturnes, amélioration à l'exercice), raideur progressive, ± enthésites (talon), dactylite, uvéite, psoriasis, MICI, antécédent familial. Le test de Schöber suit la mobilité (pas le diagnostic).
Fessalgie inflammatoire, souvent à bascule. Le FABER oriente (Se ~0,71/Sp ~0,75 pour la sacro-iliite)11 mais ne prouve pas l'inflammation : l'IRM des sacro-iliaques (œdème osseux) est l'examen clé.
S'examinent debout, de dos et de profil : rectitude, symétrie des ceintures, courbures sagittales, gibbosité à la flexion.12
Déviation latérale avec rotation vertébrale : gibbosité à la flexion antérieure (test d'Adams), asymétrie des épaules/du bassin. Idiopathique de l'adolescent (surveiller l'aggravation à la croissance, angle de Cobb) ou dégénérative de l'adulte. Une scoliose douloureuse ou raide de l'enfant fait chercher une cause.
Posturale (réductible), maladie de Scheuermann (adolescent, fixée), ou tassements ostéoporotiques (sujet âgé). Le profil debout et la réductibilité orientent.
Glissement antérieur d'une vertèbre (souvent L5/S1) : par lyse isthmique (jeune sportif) ou dégénératif (sujet âgé, avec sténose). Lombalgie ± radiculalgie ; « ressaut » palpable des épineuses. Radiographies (profil, dynamiques).
Projection du tronc en avant (perte de lordose lombaire), compensée par flexion des hanches/genoux, avec fatigue à la station debout. Fréquent chez le sujet âgé ; l'analyse de l'équilibre sagittal guide la prise en charge.
Quelques repères osseux permettent de compter les étages et de localiser la douleur.12
C7 = épineuse la plus saillante à la base du cou. T3 ≈ épine de la scapula ; T7 ≈ pointe de la scapula. La ligne joignant les crêtes iliaques passe par L4 (ou l'espace L4-L5). Les fossettes sacrées (épines iliaques postéro-supérieures) encadrent S2 et repèrent la jonction lombo-sacrée (L5-S1, base du test de Schöber).
Épineuses et espaces interépineux, masses paravertébrales (contracture), articulaires postérieures, charnière dorso-lombaire (D12-L1, siège fréquent de douleurs projetées de « lombalgie » basse — syndrome de Maigne), sacro-iliaques, grand trochanter.
Un ordre simple, toujours comparatif, de l'observation aux tests ciblés. On raisonne en valeur diagnostique, pas en « lésion ».5
Comment faire chaque manœuvre, ce qui est positif, et sa valeur. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00).
Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, le test ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source (rien n'est inventé).
| Test (cible) | Se | Sp | LR+ | LR− | Source |
|---|---|---|---|---|---|
| Radiculalgie lombaire | |||||
| Lasègue (SLR) | 0,92 | 0,28 | 1,3 | 0,29 | van der Windt 20101 |
| Lasègue croisé | 0,28 | 0,90 | 2,8 | — | van der Windt 20101 |
| Slump test | 0,84 | 0,83 | 4,9 | 0,19 | Majlesi 20087 |
| Radiculopathie cervicale | |||||
| Spurling | 0,50 | 0,86 | 3,5 | — | Wainner 20034 |
| Distraction cervicale | 0,44 | 0,90 | 4,4 | — | Wainner 20034 |
| ULTT (tension médian) | 0,97 | 0,22 | — | 0,12 | Wainner 20034 |
| Cluster de Wainner (4/4) | 0,24 | 0,99 | 30,3 | — | Wainner 20034 |
| Sténose lombaire (Suri) | |||||
| Soulagement en flexion antérieure | 0,52 | 0,92 | 6,4 | — | Suri 20108 |
| Démarche à base élargie | 0,42 | 0,97 | 13 | — | Suri 20108 |
| Claudication neurogène | — | — | 3,7 | 0,23 | Suri 20108 |
| Sacro-iliaque & inflammatoire | |||||
| Batterie de Laslett (≥ 3/6) | 0,94 | 0,78 | 4,3 | 0,08 | Laslett 20059 |
| FABER (sacro-iliite) | 0,71 | 0,75 | 2,9 | 0,4 | Castro-F. 201911 |
| Rachialgie inflammatoire (Berlin ≥ 2/4) | 0,70 | 0,81 | 3,7* | — | Rudwaleit 200610 |
Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire.
Le sujet se penche en avant : une gibbosité (bosse costale) apparaît en cas de scoliose (rotation vertébrale), invisible debout.
L'article : Adams W. Lectures on the pathology and treatment of lateral and other forms of curvature of the spine. Londres : Churchill ; 1865.
La stimulation du bord latéral de la plante entraîne une extension du gros orteil (au lieu de la flexion) : signe d'atteinte du faisceau pyramidal.
L'article : Babinski J. Sur le réflexe cutané plantaire dans certaines affections organiques du système nerveux central. C R Soc Biol. 1896;48:207-208.
Une cuisse fléchie sur le ventre, l'autre en hyperextension hors de la table : contrainte de torsion sur la sacro-iliaque.
L'article : Gaenslen FJ. Sacro-iliac arthrodesis. JAMA. 1927;89(24):2031-2035.
L'élévation jambe tendue reproduit la douleur sciatique par mise en tension de la racine. Décrit dans la thèse de son élève J.-J. Forst.
L'article : Forst JJ. Contribution à l'étude clinique de la sciatique. Thèse, Paris ; 1881 (d'après E.-C. Lasègue).
« Lasègue inversé » : patient à plat ventre, l'extension de la hanche (genou fléchi) met en tension les racines hautes et reproduit la cruralgie (L3-L4).
L'article : Léri A. Études sur les affections du système nerveux (travaux sur l'étirement crural), Paris ; début du XXe siècle.
Douleur « lombaire basse » ou de la crête iliaque en réalité projetée depuis la charnière dorso-lombaire (D12-L1) : la palpation de cette charnière réveille la douleur.
L'article : Maigne R. Le syndrome de la charnière dorso-lombaire. Sem Hôp Paris. 1974.
Cyphose dorsale fixée de l'adolescent (dystrophie de croissance) avec cunéiformisation vertébrale.
L'article : Scheuermann HW. Kyphosis dorsalis juvenilis. Ugeskr Laeger. 1920;82:385-393.
Mesure de l'allongement lombaire en flexion (repère L5-S1, segment de 15 cm).
L'article : Schöber P. Lendenwirbelsäule und Kreuzschmerzen. Münch Med Wochenschr. 1937;84:336.
Extension + inclinaison + compression axiale du cou reproduisant la douleur radiculaire du bras.
L'article : Spurling RG, Scoville WB. Lateral rupture of the cervical intervertebral discs. Surg Gynecol Obstet. 1944;78:350-358.
Cinq catégories de signes « non organiques » de la lombalgie (superficiel/non anatomique, simulation, distraction, régionalisation, sur-réaction).
L'article : Waddell G, McCulloch JA, Kummel E, Venner RM. Nonorganic physical signs in low-back pain. Spine. 1980;5(2):117-125.
Des signes fins encore utiles — et des habitudes que les preuves ont corrigées.
Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier.
Sources des programmes (médecine fondée sur les preuves) : Lombalgie commune131415 · Cervicalgie commune16 · Spondyloarthrite : entretien quotidien1718.
Méthode. Le socle sémiologique (examen par segment, mesures de mobilité, anatomie palpatoire) suit des traités de sémiologie du rachis et de rhumatologie1219. Les valeurs diagnostiques (Se/Sp/LR) proviennent de méta-analyses et de la série JAMA — Rational Clinical Examination, citées à leur seuil et vérifiées sur PubMed ; l'exhaustivité des entités a été recoupée avec un traité d'appareil locomoteur. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités.
Réserves honnêtes. (1) La plupart des chiffres du Lasègue et des tests radiculaires viennent de populations chirurgicales (forte prévalence) : la sensibilité réelle est plus basse en soins premiers. (2) Les tests sacro-iliaques individuels, la rotation cervicale < 60°, et les Se/Sp de la rétention urinaire dans la queue de cheval n'ont pas de valeur consolidée sur source primaire — présentés sans chiffre. (3) Pour la fracture et le cancer, aucun red flag isolé (sauf antécédent de cancer) n'est décisif : c'est la combinaison qui compte. « — » = valeur non fournie par la source ; sources primaires des éponymes dans chaque carte (§13).