SemioClic · sémiologie fondée sur les preuves

Rachis & sacro-iliaque :
d'abord le drapeau rouge,
puis le mécanisme

Une sémiologie du rachis — cervical, dorsal, lombaire — et de la sacro-iliaque, organisée par motif. L'examen ne cherche pas « la » lésion (souvent introuvable) : il écarte un drapeau rouge, distingue commun / radiculaire / inflammatoire, et suit l'évolution. Pour chaque manœuvre, sa valeur réelle (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance). À ne jamais manquer : le syndrome de la queue de cheval, la fracture, le cancer, la spondylodiscite et la myélopathie.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche rédigée et vérifiée (sources en fin de page).
Cadre : des traités de sémiologie du rachis et de rhumatologie et la littérature EBM (Cochrane radiculopathie, Suri sténose, Laslett sacro-iliaque, Downie drapeaux rouges).
Aide au raisonnement — ne remplace ni l'examen, ni le jugement clinique, ni l'imagerie ou l'avis spécialisé quand ils sont indiqués. Reprend et élargit la fiche « lombalgie ».
Première version : 2026-07-06Dernière révision : 2026-07-14
Par où commencer
00 — AIGUILLAGE

Du « mal de dos » au diagnostic, pas à pas

Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le test à faire en priorité, puis où aller selon qu'il est positif ou négatif. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance). L'ordre du raisonnement : écarter un drapeau rouge → situer le segment → distinguer commun / radiculaire / inflammatoire.

Repère de lecture. Un test sensible sert à écarter (négatif rassure), un test spécifique à confirmer (positif affirme). Au rachis, beaucoup de chiffres viennent de populations chirurgicales (forte prévalence, spectre biaisé) : ils surestiment la sensibilité en soins premiers. La fiche le signale test par test.1

01 — DRAPEAUX ROUGES

Reconnaître & pondérer les signes de gravité

La plupart des drapeaux rouges, pris isolément, ont une spécificité faible et beaucoup de faux positifs : ils servent à trier, pas à confirmer. C'est leur accumulation et le terrain qui comptent.2

Syndrome de la queue de cheval Rétention urinaire (le plus sensible), incontinence par regorgement, anesthésie en selle, déficit moteur bilatéral, troubles sphinctériens, hypotonie anale → IRM en urgence + avis neurochirurgical immédiat. L'absence de rétention rend un syndrome installé improbable, mais une forme débutante peut la précéder : au moindre doute, IRM.
Tumeur / métastase Le seul red flag à forte valeur est l'antécédent de cancer ; s'y ajoutent AEG, douleur nocturne non mécanique, âge, échec du traitement à 1 mois — mais isolés, ces derniers changent peu la probabilité. Downie 20132.
Fracture vertébrale C'est l'association âge élevé + corticothérapie + traumatisme (ou contusion) qui compte, plus que chaque signe isolé. Une combinaison de ≥ 3 drapeaux de fracture fait grimper la probabilité. Downie 20132.
Spondylodiscite infectieuse Rachialgie inflammatoire récente, souvent mais pas toujours fébrile (les formes subaiguës et tuberculeuses sont volontiers apyrétiques), raideur segmentaire majeure, terrain (immunodépression, toxicomanie IV, porte d'entrée, geste rachidien). Syndrome inflammatoire, IRM même sans fièvre, hémocultures. Urgence infectieuse (risque neurologique).
Myélopathie (compression médullaire) Maladresse des mains, marche spastique/ataxique, signes pyramidaux (Babinski, Hoffmann) : à distinguer d'une radiculopathie. Le cluster de Cook (≥ 1 signe) dépiste (Se ~0,94)3 ; avis et IRM médullaire.
Douleur projetée viscérale / vasculaire Le rachis reçoit des douleurs projetées : dissection aortique (dorsale), colique néphrétique, pancréatite, ulcère, pathologie pelvienne. ⚠️ Chez l'homme âgé vasculaire, une lombalgie basse aiguë à début brutal avec masse abdominale pulsatile ou syncope = anévrisme de l'aorte abdominale (fissuré), un can't-miss. Une douleur non mécanique, non soulagée par le repos, doit alerter.
Ce que la recherche des drapeaux rouges NE fait pas. Elle n'affirme rien : un red flag isolé (sauf antécédent de cancer) ne « fait » pas le diagnostic. Elle sélectionne les patients qui justifient une imagerie/biologie — chez tous les autres, l'imagerie précoce est inutile, voire délétère (découvertes fortuites anxiogènes).2
Le segment oriente
02 — CERVICAL

Cervicalgie & névralgie cervicobrachiale

Trois cadres à séparer : la cervicalgie commune (mécanique), la névralgie cervicobrachiale (radiculopathie, douleur dans le bras) et la myélopathie (compression médullaire, urgence relative) — sans oublier les causes symptomatiques.

Radiculopathie cervicale : le cluster de Wainner. Quatre items — Spurling (Se ~0,50/Sp ~0,86, LR+ ~3,5), distraction (LR+ ~4,4), ULTT (Se ~0,97 → un test négatif écarte, LR− ~0,12) et rotation cervicale < 60° : 3/4 positifs LR+ 6,1 ; 4/4 LR+ 30,3 (probabilité post-test ~90 %). La combinaison confirme là où chaque test isolé est limité.4

Cervicalgie commune

Douleur mécanique du cou, souvent posturale ou après faux mouvement, sans irradiation radiculaire ni drapeau rouge. Évolution favorable ; mobilisation précoce, antalgiques. Pas d'imagerie systématique.

Névralgie cervicobrachiale (radiculopathie)

Douleur descendant dans le bras selon un territoire (C6 pouce, C7 majeur, C8 auriculaire), ± déficit sensitivomoteur. Spurling et distraction confirment, l'ULTT écarte, le cluster tranche4. Le plus souvent uncodiscarthrosique ou discale.

Myélopathie cervicale

Compression médullaire : maladresse des mains, troubles de la marche (spastique/ataxique), signes pyramidaux (Babinski, Hoffmann, hyperréflexie). Le cluster de Cook (≥ 1 signe) dépiste (Se ~0,94)3 ; Babinski, très spécifique, confirme. Avis et IRM — la chirurgie prévient l'aggravation.

Torticolis aigu

Blocage cervical douloureux avec attitude vicieuse, souvent au réveil, bénin et régressif s'il est isolé. Un torticolis fébrile, post-traumatique, ou de l'enfant impose d'éliminer une cause (infection, luxation rotatoire).

03 — DORSAL

Dorsalgie

La « dorsalgie commune » est un diagnostic prudent : le rachis dorsal est un carrefour où se projettent des douleurs viscérales (cœur, aorte, voies biliaires) et où siègent fractures ostéoporotiques et métastases.

Dorsalgie commune (mécanique / statique)

Douleur mécanique, posturale (travail sur écran, troubles statiques), sans drapeau rouge ni projection viscérale. Diagnostic d'élimination : rester vigilant sur les causes projetées.

Maladie de Scheuermann

Adolescent : cyphose dorsale fixée (« dos rond »), douleurs ; cunéiformisation vertébrale radiologique. Surveillance, kinésithérapie, corset si aggravation.

Fracture vertébrale ostéoporotique

Sujet âgé, femme ménopausée, corticothérapie : douleur aiguë après un effort minime ou spontanée, perte de taille, cyphose. Radiographies ± IRM (dater, écarter un tassement malin) ; bilan d'ostéoporose et cause secondaire (myélome). Le red flag utile est l'association âge + corticoïdes + traumatisme.2

Dorsalgie symptomatique

Devant une douleur non mécanique, fébrile, nocturne, ou sur terrain néoplasique : penser métastase, spondylodiscite, et surtout aux urgences projetées (dissection/anévrisme aortique). Ne jamais banaliser une dorsalgie « atypique ».

04 — LOMBAIRE

Lombalgie

L'immense majorité est commune (non spécifique). L'examen ne cherche pas « la » lésion : il écarte le symptomatique, reconnaît l'inflammatoire, repère une radiculalgie, et suit l'évolution.5

Lombalgie commune (non spécifique)

Douleur mécanique, sans drapeau rouge ni signe radiculaire : aucune imagerie en 1re intention. Message clé : réassurance et maintien de l'activité (l'alitement aggrave). La préférence directionnelle (la direction qui soulage, souvent l'extension) guide la rééducation.

Reconnaître le symptomatique

Un drapeau rouge (§01) réoriente vers une cause grave : tumeur/métastase (antécédent de cancer), fracture (âge + corticoïdes + traumatisme), spondylodiscite (fièvre, terrain). C'est la combinaison et le terrain qui comptent, pas le signe isolé.2

Composante non organique / psychosociale

Les signes de Waddell (≥ 3/5 : douleur non anatomique, simulation, distraction, régionalisation, sur-réaction) signalent une composante psychosociale ou une chronicisation — non une simulation. À interpréter avec prudence et sans stigmatiser : ce sont des « drapeaux jaunes » invitant à explorer les facteurs de chronicité.6

05 — RADICULALGIE

Radiculalgie du membre inférieur & sténose

Le territoire donne la racine ; le mécanisme (discal, canalaire, non discal) et l'âge orientent. Le piège métrologique : le Lasègue est très sensible mais peu spécifique — il écarte, il ne confirme pas.

Lasègue : le test le plus mal restitué. Se ~0,92 / Sp ~0,28 → LR+ ~1,3 (presque inutile pour confirmer), LR− ~0,29 (méta-analyse Cochrane)1 — et ces chiffres viennent de populations chirurgicales (sensibilité moindre en ville). Ce qui confirme : le Lasègue croisé (Sp ~0,90) et le slump test (Se ~0,84/Sp ~0,83, LR+ ~4,9)7. Les tests neurologiques isolés (force, réflexes) sont médiocres : c'est le faisceau qui oriente.1

Sciatique (L5 ou S1)

L5 : dos du pied, gros orteil, marche sur les talons difficile. S1 : plante, petit orteil, marche sur la pointe difficile, réflexe achilléen aboli. Le plus souvent discale ; évolution favorable en 6-8 semaines. Le Lasègue reproduit la douleur (écarte si négatif) ; le croisé et le slump confirment.

Cruralgie (L3 ou L4)

Face antérieure de la cuisse (L3) ou antéro-interne jusqu'au genou/jambe (L4 ; réflexe rotulien aboli). Le Lasègue est souvent négatif : c'est le signe de Léri (Lasègue inversé, en décubitus ventral, extension de hanche) qui la reproduit. Souvent discale haute ou foraminale.

Sténose du canal lombaire

Sujet âgé : claudication neurogène (douleur/faiblesse des jambes à la marche, soulagée en flexion — caddie, vélo, assis), démarche à base élargie. Les symptômes sont plus utiles que l'examen : soulagement en flexion LR+ ~6,4 ; pas de douleur assis LR+ ~7,4 ; base élargie LR+ ~13 ; claudication neurogène LR+ ~3,7 / LR− ~0,238. À distinguer de la claudication vasculaire (pouls, soulagement debout à l'arrêt).

Radiculalgie non discale

Atypique, résistante, ou sur terrain néoplasique/inflammatoire : chercher une tumeur (neurinome, métastase), une spondylodiscite, une atteinte du plexus, ou une cause extra-rachidienne (piriforme, pelvis). IRM et bilan orienté.

06 — SACRO-ILIAQUE

Fessalgie & sacro-iliaque

La fesse est un carrefour : rachis (racine S1), articulation sacro-iliaque, hanche, tendons fessiers. La topographie et une batterie de tests trient — car les tests sacro-iliaques isolés ne valent rien.

Sacro-iliaque : la batterie de Laslett. Ce ne sont pas les tests isolés qui comptent (valeurs individuelles non fiables) mais leur combinaison : ≥ 3 tests de provocation positifs sur 6 (distraction, compression, thigh thrust, sacral thrust, Gaenslen) → Se ~0,94 / Sp ~0,78, LR+ ~4,3, LR− ~0,08, contre un bloc anesthésique.9

Douleur sacro-iliaque (mécanique)

Douleur fessière/de la charnière, parfois post-partum ou après un faux mouvement. Batterie de Laslett (≥ 3/6). Écarter une sacro-iliite inflammatoire (terrain jeune, rythme inflammatoire, IRM).

Hanche, trochanter & pubis → fiche « Bassin & hanche »

Une douleur « de fesse » peut venir de la hanche (coxarthrose, conflit fémoro-acétabulaire), du grand trochanter (tendinopathie fessière), du pubis (pubalgie) ou d'un ressaut : ces causes, avec la hanche de l'enfant et les traumatismes du bassin, sont traitées dans la fiche SemioClic « Bassin & hanche ». La sacro-iliaque y figure aussi (conservée ici pour son lien avec le rachis inflammatoire).

07 — INFLAMMATOIRE

Rachis inflammatoire (spondyloarthrite)

Le rythme inflammatoire et le terrain jeune font évoquer une spondyloarthrite axiale — mais, honnêtement, ces critères discriminent mal en soins premiers : ce sont une porte d'entrée, pas une preuve.

Rachialgie inflammatoire : utile mais surestimée. Critères de Berlin (≥ 2/4 : raideur matinale > 30 min, amélioration à l'exercice pas au repos, réveil en 2e moitié de nuit, fessalgie à bascule) : Se ~0,70 / Sp ~0,81, LR+ ~3,7 en milieu spécialisé10. Mais en pratique courante, le LR+ réel n'est que ~1,1-1,4 : la rachialgie inflammatoire oriente vers l'IRM des sacro-iliaques, la CRP et le HLA-B27, qui confirment (critères ASAS).

Spondyloarthrite axiale

Sujet jeune, rachialgie inflammatoire (dérouillage matinal, réveils nocturnes, amélioration à l'exercice), raideur progressive, ± enthésites (talon), dactylite, uvéite, psoriasis, MICI, antécédent familial. Le test de Schöber suit la mobilité (pas le diagnostic).

Sacro-iliite inflammatoire

Fessalgie inflammatoire, souvent à bascule. Le FABER oriente (Se ~0,71/Sp ~0,75 pour la sacro-iliite)11 mais ne prouve pas l'inflammation : l'IRM des sacro-iliaques (œdème osseux) est l'examen clé.

08 — DÉFORMATIONS

Déformations & statique

S'examinent debout, de dos et de profil : rectitude, symétrie des ceintures, courbures sagittales, gibbosité à la flexion.12

Scoliose

Déviation latérale avec rotation vertébrale : gibbosité à la flexion antérieure (test d'Adams), asymétrie des épaules/du bassin. Idiopathique de l'adolescent (surveiller l'aggravation à la croissance, angle de Cobb) ou dégénérative de l'adulte. Une scoliose douloureuse ou raide de l'enfant fait chercher une cause.

Hypercyphose dorsale

Posturale (réductible), maladie de Scheuermann (adolescent, fixée), ou tassements ostéoporotiques (sujet âgé). Le profil debout et la réductibilité orientent.

Spondylolisthésis

Glissement antérieur d'une vertèbre (souvent L5/S1) : par lyse isthmique (jeune sportif) ou dégénératif (sujet âgé, avec sténose). Lombalgie ± radiculalgie ; « ressaut » palpable des épineuses. Radiographies (profil, dynamiques).

Trouble de l'équilibre sagittal

Projection du tronc en avant (perte de lordose lombaire), compensée par flexion des hanches/genoux, avec fatigue à la station debout. Fréquent chez le sujet âgé ; l'analyse de l'équilibre sagittal guide la prise en charge.

La boîte à outils
09 — ANATOMIE PALPATOIRE

Se repérer sur le rachis

Quelques repères osseux permettent de compter les étages et de localiser la douleur.12

Repères de comptage

C7 = épineuse la plus saillante à la base du cou. T3 ≈ épine de la scapula ; T7 ≈ pointe de la scapula. La ligne joignant les crêtes iliaques passe par L4 (ou l'espace L4-L5). Les fossettes sacrées (épines iliaques postéro-supérieures) encadrent S2 et repèrent la jonction lombo-sacrée (L5-S1, base du test de Schöber).

Points douloureux

Épineuses et espaces interépineux, masses paravertébrales (contracture), articulaires postérieures, charnière dorso-lombaire (D12-L1, siège fréquent de douleurs projetées de « lombalgie » basse — syndrome de Maigne), sacro-iliaques, grand trochanter.

10 — EXAMEN

L'examen pas-à-pas

Un ordre simple, toujours comparatif, de l'observation aux tests ciblés. On raisonne en valeur diagnostique, pas en « lésion ».5

  1. Observation & marche — attitude antalgique (effacement de la lordose, inflexion), stratégies d'évitement au déshabillage ; marche sur les talons (L5) et sur la pointe (S1) : dépistage neurologique rapide et discriminant.
  2. Statique debout — rectitude, symétrie des ceintures, courbures de profil ; gibbosité à la flexion (Adams).
  3. Mobilité — flexion/extension/inclinaisons/rotations ; noter la direction qui reproduit ou soulage (préférence directionnelle). Mesures de suivi : distance doigts-sol (globale) et Schöber (lombaire) ; Ott (dorsal) — indicateurs de mobilité, non diagnostiques.
  4. Palpation — épineuses, paravertébrales, articulaires postérieures ; signe de la sonnette (la pression paravertébrale reproduit la douleur radiculaire — oriente le niveau ; non validé métrologiquement).
  5. Neurologique par racine — force, sensibilité, réflexes (rotulien L4, achilléen S1), Lasègue/slump ; en cas de signe pyramidal, chercher une myélopathie (Babinski, Hoffmann).
  6. Tests ciblés — selon l'orientation : Spurling/ULTT (cervical), Lasègue croisé/slump (lombaire), batterie de Laslett (sacro-iliaque), FABER, critères de rachialgie inflammatoire.
11 — CATALOGUE

Les tests, décrits pour être reproduits

Comment faire chaque manœuvre, ce qui est positif, et sa valeur. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00).

Radiculalgie lombaire Présentiel

Valeur
Lasègue Se ~0,92/Sp ~0,28 (LR+ ~1,3 : ÉCARTE, ne confirme pas) ; Lasègue croisé Sp ~0,90 (confirme) ; slump Se ~0,84/Sp ~0,83, LR+ ~4,9. Populations chirurgicales → Se moindre en ville.17

Radiculopathie cervicale (cluster de Wainner) Présentiel

Valeur
Spurling LR+ ~3,5 ; distraction LR+ ~4,4 ; ULTT Se ~0,97 (écarte) ; 3/4 items LR+ 6,1 ; 4/4 LR+ 30,3.4

Sténose du canal lombaire Présentiel

Valeur
Soulagement en flexion LR+ ~6,4 ; pas de douleur assis LR+ ~7,4 ; démarche à base élargie LR+ ~13 ; claudication neurogène LR+ ~3,7 / LR− ~0,23. Les symptômes priment.8

Sacro-iliaque (batterie de Laslett) Présentiel

Valeur
≥ 3 tests positifs sur 6 : Se ~0,94/Sp ~0,78, LR+ ~4,3/LR− ~0,08. Les tests isolés ne valent rien — c'est la combinaison.9

Rachialgie inflammatoire & FABER Téléconsultation partielle

Valeur
Berlin ≥ 2/4 : Se ~0,70/Sp ~0,81, LR+ ~3,7 en spécialisé (mais ~1,1-1,4 en ville)10. FABER pour la sacro-iliite : Se ~0,71/Sp ~0,75.11

Mesures & signes descriptifs (sans Se/Sp) Présentiel

À interpréter avec prudence
Schöber, distance doigts-sol, Ott : mesures de mobilité/suivi, non diagnostiques. Signe de la sonnette, signe de Léri : orientation, non validés. Waddell : signal psychosocial, non stigmatisant.
12 — RÉCAP

Valeur diagnostique des tests

Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, le test ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source (rien n'est inventé).

Se/Sp/LR ; sources en fin de page. ⚠️ Les valeurs du Lasègue viennent de populations chirurgicales (Se surestimée en soins premiers).
Test (cible)SeSpLR+LR−Source
Radiculalgie lombaire
Lasègue (SLR)0,920,281,30,29van der Windt 20101
Lasègue croisé0,280,902,8van der Windt 20101
Slump test0,840,834,90,19Majlesi 20087
Radiculopathie cervicale
Spurling0,500,863,5Wainner 20034
Distraction cervicale0,440,904,4Wainner 20034
ULTT (tension médian)0,970,220,12Wainner 20034
Cluster de Wainner (4/4)0,240,9930,3Wainner 20034
Sténose lombaire (Suri)
Soulagement en flexion antérieure0,520,926,4Suri 20108
Démarche à base élargie0,420,9713Suri 20108
Claudication neurogène3,70,23Suri 20108
Sacro-iliaque & inflammatoire
Batterie de Laslett (≥ 3/6)0,940,784,30,08Laslett 20059
FABER (sacro-iliite)0,710,752,90,4Castro-F. 201911
Rachialgie inflammatoire (Berlin ≥ 2/4)0,700,813,7*Rudwaleit 200610
Deux avertissements. (1) Le Lasègue a une Se élevée mais une Sp basse : son LR+ réel (~1,3) en fait un test d'exclusion, pas de confirmation — c'est le point le plus mal restitué. (2) La rachialgie inflammatoire (*) a un LR+ de 3,7 en milieu spécialisé mais seulement ~1,1-1,4 en pratique courante10 : porte d'entrée, pas preuve. Enfin, les tests neurologiques isolés (force, réflexes) et les tests sacro-iliaques individuels n'ont pas de valeur fiable.19
Aller plus loin
13 — ÉPONYMES

Éponymes du rachis

Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire.

Test d'Adams

William Adams · chirurgien britannique · 1865

Le sujet se penche en avant : une gibbosité (bosse costale) apparaît en cas de scoliose (rotation vertébrale), invisible debout.

À retenir : le geste de dépistage de la scoliose, encore standard en médecine scolaire.

L'article : Adams W. Lectures on the pathology and treatment of lateral and other forms of curvature of the spine. Londres : Churchill ; 1865.

Signe de Babinski

Joseph Babinski · neurologue français · 1896

La stimulation du bord latéral de la plante entraîne une extension du gros orteil (au lieu de la flexion) : signe d'atteinte du faisceau pyramidal.

À retenir : au rachis, il oriente vers une myélopathie (compression médullaire) — très spécifique, peu sensible.

L'article : Babinski J. Sur le réflexe cutané plantaire dans certaines affections organiques du système nerveux central. C R Soc Biol. 1896;48:207-208.

Test de Gaenslen

Frederick Gaenslen · chirurgien américain · 1927

Une cuisse fléchie sur le ventre, l'autre en hyperextension hors de la table : contrainte de torsion sur la sacro-iliaque.

À retenir : l'un des 6 tests de provocation de la batterie de Laslett — utile seulement combiné.

L'article : Gaenslen FJ. Sacro-iliac arthrodesis. JAMA. 1927;89(24):2031-2035.

Signe de Lasègue

Ernest-Charles Lasègue · médecin français · décrit par Forst, 1881

L'élévation jambe tendue reproduit la douleur sciatique par mise en tension de la racine. Décrit dans la thèse de son élève J.-J. Forst.

À retenir : très sensible mais peu spécifique (LR+ ~1,3) : il écarte, il ne confirme pas (§05).

L'article : Forst JJ. Contribution à l'étude clinique de la sciatique. Thèse, Paris ; 1881 (d'après E.-C. Lasègue).

Signe de Léri

André Léri · neurologue français · début XXe s.

« Lasègue inversé » : patient à plat ventre, l'extension de la hanche (genou fléchi) met en tension les racines hautes et reproduit la cruralgie (L3-L4).

À retenir : à faire quand le Lasègue est négatif et qu'on suspecte une cruralgie.

L'article : Léri A. Études sur les affections du système nerveux (travaux sur l'étirement crural), Paris ; début du XXe siècle.

Syndrome de Maigne

Robert Maigne · médecin français · 1974

Douleur « lombaire basse » ou de la crête iliaque en réalité projetée depuis la charnière dorso-lombaire (D12-L1) : la palpation de cette charnière réveille la douleur.

À retenir : une « lombalgie » basse rebelle peut venir du haut — examiner la charnière dorso-lombaire.

L'article : Maigne R. Le syndrome de la charnière dorso-lombaire. Sem Hôp Paris. 1974.

Maladie de Scheuermann

Holger Scheuermann · radiologue danois · 1920

Cyphose dorsale fixée de l'adolescent (dystrophie de croissance) avec cunéiformisation vertébrale.

À retenir : distinguer d'une cyphose posturale (réductible).

L'article : Scheuermann HW. Kyphosis dorsalis juvenilis. Ugeskr Laeger. 1920;82:385-393.

Test de Schöber

Paul Schöber · médecin allemand · 1937

Mesure de l'allongement lombaire en flexion (repère L5-S1, segment de 15 cm).

À retenir : mesure de mobilité (suivi d'une spondyloarthrite), pas un test diagnostique (§07).

L'article : Schöber P. Lendenwirbelsäule und Kreuzschmerzen. Münch Med Wochenschr. 1937;84:336.

Test de Spurling

Roy Spurling · neurochirurgien américain · 1944

Extension + inclinaison + compression axiale du cou reproduisant la douleur radiculaire du bras.

À retenir : spécifique (confirme) ; intégré au cluster de Wainner (§02).

L'article : Spurling RG, Scoville WB. Lateral rupture of the cervical intervertebral discs. Surg Gynecol Obstet. 1944;78:350-358.

Signes de Waddell

Gordon Waddell · chirurgien orthopédiste écossais · 1980

Cinq catégories de signes « non organiques » de la lombalgie (superficiel/non anatomique, simulation, distraction, régionalisation, sur-réaction).

À retenir : signalent une composante psychosociale, PAS une simulation — à manier sans stigmatiser (§04).

L'article : Waddell G, McCulloch JA, Kummel E, Venner RM. Nonorganic physical signs in low-back pain. Spine. 1980;5(2):117-125.

14 — SIGNES ABANDONNÉS

Vieux signes, croyances révisées

Des signes fins encore utiles — et des habitudes que les preuves ont corrigées.

Des vieux signes encore utiles

Des habitudes que les preuves ont corrigées

15 — AUTO-EXERCICES

Ordonnances d'auto-exercices (fondées sur les preuves)

Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier.

À adapter au patient. Ces programmes génériques ne remplacent pas une prescription de kinésithérapie personnalisée quand elle est indiquée ; la douleur pendant l'exercice reste acceptable si elle est modérée (≤ 3-5/10) et se calme avant le lendemain. Reconsulter devant un trouble pour uriner, une faiblesse ou un engourdissement des jambes ou de l'entrejambe, une fièvre, ou une douleur nocturne inexpliquée, ou en l'absence d'amélioration après ~6 semaines.
Comment lire le rythme : « 3 × 10 » = 3 séries de 10 mouvements, avec une courte pause entre chaque série ; « 5 × 20-45 s » = 5 fois, en tenant la position 20 à 45 secondes ; « 3 fois/semaine » = 3 jours dans la semaine (pas tous les jours) ; « un jour sur deux » = un jour oui, un jour non.
Douleur pendant l'exercice — règle des couleurs : VERT (0-3/10) continuez ; ORANGE (4-5/10) continuez si la douleur redescend dans l'heure et le lendemain matin ; ROUGE (> 5/10, douleur qui augmente de jour en jour, ou gonflement) arrêtez et réduisez. Matériel : « élastique » = bande élastique de rééducation (en pharmacie).

Sources des programmes (médecine fondée sur les preuves) : Lombalgie commune131415 · Cervicalgie commune16 · Spondyloarthrite : entretien quotidien1718.

16 — SOURCES

Méthode & références

Méthode. Le socle sémiologique (examen par segment, mesures de mobilité, anatomie palpatoire) suit des traités de sémiologie du rachis et de rhumatologie1219. Les valeurs diagnostiques (Se/Sp/LR) proviennent de méta-analyses et de la série JAMA — Rational Clinical Examination, citées à leur seuil et vérifiées sur PubMed ; l'exhaustivité des entités a été recoupée avec un traité d'appareil locomoteur. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités.

Réserves honnêtes. (1) La plupart des chiffres du Lasègue et des tests radiculaires viennent de populations chirurgicales (forte prévalence) : la sensibilité réelle est plus basse en soins premiers. (2) Les tests sacro-iliaques individuels, la rotation cervicale < 60°, et les Se/Sp de la rétention urinaire dans la queue de cheval n'ont pas de valeur consolidée sur source primaire — présentés sans chiffre. (3) Pour la fracture et le cancer, aucun red flag isolé (sauf antécédent de cancer) n'est décisif : c'est la combinaison qui compte. « — » = valeur non fournie par la source ; sources primaires des éponymes dans chaque carte (§13).

  1. van der Windt DA, Simons E, Riphagen II, et al. Physical examination for lumbar radiculopathy due to disc herniation in patients with low-back pain. Cochrane Database Syst Rev. 2010;(2):CD007431. PMID:20166095 · doi:10.1002/14651858.CD007431.pub2Lasègue Se ~0,92/Sp ~0,28 (LR+ ~1,3) ; Lasègue croisé Sp ~0,90.
  2. Downie A, Williams CM, Henschke N, et al. Red flags to screen for malignancy and fracture in patients with low back pain: systematic review. BMJ. 2013;347:f7095. PMID:24335669 · doi:10.1136/bmj.f7095Drapeaux rouges isolés : valeur faible ; antécédent de cancer et combinaisons.
  3. Cook C, Brown C, Isaacs R, et al. Clustered clinical findings for diagnosis of cervical spine myelopathy. J Man Manip Ther. 2010;18(4):175-180. PMID:22131790 · doi:10.1179/106698110X12804993427045Cluster de myélopathie (≥ 1 signe) : Se ~0,94 (dépistage).
  4. Wainner RS, Fritz JM, Irrgang JJ, et al. Reliability and diagnostic accuracy of the clinical examination and patient self-report measures for cervical radiculopathy. Spine. 2003;28(1):52-62. PMID:12544957 · doi:10.1097/00007632-200301010-00014Cluster cervical : 4/4 LR+ 30,3 ; ULTT Se ~0,97.
  5. Deyo RA, Rainville J, Kent DL. What can the history and physical examination tell us about low back pain? JAMA. 1992;268(6):760-765. PMID:1386391Cadre de l'examen lombaire fondé sur les preuves.
  6. Waddell G, McCulloch JA, Kummel E, Venner RM. Nonorganic physical signs in low-back pain. Spine. 1980;5(2):117-125. PMID:6446157Signes non organiques (drapeaux jaunes) — à ne pas assimiler à une simulation.
  7. Majlesi J, Togay H, Ünalan H, Toprak S. The sensitivity and specificity of the slump and the straight leg raising tests in patients with lumbar disc herniation. J Clin Rheumatol. 2008;14(2):87-91. PMID:18391677 · doi:10.1097/RHU.0b013e31816b2f99Slump Se ~0,84/Sp ~0,83 vs IRM.
  8. Suri P, Rainville J, Kalichman L, Katz JN. Does this older adult with lower extremity pain have the clinical syndrome of lumbar spinal stenosis? JAMA. 2010;304(23):2628-2636. PMID:21156951 · doi:10.1001/jama.2010.1833Sténose : soulagement en flexion LR+ ~6,4 ; base élargie LR+ ~13.
  9. Laslett M, Aprill CN, McDonald B, Young SB. Diagnosis of sacroiliac joint pain: validity of individual provocation tests and composites of tests. Man Ther. 2005;10(3):207-218. PMID:16038856 · doi:10.1016/j.math.2005.01.003Batterie SI ≥ 3/6 : Se ~0,94/Sp ~0,78.
  10. Rudwaleit M, Metzger S, Listing J, et al. Inflammatory back pain in ankylosing spondylitis: a reassessment of the clinical history for application as classification and diagnostic criteria (critères de Berlin). Arthritis Rheum. 2006;54(2):569-578. PMID:16447233 · doi:10.1002/art.21619Rachialgie inflammatoire ≥ 2/4 : Se ~0,70/Sp ~0,81.
  11. Castro-Fernández M, et al. Diagnostic value of the FABER test for sacroiliitis in non-radiographic axial spondyloarthritis. Int J Rheum Dis. 2019;22(8):1521-1526. PMID:31131990FABER : Se ~0,71/Sp ~0,75.
  12. Traité de sémiologie du rachis. Examen clinique du rachis (cervical, dorsal, lombaire) : mobilité, tests par segment, drapeaux rouges. Socle sémiologique de l'examen segmentaire et des mesures de mobilité (Schöber, Ott, doigts-sol).
  13. Foster NE, Anema JR, Cherkin D, et al. Prevention and treatment of low back pain: evidence, challenges, and promising directions. Lancet. 2018;391(10137):2368-2383. PMID:29573872Rester actif, exercice et prises en charge non pharmacologiques en 1re ligne ; désescalade de l'imagerie et des opioïdes.
  14. Hartvigsen J, Hancock MJ, Kongsted A, et al. What low back pain is and why we need to pay attention. Lancet. 2018;391(10137):2356-2367. PMID:29573870La lombalgie est une condition à gérer, pas à « guérir » : activité et auto-gestion sont centrales.
  15. Hayden JA, Ellis J, Ogilvie R, Malmivaara A, van Tulder MW. Exercise therapy for chronic low back pain. Cochrane Database Syst Rev. 2021;9:CD009790. PMID:34580864L'exercice réduit douleur et incapacité (effet modéré) ; aucun type d'exercice nettement supérieur → choisir selon la préférence et l'adhésion.
  16. Gross A, Kay TM, Paquin JP, et al. Exercises for mechanical neck disorders. Cochrane Database Syst Rev. 2015;1:CD004250. PMID:25629215Renforcement/endurance cervico-scapulaires réduisent douleur et améliorent la fonction ; effet dose-dépendant, preuve de qualité basse à modérée.
  17. van der Heijde D, Ramiro S, Landewé R, et al. 2016 update of the ASAS-EULAR management recommendations for axial spondyloarthritis. Ann Rheum Dis. 2017;76(6):978-991. PMID:28087505Exercice régulier et kinésithérapie = pierre angulaire non pharmacologique, à maintenir au long cours.
  18. Regnaux JP, Davergne T, Palazzo C, et al. Exercise programmes for ankylosing spondylitis. Cochrane Database Syst Rev. 2019;10:CD011321. PMID:31578051Les programmes d'exercice apportent de petits bénéfices sur douleur, fonction et mobilité ; preuve de faible qualité mais cohérente.
  19. Traité de sémiologie rhumatologique. Examen de l'appareil locomoteur et du rachis. Cadre séméiologique rhumatologique (rachialgie inflammatoire, sacro-iliaque, déformations).