SemioClic · sémiologie fondée sur les preuves

Le genou :
le motif oriente,
le test tranche

Un examen exhaustif du genou, organisé par motif de consultation. On part de la plainte, on déroule l'examen pas à pas, on cible la ou les manœuvres utiles — dont on connaît la valeur réelle (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance) — jusqu'au diagnostic. À ne jamais manquer : la luxation (artère poplitée), l'arthrite septique, et chez l'enfant la hanche.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche rédigée et vérifiée (sources en fin de page).
Cadre & valeurs : thèse Clinithèque (L. Duvieubourg, dir. M. Rochoy, Lille 2024), un traité de sémiologie du genou et du pied, et la littérature EBM (méta-analyses, série JAMA Rational Clinical Examination).
Aide au raisonnement — ne remplace ni l'examen, ni le jugement clinique, ni l'imagerie quand elle est indiquée.
Première version : 2026-06-26Dernière révision : 2026-07-14
Par où commencer
00 — AIGUILLAGE

Du motif au diagnostic, pas à pas

Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours indique le test à faire en priorité, puis où aller selon qu'il est positif ou négatif, jusqu'au diagnostic. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur diagnostique dans le panneau de droite.

Aide-mémoire — Règle d'Ottawa du genou (radiographie). Après un traumatisme, une radiographie est justifiée s'il existe au moins un critère : âge ≥ 55 ans ; sensibilité isolée de la rotule ; sensibilité de la tête de la fibula ; flexion impossible à 90° ; impossibilité de faire 4 pas en charge. Sensibilité proche de 100 % pour les fractures significatives ; environ un quart de radiographies inutiles évitées. Stiell 19961.

01 — SIGNES D'ALARME

Les urgences à ne pas manquer

Luxation du genou — l'artère poplitée d'abord Toute luxation (même réduite spontanément) menace l'artère poplitée. Palper les pouls distaux (pédieux, tibial postérieur), comparatifs ; au moindre doute, indice de pression systolique et avis vasculaire. L'absence ou l'asymétrie d'un pouls oriente (Sp ~91 %)2, mais des pouls présents n'éliminent pas une lésion intimale différée → surveillance.
Le motif oriente
02 — TRAUMATIQUE AIGU

Genou traumatique : le mécanisme désigne la structure

Le récit du traumatisme oriente d'emblée. Un épanchement immédiat (hémarthrose < 2 h) est un signal fort (LCA, fracture ostéochondrale, luxation de rotule).

MécanismeSigne d'appelTests clésDiagnostic
Pivot en décélération, souvent sans contact + hémarthrosecraquement, lâchage, instabilitéLachman, Lelli, pivot shiftRupture du LCA
Torsion genou fléchidouleur d'interligne, pseudo-blocagecri méniscal, McMurray, ThessalyLésion méniscale
Valgus / varus forcédouleur latérale, bâillementstress valgus / varus (0° & 30°)Entorse des collatéraux
Choc antérieur sur tibia / hyperextensiondouleur postérieure, avalementtiroir postérieur, GodfreyRupture du LCP
Déboîtement rotulienrotule déjetée en dehors, appréhensionappréhension, MPATLuxation de rotule
Choc direct / chutedouleur osseuse, impotencerègle d'Ottawa → radioFracture
Haute énergie, déformationpouls distauxpalpation des pouls, IPSLuxation → artère poplitée
Chaque test est décrit avec sa valeur au catalogue (11). Toujours comparatif au genou sain.

Combiner pour le LCA. Lachman et Lelli (sensibles) écartent ; le pivot shift (spécifique) confirme. La rupture complète se diagnostique mieux que la partielle ; l'examen sous anesthésie et l'IRM restent les références4.

Sur le terrain, examinez vite. Dans les minutes qui suivent le traumatisme, avant l'hémarthrose et la contracture de défense, le Lachman et le ressaut rotatoire sont à leur meilleur rendement ; passé ce délai, la douleur inhibe le ressaut, et l'on réévalue à froid (48–72 h) ou par IRM. Un arrachement osseux du bord latéral du plateau tibial (fracture de Segond) sur la radiographie signe la rupture du LCA.

Imager, et reprendre le sport. L'IRM n'est pas systématique : elle se justifie devant une hémarthrose, une instabilité vraie, un blocage irréductible (anse de seau) ou un doute LCA/LCP. Les syndromes de surmenage (essuie-glace, patte d'oie, fémoro-patellaire, tendinopathie) sont cliniques et ne nécessitent pas d'imagerie d'emblée. Le retour au sport se guide sur des critères fonctionnels (absence d'épanchement et de douleur, amplitudes et force symétriques, tests de saut ≥ 90 % du côté sain) plutôt que sur un délai fixe.

03 — GONALGIE ANTÉRIEURE

La rotule et son appareil extenseur

Douleur en position assise prolongée (« signe du cinéma »), dans les escaliers, à l'accroupissement. Le siège précis de la douleur oriente.

Comprendre l'angle Q

Q ÉIAS rotule TTA quadriceps

L'angle Q mesure la tendance de la rotule à être tirée vers l'extérieur. On le construit avec deux lignes qui se croisent au centre de la rotule : l'une monte vers l'épine iliaque antéro-supérieure (c'est la direction dans laquelle le quadriceps tire), l'autre descend vers la tubérosité tibiale (la direction du tendon rotulien). Plus l'angle entre ces deux lignes est ouvert, plus, à chaque contraction du quadriceps, la rotule est tirée en dehors.

Il est en moyenne un peu plus grand chez la femme, dont le bassin plus large décale la traction du quadriceps : de l'ordre de 13° chez l'homme et 17° chez la femme, avec de larges variations individuelles. On l'a longtemps mis en cause dans le syndrome fémoro-patellaire ; en réalité, les études qui le relient à la douleur sont peu concluantes. À retenir comme un facteur d'orientation parmi d'autres, pas comme une explication à lui seul.

04 — MÉCANIQUE CHRONIQUE

Le genou dégénératif

Douleur mécanique, dérouillage matinal court (< 30 min), > 50 ans, surpoids, trouble d'axe.

Repère. L'élargissement osseux (Se ~55 % / Sp ~95 %, LR+ ≈ 11) confirme mieux la gonarthrose que la crépitation, très sensible mais peu spécifique.5

05 — CHAUD & GONFLÉ

Le genou inflammatoire — ponctionner tranche

Genou chaud, gonflé, sans traumatisme : la question est l'origine de l'épanchement. La ponction est le geste décisif.

Confirmer et quantifier l'épanchement : choc rotulien (abondant, Sp élevée) et signe de la bosse/flot (faible abondance) — décrits en 11.

06 — INSTABILITÉ & BLOCAGE

Lâchage, dérobement, blocage : préciser lequel

Trois plaintes à distinguer, car elles ne pointent pas la même structure.

Blocage vrai = signal. Un blocage aigu en flexion, irréductible, oriente vers une anse de seau (fragment méniscal luxé) → avis chirurgical.

07 — TUMÉFACTION

Une masse ou un gonflement localisé

Le siège de la tuméfaction fait le diagnostic.

08 — ENFANT & ADO

Le genou de l'enfant : penser à la hanche

La règle d'or : toute gonalgie de l'enfant impose d'examiner la hanche (douleur projetée).

La boîte à outils
09 — ANATOMIE PALPATOIRE

Le topo-guide : ce qu'on touche, ce que ça signale

Genou fléchi à 90°, patient assis ou en décubitus : la plupart des reliefs deviennent accessibles. La douleur élective d'un repère oriente d'emblée. Les structures profondes (croisés, ménisques) ne se palpent pas : elles se révèlent par les manœuvres (11).

Genou droit de face, ligaments croisés et ménisques Plateau tibial vu de dessus, ménisques médial et latéral
Genou de face (croisés, ménisques) et plateau tibial vu de dessus. Source : H. Gray, Anatomy (1918), planches 347 et 349 — domaine public (Wikimedia Commons).

Face antérieure & rotule

  • Rotule (patella) — mobilité rotulienne testée sur genou détendu ; palpé rotulien : subluxation médiale/latérale et palpation des bords en crochet. Palpé trochléen en hyperflexion (impossible si épanchement). Douleur/craquement en compression = souffrance fémoro-patellaire. Le cartilage rétro-rotulien (~3 mm) est le plus épais du corps — d'où sa vulnérabilité aux fortes pressions fémoro-patellaires (escaliers, accroupissement).
  • Pointe de la rotule & tendon rotulien — jusqu'à la TTA. Douleur = tendinopathie rotulienne ; chez l'ado, Osgood-Schlatter (TTA) ou Sinding-Larsen (pointe).
  • Tendon quadricipital — au-dessus de la rotule (tendinopathie quadricipitale).
  • Cul-de-sac sous-quadricipital — comblé en cas d'épanchement abondant.

Interlignes (genou fléchi à 90°)

  • Interligne médial — du bord du tendon rotulien vers l'arrière. Douleur = ménisque médial ou arthrose fémoro-tibiale médiale.
  • Interligne latéral — symétrique (ménisque latéral / arthrose latérale).
  • Condyles fémoraux — genoux fléchis, chercher un point douloureux (ostéochondrite, contusion).

Versant médial & latéral

  • Ligament collatéral médial (tibial) — large, le long de l'interligne médial. Latéral (fibulaire) — cordon tendu vers la tête de la fibula.
  • Tête de la fibula — repère latéral saillant (collatéral latéral, biceps fémoral). Juste derrière : le nerf fibulaire commun (déficit des releveurs si lésé).
  • Tubercule de Gerdy — insertion du tractus ilio-tibial ; douleur latérale du coureur = syndrome de l'essuie-glace.
  • Patte d'oie — face antéro-médiale du tibia sous l'interligne (couturier, gracile, demi-tendineux) ; tendino-bursite ansérine fréquente.

Face postérieure

  • Creux poplité — palpé genou tendu : tuméfaction rénitente = kyste de Baker (signe de Foucher).
  • Artère poplitée — au fond du creux (repère vasculaire, cf. luxation).
10 — EXAMEN PAS-À-PAS

La séquence, toujours comparative

On garde pour la fin ce qui réveille la douleur. On termine par la hanche et le rachis (douleur projetée).

  1. Interrogatoire — mécanisme (pivot, choc, hyperextension), délai d'apparition de l'épanchement, blocage/lâchage, horaire mécanique vs inflammatoire, fièvre, âge, antécédents. Repérez aussi les drapeaux jaunes (peur du mouvement, croyances d'évitement, catastrophisme), qui prédisent la chronicité et orientent vers une prise en charge active et rassurante.
  2. Inspection & marche — axe (genu varum/valgum, distance inter-condylienne/inter-malléolaire, anormale si l'écart entre les genoux ou les malléoles dépasse ~2-3 cm), flessum/recurvatum, amyotrophie du quadriceps (périmètre à 15 cm au-dessus de la rotule), tuméfaction globale vs localisée, boiterie d'esquive, dérobement. Testez la force et le verrouillage actif du quadriceps : un retard d'extension active (« quadriceps lag ») ou une faiblesse sans lésion signent souvent une inhibition musculaire (sidération sur épanchement ou douleur), déterminante pour la rééducation.
  3. Épanchementchoc rotulien (abondant) et signe de la bosse/flot (faible abondance). Un épanchement chaud impose la ponction. Le périmètre du genou mesuré au niveau de la rotule, comparatif, permet de suivre l'évolution de l'épanchement.
  4. Amplitudes — flexion/extension actives puis passives (≈ 0°/140°), notées recurvatum/flessum/flexion (le recurvatum se mesure aussi en centimètres — distance table-talon, ≈ 10 cm pour 10° ; la flexion par la distance talon-fesse, < 5 cm = complète). Distinguer un flessum réductible (antalgique, hypertonie des ischio-jambiers) d'un flessum irréductible (atteinte articulaire). Chercher un blocage élastique (anse de seau) et une crépitation.
  5. Palpation — repère par repère (09) : interlignes, rotule et sa pointe, tendons, TTA, tête de la fibula, patte d'oie, creux poplité. Le point exquis oriente la structure.
  6. Tests ciblés — selon le motif et la palpation : ménisque, LCA/LCP, collatéraux, rotule, coin postéro-latéral (catalogue 11).
  7. Ne pas oublier — la hanche (rotation interne, surtout chez l'enfant), le rachis, l'examen vasculaire et neurologique distal.
11 — CATALOGUE DES TESTS

Les manœuvres, décrites pour être reproduites

Pour chaque manœuvre : technique, réponse positive, ce qu'elle teste, et sa valeur. Un test sensible écarte, un test spécifique confirme. Les LR sont calculés à partir des Se/Sp poolées et signalés « calc. ». Quand aucune valeur diagnostique fiable n'existe, le signe est marqué descriptif (il garde son intérêt sémiologique).

Ménisque

Cri méniscal / signe de Oudard (douleur de l'interligne) le + sensible

Réalisation
Palper l'interligne tibio-fémoral, médial puis latéral, du bord du tendon rotulien vers l'arrière. En hyperflexion pour le ménisque médial, en position de Cabot (jambe croisée « en tailleur » du côté testé) pour le latéral.
Positif si
Douleur élective de l'interligne (au-delà d'un simple inconfort).
Teste
Lésion méniscale.
Valeur
Se ~83 % · Sp ~83 % (méta-analyse Smith)7 ; Se ~63 % · Sp ~77 % (Hegedus)8. LR+ ≈ 4,9 · LR− ≈ 0,2 (calc.).

Manœuvre de McMurray spécifique

Réalisation
Décubitus dorsal. Genou en flexion maximale, doigts sur les interlignes ; forcer la rotation externe du tibia en étendant lentement (ménisque médial), puis rotation interne (ménisque latéral).
Positif si
Douleur ou claquement perçu sur l'interligne au passage, au-delà de 90°.
Teste
Lésion méniscale.
Valeur
Se ~61 % · Sp ~84 % (Smith)7 ; jusqu'à Sp 97 %9. LR+ ≈ 3,8 · LR− ≈ 0,46 (calc.).

Manœuvre de Thessaly (en charge)

Réalisation
Patient en appui sur la jambe testée (vous lui tenez les mains), genou fléchi à 20° ; 3 rotations du corps sur le genou fixe. Commencer par le côté sain.
Positif si
Gêne, blocage ou lâchage sur l'interligne.
Teste
Lésion méniscale en charge.
Valeur
À 20° : Se ~75 % · Sp ~87 % (Smith)7. À 5°, ménisque médial Se ~66 % · Sp ~96 % (Karachalios)10. LR+ ≈ 5,8 · LR− ≈ 0,29 (calc., 20°).

Compression d'Apley (grinding test)

Réalisation
Décubitus ventral, genou à 90°. Compression axiale du tibia + rotations. Variante : cuisse fixée + traction (distraction).
Positif si
Douleur en rotation, plus forte en compression (ménisque) que en distraction (ligament).
Teste
Lésion méniscale (distingue du ligament).
Valeur
Se ~61 % · Sp ~70 % (Hegedus)8 ; Se basse ~22 % (Meserve)11. LR+ ≈ 2,0 · LR− ≈ 0,56 (calc.).

Test d'Ege (accroupissement en charge)

Réalisation
Accroupissement complet pieds en rotation externe (ménisque médial) puis en rotation interne (latéral), puis remontée.
Positif si
Douleur ± ressaut sur l'interligne correspondant.
Teste
Lésion méniscale.
Valeur
Médial Se ~67 % · Sp ~81 % ; latéral Se ~64 % · Sp ~90 % (Akseki)12. Étude unique.

Signe de Steinmann I spécifique

Réalisation
Genou fléchi ; rotation brusque de la jambe (externe puis interne).
Positif si
Douleur de l'interligne, se déplaçant avec la rotation.
Teste
Lésion méniscale.
Valeur
Médial Se ~48 % · Sp ~86 % ; latéral Se ~17 % · Sp ~91 % (Antunes)13 : spécifique, peu sensible. Étude unique.

Marche du canard (Childress / duck walk)

Réalisation
Marche accroupie « en canard ».
Positif si
Douleur/clic postéro-médial ou impossibilité.
Teste
Lésion méniscale (corne postérieure).
Valeur
Se ~71 % · Sp ~39 % (Van der Post)14 : sensible, peu spécifique. Étude unique.

Steinmann II, Payr, bounce home descriptifs

En bref
Steinmann II : la douleur d'interligne migre vers l'arrière en flexion, vers l'avant en extension. Payr : douleur de l'interligne médial postérieur en position tailleur. Bounce home : blocage élastique en extension terminale passive (anse de seau).
Valeur
Pas de valeur diagnostique publiée fiable (signes descriptifs).

Ligament croisé antérieur (LCA)

Manœuvre de Lachman référence LCA

Réalisation
Genou fléchi à 15–30°, talon sur la table. Une main fixe la cuisse, l'autre translate la tête du tibia vers l'avant.
Positif si
Translation antérieure accrue vs côté sain, avec arrêt mou (pas d'arrêt dur).
Teste
Rupture du LCA.
Valeur
Se ~85 % · Sp ~94 % (Benjaminse)15 ; concordant (Huang)16. LR+ ≈ 14 · LR− ≈ 0,16 (calc.). La plus performante.

Manœuvre du levier de Lelli (lever sign)

Réalisation
Sur plan rigide, jambes tendues. Poing fermé sous le mollet ; l'autre main appuie sur le tiers distal de la cuisse.
Positif si
Le talon ne se soulève pas (genou sain : la jambe se soulève en bloc).
Teste
Rupture du LCA.
Valeur
Se ~77 % · Sp ~90 % (Abruscato)17 ; décrit par Lelli18. LR+ ≈ 7,7 · LR− ≈ 0,26 (calc.). Simple, reproductible.

Tiroir antérieur

Réalisation
Hanche 45°, genou à 90°, pied fixé, ischio-jambiers relâchés. Tractions antérieures à deux mains.
Positif si
Translation antérieure accrue, arrêt mou.
Teste
Rupture du LCA.
Valeur
Se ~55 % · Sp ~92 % (Benjaminse)15 ; en soins premiers Se ~83 %/Sp ~57 % (Wagemakers)19. LR+ ≈ 6,9 (calc.).

Pivot shift / ressaut rotatoire très spécifique

Réalisation
Genou en extension, rotation interne + pression axiale par le talon ; appliquer un valgus en fléchissant lentement.
Positif si
Ressaut de subluxation/réduction du tibia vers 20–30°.
Teste
Instabilité rotatoire (LCA).
Valeur
Se ~24 % · Sp ~98 % (Benjaminse)15 ; souvent négatif sur genou réveillé/douloureux. LR+ ≈ 12 (calc.).

Ligament croisé postérieur (LCP)

Tiroir postérieur & avalement spontané (sag)

Réalisation
Position du tiroir (genou 90°). Chercher un avalement spontané de la crête tibiale (perte du décalage tibio-fémoral) puis pousser le tibia vers l'arrière.
Positif si
Translation postérieure accrue / step-off aboli.
Teste
Rupture du LCP.
Valeur
Meilleur test du LCP. Précision de l'examen clinique du LCP ~90 %/99 % (Rubinstein)20chiffre global, pas le tiroir isolé ; Se chute (~70 %) dans les laxités grade I.

Sag sign de Godfrey & test actif du quadriceps valeur non chiffrée

Réalisation
Godfrey : hanche et genou à 90°, jambe soutenue → affaissement postérieur du tibia. Quadriceps actif : genou 90°, pied fixé, contraction du quadriceps → réduction antérieure du tibia subluxé.
Teste
Rupture du LCP.
Valeur
Godfrey réputé « le plus sensible », test actif « le plus spécifique », mais sans valeur Se/Sp isolée fiable (revue Kopkow 2013)20.

Coin postéro-latéral (CPL)

Dial test (test du cadran, 30° et 90°)

Réalisation
Décubitus ventral (ou dorsal), rotation externe des pieds comparée à 30° puis 90° de flexion.
Positif si
Asymétrie de rotation externe > 10° (à 30° = CPL ; à 30° et 90° = CPL + LCP).
Teste
Lésion du coin postéro-latéral.
Valeur
Pour une lésion isolée du CPL : Se ~20 % · Sp ~100 % (étude unique récente) — bon pour confirmer, mauvais pour écarter. Bonne reproductibilité inter-observateur.

Recurvatum en rotation externe & reverse pivot shift descriptifs

En bref
Recurvatum rot. externe : soulever le gros orteil → hyperextension + varus + rotation externe. Reverse pivot shift : réduction du plateau latéral en passant de la flexion à l'extension (valgus + rotation externe).
Valeur
Recurvatum quasi jamais positif en CPL isolé (LaPrade 2008). Reverse pivot shift : valeurs répandues non vérifiables → à considérer comme descriptif (faux positifs sous anesthésie).

Ligaments collatéraux

Stress en valgus (collatéral médial), 0° et 30°

Réalisation
Cuisse stabilisée ; appliquer un valgus genou en extension (0°) puis à 30° de flexion.
Positif si
Bâillement médial ± douleur vs côté sain. À 30° = collatéral médial isolé ; à 0° = atteinte grave (capsule/croisés associés).
Teste
Entorse du ligament collatéral médial (LLI).
Valeur
Se ~86 % (fourchette 68–96 %, Malanga)21 ; spécificité peu documentée (3 études). Un bâillement à 0° impose un avis spécialisé.

Stress en varus (collatéral latéral), 0° et 30° descriptif

Réalisation
Symétrique en varus (0° puis 30°).
Positif si
Bâillement latéral ± douleur.
Teste
Entorse du ligament collatéral latéral (LLE).
Valeur
Pas de Se/Sp publiée fiable (Malanga : données absentes en varus)21.

Rotule & appareil extenseur

Patellar tilt test le + utile (SFP)

Réalisation
Genou en extension ; soulever le bord latéral de la rotule.
Positif si
Impossibilité de dépasser l'horizontale (rétinaculum latéral serré).
Teste
Syndrome fémoro-patellaire.
Valeur
Se ~43 % · Sp ~92 % · LR+ 5,4 (Nunes)22 : le seul test physique utile au « rule-in » du SFP.

Compression-glissement fémoro-patellaire & crépitation FP

Réalisation
Demi-assis, coussin sous le genou. Compression de la rotule contre la trochlée, puis glissement vers le bas en maintenant la compression. Crépitation FP : main sur la rotule pendant un relevé de chaise.
Positif si
Douleur à la compression/au glissement ; crépitation perçue.
Teste
Souffrance / arthrose fémoro-patellaire.
Valeur
Arthrose FP : compression-glissement Se ~70 % · Sp ~54 % ; crépitation FP plus spécifique (Sp ~82 %) (Stefanik)23.

Signe du rabot / test de Clarke / signe de Zohlen peu spécifique

Réalisation
Genou en extension : comprimer la rotule et la translater vers le bas (rabot), ou compression + contraction du quadriceps (Clarke/Zohlen).
Positif si
Douleur/frottement rotulien.
Teste
Souffrance fémoro-patellaire / chondromalacie.
Valeur
Se ~40–48 % · Sp ~67–75 % (Nijs)24 : faible performance, beaucoup de faux positifs. Zohlen ≈ Clarke.

Test d'appréhension patellaire (Fairbank)

Réalisation
Genou en légère flexion ; pousser la rotule vers le dehors.
Positif si
Appréhension / contraction de défense (crainte de luxation).
Teste
Instabilité fémoro-patellaire.
Valeur
Version statique : pas de Se/Sp poolée fiable (revue Najefi 2023). Voir le MPAT ci-dessous.

Moving patellar apprehension test (MPAT) performant

Réalisation
Rotule maintenue latéralement pendant une flexion/extension complète (appréhension), puis maintenue médialement (disparition du signe).
Positif si
Appréhension en poussée latérale, levée en poussée médiale.
Teste
Instabilité patellaire latérale.
Valeur
Se ~100 % · Sp ~88 % (Ahmad)25 ; étude unique (référence : luxabilité sous anesthésie).

Signe de Smillie & glissement patellaire (glide) descriptifs

En bref
Smillie : appuyer sur le versant médial de la rotule pour la subluxer en dehors, puis fléchir → appréhension/ressaut au retour dans la trochlée. Glide : translation médiale/latérale de la rotule évaluée en quadrants.
Valeur
Pas de Se/Sp publiée fiable (signes d'instabilité, descriptifs / de reproductibilité).

Plica synoviale

Test de la plica médio-patellaire (Hughston)

Réalisation
Rotule poussée médialement, index sur le bord médial, flexion/extension du genou.
Positif si
Douleur / ressaut de la plica sous le doigt.
Teste
Syndrome de la plica médio-patellaire.
Valeur
Se ~89 % · Sp ~89 % (Kim, réf. arthroscopie)26 ; étude unique (bonnes valeurs à pondérer).

Bandelette ilio-tibiale

Test de Noble & test d'Ober descriptifs

En bref
Noble : compression du condyle latéral pendant l'extension à partir de 30° → douleur (syndrome de l'essuie-glace). Ober : décubitus latéral, hanche en abduction-extension ; la cuisse ne retombe pas (raideur du tractus). Le test de Renne (appui monopodal, flexion à 30–40°) reproduit la douleur latérale ; un déficit des abducteurs de hanche est un facteur favorisant fréquent chez le coureur, à évaluer et renforcer.
Valeur
Pas de Se/Sp diagnostique publiée (Ober : seulement des données de reproductibilité). Signes de provocation/tension descriptifs.

Tests fonctionnels & rééducatifs

Squat monopodal & tests de saut fonctionnels

En bref
Le squat unipodal observe le valgus dynamique (chute du genou en dedans) et le contrôle du bassin : un marqueur clé du contrôle neuromusculaire hanche-genou (syndrome fémoro-patellaire, suivi post-LCA). Les tests de saut monopodaux (distance, triple saut, saut chronométré) mesurent la symétrie entre les deux membres (indice ≥ 90 % attendu avant d'envisager la reprise sportive). Le squat unipodal sur plan décliné cible la charge de la tendinopathie rotulienne.
Valeur
Tests fonctionnels de suivi et de décision de reprise, non diagnostiques.

Épanchement

Choc rotulien / ballottement (patellar tap) épanch. abondant

Réalisation
Genou tendu. Chasser le liquide du cul-de-sac sous-quadricipital vers le bas, puis repousser vivement la rotule vers la trochlée (« signe du glaçon » : la rotule flotte puis bute).
Positif si
Choc rotulien perçu.
Teste
Épanchement (abondant).
Valeur
Se ~15 % · Sp ~92 % vs échographie (Meyer)27 ; fourchette large selon l'abondance et l'examinateur. Spécifique, peu sensible.

Signe de la bosse / du flot / sweep (bulge) faible abondance

Réalisation
Genou tendu. Chasser le liquide du recoin médial vers le haut, puis balayer / tapoter le flanc latéral.
Positif si
Vague/bosse dans le recoin médial (reflux du liquide).
Teste
Épanchement de faible abondance.
Valeur
Se ~33 % · Sp ~85 % (Meyer)27 ; plus utile que le choc rotulien pour les petits épanchements. LR+ ≈ 2,2 (calc.).

Gonarthrose

Crépitation gonale & élargissement osseux

Réalisation
Main sur le genou pendant la flexion/extension (crépitation) ; palpation des berges articulaires (élargissement osseux).
Positif si
Crépitation perçue ; berges osseuses élargies/irrégulières.
Teste
Gonarthrose.
Valeur
Crépitation Se ~89 % · Sp ~60 % (sensible) ; élargissement osseux Se ~55 % · Sp ~95 % · LR+ ≈ 11 (spécifique) — EULAR/Zhang5.

Kyste poplité & vasculaire

Palpation du kyste poplité (signe de Foucher)

Réalisation
Palper le creux poplité genou tendu puis fléchi.
Positif si
Masse rénitente, tendue en extension, molle en flexion.
Teste
Kyste de Baker.
Valeur
Se ~74 % · Sp ~88 % · LR+ ≈ 6,3 (méta-analyse vs échographie, Tang)6.

Palpation des pouls distaux (après luxation) urgence

Réalisation
Palper, comparativement, l'artère dorsale du pied et la tibiale postérieure en aval.
Positif si
Pouls absent, diminué ou asymétrique.
Teste
Lésion de l'artère poplitée.
Valeur
Pouls aboli/diminué : Se ~79 % · Sp ~91 % (Barnes)2. Pouls normaux n'excluent pas une lésion intimale → IPS / surveillance.
12 — RÉCAPITULATIF

Toutes les valeurs, d'un coup d'œil

ManœuvreSeSpLR+LR−Réf
Ménisque (réf. arthroscopie / IRM)
Cri méniscal / interligne~83 %~83 %4,90,207
McMurray~61 %~84 %3,80,467
Thessaly (20°)~75 %~87 %5,80,297
Thessaly 5° (méd.)~66 %~96 %160,3510
Apley (compression)~61 %~70 %2,00,568
Ege (méd. / lat.)67 / 64 %81 / 90 %12
Steinmann I (méd. / lat.)48 / 17 %86 / 91 %13
Childress (duck walk)~71 %~39 %14
Ligaments croisés
Lachman (LCA)~85 %~94 %140,1615
Levier de Lelli (LCA)~77 %~90 %7,70,2617
Tiroir antérieur (LCA)~55 %~92 %6,90,4915
Pivot shift (LCA)~24 %~98 %120,7815
Examen clinique LCP*~90 %*~99 %*20
Collatéraux · coin postéro-latéral
Stress valgus (LLI)~86 %n.d.21
Dial test (CPL isolé)~20 %~100 %1 étude
Rotule & appareil extenseur
Patellar tilt (SFP)~43 %~92 %5,40,6222
Compression-glissement FP~70 %~54 %1,50,5623
Rabot / Clarke / Zohlen~40–48 %~67–75 %1,90,724
MPAT (instabilité)~100 %~88 %8,30,0025
Plica (Hughston)~89 %~89 %7,90,1226
Épanchement · gonarthrose · vasculaire · kyste
Choc rotulien~15 %~92 %1,90,9227
Signe de la bosse / flot~33 %~85 %2,20,7927
Crépitation gonale~89 %~60 %2,20,185
Élargissement osseux~55 %~95 %110,475
Kyste de Baker (palpation)~74 %~88 %6,30,306
Pouls distal aboli (luxation)~79 %~91 %8,80,232
LR calculés par nos soins (LR+ = Se/(1−Sp), LR− = (1−Se)/Sp) sauf indication. * Pour le LCP, le couple ~90 %/99 % est la précision de l'examen clinique global (Rubinstein), pas du seul tiroir postérieur. Beaucoup de signes reposent sur une étude unique (Ege, Steinmann, Childress, MPAT, plica) ou n'ont pas de valeur publiée (Steinmann II, Payr, bounce home, stress varus, glide, Smillie, Noble, Ober, reverse pivot shift) : ils gardent leur intérêt sémiologique. Populations souvent spécialisées (arthroscopie) → ordres de grandeur.
13 — AUTO-EXERCICES

Ordonnances d'auto-exercices (fondées sur les preuves)

Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve et ses sources ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier. Ces mêmes ordonnances sont accessibles depuis chaque diagnostic de l'aiguillage (00).

À adapter au patient. Ces programmes génériques ne remplacent pas une prescription de kinésithérapie personnalisée quand elle est indiquée ; la douleur pendant l'exercice reste acceptable si elle est modérée (≤ 3-5/10) et se calme avant le lendemain. Reconsulter en cas de blocage vrai, d'épanchement important, d'instabilité franche, de douleur nocturne, ou d'absence d'amélioration après ~6 semaines.
Comment lire le rythme : « 3 × 10 » = 3 séries de 10 mouvements, avec une courte pause entre chaque série ; « 5 × 20-45 s » = 5 fois, en tenant la position 20 à 45 secondes ; « 3 fois/semaine » = 3 jours dans la semaine (pas tous les jours) ; « un jour sur deux » = un jour oui, un jour non.
Douleur pendant l'exercice — règle des couleurs : VERT (0-3/10) continuez ; ORANGE (4-5/10) continuez si la douleur redescend dans l'heure et le lendemain matin ; ROUGE (> 5/10, douleur qui augmente de jour en jour, ou gonflement) arrêtez et réduisez. Matériel : « élastique » = bande élastique de rééducation (en pharmacie).

Sources des programmes (EBP) : syndrome fémoro-patellaire282930 · gonarthrose et arthrose fémoro-patellaire313233 · tendinopathie rotulienne3435 · Osgood-Schlatter / Sinding-Larsen36 · syndrome de l'essuie-glace37 · patte d'oie38 · instabilité de la rotule39 · rupture du LCA4041 · lésion méniscale dégénérative4243.

Aller plus loin
14 — EN SAVOIR PLUS

Histoire & regard évolutionniste

Le genou humain est une articulation paradoxale : la plus grande du corps, faite pour la station debout et la course, et l'une des plus vulnérables.

Un genou façonné par la bipédie

La station debout a réorienté le genou : valgus physiologique (le fémur converge vers le centre de gravité), verrouillage en extension (« screw-home », rotation terminale qui stabilise sans effort musculaire), appareil extenseur puissant sur une rotule volumineuse. Une architecture de portance et de propulsion — efficace debout, exposée en torsion. Les ménisques répartissent la charge et se déchirent quand le genou pivote en charge ; le LCA contrôle translation et rotation, et rompt dans le geste même que le sport moderne multiplie (décélération-pivot).

Pourquoi la douleur antérieure touche surtout les femmes

Le syndrome fémoro-patellaire est plus fréquent chez la femme jeune. On a d'abord incriminé l'angle Q plus ouvert (bassin plus large), qui décale un peu la traction de la rotule vers l'extérieur (voir la partie 03 pour son explication détaillée). Mais les études reliant cet angle à la douleur sont peu concluantes : la susceptibilité féminine est en fait multifactorielle (contrôle neuromusculaire de la hanche, laxité, morphologie de la trochlée…), et le syndrome reste un diagnostic d'élimination.

L'arthrose : pas qu'une affaire d'âge

Une étude de squelettes américains (Wallace, PNAS 2017) a montré qu'à âge et IMC égaux, la prévalence de la gonarthrose a doublé depuis le milieu du XXe siècle44 : l'âge et le surpoids n'expliquent pas tout ; la sédentarité (cartilage moins sollicité, quadriceps plus faible) est en cause — un mismatch entre un genou fait pour marcher et une vie assise. Une partie du risque est modifiable (activité, poids, renforcement).

Histoire des signes

Les éponymes jalonnent l'examen : McMurray (1940), Apley (1947), Lachman (années 1970), Thessaly (Karachalios 2005), levier de Lelli (2014). Le tournant fut l'évaluation par les preuves : la série Rational Clinical Examination du JAMA45.

À retenir. Le genou humain est un compromis entre stabilité debout et mobilité en charge ; ménisques, LCA et cartilage en sont les points faibles. L'arthrose n'est pas qu'une fatalité de l'âge. Hypothèses évolutionnistes étayées, à présenter comme telles.

15 — ÉPONYMES

Qui se cache derrière les signes ?

L'examen du genou est un cimetière d'éponymes glorieux. Les voici par ordre alphabétique, avec l'article d'origine.

William Morrant Baker — kyste de Baker

Chirurgien britannique · 1839–1896

Longtemps assistant de Sir James Paget, lecturer d'anatomie et de physiologie à St Bartholomew's (Londres), il y devient chirurgien en 1882.

Le kyste (1877) : kyste synovial poplité communiquant avec une articulation du genou malade.
L'article : Baker WM. On the formation of synovial cysts in the leg in connection with disease of the knee-joint. St Bartholomew's Hosp Rep. 1877;13:245-261 (confirmé ; à distinguer de l'article de 1885, vol. 21:177-190).

Sir Harold A. T. Fairbank — test d'appréhension rotulienne

Chirurgien orthopédiste britannique · 1876–1961

Figure de l'orthopédie pédiatrique britannique. À distinguer de son fils Thomas John (T. J.) Fairbank, auteur des « Fairbank changes » radiologiques post-méniscectomie (J Bone Joint Surg Br. 1948;30-B:664-670).

Le test (1937) : appréhension à la subluxation latérale de la rotule poussée doucement, genou en légère flexion — instabilité rotulienne.
L'article : Fairbank HA. Internal derangement of the knee in children and adolescents. Proc R Soc Med. 1937;30:427-432.

E. Foucher — signe de Foucher (kyste poplité)

Chirurgien français · XIXe s. (dates introuvables)

Il publie un mémoire sur les kystes poplités en 1856, une vingtaine d'années avant la description célèbre de W. M. Baker.

Le signe (1856) : le kyste poplité est tendu en extension et se ramollit en flexion — éponyme remis en usage par Canoso en 1987.
L'article : Foucher E. Mémoire sur les kystes de la région poplitée. Arch Gén Méd. 1856;8:425-443 (pagination d'après Canoso 1987 ; non vérifiée sur Gallica ; prénom/dates introuvables) ; repris : Canoso JJ, et al. Ann Rheum Dis. 1987;46:228-232.

Albert Hoffa — maladie de Hoffa

Chirurgien orthopédiste allemand · 1859–1907

Il fonde la première clinique orthopédique privée d'Allemagne (Würzburg, 1886) et publie un traité qui définit le champ de l'orthopédie.

La maladie (1904) : atteinte douloureuse (hyperplasie/inflammation) du paquet adipeux infrapatellaire (« graisse de Hoffa »).
L'article : Hoffa A. The influence of the adipose tissue with regard to the pathology of the knee joint. JAMA. 1904;43:795-796.

Sven Christian Johansson — Sinding-Larsen-Johansson

Chirurgien suédois · 1880–1959

Médecin-chef à Göteborg (hôpital Sahlgrenska), il développe dans les années 1930 une technique de traitement des fractures du col fémoral.

La maladie (1922) : description indépendante de l'atteinte du pôle inférieur de la rotule de l'enfant (avec Sinding-Larsen).
L'article : Johansson S. En förut icke beskriven sjukdom i patella. Hygiea. 1922 (les chiffres « 84:161-166 » souvent cités sont une recopie erronée — identiques à ceux de Sinding-Larsen ; pagination réelle non confirmée, à chercher sur LIBRIS).

John W. Lachman — test de Lachman

Chirurgien orthopédiste américain · 1919–2007

Chef du département d'orthopédie de la Temple University (Philadelphie). Il n'a pas décrit lui-même le test : ce sont ses élèves qui l'ont nommé en son honneur.

Le test (nommé 1976) : intégrité du LCA par translation antérieure du tibia, genou fléchi à ~20-30°.
L'article : Torg JS, Conrad W, Kalen V. Clinical diagnosis of anterior cruciate ligament instability in the athlete. Am J Sports Med. 1976;4(2):84-93.

Alessandro Lelli — levier de Lelli (lever sign)

Chirurgien orthopédiste italien (Bologne) (dates à vérifier)

Chirurgien du genou à Bologne, il décrit récemment un test simple de rupture du LCA.

Le test (2016) : genou en extension, poing sous le mollet ; une pression sur la cuisse soulève le talon si le LCA est intact — positif si le talon ne se soulève pas.
L'article : Lelli A, Di Turi RP, Spenciner DB, Dòmini M. The "Lever Sign": a new clinical test for the diagnosis of anterior cruciate ligament rupture. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2016;24(9):2794-2797 (en ligne 2014, publié 2016).

Thomas Porter McMurray — manœuvre de McMurray

Chirurgien orthopédiste britannique · 1887–1949

Élève de Sir Robert Jones à Liverpool, premier professeur d'orthopédie de la ville (1939), président de la British Orthopaedic Association.

La manœuvre (décrite 1928, réf. 1942) : ressaut douloureux à la rotation-extension du genou fléchi — lésion méniscale.
L'article : McMurray TP. The semilunar cartilages. Br J Surg. 1942;29(116):407-414.

Clive A. Noble — test de Noble (bandelette ilio-tibiale)

Chirurgien orthopédiste sud-africain · 1938–2022

Principal expert sud-africain des blessures sportives, cofondateur et premier président de la SASMA (1985).

Le test (1980) : pression sur l'épicondyle fémoral latéral pendant flexion-extension ; douleur vers ~30° = syndrome de la bandelette ilio-tibiale.
L'article : Noble CA. Iliotibial band friction syndrome in runners. Am J Sports Med. 1980;8(4):232-234.

Robert Bayley Osgood — Osgood-Schlatter

Chirurgien orthopédiste américain · 1873–1956

Carrière au Massachusetts General Hospital et au Boston Children's Hospital, professeur d'orthopédie à Harvard (1922).

La maladie (1903) : apophysite de la tubérosité tibiale antérieure de l'adolescent (décrite la même année que Schlatter).
L'article : Osgood RB. Lesions of the tibial tubercle occurring during adolescence. Boston Med Surg J. 1903;148:114-117.

Augusto Pellegrini & Alfred Stieda — Pellegrini-Stieda

Chirurgiens italien (1877–1958) & allemand (1869–1945)

Pellegrini (Pérouse), pionnier des prothèses cinématiques, et Stieda (Königsberg) ont donné leur nom à une calcification post-traumatique du genou.

Le syndrome (Pellegrini 1905, Stieda 1908) : ossification du versant médial du genou (insertion fémorale du collatéral médial), séquelle d'entorse. (Antériorité radiologique parfois attribuée à Köhler, 1903.)
L'article : Pellegrini A. Clinica Moderna. 1905;11:433-439. — Stieda A. Über eine typische Verletzung am unteren Femurende. Arch Klin Chir. 1908;85:815-826.

J. W. Renne — test de Renne (bandelette ilio-tibiale)

Chirurgien américain (contexte : recrues de l'US Marine Corps ; dates introuvables)

Documenté surtout comme auteur de l'article de 1975 (sur des recrues), considéré comme l'une des premières descriptions du syndrome de la bandelette ilio-tibiale.

Le test (1975) : en charge, genou fléchi à ~30-40°, douleur sur l'épicondyle latéral = syndrome de la bandelette ilio-tibiale.
L'article : Renne JW. The iliotibial band friction syndrome. J Bone Joint Surg Am. 1975;57(8):1110-1111.

Carl Schlatter — Osgood-Schlatter

Chirurgien suisse · 1864–1934

Élève de Theodor Billroth, il réalise la première gastrectomie totale réussie (1897) avant d'être professeur de chirurgie à Zurich.

La maladie (1903) : description indépendante de l'apophysite tibiale antérieure de l'adolescent (même année qu'Osgood).
L'article : Schlatter C. Verletzungen des schnabelförmigen Fortsatzes der oberen Tibiaepiphyse. Beitr Klin Chir. 1903;38:874-887 (naissance 1863/1864 selon sources).

Paul Ferdinand Segond — fracture de Segond

Chirurgien français · 1851–1912

Figure fondatrice de la gynécologie-obstétrique parisienne, fils de l'anatomiste L.-A. Segond ; il étudia les épanchements du genou sur cadavres.

La fracture (1879) : avulsion osseuse du bord latéral du plateau tibial lors d'une entorse — marqueur radiographique de rupture du LCA.
L'article : Segond P. Recherches cliniques et expérimentales sur les épanchements sanguins du genou par entorse. Progrès Médical. 1879;7:297-299, 319-321, 340-341.

Christian M. F. Sinding-Larsen — Sinding-Larsen-Johansson

Médecin norvégien · 1866–1930

Après le Rikshospitalet et le Kysthospitalet de Stavern, il devient directeur du Rikshospitalet d'Oslo (1911).

La maladie (1921) : atteinte du pôle inférieur de la rotule de l'enfant/l'adolescent sportif.
L'article : Sinding-Larsen CMF. A hitherto unknown affection of the patella in children. Acta Radiol. 1921;1(2):171-173.

Eberhard Zohlen — signe de Zohlen (rabot)

Chirurgien allemand (Berlin) (dates non documentées ; nécrologie 2007)

Son nom reste attaché au « rabot » rotulien. Le « signe de Clarke » désigne très probablement le même test ; son attribution à Sir H. Osmond-Clarke est une confusion non étayée.

Le signe (1942) : compression de la rotule vers le bas puis contraction du quadriceps → douleur = souffrance fémoro-patellaire.
L'article : Zohlen E. Chondropathia patellae. Bruns' Beitr Klin Chir. 1942;174:69-88 (pagination d'après la littérature secondaire allemande ; scan primaire non consulté).

Sources biographiques : whonamedit.com, LITFL (Medical Eponym Library), PubMed. Deux réserves d'honnêteté : le signe de Godfrey (avalement postérieur du LCP) est d'usage courant mais l'identité de « Godfrey » n'a pas été retrouvée dans les sources — aucune biographie n'est donc proposée ; le « signe de Clarke » (rabot rotulien) désigne très probablement le même test que celui de Zohlen. Restent partiellement incertains : les dates de Zohlen (non documentées) et de Lelli/Renne, la pagination de Foucher (1856) et surtout celle de Johansson (les « 84:161-166 » couramment cités sont une recopie erronée). Baker, Stieda et Fairbank sont désormais confirmés.

16 — SIGNES ABANDONNÉS

Signes abandonnés (et pourquoi)

Les vieux signes méniscaux encore utiles sans imagerie (Steinmann II, Payr, bounce home, Apley en distraction, Bragard, Helfet, et Wilson pour l'ostéochondrite disséquante) figurent au catalogue des tests, avec leurs réserves de preuve. Voici, à l'inverse, ceux délaissés à juste titre : ils ne survivent que dans d'anciens compendia germanophones (« Meniskuszeichen ») et sont absents des revues systématiques modernes.

Signe de Böhler abandonné

Éponyme
Lorenz Böhler, traumatologue autrichien (1885–1973), « père de la traumatologie » — le même que l'angle calcanéen.
Description
Genou en extension, stress en varus puis en valgus : le compartiment comprimé (controlatéral à l'ouverture) devient douloureux en cas d'atteinte méniscale de ce côté.
Pourquoi abandonné
Le stress varus/valgus sollicite aussi les ligaments collatéraux → peu spécifique ; absent des revues systématiques modernes.

Provenance : Böhler L. Meniskusverletzungen. Wien Klin Wochenschr. 1938;51:972 (cité par une thèse allemande — Gumtau-Langer, Bochum 2001 ; article original non consulté) ; recensé sans référence par les compendia « Meniskuszeichen » (Wikipedia DE, dr-gumpert).

« Test » de Cabot abandonné

Éponyme
Introuvable — personne non identifiée ; ne pas l'attribuer aux Cabot de Boston (ce serait une conjecture).
Description
Genou « en figure de 4 » (jambe croisée, rotation externe) proposé comme test du ménisque latéral.
Pourquoi abandonné
Descriptions contradictoires selon les sources, aucune valeur validée. La position de Cabot reste, elle, utile pour palper l'interligne externe et le collatéral latéral (cf. catalogue).

Provenance : éponyme et référence primaire introuvables ; recensé seulement par des sources secondaires — Barker JU, et al. Sports Health. 2011;3(1):82-88 ; Ostrowski (2011), d'après Jackson, Reconstructive Knee Surgery, 2008.

Signe de Krömer (test de Böhler-Krömer) abandonné

Éponyme
Probablement Karl Krömer, orthopédiste germanophone, auteur de Der verletzte Meniskus (dates introuvables).
Description
Variante dynamique du signe de Böhler : stress en varus/valgus pendant la flexion-extension du genou ; la douleur signe l'atteinte méniscale.
Pourquoi abandonné
Réputé spécifique mais peu sensible ; supplanté par l'IRM, absent des revues systématiques.

Provenance : Krömer K. Der verletzte Meniskus. Wien : Maudrich (éd. 1942/1944/1955) (cité, non consulté ; année à trancher) ; recensé comme « Böhler-Krömer-Test » (eRef Thieme, dr-gumpert).

17 — SOURCES

Bibliographie

Cadre. Structure et valeurs de référence issues de la thèse Clinithèque (L. Duvieubourg, dir. M. Rochoy, Lille 2024 ; revue MEDLINE, gradation NHMRC), d'un traité de sémiologie du genou et du pied (descriptions et éponymes des manœuvres), d'un atlas d'anatomie palpatoire (A. Biel, Trail Guide to the Body — repères osseux et musculaires du genou, de la jambe et du pied, §09) et de la littérature EBM. Les valeurs Se/Sp porteuses ont été re-vérifiées sur PubMed (2026-07) : Benjaminse (Lachman/pivot LCA), Bachmann & Stiell (règle d'Ottawa), Smith/Hegedus/Karachalios (ménisque), Rubinstein (LCP), Solomon JAMA — toutes concordantes. Les valeurs des signes non chiffrés par la Clinithèque (LCP, coin postéro-latéral, collatéraux, rotule, plica, kyste, épanchement) proviennent d'une recherche complémentaire, chaque source étant nommée. Honnêteté : plusieurs signes reposent sur une étude unique (Ege, Steinmann I, Childress, MPAT, plica de Hughston) ou n'ont pas de valeur diagnostique publiée (Steinmann II, Payr, bounce home, stress varus, glide, Smillie, Noble, Ober, reverse pivot shift) — signalés comme tels. Le couple 90 %/99 % du LCP est celui de l'examen global (Rubinstein), pas du tiroir isolé. Les LR sont calculés à partir des Se/Sp. Identifiants PMID/DOI ; la méta-analyse sur le kyste de Baker est très récente (à reconfirmer à publication).

  1. Stiell IG, Greenberg GH, Wells GA, et al. Prospective validation of a decision rule for the use of radiography in acute knee injuries. JAMA. 1996;275(8):611-615. PMID:8594242 · doi:10.1001/jama.1996.03530320035031Règle d'Ottawa du genou.
  2. Barnes CJ, Pietrobon R, Higgins LD. Does the pulse examination in patients with traumatic knee dislocation predict a surgical arterial injury? A meta-analysis. J Trauma. 2002;53(6):1109-1114. PMID:12478036 · doi:10.1097/00005373-200212000-00013Palpation des pouls après luxation.
  3. Carpenter CR, Schuur JD, Everett WW, Pines JM. Diagnostic accuracy of synovial lactate, polymerase chain reaction, or clinical examination for suspected adult septic arthritis. J Emerg Med. 2020;59(3):339-347. PMID:32819785 · doi:10.1016/j.jemermed.2020.06.068Signes cliniques d'arthrite septique (peu spécifiques → ponction).
  4. van Eck CF, van den Bekerom MPJ, Fu FH, et al. Methods to diagnose acute anterior cruciate ligament rupture: a meta-analysis of physical examinations with and without anaesthesia. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2013;21(8):1895-1903. PMID:23085822 · doi:10.1007/s00167-012-2250-9Examen sous anesthésie ; rupture complète vs partielle.
  5. Zhang W, Doherty M, Peat G, et al. EULAR evidence-based recommendations for the diagnosis of knee osteoarthritis. Ann Rheum Dis. 2010;69(3):483-489. PMID:19762361 · doi:10.1136/ard.2009.113100Signes de gonarthrose (crépitation, élargissement osseux).
  6. Tang L, et al. Diagnostic accuracy of physical examination for Baker's cyst: a systematic review and meta-analysis. Front Med (Lausanne). 2026. doi:10.3389/fmed.2026.1797462Palpation du kyste de Baker (Se ~74 %/Sp ~88 %). Référence très récente, à reconfirmer.
  7. Smith BE, Thacker D, Crewesmith A, Hall M. Special tests for assessing meniscal tears within the knee: a systematic review and meta-analysis. Evid Based Med. 2015;20(3):88-97. PMID:25724195 · doi:10.1136/ebmed-2014-110160Cri méniscal, McMurray, Thessaly, joint line tenderness.
  8. Hegedus EJ, Cook C, Hasselblad V, et al. Physical examination tests for assessing a torn meniscus in the knee: a systematic review with meta-analysis. J Orthop Sports Phys Ther. 2007;37(9):541-550. PMID:17939613 · doi:10.2519/jospt.2007.2560Méta-analyse méniscale (cri méniscal, Apley, McMurray).
  9. Duvieubourg L. Clinithèque : un outil d'aide à la réalisation et à l'interprétation de l'examen clinique — l'exemple de la séméiologie du genou. Thèse d'exercice de médecine, Université de Lille ; 2024 (dir. M. Rochoy). clinitheque.frCadre, structure, gradation des niveaux de preuve, synthèse des valeurs.
  10. Karachalios T, Hantes M, Zibis AH, et al. Diagnostic accuracy of a new clinical test (the Thessaly test) for early detection of meniscal tears. J Bone Joint Surg Am. 2005;87(5):955-962. PMID:15866956 · doi:10.2106/JBJS.D.02338Test de Thessaly (5° et 20°).
  11. Meserve BB, Cleland JA, Boucher TR. A meta-analysis examining clinical test utilities for assessing meniscal injury. Clin Rehabil. 2008;22(2):143-161. PMID:18212035 · doi:10.1177/0269215507080130Méta-analyse méniscale.
  12. Akseki D, Özcan Ö, Boya H, Pınar H. A new weight-bearing meniscal test and a comparison with McMurray's test and joint line tenderness. Arthroscopy. 2004;20(9):951-958. PMID:15525928 · doi:10.1016/j.arthro.2004.08.010Test d'Ege (accroupissement).
  13. Antunes LC, Souza JMG de, Cerqueira NB, et al. Analysis of the diagnostic accuracy of physical examination for meniscal injuries. Rev Bras Ortop. 2017;52(5):582-588. PMID:29085812 · doi:10.1016/j.rboe.2017.08.014Steinmann I (spécifique, peu sensible).
  14. van der Post A, Noorduyn JCA, Scholtes VAB, Mutsaerts ELAR. What is the diagnostic accuracy of tests for meniscal tears? A systematic review with meta-analysis (duck walk/Childress). Clin Orthop Relat Res. 2017;475(12):2963-2969. PMID:28808951 · doi:10.1007/s11999-017-5427-1Marche du canard (Childress) : sensible, peu spécifique.
  15. Benjaminse A, Gokeler A, van der Schans CP. Clinical diagnosis of an anterior cruciate ligament rupture: a meta-analysis. J Orthop Sports Phys Ther. 2006;36(5):267-288. PMID:16715828 · doi:10.2519/jospt.2006.2011Méta-analyse LCA : Lachman, tiroir antérieur, pivot shift.
  16. Huang W, Zhang Y, Yao Z, Ma L. Clinical examination of anterior cruciate ligament rupture: a systematic review and meta-analysis. Acta Orthop Traumatol Turc. 2016;50(1):22-31. PMID:26854045 · doi:10.3944/AOTT.2016.14.0283Méta-analyse LCA (confirme Lachman).
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