SemioClic · sémiologie fondée sur les preuves

Épaule :
le motif oriente,
mais le test tranche rarement

Une sémiologie de l'épaule organisée par structure : conflit et coiffe des rotateurs, instabilité, acromio-claviculaire, épaule raide, douleur projetée. Sa particularité : la plupart des tests d'épaule isolés sont peu discriminants (rapports de vraisemblance proches de 1) — la fiche le dit honnêtement et met en avant les rares manœuvres réellement utiles. Toujours examiner le rachis cervical d'abord (douleur projetée) et penser aux urgences : luxation, douleur thoracique projetée, arthrite septique.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche rédigée et vérifiée (sources en fin de page).
Cadre : un traité de sémiologie de l'épaule (Buckup) et la littérature EBM (méta-analyses Hermans, Gismervik, Hegedus, Cochrane).
Aide au raisonnement — ne remplace ni l'examen, ni le jugement clinique, ni l'imagerie ou l'avis spécialisé quand ils sont indiqués.
Première version : 2026-07-12Dernière révision : 2026-07-14
Par où commencer
00 — AIGUILLAGE

De la plainte au diagnostic, pas à pas

Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le test à faire, puis où aller selon le résultat. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur. Deux réflexes d'emblée : examiner le rachis cervical (douleur projetée) et penser aux urgences (luxation, douleur thoracique, infection).

L'honnêteté de l'épaule. C'est l'articulation où la sémiologie « trahit » le plus : la plupart des tests isolés sont peu discriminants (rapports de vraisemblance proches de 1) — Neer, Hawkins, O'Brien, Speed… Les méta-analyses le concluent clairement.123 La fiche met en avant les rares manœuvres utiles (arc douloureux, lag signs, appréhension) et rappelle que c'est le faisceau qui compte, pas un test.

01 — URGENCES & PIÈGES

Ce qu'il ne faut pas manquer

Huit situations où l'épaule douloureuse cache autre chose, ou impose un geste : luxation avec atteinte nerveuse, infection, et surtout les douleurs projetées (le piège le plus fréquent en médecine générale).

Luxation gléno-humérale Épaule déformée (« coup de hache » externe, comblement du sillon delto-pectoral), bras en abduction-rotation externe. Tester le nerf axillaire (sensibilité du moignon, contraction du deltoïde) et les pouls avant ET après réduction. Une luxation postérieure (après convulsion/électrisation) est souvent méconnue (rotation externe impossible).
Douleur thoracique projetée (angor / SCA) Une douleur de l'épaule ou du bras à l'effort, oppressante, chez un patient à risque cardiovasculaire, peut être un angor / syndrome coronarien : ne pas la « rééduquer ». Typiquement à gauche, mais possiblement à droite, aux deux bras, à la mâchoire ou à l'épigastre ; les formes atypiques ou sans douleur thoracique sont fréquentes chez la femme, le diabétique et le sujet âgé. Rechercher constriction, dyspnée, sueurs ; évaluer en urgence. (À droite, penser aussi au foie/vésicule et à une irritation diaphragmatique.)
Arthrite septique de l'épaule Épaule chaude, gonflée, très douloureuse et impotente, ± fièvre : septique jusqu'à preuve du contraire. Ponction, biologie, antibiothérapie, avis. Distinguer des microcristaux (ponction).
Fracture avec atteinte nerveuse Fracture de l'extrémité supérieure de l'humérus (sujet âgé, chute) : rechercher systématiquement une atteinte du nerf axillaire. Clavicule, scapula (haute énergie → lésions thoraciques associées).
Syndrome de Parsonage-Turner (névralgie amyotrophiante) Douleur brutale et intense de l'épaule (souvent nocturne, post-virale/vaccinale), suivie à quelques jours d'une paralysie et amyotrophie (supra/infra-épineux, dentelé). Ne pas confondre avec une rupture de coiffe. ENMG ; récupération longue mais souvent favorable.
Tumeur de l'apex pulmonaire (Pancoast-Tobias) Devant une douleur scapulaire tenace, non mécanique, avec des signes neurologiques du membre (territoire C8-T1) chez un fumeur, ± syndrome de Claude Bernard-Horner : penser à une tumeur de l'apex. Imagerie.
Pseudo-polyarthrite rhizomélique & Horton Sujet > 50 ans : douleurs et raideur des ceintures, dérouillage prolongé, VS/CRP élevées, réponse aux corticoïdes. Rechercher une maladie de Horton associée (céphalées, claudication de la mâchoire, signes visuels) — urgence ophtalmologique : devant des signes visuels/céphalées, corticothérapie forte dose sans délai, ne pas attendre la biopsie d'artère temporale (risque de cécité définitive).
Rupture massive & épaule pseudo-paralytique Perte de l'élévation active avec élévation passive conservée (rupture étendue de la coiffe) : ne pas conclure à une « paralysie ». Signe du clairon, ascension de la tête humérale. Avis spécialisé.
La structure oriente
02 — CONFLIT & COIFFE

Conflit sous-acromial & coiffe des rotateurs

La cause la plus fréquente d'épaule douloureuse. Le raisonnement : douleur sans déficit (conflit/tendinopathie) vs faiblesse (rupture) — la force compte plus que la douleur. Et le rappel : les tests isolés sont modestes.

Les tests qui valent le coup (et ceux qui ne valent rien). Le plus utile est l'arc douloureux (LR+ ~3,7)1 ; Neer et Hawkins sont peu discriminants (LR+ ~1,5-1,8)2. Pour une rupture, l'external rotation lag sign confirme (LR+ ~7,2) et l'internal rotation lag sign exclut le sous-scapulaire (LR− ~0,04)1 ; le drop arm évoque une rupture (LR+ ~3,3). Le Jobe est modéré (LR+ ~2,0).

Conflit sous-acromial & tendinopathie

Douleur à l'élévation et aux gestes au-dessus de la tête, arc douloureux, sans déficit de force franc. Rééducation (recentrage, renforcement), antalgiques ; imagerie non systématique. Beaucoup de « conflits » sont en réalité des tendinopathies de surcharge.

Rupture de la coiffe

Faiblesse plus que douleur ; lag signs. Dégénérative (âgé, souvent bien tolérée) ou traumatique (avis chirurgical si sujet jeune/actif ou déficit franc). Échographie ou IRM. L'external rotation lag sign est le meilleur signe (LR+ ~7,2).1

Atteinte du sous-scapulaire & long biceps

Déficit de rotation interne (internal rotation lag sign, lift-off, belly-press), souvent avec luxation/rupture du long biceps (« signe de Popeye »). Speed et Yergason sont peu sensibles (Se ~0,20)2 ; la palpation de la gouttière bicipitale est sans valeur.

Tendinopathie calcifiante & rupture massive

Calcification : dépôt calcaire (supra-épineux), parfois muet, parfois accès hyperalgique brutal (résorption) simulant une arthrite — radiographie. Rupture massive (sujet âgé) : épaule pseudo-paralytique, signe du clairon, évolution vers l'omarthrose excentrée.

03 — INSTABILITÉ

Instabilité & luxation

Le sujet est jeune ; le sens (antérieur ++), l'hyperlaxité et le labrum (SLAP) s'y mêlent. Ici, un test excellent pour une cible peut être inutile pour une autre.

La cible change tout. Le test d'appréhension est excellent pour l'instabilité antérieure (DOR ~54)3 et le test de la surprise très spécifique (Sp ~0,99)4. Mais pour une lésion SLAP, ces mêmes tests (appréhension, O'Brien, relocation) sont quasi inutiles (LR+ ~1)2 : le labrum se diagnostique à l'arthro-IRM, pas au fauteuil.

Instabilité antérieure

La plus fréquente, après une luxation antérieure : appréhension en abduction-rotation externe. Lésion de Bankart ± encoche de Hill-Sachs. Rééducation ; chirurgie selon les récidives et le terrain (sportif jeune).

Instabilité postérieure

Plus rare, parfois après crise convulsive/électrisation (luxation postérieure souvent méconnue : rotation externe bloquée). Appréhension en flexion-adduction-rotation interne (jerk test). Profil vrai/axillaire.

Hyperlaxité & lésion du labrum (SLAP)

Hyperlaxité : instabilité multidirectionnelle, souvent bilatérale, sans traumatisme (Beighton, sulcus sign) — prise en charge rééducative. SLAP : sportif « overhead », douleur profonde, accrochage ; tests peu fiables → arthro-IRM.

04 — ACROMIO-CLAVICULAIRE

Acromio-claviculaire & clavicule

La douleur du sommet de l'épaule (et non de la face externe) et une palpation élective orientent vers l'articulation acromio-claviculaire.

Arthropathie acromio-claviculaire

Douleur du sommet, majorée par l'adduction horizontale (cross-body) et le port de charge ; palpation douloureuse de l'AC. Arthrose ou microtraumatique. Chez le sportif de force, l'ostéolyse de la clavicule distale s'y ajoute. Les tests d'AC (cross-body, O'Brien) ne sont pas bien validés : la localisation et la palpation priment.

Disjonction acromio-claviculaire

Après une chute sur le moignon de l'épaule : douleur et déformation du sommet, « touche de piano » de la clavicule. Classée selon Rockwood ; radiographies comparatives. La plupart se traitent orthopédiquement (chirurgie pour les grades élevés).

Fracture de clavicule

Fréquente (chute, sport) : douleur, déformation, saillie du fragment. Radiographie. Traitement orthopédique le plus souvent (écharpe/anneaux) ; chirurgie si déplacement important ou complications.

05 — ÉPAULE RAIDE

Épaule enraidie

Le point de bascule est la mobilité passive : si elle est limitée (surtout en rotation externe), la douleur ne vient pas (que) des tendons.

Capsulite rétractile (épaule gelée)

Limitation globale, active = passive, prédominant en rotation externe (coude au corps) : c'est le signe clé. Trois phases (douloureuse, enraidie, résolutive) sur 1-2 ans. Terrain : diabète, dysthyroïdie, post-immobilisation. Rééducation douce, antalgie ; l'infiltration soulage la phase douloureuse.

Omarthrose (arthrose gléno-humérale)

Sujet âgé : douleur mécanique, raideur (actif = passif limité), craquements. Primitive (centrée) ou secondaire à une rupture de coiffe (excentrée, tête ascensionnée). Radiographies. Antalgie, rééducation ; prothèse si évoluée.

Arthrite inflammatoire

Épaule raide d'horaire inflammatoire, souvent polyarticulaire (polyarthrite rhumatoïde, rhumatisme psoriasique) ou pseudo-polyarthrite rhizomélique (ceintures, VS élevée, > 50 ans). Bilan et avis.

06 — DOULEUR PROJETÉE

Douleur projetée & différentiel

Une « épaule » douloureuse n'est pas toujours l'épaule. Le réflexe fondateur : examiner le rachis cervical d'emblée, et penser aux causes viscérales et neurologiques.

Névralgie cervicobrachiale (cervical)

Douleur descendant dans le bras selon un territoire radiculaire, majorée par les mouvements du cou ; Spurling positif (Se ~0,50/Sp ~0,86, LR+ ~3,5)5. À éliminer devant toute « épaule » douloureuse. Voir la fiche rachis & sacro-iliaque.

Causes viscérales & vasculaires

Angor (épaule/bras gauche à l'effort — §01), pathologie hépato-biliaire (épaule droite), irritation diaphragmatique (douleur du moignon). Une douleur d'épaule non mécanique, non modifiée par les mouvements, doit faire chercher une cause projetée.

Causes neurologiques

Parsonage-Turner (douleur brutale puis paralysie/amyotrophie — §01), défilé thoraco-brachial (paresthésies posturales, signes vasculaires), tumeur de l'apex (Pancoast-Tobias : douleur tenace + C8-T1 + Horton chez le fumeur — §01).

La boîte à outils
07 — ANATOMIE PALPATOIRE

Les cinq articulations de l'épaule

L'épaule n'est pas une articulation mais un complexe de cinq, à guidage osseux minimal — d'où sa mobilité unique et sa vulnérabilité.6

Les 5 articulations

Gléno-humérale (la vraie articulation, très mobile, peu stable) ; sous-acromiale (« subacromiodeltoïdienne », espace de glissement de la coiffe sous l'acromion — siège du conflit) ; acromio-claviculaire (sommet de l'épaule) ; sterno-claviculaire ; scapulo-thoracique (glissement de l'omoplate — la dyskinésie scapulaire entretient bien des douleurs).

Repères palpatoires

Articulation acromio-claviculaire et clavicule ; processus coracoïde ; gouttière (sillon) intertuberculaire (long biceps) ; tubercule majeur (insertions supra/infra-épineux, petit rond) et tubercule mineur (sous-scapulaire) ; épine de la scapula, acromion ; bourse sous-acromiale.

La coiffe des rotateurs

Supra-épineux (abduction, tubercule majeur), infra-épineux et petit rond (rotation externe), sous-scapulaire (rotation interne, tubercule mineur). Elle centre la tête humérale ; sa rupture désorganise tout le complexe.

08 — EXAMEN

L'examen pas-à-pas

Un ordre structuré et toujours comparatif. La règle d'or : comparer mobilité active et passive.6

  1. Rachis cervical d'abord — éliminer une douleur projetée (Spurling, mobilités du cou, examen neurologique du membre) avant de conclure « épaule ».
  2. Inspection — attitude, amyotrophie (fosses sus/sous-épineuses, deltoïde), déformation (« touche de piano » AC, « Popeye » du biceps), aisance au déshabillage (une épaule gelée évite les rotations) ; observer la scapula de dos pendant l'élévation (dyskinésie ou décollement scapulaire, facteur entretenant le conflit).
  3. Palpation — acromio-claviculaire, gouttière bicipitale, tubercules, sterno-claviculaire ; douleur élective.
  4. Mobilité active puis passive — élévation, abduction, rotations (coude au corps et à 90°). Actif < passif = tendineux (coiffe) ; actif = passif limité = capsulaire/arthrosique.
  5. Tests par structure — coiffe (arc douloureux, Jobe, lag signs, drop arm) ; biceps (Speed, Yergason) ; instabilité (appréhension, surprise) selon la cible ; acromio-claviculaire (cross-body, palpation).
  6. Vasculo-nerveux & général — nerf axillaire (après traumatisme), pouls ; contexte (fièvre, AEG, terrain cardiovasculaire) — car l'épaule projette et reçoit.

Rappel de valeur. Aucun test isolé ne « fait » le diagnostic d'épaule17 : on combine l'histoire, l'inspection, la comparaison actif/passif et deux ou trois manœuvres bien choisies (arc douloureux, lag signs, appréhension).

09 — CATALOGUE

Les tests, décrits pour être reproduits

Comment faire chaque manœuvre et sa valeur. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00). La leçon : peu de tests sont réellement discriminants.

Coiffe — les signes utiles Présentiel

Valeur
Arc douloureux LR+ ~3,7/LR− ~0,36 ; drop arm LR+ ~3,3 ; external rotation lag LR+ ~7,2 ; internal rotation lag LR+ ~5,6/LR− ~0,04 (exclut le sous-scapulaire).1

Conflit — les tests modestes Présentiel

Valeur
Jobe (empty can) Se ~0,60/Sp ~0,70 (LR+ ~2,0) ; Neer LR+ ~1,5 ; Hawkins LR+ ~1,8 — peu discriminants isolément.2

Long biceps Présentiel

Valeur
Speed Se ~0,20/Sp ~0,88 (LR+ ~1,7) ; Yergason Se ~0,20/Sp ~0,92 (LR+ ~2,5) — peu sensibles. Palpation de la gouttière : sans valeur (LR ~1,0).2

Instabilité antérieure Présentiel

Valeur
Appréhension : DOR ~54 (excellent)3 ; test de la surprise Se ~0,64/Sp ~0,994. ⚠️ Pour le SLAP, ces tests sont quasi inutiles (LR+ ~1).2

Tests descriptifs / non validés Présentiel

À interpréter avec prudence
Lift-off / belly-press / bear-hug (sous-scapulaire), Hornblower, cross-body (AC), limitation de la RE passive (capsulite) : signes cliniques utiles mais sans Se/Sp consolidées — pas de chiffres. Constant/DASH = scores de fonction, non diagnostiques.
10 — RÉCAP

Valeur diagnostique des tests

Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, le test ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source (rien n'est inventé). La plupart des tests d'épaule sont dans la zone grise.

Se/Sp/LR (ou DOR) ; sources en fin de page. Les LR de Hermans sont rapportés (études uniques, IC larges) ; ceux de Gismervik dérivent de Se/Sp poolés.
Test (cible)SeSpLR+LR−Source
Coiffe des rotateurs
Arc douloureux3,70,36Hermans 20131
External rotation lag sign (rupture transf.)7,2Hermans 20131
Internal rotation lag sign (sous-scapulaire)5,60,04Hermans 20131
Drop arm3,3Hermans 20131
Rotation externe résistée (infra-épineux)2,60,49Hermans 20131
Jobe (empty can)0,600,702,0Gismervik 20172
Neer (conflit)0,590,601,5Gismervik 20172
Hawkins-Kennedy (conflit)0,580,671,8Gismervik 20172
Biceps & labrum
Speed (biceps)0,200,881,7Gismervik 20172
Yergason (biceps)0,200,922,5Gismervik 20172
O'Brien (SLAP)0,660,361,0Gismervik 20172
Compression-rotation (SLAP)0,430,893,9Gismervik 20172
Instabilité & cervical
Appréhension (instabilité ANTÉRIEURE)DOR ~54Hegedus 20123
Test de la surprise (instabilité ant.)0,640,99élevéLo 20044
Spurling (radiculopathie cervicale)0,500,863,5Wainner 20035
Trois messages. (1) Neer, Hawkins, O'Brien, Speed, palpation de la gouttière sont peu ou non discriminants isolément — ne pas fonder un diagnostic dessus.17 (2) Les lag signs (rupture) et l'appréhension (instabilité antérieure) sont les rares tests vraiment utiles. (3) La cible change tout : l'appréhension excelle pour l'instabilité antérieure mais ne vaut rien pour le SLAP.
Aller plus loin
11 — ÉPONYMES

Éponymes de l'épaule

Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire.

Test d'Adson

Alfred Adson · neurochirurgien américain · 1927

Manœuvre de dépistage du défilé thoraco-brachial : diminution/abolition du pouls radial lors de l'inspiration profonde, tête tournée du côté examiné, bras en abduction-rotation externe.

À retenir : peu spécifique (souvent positif chez le sujet sain) ; à interpréter avec le contexte.

L'article : Adson AW, Coffey JR. Cervical rib. Ann Surg. 1927;85(6):839-857.

Lésion de Bankart

Arthur Bankart · chirurgien britannique · 1938

Désinsertion du bourrelet glénoïdien antéro-inférieur, lésion typique de la luxation antérieure récidivante de l'épaule.

À retenir : substrat de l'instabilité antérieure ; recherchée à l'arthro-IRM/arthroscopie.

L'article : Bankart ASB. The pathology and treatment of recurrent dislocation of the shoulder-joint. Br J Surg. 1938;26:23-29.

Score de Constant(-Murley)

Christopher Constant & Alan Murley · 1987

Score fonctionnel de l'épaule (douleur, activités, mobilité, force) sur 100 points.

À retenir : mesure de fonction/résultat, pas un outil diagnostique — utile au suivi.

L'article : Constant CR, Murley AHG. A clinical method of functional assessment of the shoulder. Clin Orthop Relat Res. 1987;(214):160-164.

Manœuvre de Gerber (lift-off)

Christian Gerber · chirurgien suisse · 1991

Main placée dans le dos, on demande de la décoller (rotation interne active) : l'impossibilité signe une atteinte du sous-scapulaire.

À retenir : test du sous-scapulaire (Se/Sp non consolidées ; l'internal rotation lag sign est mieux validé).

L'article : Gerber C, Krushell RJ. Isolated rupture of the tendon of the subscapularis muscle. J Bone Joint Surg Br. 1991;73(3):389-394.

Test de Hawkins-Kennedy

Richard Hawkins & John Kennedy · 1980

Rotation interne forcée, bras et coude à 90°, reproduisant la douleur du conflit sous-acromial.

À retenir : peu discriminant isolément (LR+ ~1,8, §02).

L'article : Hawkins RJ, Kennedy JC. Impingement syndrome in athletes. Am J Sports Med. 1980;8(3):151-158.

Encoche de Hill-Sachs

Harold Hill & Maurice Sachs · radiologues américains · 1940

Encoche de la tête humérale postéro-supérieure, empreinte du rebord glénoïdien lors d'une luxation antérieure.

À retenir : témoin (et facteur de récidive) de l'instabilité antérieure.

L'article : Hill HA, Sachs MD. The grooved defect of the humeral head. Radiology. 1940;35:690-700.

Test de Jobe (empty can)

Frank Jobe · chirurgien américain · 1982

Bras en abduction et rotation interne (« vider une canette »), résistance vers le bas : évalue le supra-épineux.

À retenir : valeur modérée (LR+ ~2,0) ; la faiblesse compte plus que la douleur.

L'article : Jobe FW, Moynes DR. Delineation of diagnostic criteria and a rehabilitation program for rotator cuff injuries. Am J Sports Med. 1982;10(6):336-339.

Test de Neer

Charles Neer · chirurgien américain · 1972

Élévation passive en rotation interne, scapula bloquée, reproduisant la douleur du conflit — Neer a aussi décrit l'acromioplastie.

À retenir : peu discriminant isolément (LR+ ~1,5). L'acromioplastie systématique du conflit est aujourd'hui remise en cause (§12).

L'article : Neer CS. Anterior acromioplasty for the chronic impingement syndrome in the shoulder. J Bone Joint Surg Am. 1972;54(1):41-50.

Test d'O'Brien (compression active)

Stephen O'Brien · chirurgien américain · 1998

Résistance à l'antépulsion, bras adducté, en rotation interne puis externe : proposé pour le labrum (SLAP) et l'acromio-claviculaire.

À retenir : quasi inutile pour le SLAP (LR+ ~1,0) ; oriente un peu l'acromio-claviculaire.

L'article : O'Brien SJ, et al. The active compression test. Am J Sports Med. 1998;26(5):610-613.

Syndrome de Parsonage-Turner

Maurice Parsonage & John Turner · 1948

Névralgie amyotrophiante : douleur brutale de l'épaule puis paralysie et amyotrophie (plexus brachial).

À retenir : à ne pas confondre avec une rupture de coiffe (§01) ; ENMG.

L'article : Parsonage MJ, Turner JWA. Neuralgic amyotrophy: the shoulder-girdle syndrome. Lancet. 1948;1(6513):973-978.

Test de Yergason

Robert Yergason · chirurgien américain · 1931

Supination contrariée coude fléchi, reproduisant la douleur de la gouttière bicipitale (long biceps).

À retenir : peu sensible (Se ~0,20), un peu spécifique.

L'article : Yergason RM. Supination sign. J Bone Joint Surg. 1931;13:160.

12 — SIGNES ABANDONNÉS

Vieux signes, croyances révisées

Des signes simples encore utiles — et des habitudes que les preuves ont corrigées.

Des vieux signes encore utiles

Des habitudes que les preuves ont corrigées

13 — AUTO-EXERCICES

Ordonnances d'auto-exercices (fondées sur les preuves)

Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier.

À adapter au patient. Ces programmes génériques ne remplacent pas une prescription de kinésithérapie personnalisée quand elle est indiquée ; la douleur pendant l'exercice reste acceptable si elle est modérée (≤ 3-5/10) et se calme avant le lendemain. Reconsulter devant une épaule chaude avec fièvre, une douleur survenue après un traumatisme, ou une perte de force brutale du bras, ou en l'absence d'amélioration après ~6 semaines.
Comment lire le rythme : « 3 × 10 » = 3 séries de 10 mouvements, avec une courte pause entre chaque série ; « 5 × 20-45 s » = 5 fois, en tenant la position 20 à 45 secondes ; « 3 fois/semaine » = 3 jours dans la semaine (pas tous les jours) ; « un jour sur deux » = un jour oui, un jour non.
Douleur pendant l'exercice — règle des couleurs : VERT (0-3/10) continuez ; ORANGE (4-5/10) continuez si la douleur redescend dans l'heure et le lendemain matin ; ROUGE (> 5/10, douleur qui augmente de jour en jour, ou gonflement) arrêtez et réduisez. Matériel : « élastique » = bande élastique de rééducation (en pharmacie).

Sources des programmes (médecine fondée sur les preuves) : Douleur de coiffe8910 · Épaule gelée11 · Épaule instable.

14 — SOURCES

Méthode & références

Méthode. Le socle sémiologique (anatomie des cinq articulations, examen par structure) suit un traité de sémiologie de l'épaule6. Les valeurs diagnostiques (Se/Sp/LR) proviennent de la série JAMA — Rational Clinical Examination et de méta-analyses, vérifiées sur PubMed ; l'exhaustivité des entités a été recoupée avec un traité d'appareil locomoteur. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités.

Réserves honnêtes. (1) La sémiologie de l'épaule est peu et mal validée : la plupart des tests isolés ont une valeur médiocre (LR proches de 1), ce que la fiche affiche honnêtement.137 (2) Plusieurs manœuvres classiques (lift-off, belly-press, Hornblower, tests acromio-claviculaires) n'ont pas de Se/Sp consolidées sur méta-analyse : présentées sans chiffre. (3) Les LR de Hermans viennent d'études uniques (IC très larges) ; ceux de Gismervik dérivent de Se/Sp poolés. « — » = valeur non fournie par la source ; sources primaires des éponymes dans chaque carte (§11).

  1. Hermans J, Luime JJ, Meuffels DE, et al. Does this patient with shoulder pain have rotator cuff disease? The Rational Clinical Examination systematic review. JAMA. 2013;310(8):837-847. PMID:23982370 · doi:10.1001/jama.2013.276187Coiffe : arc douloureux LR+ ~3,7 ; external/internal rotation lag signs.
  2. Gismervik SØ, Drogset JO, Granviken F, et al. Physical examination tests of the shoulder: a systematic review and meta-analysis of diagnostic test performance. BMC Musculoskelet Disord. 2017;18(1):41. PMID:28122541 · doi:10.1186/s12891-017-1400-0Se/Sp/LR poolés : Neer, Hawkins, Jobe, Speed, Yergason, tests de SLAP.
  3. Hegedus EJ, Goode AP, Cook CE, et al. Which physical examination tests provide clinicians with the most value when examining the shoulder? Update of a systematic review with meta-analysis. Br J Sports Med. 2012;46(14):964-978. PMID:22773322Aucun test isolé n'est pathognomonique ; appréhension DOR ~54 (instabilité antérieure).
  4. Lo IKY, Nonweiler B, Woolfrey M, et al. An evaluation of the apprehension, relocation, and surprise tests for anterior shoulder instability. Am J Sports Med. 2004;32(2):301-307. PMID:14977651 · doi:10.1177/0095399703258690Test de la surprise : Se ~0,64 / Sp ~0,99 (instabilité antérieure).
  5. Wainner RS, Fritz JM, Irrgang JJ, et al. Reliability and diagnostic accuracy of the clinical examination and patient self-report measures for cervical radiculopathy. Spine. 2003;28(1):52-62. PMID:12544957 · doi:10.1097/00007632-200301010-00014Spurling (diagnostic différentiel cervical) : Se ~0,50 / Sp ~0,86.
  6. Buckup J, Buckup K. Examen clinique de l'épaule (traité de tests cliniques de l'appareil locomoteur). Socle sémiologique : cinq articulations, examen par structure, amplitudes, tests fonctionnels.
  7. Hanchard NCA, Lenza M, Handoll HHG, Takwoingi Y. Physical tests for shoulder impingements and local lesions of bursa, tendon or labrum. Cochrane Database Syst Rev. 2013;(4):CD007427. PMID:23633343 · doi:10.1002/14651858.CD007427.pub2Preuves insuffisantes pour sélectionner un test ; pas de pooling.
  8. Beard DJ, Rees JL, Cook JA, et al. Arthroscopic subacromial decompression for subacromial shoulder pain (CSAW): a multicentre, pragmatic, parallel group, placebo-controlled, three-group, randomised surgical trial. Lancet. 2018;391(10118):329-338. PMID:29169668La décompression sous-acromiale ne bat pas la surveillance active ni la chirurgie factice : traitement conservateur (exercice) d'abord.
  9. Hopewell S, Keene DJ, Marian IR, et al. Progressive exercise compared with best-practice advice, with or without corticosteroid injection, for rotator cuff disorders (GRASP): a multicentre, pragmatic, 2×2 factorial, randomised controlled trial. Lancet. 2021;398(10298):416-428. PMID:34265255Exercice progressif guidé = conseils + exercices à domicile ; l'infiltration de corticoïde n'ajoute pas de bénéfice durable.
  10. Steuri R, Sattelmayer M, Elsig S, et al. Effectiveness of conservative interventions including exercise, manual therapy and medical management in adults with shoulder impingement: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2017;51(18):1340-1347. PMID:28630217Exercice et thérapie manuelle réduisent douleur et améliorent la fonction ; l'exercice est le socle du conflit sous-acromial.
  11. Kirker K, O'Connell M, Bradley L, Torres-Panchame RE, Masaracchio M. Manual therapy and exercise for adhesive capsulitis: a systematic review with meta-analysis. J Man Manip Ther. 2023;31(4):237-254. PMID:36861780Thérapie manuelle + exercice : petits gains de mobilité/douleur ; preuve de qualité faible à modérée, pas de protocole nettement supérieur.