Une sémiologie de l'épaule organisée par structure : conflit et coiffe des rotateurs, instabilité, acromio-claviculaire, épaule raide, douleur projetée. Sa particularité : la plupart des tests d'épaule isolés sont peu discriminants (rapports de vraisemblance proches de 1) — la fiche le dit honnêtement et met en avant les rares manœuvres réellement utiles. Toujours examiner le rachis cervical d'abord (douleur projetée) et penser aux urgences : luxation, douleur thoracique projetée, arthrite septique.
Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le test à faire, puis où aller selon le résultat. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur. Deux réflexes d'emblée : examiner le rachis cervical (douleur projetée) et penser aux urgences (luxation, douleur thoracique, infection).
L'honnêteté de l'épaule. C'est l'articulation où la sémiologie « trahit » le plus : la plupart des tests isolés sont peu discriminants (rapports de vraisemblance proches de 1) — Neer, Hawkins, O'Brien, Speed… Les méta-analyses le concluent clairement.123 La fiche met en avant les rares manœuvres utiles (arc douloureux, lag signs, appréhension) et rappelle que c'est le faisceau qui compte, pas un test.
Huit situations où l'épaule douloureuse cache autre chose, ou impose un geste : luxation avec atteinte nerveuse, infection, et surtout les douleurs projetées (le piège le plus fréquent en médecine générale).
La cause la plus fréquente d'épaule douloureuse. Le raisonnement : douleur sans déficit (conflit/tendinopathie) vs faiblesse (rupture) — la force compte plus que la douleur. Et le rappel : les tests isolés sont modestes.
Douleur à l'élévation et aux gestes au-dessus de la tête, arc douloureux, sans déficit de force franc. Rééducation (recentrage, renforcement), antalgiques ; imagerie non systématique. Beaucoup de « conflits » sont en réalité des tendinopathies de surcharge.
Faiblesse plus que douleur ; lag signs. Dégénérative (âgé, souvent bien tolérée) ou traumatique (avis chirurgical si sujet jeune/actif ou déficit franc). Échographie ou IRM. L'external rotation lag sign est le meilleur signe (LR+ ~7,2).1
Déficit de rotation interne (internal rotation lag sign, lift-off, belly-press), souvent avec luxation/rupture du long biceps (« signe de Popeye »). Speed et Yergason sont peu sensibles (Se ~0,20)2 ; la palpation de la gouttière bicipitale est sans valeur.
Calcification : dépôt calcaire (supra-épineux), parfois muet, parfois accès hyperalgique brutal (résorption) simulant une arthrite — radiographie. Rupture massive (sujet âgé) : épaule pseudo-paralytique, signe du clairon, évolution vers l'omarthrose excentrée.
Le sujet est jeune ; le sens (antérieur ++), l'hyperlaxité et le labrum (SLAP) s'y mêlent. Ici, un test excellent pour une cible peut être inutile pour une autre.
La plus fréquente, après une luxation antérieure : appréhension en abduction-rotation externe. Lésion de Bankart ± encoche de Hill-Sachs. Rééducation ; chirurgie selon les récidives et le terrain (sportif jeune).
Plus rare, parfois après crise convulsive/électrisation (luxation postérieure souvent méconnue : rotation externe bloquée). Appréhension en flexion-adduction-rotation interne (jerk test). Profil vrai/axillaire.
Hyperlaxité : instabilité multidirectionnelle, souvent bilatérale, sans traumatisme (Beighton, sulcus sign) — prise en charge rééducative. SLAP : sportif « overhead », douleur profonde, accrochage ; tests peu fiables → arthro-IRM.
La douleur du sommet de l'épaule (et non de la face externe) et une palpation élective orientent vers l'articulation acromio-claviculaire.
Douleur du sommet, majorée par l'adduction horizontale (cross-body) et le port de charge ; palpation douloureuse de l'AC. Arthrose ou microtraumatique. Chez le sportif de force, l'ostéolyse de la clavicule distale s'y ajoute. Les tests d'AC (cross-body, O'Brien) ne sont pas bien validés : la localisation et la palpation priment.
Après une chute sur le moignon de l'épaule : douleur et déformation du sommet, « touche de piano » de la clavicule. Classée selon Rockwood ; radiographies comparatives. La plupart se traitent orthopédiquement (chirurgie pour les grades élevés).
Fréquente (chute, sport) : douleur, déformation, saillie du fragment. Radiographie. Traitement orthopédique le plus souvent (écharpe/anneaux) ; chirurgie si déplacement important ou complications.
Le point de bascule est la mobilité passive : si elle est limitée (surtout en rotation externe), la douleur ne vient pas (que) des tendons.
Limitation globale, active = passive, prédominant en rotation externe (coude au corps) : c'est le signe clé. Trois phases (douloureuse, enraidie, résolutive) sur 1-2 ans. Terrain : diabète, dysthyroïdie, post-immobilisation. Rééducation douce, antalgie ; l'infiltration soulage la phase douloureuse.
Sujet âgé : douleur mécanique, raideur (actif = passif limité), craquements. Primitive (centrée) ou secondaire à une rupture de coiffe (excentrée, tête ascensionnée). Radiographies. Antalgie, rééducation ; prothèse si évoluée.
Épaule raide d'horaire inflammatoire, souvent polyarticulaire (polyarthrite rhumatoïde, rhumatisme psoriasique) ou pseudo-polyarthrite rhizomélique (ceintures, VS élevée, > 50 ans). Bilan et avis.
Une « épaule » douloureuse n'est pas toujours l'épaule. Le réflexe fondateur : examiner le rachis cervical d'emblée, et penser aux causes viscérales et neurologiques.
Douleur descendant dans le bras selon un territoire radiculaire, majorée par les mouvements du cou ; Spurling positif (Se ~0,50/Sp ~0,86, LR+ ~3,5)5. À éliminer devant toute « épaule » douloureuse. Voir la fiche rachis & sacro-iliaque.
Angor (épaule/bras gauche à l'effort — §01), pathologie hépato-biliaire (épaule droite), irritation diaphragmatique (douleur du moignon). Une douleur d'épaule non mécanique, non modifiée par les mouvements, doit faire chercher une cause projetée.
Parsonage-Turner (douleur brutale puis paralysie/amyotrophie — §01), défilé thoraco-brachial (paresthésies posturales, signes vasculaires), tumeur de l'apex (Pancoast-Tobias : douleur tenace + C8-T1 + Horton chez le fumeur — §01).
L'épaule n'est pas une articulation mais un complexe de cinq, à guidage osseux minimal — d'où sa mobilité unique et sa vulnérabilité.6
Gléno-humérale (la vraie articulation, très mobile, peu stable) ; sous-acromiale (« subacromiodeltoïdienne », espace de glissement de la coiffe sous l'acromion — siège du conflit) ; acromio-claviculaire (sommet de l'épaule) ; sterno-claviculaire ; scapulo-thoracique (glissement de l'omoplate — la dyskinésie scapulaire entretient bien des douleurs).
Articulation acromio-claviculaire et clavicule ; processus coracoïde ; gouttière (sillon) intertuberculaire (long biceps) ; tubercule majeur (insertions supra/infra-épineux, petit rond) et tubercule mineur (sous-scapulaire) ; épine de la scapula, acromion ; bourse sous-acromiale.
Supra-épineux (abduction, tubercule majeur), infra-épineux et petit rond (rotation externe), sous-scapulaire (rotation interne, tubercule mineur). Elle centre la tête humérale ; sa rupture désorganise tout le complexe.
Un ordre structuré et toujours comparatif. La règle d'or : comparer mobilité active et passive.6
Rappel de valeur. Aucun test isolé ne « fait » le diagnostic d'épaule17 : on combine l'histoire, l'inspection, la comparaison actif/passif et deux ou trois manœuvres bien choisies (arc douloureux, lag signs, appréhension).
Comment faire chaque manœuvre et sa valeur. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00). La leçon : peu de tests sont réellement discriminants.
Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, le test ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source (rien n'est inventé). La plupart des tests d'épaule sont dans la zone grise.
| Test (cible) | Se | Sp | LR+ | LR− | Source |
|---|---|---|---|---|---|
| Coiffe des rotateurs | |||||
| Arc douloureux | — | — | 3,7 | 0,36 | Hermans 20131 |
| External rotation lag sign (rupture transf.) | — | — | 7,2 | — | Hermans 20131 |
| Internal rotation lag sign (sous-scapulaire) | — | — | 5,6 | 0,04 | Hermans 20131 |
| Drop arm | — | — | 3,3 | — | Hermans 20131 |
| Rotation externe résistée (infra-épineux) | — | — | 2,6 | 0,49 | Hermans 20131 |
| Jobe (empty can) | 0,60 | 0,70 | 2,0 | — | Gismervik 20172 |
| Neer (conflit) | 0,59 | 0,60 | 1,5 | — | Gismervik 20172 |
| Hawkins-Kennedy (conflit) | 0,58 | 0,67 | 1,8 | — | Gismervik 20172 |
| Biceps & labrum | |||||
| Speed (biceps) | 0,20 | 0,88 | 1,7 | — | Gismervik 20172 |
| Yergason (biceps) | 0,20 | 0,92 | 2,5 | — | Gismervik 20172 |
| O'Brien (SLAP) | 0,66 | 0,36 | 1,0 | — | Gismervik 20172 |
| Compression-rotation (SLAP) | 0,43 | 0,89 | 3,9 | — | Gismervik 20172 |
| Instabilité & cervical | |||||
| Appréhension (instabilité ANTÉRIEURE) | — | — | DOR ~54 | Hegedus 20123 | |
| Test de la surprise (instabilité ant.) | 0,64 | 0,99 | élevé | — | Lo 20044 |
| Spurling (radiculopathie cervicale) | 0,50 | 0,86 | 3,5 | — | Wainner 20035 |
Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire.
Manœuvre de dépistage du défilé thoraco-brachial : diminution/abolition du pouls radial lors de l'inspiration profonde, tête tournée du côté examiné, bras en abduction-rotation externe.
L'article : Adson AW, Coffey JR. Cervical rib. Ann Surg. 1927;85(6):839-857.
Désinsertion du bourrelet glénoïdien antéro-inférieur, lésion typique de la luxation antérieure récidivante de l'épaule.
L'article : Bankart ASB. The pathology and treatment of recurrent dislocation of the shoulder-joint. Br J Surg. 1938;26:23-29.
Score fonctionnel de l'épaule (douleur, activités, mobilité, force) sur 100 points.
L'article : Constant CR, Murley AHG. A clinical method of functional assessment of the shoulder. Clin Orthop Relat Res. 1987;(214):160-164.
Main placée dans le dos, on demande de la décoller (rotation interne active) : l'impossibilité signe une atteinte du sous-scapulaire.
L'article : Gerber C, Krushell RJ. Isolated rupture of the tendon of the subscapularis muscle. J Bone Joint Surg Br. 1991;73(3):389-394.
Rotation interne forcée, bras et coude à 90°, reproduisant la douleur du conflit sous-acromial.
L'article : Hawkins RJ, Kennedy JC. Impingement syndrome in athletes. Am J Sports Med. 1980;8(3):151-158.
Encoche de la tête humérale postéro-supérieure, empreinte du rebord glénoïdien lors d'une luxation antérieure.
L'article : Hill HA, Sachs MD. The grooved defect of the humeral head. Radiology. 1940;35:690-700.
Bras en abduction et rotation interne (« vider une canette »), résistance vers le bas : évalue le supra-épineux.
L'article : Jobe FW, Moynes DR. Delineation of diagnostic criteria and a rehabilitation program for rotator cuff injuries. Am J Sports Med. 1982;10(6):336-339.
Élévation passive en rotation interne, scapula bloquée, reproduisant la douleur du conflit — Neer a aussi décrit l'acromioplastie.
L'article : Neer CS. Anterior acromioplasty for the chronic impingement syndrome in the shoulder. J Bone Joint Surg Am. 1972;54(1):41-50.
Résistance à l'antépulsion, bras adducté, en rotation interne puis externe : proposé pour le labrum (SLAP) et l'acromio-claviculaire.
L'article : O'Brien SJ, et al. The active compression test. Am J Sports Med. 1998;26(5):610-613.
Névralgie amyotrophiante : douleur brutale de l'épaule puis paralysie et amyotrophie (plexus brachial).
L'article : Parsonage MJ, Turner JWA. Neuralgic amyotrophy: the shoulder-girdle syndrome. Lancet. 1948;1(6513):973-978.
Supination contrariée coude fléchi, reproduisant la douleur de la gouttière bicipitale (long biceps).
L'article : Yergason RM. Supination sign. J Bone Joint Surg. 1931;13:160.
Des signes simples encore utiles — et des habitudes que les preuves ont corrigées.
Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier.
Sources des programmes (médecine fondée sur les preuves) : Douleur de coiffe8910 · Épaule gelée11 · Épaule instable.
Méthode. Le socle sémiologique (anatomie des cinq articulations, examen par structure) suit un traité de sémiologie de l'épaule6. Les valeurs diagnostiques (Se/Sp/LR) proviennent de la série JAMA — Rational Clinical Examination et de méta-analyses, vérifiées sur PubMed ; l'exhaustivité des entités a été recoupée avec un traité d'appareil locomoteur. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités.
Réserves honnêtes. (1) La sémiologie de l'épaule est peu et mal validée : la plupart des tests isolés ont une valeur médiocre (LR proches de 1), ce que la fiche affiche honnêtement.137 (2) Plusieurs manœuvres classiques (lift-off, belly-press, Hornblower, tests acromio-claviculaires) n'ont pas de Se/Sp consolidées sur méta-analyse : présentées sans chiffre. (3) Les LR de Hermans viennent d'études uniques (IC très larges) ; ceux de Gismervik dérivent de Se/Sp poolés. « — » = valeur non fournie par la source ; sources primaires des éponymes dans chaque carte (§11).