Une sémiologie organisée par glande et par axe : thyroïde (goitre, hyper- et hypothyroïdie), diabète, surrénales (Cushing, phéochromocytome, Conn, Addison), hypophyse (acromégalie, prolactine), calcium. La particularité du domaine : les signes physiques isolés sont peu discriminants — ce sont les scores cliniques (Wayne, Zulewski) et les dosages hormonaux qui tranchent. La fiche met en avant les urgences : décompensation diabétique, insuffisance surrénale aiguë, crise du phéochromocytome, hypercalcémie sévère.
Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le geste à faire, puis où aller selon le résultat. Cliquez sur le nom d'un signe (pastille 🔍) pour sa technique et sa valeur. Réflexe : penser aux urgences (coma diabétique, insuffisance surrénale aiguë, phéochromocytome, hypercalcémie).
L'honnêteté de l'endocrinologie. Les signes physiques isolés sont peu discriminants ; ce sont les scores cliniques (Wayne pour l'hyper-, Zulewski pour l'hypothyroïdie) et surtout les dosages hormonaux qui confirment. La clinique aiguille et repère les urgences.
Les situations où l'endocrinologie devient une urgence.
Une tuméfaction cervicale antérieure mobile et ascendante à la déglutition est thyroïdienne (≠ adénopathie, fixe). Palper derrière le patient ; ausculter (souffle) ; chercher compression et dysfonction.
Basedow : goitre diffus, vasculaire (souffle) + exophtalmie (§03). Hashimoto : gros goitre dur, anticorps anti-TPO → hypothyroïdie. De Quervain : thyroïde douloureuse, fébrile, post-virale.
La plupart sont bénins. Signes de suspicion : dur, fixé, à croissance rapide, dysphonie, adénopathie, irradiation. ⚠️ L'examen clinique ne suffit pas : échographie (EU-TIRADS) + cytoponction. Doser la TSH (nodule « chaud » rarement malin).
Volumineux ou plongeant : dyspnée, dysphagie, voix bitonale (récurrent), turgescence (signe de Pemberton). Imagerie, avis chirurgical.
Tachycardie régulière permanente, tremblement fin, agitation, amaigrissement malgré la polyphagie, thermophobie/sueurs, diarrhée, fonte musculaire. L'index de Wayne (Crooks, Murray & Wayne, 1959) formalise ces signes et vaut mieux qu'un signe isolé ; la TSH effondrée confirme.
Goitre diffus + souffle + exophtalmie bilatérale (rétraction palpébrale, von Graefe) + dermopathie (myxœdème prétibial). Auto-immune (anti-RTSH). La cause la plus fréquente.
Nodule(s) autonome(s) « chaud(s) », sans exophtalmie ni souffle, sujet âgé (forme parfois « apathique » ou cardiaque). Scintigraphie (nodule chaud).
De Quervain (douloureuse), du post-partum (indolore) : hyper- transitoire. Iatrogène : amiodarone/iode, surdosage en lévothyroxine, toxicose factice (thyroglobuline basse).
Bradycardie, ralentissement/apathie, prise de poids et constipation, frilosité, infiltration cutanéo-muqueuse (visage lunaire, macroglossie, voix rauque, peau sèche), crampes, canal carpien.
Gros goitre dur, anticorps anti-TPO ; cause fréquente d'hypothyroïdie (parfois « hashitoxicose » initiale). Lévothyroxine.
Sujet âgé (myxœdème installé ; anémie macrocytaire, hypercholestérolémie, hyponatrémie fréquentes). Iatrogène : chirurgie, iode radioactif, amiodarone/lithium. Substitution prudente (risque coronarien).
Hypothyroïdie par déficit hypophysaire (TSH non élevée) : voir §07, insuffisance hypophysaire.
Diagnostic biologique (glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L à 2 reprises, ou ≥ 2 g/L à tout moment avec symptômes, ou HGPO à 2 h ≥ 2 g/L, ou HbA1c ≥ 6,5 %). Le syndrome cardinal (polyurie, polydipsie, amaigrissement, polyphagie) traduit une hyperglycémie franche.
Type 1 : jeune, maigre, syndrome cardinal franc, cétose, auto-immun, insulinodépendant (révélation possible par une acidocétose). Type 2 : > 40 ans, surpoids (syndrome métabolique), insidieux, souvent découvert par une complication ; acanthosis nigricans.
Urgences (§01) : hypoglycémie, acido-cétose (Kussmaul), coma hyperosmolaire, acidose lactique.
À dépister systématiquement : rétinopathie (FO), néphropathie (microalbuminurie), neuropathie (monofilament → mal perforant plantaire indolore), macroangiopathie (coronaropathie souvent silencieuse, AOMI, AVC). Examen des pieds à chaque consultation.
Devant une HTA secondaire ou des signes évocateurs, penser aux surrénales. Les signes orientent ; les dosages confirment.
Obésité facio-tronculaire (bosse de bison) + membres maigres + amyotrophie + vergetures pourpres + ecchymoses + HTA + ostéoporose. Cortisol libre urinaire, freinage, puis étiologie.
Conn : HTA + hypokaliémie sans œdème (HTA secondaire curable). Phéochromocytome : HTA paroxystique + triade céphalées-sueurs-palpitations ; ⚠️ risque de crise hypertensive maligne (§01).
Addison : asthénie + mélanodermie + hypotension + hyponatrémie/hyperkaliémie ; risque d'insuffisance aiguë (§01). Hyperandrogénie/virilisation de la femme (SOPK, tumeur — installation rapide = alarme).
L'hypophyse se lit par ses hormones et son syndrome tumoral (céphalées, hémianopsie bitemporale). Le calcium se lit par ses symptômes.
Acromégalie : épaississement des traits, prognathisme, extrémités élargies (comparer d'anciennes photos), canal carpien, apnées, diabète. Hyperprolactinémie : galactorrhée + aménorrhée (femme) / hypogonadisme (homme) — éliminer grossesse et médicaments.
Hypopituitarisme : déficits multiples ; ⚠️ le déficit corticotrope expose à une insuffisance aiguë au stress (syndrome de Sheehan du post-partum). Diabète insipide : polyurie hypotonique + polydipsie avec glycémie NORMALE (≠ diabète sucré).
Hypercalcémie : « pierres, os, abdomen, psyché » (hyperparathyroïdie, néoplasie) — urgence si sévère (§01). Hypocalcémie : paresthésies, tétanie, Chvostek/Trousseau (hypoparathyroïdie post-chirurgicale, carence en vitamine D).
Un examen orienté par l'axe suspecté, appuyé sur les scores et les dosages.
Rappel de valeur. Les signes isolés sont peu discriminants : ce sont les scores (Wayne, Zulewski) et les dosages qui tranchent.1
Comment chercher chaque signe et ce qu'il vaut. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00).
Dans ce domaine, les signes isolés sont peu discriminants ; les objets validés sont des scores, et la confirmation est hormonale. « — » = pas de Se/Sp d'examen validée (rien n'est inventé).
| Outil / signe | Cible | Statut | Source |
|---|---|---|---|
| Index de Wayne | Hyperthyroïdie | score validé (> 19 / < 11) | Crooks & Wayne 1959 |
| Score de Zulewski (réflexe achilléen) | Hypothyroïdie | score validé | Zulewski 19971 |
| Vergetures pourpres larges, ecchymoses, myopathie | Cushing | signes discriminants | Ross & Linch 19822 |
| Palpation thyroïde, mélanodermie, triade du phéo, Chvostek/Trousseau, monofilament, galactorrhée | axe correspondant | descriptif (— ) | socle sémiologique |
Méthode. Le socle sémiologique (examen de la thyroïde, des surrénales, de l'hypophyse et des parathyroïdes ; diabète et ses complications) suit un traité de sémiologie de l'appareil endocrinien. Les outils validés (scores de Wayne et de Zulewski, signes discriminants du Cushing) proviennent de la littérature primaire, vérifiée sur PubMed. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités.
Réserves honnêtes. (1) La sémiologie endocrinienne est peu discriminante signe par signe : les objets réellement validés sont des scores (Wayne pour l'hyper-, Zulewski pour l'hypothyroïdie), qui valent mieux que n'importe quel signe isolé. (2) Pour le syndrome de Cushing, la référence est l'analyse discriminante de Ross & Linch (vergetures larges, ecchymoses, myopathie, pléthore) — il n'existe pas de revue Rational Clinical Examination du JAMA sur le Cushing. (3) L'index de Wayne (1959) est cité pour mémoire, sans identifiant PubMed confirmé (article ancien). (4) Nodule thyroïdien, acromégalie, Addison, phéochromocytome, acanthosis : aucune Se/Sp d'examen validée — présentés en descriptif. La confirmation reste hormonale.