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Endocrinologie :
par glande, par axe,
le signe oriente

Une sémiologie organisée par glande et par axe : thyroïde (goitre, hyper- et hypothyroïdie), diabète, surrénales (Cushing, phéochromocytome, Conn, Addison), hypophyse (acromégalie, prolactine), calcium. La particularité du domaine : les signes physiques isolés sont peu discriminants — ce sont les scores cliniques (Wayne, Zulewski) et les dosages hormonaux qui tranchent. La fiche met en avant les urgences : décompensation diabétique, insuffisance surrénale aiguë, crise du phéochromocytome, hypercalcémie sévère.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche rédigée et vérifiée (sources en fin de page).
Cadre : un traité de sémiologie de l'appareil endocrinien et la littérature EBM (scores de Wayne et de Zulewski, signes discriminants du Cushing).
Aide au raisonnement — ne remplace ni l'examen, ni les dosages hormonaux, ni l'avis spécialisé.
Première version : 2026-07-13Dernière révision : 2026-07-13
Par où commencer
00 — AIGUILLAGE

Du signe au diagnostic, par axe

Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le geste à faire, puis où aller selon le résultat. Cliquez sur le nom d'un signe (pastille 🔍) pour sa technique et sa valeur. Réflexe : penser aux urgences (coma diabétique, insuffisance surrénale aiguë, phéochromocytome, hypercalcémie).

L'honnêteté de l'endocrinologie. Les signes physiques isolés sont peu discriminants ; ce sont les scores cliniques (Wayne pour l'hyper-, Zulewski pour l'hypothyroïdie) et surtout les dosages hormonaux qui confirment. La clinique aiguille et repère les urgences.

01 — URGENCES & PIÈGES

Ce qu'il ne faut pas manquer

Les situations où l'endocrinologie devient une urgence.

Décompensation diabétique Hypoglycémie (sueurs, faim, tremblements, troubles du comportement/conscience → resucrage/glucagon immédiat). Acido-cétose (type 1 : polyuro-polydipsie, dyspnée de Kussmaul, haleine acétonique, déshydratation). Coma hyperosmolaire (sujet âgé, déshydratation majeure). ⚠️ Acidocétose euglycémique sous gliflozine (inhibiteur SGLT2, fréquents dans le DT2) : cétose avec glycémie NORMALE ou peu élevée — doser la cétonémie même si la glycémie est normale, arrêter le traitement. Acidose lactique (biguanides + insuffisance rénale). Réhydratation, insuline, réanimation.
Crise aiguë thyrotoxique (cardiothyréose) Décompensation d'une hyperthyroïdie : fièvre, tachycardie / fibrillation atriale rapide, insuffisance cardiaque, agitation/délire — souvent à l'occasion d'un stress, d'une infection ou d'une surcharge iodée. Avis et traitement sans délai.
Coma myxœdémateux Sujet âgé hypothyroïdien : hypothermie, bradycardie, hypoventilation, troubles de conscience, souvent déclenché par le froid ou une infection. Urgence (hormones thyroïdiennes + hydrocortisone, réchauffement).
Insuffisance surrénale aiguë Sur une insuffisance surrénale (asthénie, mélanodermie, hypotension) à l'occasion d'un stress/infection : déshydratation, collapsus, hyponatrémie + hyperkaliémie, hypoglycémie. Hydrocortisone + réhydratation SANS DÉLAI (ne pas attendre les dosages).
Crise du phéochromocytome Poussée hypertensive maligne avec céphalées, sueurs, palpitations : risque d'accident cardio-vasculaire. ⚠️ Un bêtabloquant introduit seul (sans alpha-bloquant) peut déclencher une poussée maligne. Avis urgent.
Hypercalcémie sévère « Pierres, os, abdomen, psyché » + déshydratation, troubles du rythme, confusion/coma : réhydratation en urgence, avis. Causes : hyperparathyroïdie, néoplasie (métastases, myélome).
Hypocalcémie sévère Tétanie, laryngospasme, convulsions, QT long (troubles du rythme) : calcium IV, avis. Signes de Chvostek/Trousseau.
Nodule thyroïdien suspect Nodule dur, fixé, à croissance rapide, avec dysphonie ou adénopathie : suspicion de cancer → échographie + cytoponction sans retard (l'examen clinique seul ne suffit pas).
Par glande & par axe
02 — THYROÏDE

Goitre & nodule

Une tuméfaction cervicale antérieure mobile et ascendante à la déglutition est thyroïdienne (≠ adénopathie, fixe). Palper derrière le patient ; ausculter (souffle) ; chercher compression et dysfonction.

Goitre diffus (Basedow) & thyroïdites

Basedow : goitre diffus, vasculaire (souffle) + exophtalmie (§03). Hashimoto : gros goitre dur, anticorps anti-TPO → hypothyroïdie. De Quervain : thyroïde douloureuse, fébrile, post-virale.

Nodule thyroïdien

La plupart sont bénins. Signes de suspicion : dur, fixé, à croissance rapide, dysphonie, adénopathie, irradiation. ⚠️ L'examen clinique ne suffit pas : échographie (EU-TIRADS) + cytoponction. Doser la TSH (nodule « chaud » rarement malin).

Goitre compressif

Volumineux ou plongeant : dyspnée, dysphagie, voix bitonale (récurrent), turgescence (signe de Pemberton). Imagerie, avis chirurgical.

03 — HYPERTHYROÏDIE

Thyrotoxicose

Tachycardie régulière permanente, tremblement fin, agitation, amaigrissement malgré la polyphagie, thermophobie/sueurs, diarrhée, fonte musculaire. L'index de Wayne (Crooks, Murray & Wayne, 1959) formalise ces signes et vaut mieux qu'un signe isolé ; la TSH effondrée confirme.

Maladie de Basedow

Goitre diffus + souffle + exophtalmie bilatérale (rétraction palpébrale, von Graefe) + dermopathie (myxœdème prétibial). Auto-immune (anti-RTSH). La cause la plus fréquente.

Adénome / goitre multinodulaire toxique

Nodule(s) autonome(s) « chaud(s) », sans exophtalmie ni souffle, sujet âgé (forme parfois « apathique » ou cardiaque). Scintigraphie (nodule chaud).

Thyroïdites & iatrogénie

De Quervain (douloureuse), du post-partum (indolore) : hyper- transitoire. Iatrogène : amiodarone/iode, surdosage en lévothyroxine, toxicose factice (thyroglobuline basse).

04 — HYPOTHYROÏDIE

Myxœdème

Bradycardie, ralentissement/apathie, prise de poids et constipation, frilosité, infiltration cutanéo-muqueuse (visage lunaire, macroglossie, voix rauque, peau sèche), crampes, canal carpien.

Un score plutôt qu'un signe. Le score clinique d'hypothyroïdie de Zulewski (12 items, dont le temps de relaxation du réflexe achilléen) discrimine mieux le retentissement tissulaire que n'importe quel signe isolé.1 La TSH (élevée si périphérique) confirme.

Thyroïdite de Hashimoto

Gros goitre dur, anticorps anti-TPO ; cause fréquente d'hypothyroïdie (parfois « hashitoxicose » initiale). Lévothyroxine.

Hypothyroïdie atrophique & iatrogène

Sujet âgé (myxœdème installé ; anémie macrocytaire, hypercholestérolémie, hyponatrémie fréquentes). Iatrogène : chirurgie, iode radioactif, amiodarone/lithium. Substitution prudente (risque coronarien).

Origine centrale

Hypothyroïdie par déficit hypophysaire (TSH non élevée) : voir §07, insuffisance hypophysaire.

05 — DIABÈTE

Diabète & hyperglycémie

Diagnostic biologique (glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L à 2 reprises, ou ≥ 2 g/L à tout moment avec symptômes, ou HGPO à 2 h ≥ 2 g/L, ou HbA1c ≥ 6,5 %). Le syndrome cardinal (polyurie, polydipsie, amaigrissement, polyphagie) traduit une hyperglycémie franche.

Type 1 vs type 2

Type 1 : jeune, maigre, syndrome cardinal franc, cétose, auto-immun, insulinodépendant (révélation possible par une acidocétose). Type 2 : > 40 ans, surpoids (syndrome métabolique), insidieux, souvent découvert par une complication ; acanthosis nigricans.

Décompensations aiguës

Urgences (§01) : hypoglycémie, acido-cétose (Kussmaul), coma hyperosmolaire, acidose lactique.

Complications chroniques

À dépister systématiquement : rétinopathie (FO), néphropathie (microalbuminurie), neuropathie (monofilament → mal perforant plantaire indolore), macroangiopathie (coronaropathie souvent silencieuse, AOMI, AVC). Examen des pieds à chaque consultation.

06 — SURRÉNALES & HTA

Cushing, phéochromocytome, Conn, Addison

Devant une HTA secondaire ou des signes évocateurs, penser aux surrénales. Les signes orientent ; les dosages confirment.

Reconnaître un Cushing. Face à une obésité, les signes vraiment DISCRIMINANTS d'un hypercorticisme sont les vergetures pourpres larges (> 1 cm), les ecchymoses spontanées, la myopathie proximale et la pléthore — bien plus que l'obésité ou l'hirsutisme isolés.2

Syndrome de Cushing

Obésité facio-tronculaire (bosse de bison) + membres maigres + amyotrophie + vergetures pourpres + ecchymoses + HTA + ostéoporose. Cortisol libre urinaire, freinage, puis étiologie.

Hyperaldostéronisme (Conn) & phéochromocytome

Conn : HTA + hypokaliémie sans œdème (HTA secondaire curable). Phéochromocytome : HTA paroxystique + triade céphalées-sueurs-palpitations ; ⚠️ risque de crise hypertensive maligne (§01).

Insuffisance surrénale (Addison) & hyperandrogénie

Addison : asthénie + mélanodermie + hypotension + hyponatrémie/hyperkaliémie ; risque d'insuffisance aiguë (§01). Hyperandrogénie/virilisation de la femme (SOPK, tumeur — installation rapide = alarme).

07 — HYPOPHYSE & CALCIUM

Axe hypophysaire & troubles du calcium

L'hypophyse se lit par ses hormones et son syndrome tumoral (céphalées, hémianopsie bitemporale). Le calcium se lit par ses symptômes.

Acromégalie & hyperprolactinémie

Acromégalie : épaississement des traits, prognathisme, extrémités élargies (comparer d'anciennes photos), canal carpien, apnées, diabète. Hyperprolactinémie : galactorrhée + aménorrhée (femme) / hypogonadisme (homme) — éliminer grossesse et médicaments.

Hypopituitarisme & diabète insipide

Hypopituitarisme : déficits multiples ; ⚠️ le déficit corticotrope expose à une insuffisance aiguë au stress (syndrome de Sheehan du post-partum). Diabète insipide : polyurie hypotonique + polydipsie avec glycémie NORMALE (≠ diabète sucré).

Hyper- & hypocalcémie

Hypercalcémie : « pierres, os, abdomen, psyché » (hyperparathyroïdie, néoplasie) — urgence si sévère (§01). Hypocalcémie : paresthésies, tétanie, Chvostek/Trousseau (hypoparathyroïdie post-chirurgicale, carence en vitamine D).

La boîte à outils
08 — EXAMEN

L'examen pas-à-pas

Un examen orienté par l'axe suspecté, appuyé sur les scores et les dosages.

  1. Interrogatoire — thermophobie/frilosité, poids et appétit, transit, humeur/ralentissement, soif et polyurie, libido/cycles, céphalées/troubles visuels, médicaments (amiodarone, corticoïdes, neuroleptiques), antécédents familiaux.
  2. Inspection générale — morphotype et répartition des graisses (facio-tronculaire ?), peau (vergetures, pigmentation, sécheresse, acné), yeux (exophtalmie), traits du visage et extrémités, tremblement.
  3. Cou — palpation thyroïdienne (derrière le patient, déglutition), auscultation (souffle), adénopathies, signes de compression.
  4. Cardio-vasculaire — fréquence et régularité, pression artérielle couché/debout (hypotension d'Addison, HTA de Conn/phéo/Cushing).
  5. Neuromusculaire — réflexe achilléen (relaxation), force proximale (myopathie), signes de Chvostek/Trousseau, examen du pied diabétique (monofilament).
  6. Confirmer par la biologie — TSH (thyroïde), glycémie/HbA1c (diabète), cortisol/ACTH, métanéphrines, calcémie/PTH, prolactine, IGF-1 selon l'orientation.

Rappel de valeur. Les signes isolés sont peu discriminants : ce sont les scores (Wayne, Zulewski) et les dosages qui tranchent.1

09 — CATALOGUE

Les gestes, décrits pour être reproduits

Comment chercher chaque signe et ce qu'il vaut. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00).

Thyroïde Présentiel

Valeur
Palpation (derrière le patient, déglutition) + auscultation (souffle = Basedow). Tuméfaction mobile ascendante = thyroïde. Nodule dur/fixé/dysphonie = suspicion → écho + cytoponction. Descriptif.

Scores thyroïdiens Présentiel

Valeur
Index de Wayne (hyperthyroïdie, Crooks & Wayne 1959) ; score de Zulewski (hypothyroïdie)1 : mieux que les signes isolés. La TSH confirme.

Cushing & surrénales Présentiel

Valeur
Vergetures pourpres larges, ecchymoses, myopathie proximale = signes DISCRIMINANTS du Cushing.2 Mélanodermie = Addison. Triade céphalées-sueurs-palpitations = phéochromocytome. Descriptifs.

Autres signes Présentiel

À interpréter avec la biologie
Monofilament (neuropathie diabétique), Chvostek/Trousseau (hypocalcémie — Trousseau plus spécifique), galactorrhée : orientent, sans Se/Sp validée. La confirmation est hormonale.
10 — RÉCAP

Valeur des signes & des scores

Dans ce domaine, les signes isolés sont peu discriminants ; les objets validés sont des scores, et la confirmation est hormonale. « — » = pas de Se/Sp d'examen validée (rien n'est inventé).

Outils cliniques validés ; sources en fin de page. Les signes physiques isolés sont donnés en descriptif.
Outil / signeCibleStatutSource
Index de WayneHyperthyroïdiescore validé (> 19 / < 11)Crooks & Wayne 1959
Score de Zulewski (réflexe achilléen)Hypothyroïdiescore validéZulewski 19971
Vergetures pourpres larges, ecchymoses, myopathieCushingsignes discriminantsRoss & Linch 19822
Palpation thyroïde, mélanodermie, triade du phéo, Chvostek/Trousseau, monofilament, galactorrhéeaxe correspondantdescriptif (— )socle sémiologique
Trois messages. (1) Un score (Wayne, Zulewski) vaut mieux qu'un signe isolé. (2) Pour le Cushing, ce sont les vergetures larges, les ecchymoses et la myopathie qui discriminent.2 (3) La confirmation d'une pathologie endocrinienne est toujours hormonale — la clinique aiguille et repère les urgences.
11 — SOURCES

Méthode & références

Méthode. Le socle sémiologique (examen de la thyroïde, des surrénales, de l'hypophyse et des parathyroïdes ; diabète et ses complications) suit un traité de sémiologie de l'appareil endocrinien. Les outils validés (scores de Wayne et de Zulewski, signes discriminants du Cushing) proviennent de la littérature primaire, vérifiée sur PubMed. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités.

Réserves honnêtes. (1) La sémiologie endocrinienne est peu discriminante signe par signe : les objets réellement validés sont des scores (Wayne pour l'hyper-, Zulewski pour l'hypothyroïdie), qui valent mieux que n'importe quel signe isolé. (2) Pour le syndrome de Cushing, la référence est l'analyse discriminante de Ross & Linch (vergetures larges, ecchymoses, myopathie, pléthore) — il n'existe pas de revue Rational Clinical Examination du JAMA sur le Cushing. (3) L'index de Wayne (1959) est cité pour mémoire, sans identifiant PubMed confirmé (article ancien). (4) Nodule thyroïdien, acromégalie, Addison, phéochromocytome, acanthosis : aucune Se/Sp d'examen validée — présentés en descriptif. La confirmation reste hormonale.

  1. Zulewski H, Müller B, Exer P, Miserez AR, Staub JJ. Estimation of tissue hypothyroidism by a new clinical score: evaluation of patients with various grades of hypothyroidism and controls. J Clin Endocrinol Metab. 1997;82(3):771-776. PMID:9062480Score clinique d'hypothyroïdie (12 items, dont le réflexe achilléen) : discrimine mieux que les signes isolés.
  2. Ross EJ, Linch DC. Cushing's syndrome — killing disease: discriminatory value of signs and symptoms aiding early diagnosis. Lancet. 1982;2(8299):646-649. PMID:6125785Signes les plus discriminants du Cushing : vergetures pourpres larges, ecchymoses, myopathie proximale, pléthore.