SemioClic · sémiologie fondée sur les preuves

Coude :
la localisation oriente,
mais le test tranche rarement

Une sémiologie du coude organisée par localisation : bord externe (épicondylite latérale), bord interne (épitrochlée, ligament collatéral, nerf ulnaire), pointe de l'olécrane (bourse, triceps), pli antérieur (biceps distal), raideur et traumatisme. Sa particularité, comme à l'épaule : la plupart des tests isolés sont peu ou pas validés — la fiche le dit honnêtement et met en avant les rares manœuvres réellement utiles. Toujours penser aux urgences (luxation, fracture de l'enfant à risque ischémique, infection, rupture du biceps) et à la douleur projetée cervicale.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche rédigée et vérifiée (sources en fin de page).
Cadre : un traité de sémiologie de l'appareil locomoteur (examen du coude) et la littérature EBM (revue systématique Zwerus, séries de validation O'Driscoll, Novak, Ruland, Karanasios).
Aide au raisonnement — ne remplace ni l'examen, ni le jugement clinique, ni l'imagerie ou l'avis spécialisé quand ils sont indiqués.
Première version : 2026-07-13Dernière révision : 2026-07-14
Par où commencer
00 — AIGUILLAGE

De la plainte au diagnostic, pas à pas

Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le test à faire, puis où aller selon le résultat. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur. Deux réflexes d'emblée : penser aux urgences (luxation, fracture de l'enfant, infection, rupture du biceps) et à la douleur projetée cervicale.

L'honnêteté du coude. Comme à l'épaule, la sémiologie du coude est peu et mal validée : une revue systématique conclut qu'aucun test ne permet à lui seul de confirmer ou d'exclure une pathologie.1 Trois exceptions relatives, sur de petits effectifs : le moving valgus stress test (ligament interne), le hook test (rupture du biceps distal) et la flexion + pression du nerf ulnaire. Partout ailleurs : la localisation du point douloureux et l'histoire priment sur un test.

01 — URGENCES & PIÈGES

Ce qu'il ne faut pas manquer

Sept situations où le coude douloureux impose un geste, un délai ou un adressage — traumatiques, infectieuses, nerveuses ou projetées.

Luxation du coude Déformation, perte des repères (le triangle olécrane-épicondyles est rompu), impotence après une chute. Tester les nerfs (ulnaire, médian et interosseux antérieur, radial) et les pouls AVANT et APRÈS réduction. Radiographies avant/après (chercher la « terrible triade » : luxation + fracture de la tête radiale + du coronoïde). Réduction en urgence.
Fracture supracondylienne de l'enfant Chute coude en extension : douleur+++, déformation. Risque vasculo-nerveux majeur : artère brachiale, syndrome de Volkmann (ischémie des loges → rétraction définitive), nerfs médian/interosseux antérieur et radial. Vérifier impérativement pouls radial, coloration, sensibilité et motricité des doigts ; avis chirurgical immédiat.
Arthrite ou bursite septique Coude (ou bourse olécrânienne) chaud, rouge, gonflé, fébrile : septique jusqu'à preuve du contraire. Ponction avant toute infiltration ou antibiothérapie. L'arthrite septique limite l'articulation (urgence de lavage) ; la bursite septique reste superficielle (amplitude conservée). Ne jamais infiltrer une bourse sans avoir écarté l'infection.
Rupture du tendon distal du biceps Homme de 40-60 ans, effort de flexion contrariée : craquement, ecchymose du pli du coude, « Popeye distal », faiblesse de flexion et de supination. À référer précocement (fenêtre chirurgicale de quelques semaines) : le hook test (doigt qui ne peut plus accrocher le tendon) est très sensible.
Fracture de la tête radiale / de l'olécrane Après une chute : douleur exquise osseuse. Pour l'olécrane, le signe clé est la perte de l'extension active contre pesanteur (le triceps est désinséré). Radiographies (signe du coussinet graisseux).
Neuropathie ulnaire avec déficit moteur Une compression du nerf ulnaire au coude évoluée (amyotrophie des interosseux, signe de Froment, griffe ulnaire) relève d'un avis chirurgical sans attendre : un déficit moteur installé récupère mal.
Douleur projetée (cervicale ++) Une douleur du coude concomitante d'une cervicalgie, dans un territoire radiculaire (C6-C7), doit faire examiner le rachis cervical avant de conclure « épicondylite ». Plus rarement, une douleur projetée viscérale (le coude est un site d'irradiation de l'angor du membre supérieur gauche).
La localisation oriente
02 — BORD EXTERNE

Douleur du bord externe (épicondyle latéral)

La cause la plus fréquente est l'épicondylite latérale. Le raisonnement : bien localiser le point douloureux (1-2 cm sous l'épicondyle) et éliminer ses pièges — le syndrome de l'interosseux postérieur (plus distal), une cause osseuse (tête radiale), une instabilité.

Le test le plus utile est aussi le plus simple : la douleur reproduite. Le test de Cozen (extension du poignet contre résistance) est sensible (Se rapportée ~91 %) mais sa spécificité n'est pas établie2 : un test négatif rend l'épicondylite peu probable, un test positif ne suffit pas à la certifier. Mill et Maudsley n'ont pas de valeur chiffrée. L'instabilité postéro-latérale, elle, se dépiste par des tests peu sensibles chez le patient éveillé.3

Épicondylite latérale (« tennis elbow »)

Tendinopathie d'insertion des extenseurs, la plus fréquente. Douleur insidieuse à la préhension et à l'extension résistée du poignet, point exquis à 1-2 cm sous l'épicondyle. Évolution le plus souvent favorable : correction ergonomique, kinésithérapie excentrique, antalgiques ; l'infiltration soulage à court terme mais ne change pas l'évolution (à ne pas répéter).

Syndrome de l'interosseux postérieur / tunnel radial

Le grand différentiel de l'épicondylite rebelle : point douloureux plus distal (4-5 cm), douleur à la supination et à l'extension du majeur résistées. Dans la forme motrice, déficit d'extension des doigts sans trouble sensitif. ENMG, avis spécialisé.

Tête radiale & ostéochondrite du capitulum

Fracture de la tête radiale après chute (douleur exquise, prono-supination limitée — §01). Chez l'enfant/l'ado sportif, ostéochondrite du capitulum (maladie de Panner, osteochondritis dissecans) : douleur latérale, épanchements, blocages par corps étranger.

Instabilité rotatoire postéro-latérale

Insuffisance du ligament collatéral latéral (souvent post-luxation) : appréhension ou ressaut aux appuis (se relever d'une chaise, pompes). Tests peu sensibles chez le patient éveillé.3 Avis spécialisé.

03 — BORD INTERNE

Douleur du bord interne (épicondyle médial)

Trois structures se superposent : les tendons fléchisseurs/pronateurs (épicondylite médiale), le ligament collatéral ulnaire (contraintes en valgus), et le nerf ulnaire dans sa gouttière. Les distinguer, car la conduite diffère.

Deux tests qui valent le coup. Le moving valgus stress test reproduit la douleur du ligament interne (Se ~100 % / Sp ~75 %, mais sur 17 patients seulement)4. Pour le nerf ulnaire, la manœuvre combinée flexion + pression est la plus sensible (Se ~0,91), bien plus que la flexion seule (~0,32) ou le Tinel (~0,70)5. Le scratch collapse test est peu reproductible.6

Épicondylite médiale (« coude du golfeur »)

Tendinopathie des fléchisseurs/pronateurs, moins fréquente que la latérale. Douleur interne à la flexion et à la pronation résistées, à la préhension. Rechercher une atteinte associée du nerf ulnaire (voisin) ; prudence avec l'infiltration (nerf proche). Origine souvent professionnelle : penser à la déclaration en maladie professionnelle (tableau 57).

Insuffisance du ligament collatéral ulnaire (valgus)

Chez le lanceur (valgus répétés) ou après un traumatisme : douleur médiale aux contraintes en valgus, parfois laxité. Le moving valgus stress test est sensible.4 Repos, renforcement ; reconstruction (« Tommy John ») chez le sportif de haut niveau.

Compression du nerf ulnaire (tunnel cubital)

2e syndrome canalaire du membre supérieur. Paresthésies des 4e-5e doigts, aggravées la nuit et par la flexion prolongée ; aux stades évolués, amyotrophie et signe de Froment. Tinel à la gouttière, flexion + pression.5 ENMG ; chirurgie si déficit moteur ou échec.

04 — POINTE DU COUDE

Face postérieure : olécrane, bourse, triceps

La pointe du coude superpose une bourse superficielle, l'os, le tendon du triceps et l'articulation. La première question devant une bourse gonflée : septique ou non ?

Bursite olécrânienne

Voussure fluctuante bien délimitée sur la pointe de l'olécrane, amplitude articulaire conservée. Septique (rouge, chaude, fébrile, porte d'entrée cutanée) : ponction avant tout, antibiothérapie — §01. Non septique (microtraumatique, appuis répétés) ou microcristalline (goutte, tophus crayeux) : protection, ponction si gêne, éviter les infiltrations répétées.

Tendinopathie / rupture du triceps

Douleur postérieure à l'extension résistée. La rupture (rare : corticothérapie locale, traumatisme) donne un déficit d'extension active ± dépression au-dessus de l'olécrane. Aucun test validé : le déficit d'extension est le signe clé. Imagerie et avis si rupture.

Synovite du coude

Épanchement intra-articulaire : comblement des gouttières para-olécrâniennes, flexum antalgique, douleur « dans tout le coude », perte rapide de l'extension. Éliminer une cause septique (fièvre → ponction) ; sinon inflammatoire, microcristalline ou réactionnelle.

Fracture de l'olécrane

Après choc direct : douleur exquise et surtout perte de l'extension active contre pesanteur. Radiographie ; ostéosynthèse si déplacée. Rechercher une atteinte du nerf ulnaire.

05 — PLI DU COUDE

Face antérieure : le biceps distal (et ses voisins)

Le maître-piège de la face antérieure est la rupture distale du biceps — à ne pas manquer, car sa réparation est une urgence relative.

Deux tests très sensibles pour la rupture distale du biceps. Le hook test (impossibilité d'accrocher le tendon au doigt) a une Se et une Sp proches de 100 % dans la série originale7 ; le biceps squeeze test est également très sensible (Se ~0,96), mais sa spécificité n'est pas fiable (à combiner)8. Devant une douleur antérieure aiguë après effort : faire le hook test d'emblée.

Rupture du tendon distal du biceps

Effort de flexion contrariée : craquement, ecchymose, rétraction musculaire (« Popeye distal »), faiblesse de flexion et surtout de supination. Hook test et squeeze test très sensibles.78 Avis chirurgical rapide : la réinsertion précoce restaure la supination.

Tendinopathie du biceps distal / du brachial

Douleur antérieure d'effort sans rupture (hook test normal, force conservée) : tendinopathie d'insertion, souvent de surcharge. Repos relatif, correction des gestes ; éliminer une rupture partielle si la force baisse (imagerie).

Syndrome du rond pronateur (nerf médian)

Compression du nerf médian au coude : douleur antérieure de l'avant-bras, paresthésies des 3 premiers doigts réveillées par la pronation résistée. À distinguer du canal carpien. Plus rare ; ENMG, avis.

06 — RAIDEUR & TRAUMATISME

Coude raide, blocage & traumatisme

La perte d'extension est le maître-symptôme des atteintes intra-articulaires ; le coude est aussi l'articulation la plus exposée à l'enraidissement après un traumatisme.

Arthrose & corps étranger

Arthrose souvent secondaire (post-traumatique, travail de force) : douleur mécanique, perte progressive de l'extension (ostéophyte de butée), craquements. Des corps étrangers ostéo-cartilagineux provoquent des blocages vrais intermittents. Radiographies ; ablation arthroscopique si blocages répétés.

Arthrite inflammatoire

Raideur d'horaire inflammatoire, souvent polyarticulaire : polyarthrite rhumatoïde (nodules à l'olécrane, subluxation érosive), rhumatisme psoriasique (le coude est un site fréquent de psoriasis), spondyloarthrite. Bilan, avis rhumatologique.

Traumatismes : luxation, fractures, entorses

Luxation (déformation, urgence vasculo-nerveuse — §01), fracture supracondylienne de l'enfant (ischémie de Volkmann — §01), fractures de la tête radiale et de l'olécrane, entorses des collatéraux (valgus/varus). Chez le petit enfant, la pronation douloureuse (subluxation de la tête radiale, après traction sur le bras) se réduit en un geste.

Raideur post-traumatique

Après traumatisme ou immobilisation prolongée : perte d'amplitude (surtout extension), parfois ossifications péri-articulaires. Rééducation prudente, jamais forcée (risque d'aggravation) ; avis si raideur fixée.

La boîte à outils
07 — ANATOMIE PALPATOIRE

Trois articulations, quatre bords

Le coude associe trois articulations dans une même capsule ; la douleur se lit surtout par le bord où elle siège.9

Les 3 articulations

Huméro-ulnaire (trochléenne : flexion-extension) ; huméro-radiale (capitulum-tête radiale : participe aussi à la prono-supination) ; radio-ulnaire proximale (pronation-supination, synchrone de la radio-ulnaire distale au poignet). Amplitudes normales : flexion ~145°, extension 0°, pronation et supination ~90°.

Repères & bords

Externe : épicondyle latéral (extenseurs), tête radiale (~2 cm en dessous, tourne en prono-supination). Interne : épicondyle médial (fléchisseurs-pronateurs), gouttière du nerf ulnaire (entre épicondyle médial et olécrane). Postérieur : olécrane, bourse superficielle, tendon du triceps ; le triangle olécrane-épicondyles (coude fléchi) trahit une luxation s'il est rompu. Antérieur : tendon du biceps, artère brachiale (en dedans), nerf médian.

Nerfs à connaître

Ulnaire (gouttière interne → 4e-5e doigts) ; radial et sa branche profonde (interosseux postérieur → extension des doigts) ; médian et l'interosseux antérieur (avant-bras antérieur → 3 premiers doigts). Toute douleur de coude avec paresthésies impose de les localiser.

08 — EXAMEN

L'examen pas-à-pas

Un ordre structuré et toujours comparatif. La règle utile : une limitation d'apparition rapide de l'extension oriente vers l'intra-articulaire.9

  1. Interrogatoire ciblé — localisation exacte, geste répétitif (préhension, lancer), effort déclenchant (flexion contrariée → biceps), blocage/incapacité d'étendre (intra-articulaire), paresthésies ou faiblesse de la main (nerf), cervicalgie associée (projeté).
  2. Inspection — alignement (valgus physiologique 5-15°), triangle olécrane-épicondyles, flexum, gonflement (bourse vs comblement des gouttières), nodules, psoriasis, amyotrophie, déformation musculaire (« Popeye »).
  3. Palpation par bord — épicondyle latéral et point à 1-2 cm en dessous (extenseurs), tête radiale en prono-supination ; épicondyle médial (fléchisseurs) et nerf ulnaire dans sa gouttière (Tinel, subluxation) ; olécrane, bourse et triceps ; tendon du biceps et artère brachiale en avant.
  4. Mobilité active puis passive — flexion/extension et prono-supination, comparatives ; noter une perte d'extension, une crépitation, une compensation.
  5. Tests ciblés selon le bord — extension du poignet résistée (Cozen) en externe ; flexion/pronation résistées et moving valgus en interne ; hook/squeeze en avant ; flexion + pression du nerf ulnaire ; stress ligamentaire après traumatisme.
  6. Vasculo-nerveux & général — après tout traumatisme : nerfs (ulnaire, médian, interosseux antérieur, radial) et pouls radial ; contexte (fièvre, terrain inflammatoire, cervicalgie).

Rappel de valeur. Peu de tests du coude « font » le diagnostic : on combine l'histoire, la localisation du point douloureux et une ou deux manœuvres bien choisies.1

09 — CATALOGUE

Les tests, décrits pour être reproduits

Comment faire chaque manœuvre et sa valeur. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00). La leçon : peu de tests sont réellement discriminants.

Épicondylite latérale Présentiel

Valeur
Cozen (extension poignet résistée) Se ~0,91, Sp non rapportée2 : bon test d'exclusion. Mill, Maudsley : sans valeur chiffrée (orientation).

Ligament interne & nerf ulnaire Présentiel

Valeur
Moving valgus stress test Se ~1,00 / Sp ~0,75 (n=21 : 17/17 ; 3/4, LCU)4. Nerf ulnaire : flexion + pression Se ~0,91 (mieux que flexion seule ~0,32 ou Tinel ~0,70)5 ; scratch collapse Se ~0,69, peu reproductible.6

Rupture du biceps distal Présentiel

Valeur
Hook test Se/Sp ~1,00 (série originale, petit n)7 ; biceps squeeze test Se ~0,96, Sp non fiable8. Les deux se complètent.

Instabilité postéro-latérale Présentiel

Valeur
Pivot-shift, table-top, chair-push : positifs surtout sous anesthésie, peu sensibles chez le patient éveillé (petites séries)3. Signe d'appel, pas de preuve.

Tests descriptifs / non validés Présentiel

À interpréter avec prudence
Flexion/pronation résistées (épicondylite médiale), milking & valgus statique (LCU), palpation de la tête radiale/de l'olécrane, stress ligamentaire, tests du tunnel radial et de la rupture du triceps : signes utiles mais sans Se/Sp consolidées — pas de chiffres.
10 — RÉCAP

Valeur diagnostique des tests

Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, le test ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source (rien n'est inventé). La plupart des tests du coude sont peu validés, sur de petits effectifs.

Se/Sp ; sources en fin de page. Les valeurs de O'Driscoll et Ruland viennent de séries mono-centriques à petit effectif (référence chirurgicale/arthroscopique) : chiffres réels mais fragiles.
Test (cible)SeSpStatutSource
Épicondylite latérale
Cozen (extension poignet résistée)~0,911 étude, biaisKaranasios 20222
Mill · Maudsleynon validésZwerus 20181
Ligament collatéral ulnaire
Moving valgus stress test~1,00~0,75n=21 (17/17 ; 3/4)O'Driscoll 20054
Nerf ulnaire (tunnel cubital)
Flexion + pression (combiné)~0,91Se seuleNovak 19945
Tinel au coude~0,70Sp non fiableNovak 19945
Scratch collapse test~0,69peu reproductibleCheng 20086
Rupture du biceps distal
Hook test~1,00~1,00petit nO'Driscoll 20077
Biceps squeeze test~0,96Sp non fiableRuland 20058
Instabilité postéro-latérale
Pivot-shift / chair-push (éveillé)faiblesérie de 8Regan 20063
Trois messages. (1) La sémiologie du coude est peu validée : aucun test isolé ne confirme ni n'exclut à lui seul.1 (2) Les tests sensibles (Cozen, flexion+pression, hook, squeeze) servent surtout à exclure quand ils sont négatifs. (3) La localisation du point douloureux et l'histoire pèsent plus qu'un test.
Aller plus loin
11 — ÉPONYMES

Éponymes du coude

Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire quand elle est identifiable.

Signe de Froment

Jules Froment · neurologue français · 1915

Dans la paralysie du nerf ulnaire, le patient qui pince une feuille entre pouce et index compense la faiblesse de l'adducteur du pouce par une flexion de l'interphalangienne du pouce (long fléchisseur, nerf médian).

À retenir : signe simple d'atteinte ulnaire évoluée (§03) ; le pouce « se plie » pour tenir.

L'article : Froment J. La préhension dans les paralysies du nerf cubital et le signe du pouce. Presse Méd. 1915.

Hook test

Shawn O'Driscoll · chirurgien orthopédiste · 2007

Coude fléchi à 90°, supination active : le doigt de l'examinateur tente d'accrocher le bord latéral du tendon distal du biceps. Impossible = rupture.

À retenir : le meilleur signe de rupture distale du biceps (Se/Sp ~100 %, §05).

L'article : O'Driscoll SW, Goncalves LB, Dietz P. The hook test for distal biceps tendon avulsion. Am J Sports Med. 2007;35(11):1865-1869.

Syndrome de Kiloh-Nevin

Leslie Kiloh & Samuel Nevin · 1952

Neuropathie isolée du nerf interosseux antérieur (branche motrice du médian) : déficit du long fléchisseur du pouce et du fléchisseur profond de l'index — pince pouce-index en « O » impossible (signe du « OK ») — sans trouble sensitif.

À retenir : déficit moteur pur de l'avant-bras, à différencier d'une atteinte tendineuse.

L'article : Kiloh LG, Nevin S. Isolated neuritis of the anterior interosseous nerve. Br Med J. 1952;1(4763):850-851.

Maladie de Panner

Hans Jessen Panner · radiologue danois · 1929

Ostéochondrose du capitulum huméral chez l'enfant (~5-10 ans) : douleur latérale du coude, aspect radiologique évoquant une nécrose (comparable à la maladie de Legg-Calvé-Perthes de la hanche).

À retenir : bénigne et régressive chez l'enfant, à distinguer de l'ostéochondrite disséquante de l'ado sportif (§02).

L'article : Panner HJ. An affection of the capitulum humeri resembling Calvé-Perthes' disease of the hip. Acta Radiol. 1929;10:234-242.

Moving valgus stress test

Shawn O'Driscoll · chirurgien orthopédiste · 2005

Contrainte valgus constante appliquée pendant une extension rapide du coude fléchi : douleur médiale reproduite dans un secteur angulaire.

À retenir : sensible pour l'atteinte du ligament collatéral ulnaire (§03), sur petit effectif.

L'article : O'Driscoll SW, Lawton RL, Smith AM. The "moving valgus stress test" for medial collateral ligament tears of the elbow. Am J Sports Med. 2005;33(2):231-239.

Signe de Tinel

Jules Tinel · neurologue français · 1915

La percussion d'un tronc nerveux comprimé ou en régénération déclenche des fourmillements dans son territoire ; au coude, sur le nerf ulnaire (gouttière) ou en cas de tunnel radial.

À retenir : oriente mais peu spécifique (souvent positif chez le sujet sain) — §03.

L'article : Tinel J. Le signe du « fourmillement » dans les lésions des nerfs périphériques. Presse Méd. 1915;23:388-389.

12 — SIGNES ABANDONNÉS

Vieux signes, croyances révisées

Des signes simples encore utiles — et des habitudes que les preuves ont corrigées.

Des vieux signes encore utiles

Des habitudes que les preuves ont corrigées

13 — AUTO-EXERCICES

Ordonnances d'auto-exercices (fondées sur les preuves)

Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier.

À adapter au patient. Ces programmes génériques ne remplacent pas une prescription de kinésithérapie personnalisée quand elle est indiquée ; la douleur pendant l'exercice reste acceptable si elle est modérée (≤ 3-5/10) et se calme avant le lendemain. Reconsulter devant des fourmillements de la main, une perte de force, ou un coude chaud, gonflé ou bloqué, ou en l'absence d'amélioration après ~6 semaines.
Comment lire le rythme : « 3 × 10 » = 3 séries de 10 mouvements, avec une courte pause entre chaque série ; « 5 × 20-45 s » = 5 fois, en tenant la position 20 à 45 secondes ; « 3 fois/semaine » = 3 jours dans la semaine (pas tous les jours) ; « un jour sur deux » = un jour oui, un jour non.
Douleur pendant l'exercice — règle des couleurs : VERT (0-3/10) continuez ; ORANGE (4-5/10) continuez si la douleur redescend dans l'heure et le lendemain matin ; ROUGE (> 5/10, douleur qui augmente de jour en jour, ou gonflement) arrêtez et réduisez. Matériel : « élastique » = bande élastique de rééducation (en pharmacie).

Sources des programmes (médecine fondée sur les preuves) : Épicondylite latérale1011 · Épicondylite médiale1011.

14 — SOURCES

Méthode & références

Méthode. Le socle sémiologique (anatomie, examen par bord, diagnostic différentiel par localisation) suit un traité d'examen de l'appareil locomoteur9, complété pour l'exhaustivité des entités par un traité d'appareil locomoteur (luxations, arthrose, syndromes canalaires, tendinopathies). Les valeurs diagnostiques (Se/Sp) proviennent d'une revue systématique et de séries de validation primaires, vérifiées sur PubMed. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités.

Réserves honnêtes. (1) La sémiologie du coude est peu et mal validée : la plupart des tests isolés n'ont pas de Se/Sp établie.1 (2) Les rares valeurs disponibles (moving valgus, hook, squeeze, tests de Novak) viennent de petites séries mono-centriques à haut risque de biais, avec référence chirurgicale — chiffres réels mais fragiles, affichés avec leur effectif. (3) Plusieurs signes classiques (Mill, Maudsley, épicondylite médiale, milking, rupture du triceps, tunnel radial) n'ont aucune valeur chiffrée : présentés sans Se/Sp. « — » = valeur non fournie par la source ; sources primaires des éponymes dans chaque carte (§11).

  1. Zwerus EL, Somford MP, Maissan F, et al. Physical examination of the elbow, what is the evidence? A systematic literature review. Br J Sports Med. 2018;52(19):1253-1260. PMID:28249855Revue systématique : peu de tests du coude ont des données de précision ; aucun ne tranche seul.
  2. Karanasios S, Korakakis V, Moutzouri M, et al. Diagnostic accuracy of examination tests for lateral elbow tendinopathy: a systematic review. J Hand Ther. 2022;35(4):541-551. PMID:33814224Épicondylite latérale : Cozen sensible (~91 %), spécificité non rapportée.
  3. Regan W, Lapner PC. Prospective evaluation of two diagnostic apprehension signs for posterolateral instability of the elbow. J Shoulder Elbow Surg. 2006;15(3):344-346. PMID:16679236Instabilité postéro-latérale : signes peu sensibles chez le patient éveillé (petite série).
  4. O'Driscoll SW, Lawton RL, Smith AM. The "moving valgus stress test" for medial collateral ligament tears of the elbow. Am J Sports Med. 2005;33(2):231-239. PMID:15701609Moving valgus stress test : Se ~100 % (17/17) / Sp ~75 % (3/4) pour l'atteinte du LCU.
  5. Novak CB, Lee GW, Mackinnon SE, Lay L. Provocative testing for cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Am. 1994;19(5):817-820. PMID:7806810Tunnel cubital : flexion + pression Se ~0,91 (flexion seule ~0,32 ; Tinel ~0,70).
  6. Cheng CJ, Mackinnon-Patterson B, Beck JL, Mackinnon SE. Scratch collapse test for evaluation of carpal and cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Am. 2008;33(9):1518-1524. PMID:18984333Scratch collapse test : Se ~0,69 ; reproductibilité médiocre dans les études ultérieures.
  7. O'Driscoll SW, Goncalves LB, Dietz P. The hook test for distal biceps tendon avulsion. Am J Sports Med. 2007;35(11):1865-1869. PMID:17687121Hook test : Se et Sp proches de 100 % pour la rupture distale du biceps (série originale).
  8. Ruland RT, Dunbar RP, Bowen JD. The biceps squeeze test for diagnosis of distal biceps tendon ruptures. Clin Orthop Relat Res. 2005;(437):128-131. PMID:16056039Biceps squeeze test : Se ~0,96 ; spécificité non fiable (petit effectif).
  9. Coustet, Renaud. L'examen musculosquelettique (traité d'examen clinique de l'appareil locomoteur), chapitre « Examen du coude ». Socle sémiologique : anatomie, examen par bord, diagnostic différentiel par localisation, éponymes.
  10. Coombes BK, Bisset L, Brooks P, Khan KM, Vicenzino B. Effect of corticosteroid injection, physiotherapy, or both on clinical outcomes in patients with unilateral lateral epicondylalgia: a randomized controlled trial. JAMA. 2013;309(5):461-469. PMID:23385272Le corticoïde soulage à 6 semaines mais aggrave la récidive à 1 an ; kinésithérapie/attente supérieures à moyen terme.
  11. Bisset L, Beller E, Jull G, Brooks P, Darnell R, Vicenzino B. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow: randomised trial. BMJ. 2006;333(7575):939. PMID:17012266À 1 an, kinésithérapie (mobilisation + exercice) = wait-and-see et > corticoïde ; corticoïde utile seulement à 6 semaines puis délétère.