Une sémiologie du coude organisée par localisation : bord externe (épicondylite latérale), bord interne (épitrochlée, ligament collatéral, nerf ulnaire), pointe de l'olécrane (bourse, triceps), pli antérieur (biceps distal), raideur et traumatisme. Sa particularité, comme à l'épaule : la plupart des tests isolés sont peu ou pas validés — la fiche le dit honnêtement et met en avant les rares manœuvres réellement utiles. Toujours penser aux urgences (luxation, fracture de l'enfant à risque ischémique, infection, rupture du biceps) et à la douleur projetée cervicale.
Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le test à faire, puis où aller selon le résultat. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur. Deux réflexes d'emblée : penser aux urgences (luxation, fracture de l'enfant, infection, rupture du biceps) et à la douleur projetée cervicale.
L'honnêteté du coude. Comme à l'épaule, la sémiologie du coude est peu et mal validée : une revue systématique conclut qu'aucun test ne permet à lui seul de confirmer ou d'exclure une pathologie.1 Trois exceptions relatives, sur de petits effectifs : le moving valgus stress test (ligament interne), le hook test (rupture du biceps distal) et la flexion + pression du nerf ulnaire. Partout ailleurs : la localisation du point douloureux et l'histoire priment sur un test.
Sept situations où le coude douloureux impose un geste, un délai ou un adressage — traumatiques, infectieuses, nerveuses ou projetées.
La cause la plus fréquente est l'épicondylite latérale. Le raisonnement : bien localiser le point douloureux (1-2 cm sous l'épicondyle) et éliminer ses pièges — le syndrome de l'interosseux postérieur (plus distal), une cause osseuse (tête radiale), une instabilité.
Tendinopathie d'insertion des extenseurs, la plus fréquente. Douleur insidieuse à la préhension et à l'extension résistée du poignet, point exquis à 1-2 cm sous l'épicondyle. Évolution le plus souvent favorable : correction ergonomique, kinésithérapie excentrique, antalgiques ; l'infiltration soulage à court terme mais ne change pas l'évolution (à ne pas répéter).
Le grand différentiel de l'épicondylite rebelle : point douloureux plus distal (4-5 cm), douleur à la supination et à l'extension du majeur résistées. Dans la forme motrice, déficit d'extension des doigts sans trouble sensitif. ENMG, avis spécialisé.
Fracture de la tête radiale après chute (douleur exquise, prono-supination limitée — §01). Chez l'enfant/l'ado sportif, ostéochondrite du capitulum (maladie de Panner, osteochondritis dissecans) : douleur latérale, épanchements, blocages par corps étranger.
Insuffisance du ligament collatéral latéral (souvent post-luxation) : appréhension ou ressaut aux appuis (se relever d'une chaise, pompes). Tests peu sensibles chez le patient éveillé.3 Avis spécialisé.
Trois structures se superposent : les tendons fléchisseurs/pronateurs (épicondylite médiale), le ligament collatéral ulnaire (contraintes en valgus), et le nerf ulnaire dans sa gouttière. Les distinguer, car la conduite diffère.
Tendinopathie des fléchisseurs/pronateurs, moins fréquente que la latérale. Douleur interne à la flexion et à la pronation résistées, à la préhension. Rechercher une atteinte associée du nerf ulnaire (voisin) ; prudence avec l'infiltration (nerf proche). Origine souvent professionnelle : penser à la déclaration en maladie professionnelle (tableau 57).
Chez le lanceur (valgus répétés) ou après un traumatisme : douleur médiale aux contraintes en valgus, parfois laxité. Le moving valgus stress test est sensible.4 Repos, renforcement ; reconstruction (« Tommy John ») chez le sportif de haut niveau.
2e syndrome canalaire du membre supérieur. Paresthésies des 4e-5e doigts, aggravées la nuit et par la flexion prolongée ; aux stades évolués, amyotrophie et signe de Froment. Tinel à la gouttière, flexion + pression.5 ENMG ; chirurgie si déficit moteur ou échec.
La pointe du coude superpose une bourse superficielle, l'os, le tendon du triceps et l'articulation. La première question devant une bourse gonflée : septique ou non ?
Voussure fluctuante bien délimitée sur la pointe de l'olécrane, amplitude articulaire conservée. Septique (rouge, chaude, fébrile, porte d'entrée cutanée) : ponction avant tout, antibiothérapie — §01. Non septique (microtraumatique, appuis répétés) ou microcristalline (goutte, tophus crayeux) : protection, ponction si gêne, éviter les infiltrations répétées.
Douleur postérieure à l'extension résistée. La rupture (rare : corticothérapie locale, traumatisme) donne un déficit d'extension active ± dépression au-dessus de l'olécrane. Aucun test validé : le déficit d'extension est le signe clé. Imagerie et avis si rupture.
Épanchement intra-articulaire : comblement des gouttières para-olécrâniennes, flexum antalgique, douleur « dans tout le coude », perte rapide de l'extension. Éliminer une cause septique (fièvre → ponction) ; sinon inflammatoire, microcristalline ou réactionnelle.
Après choc direct : douleur exquise et surtout perte de l'extension active contre pesanteur. Radiographie ; ostéosynthèse si déplacée. Rechercher une atteinte du nerf ulnaire.
Le maître-piège de la face antérieure est la rupture distale du biceps — à ne pas manquer, car sa réparation est une urgence relative.
Effort de flexion contrariée : craquement, ecchymose, rétraction musculaire (« Popeye distal »), faiblesse de flexion et surtout de supination. Hook test et squeeze test très sensibles.78 Avis chirurgical rapide : la réinsertion précoce restaure la supination.
Douleur antérieure d'effort sans rupture (hook test normal, force conservée) : tendinopathie d'insertion, souvent de surcharge. Repos relatif, correction des gestes ; éliminer une rupture partielle si la force baisse (imagerie).
Compression du nerf médian au coude : douleur antérieure de l'avant-bras, paresthésies des 3 premiers doigts réveillées par la pronation résistée. À distinguer du canal carpien. Plus rare ; ENMG, avis.
La perte d'extension est le maître-symptôme des atteintes intra-articulaires ; le coude est aussi l'articulation la plus exposée à l'enraidissement après un traumatisme.
Arthrose souvent secondaire (post-traumatique, travail de force) : douleur mécanique, perte progressive de l'extension (ostéophyte de butée), craquements. Des corps étrangers ostéo-cartilagineux provoquent des blocages vrais intermittents. Radiographies ; ablation arthroscopique si blocages répétés.
Raideur d'horaire inflammatoire, souvent polyarticulaire : polyarthrite rhumatoïde (nodules à l'olécrane, subluxation érosive), rhumatisme psoriasique (le coude est un site fréquent de psoriasis), spondyloarthrite. Bilan, avis rhumatologique.
Luxation (déformation, urgence vasculo-nerveuse — §01), fracture supracondylienne de l'enfant (ischémie de Volkmann — §01), fractures de la tête radiale et de l'olécrane, entorses des collatéraux (valgus/varus). Chez le petit enfant, la pronation douloureuse (subluxation de la tête radiale, après traction sur le bras) se réduit en un geste.
Après traumatisme ou immobilisation prolongée : perte d'amplitude (surtout extension), parfois ossifications péri-articulaires. Rééducation prudente, jamais forcée (risque d'aggravation) ; avis si raideur fixée.
Le coude associe trois articulations dans une même capsule ; la douleur se lit surtout par le bord où elle siège.9
Huméro-ulnaire (trochléenne : flexion-extension) ; huméro-radiale (capitulum-tête radiale : participe aussi à la prono-supination) ; radio-ulnaire proximale (pronation-supination, synchrone de la radio-ulnaire distale au poignet). Amplitudes normales : flexion ~145°, extension 0°, pronation et supination ~90°.
Externe : épicondyle latéral (extenseurs), tête radiale (~2 cm en dessous, tourne en prono-supination). Interne : épicondyle médial (fléchisseurs-pronateurs), gouttière du nerf ulnaire (entre épicondyle médial et olécrane). Postérieur : olécrane, bourse superficielle, tendon du triceps ; le triangle olécrane-épicondyles (coude fléchi) trahit une luxation s'il est rompu. Antérieur : tendon du biceps, artère brachiale (en dedans), nerf médian.
Ulnaire (gouttière interne → 4e-5e doigts) ; radial et sa branche profonde (interosseux postérieur → extension des doigts) ; médian et l'interosseux antérieur (avant-bras antérieur → 3 premiers doigts). Toute douleur de coude avec paresthésies impose de les localiser.
Un ordre structuré et toujours comparatif. La règle utile : une limitation d'apparition rapide de l'extension oriente vers l'intra-articulaire.9
Rappel de valeur. Peu de tests du coude « font » le diagnostic : on combine l'histoire, la localisation du point douloureux et une ou deux manœuvres bien choisies.1
Comment faire chaque manœuvre et sa valeur. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00). La leçon : peu de tests sont réellement discriminants.
Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, le test ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source (rien n'est inventé). La plupart des tests du coude sont peu validés, sur de petits effectifs.
| Test (cible) | Se | Sp | Statut | Source |
|---|---|---|---|---|
| Épicondylite latérale | ||||
| Cozen (extension poignet résistée) | ~0,91 | — | 1 étude, biais | Karanasios 20222 |
| Mill · Maudsley | — | — | non validés | Zwerus 20181 |
| Ligament collatéral ulnaire | ||||
| Moving valgus stress test | ~1,00 | ~0,75 | n=21 (17/17 ; 3/4) | O'Driscoll 20054 |
| Nerf ulnaire (tunnel cubital) | ||||
| Flexion + pression (combiné) | ~0,91 | — | Se seule | Novak 19945 |
| Tinel au coude | ~0,70 | — | Sp non fiable | Novak 19945 |
| Scratch collapse test | ~0,69 | — | peu reproductible | Cheng 20086 |
| Rupture du biceps distal | ||||
| Hook test | ~1,00 | ~1,00 | petit n | O'Driscoll 20077 |
| Biceps squeeze test | ~0,96 | — | Sp non fiable | Ruland 20058 |
| Instabilité postéro-latérale | ||||
| Pivot-shift / chair-push (éveillé) | faible | — | série de 8 | Regan 20063 |
Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire quand elle est identifiable.
Dans la paralysie du nerf ulnaire, le patient qui pince une feuille entre pouce et index compense la faiblesse de l'adducteur du pouce par une flexion de l'interphalangienne du pouce (long fléchisseur, nerf médian).
L'article : Froment J. La préhension dans les paralysies du nerf cubital et le signe du pouce. Presse Méd. 1915.
Coude fléchi à 90°, supination active : le doigt de l'examinateur tente d'accrocher le bord latéral du tendon distal du biceps. Impossible = rupture.
L'article : O'Driscoll SW, Goncalves LB, Dietz P. The hook test for distal biceps tendon avulsion. Am J Sports Med. 2007;35(11):1865-1869.
Neuropathie isolée du nerf interosseux antérieur (branche motrice du médian) : déficit du long fléchisseur du pouce et du fléchisseur profond de l'index — pince pouce-index en « O » impossible (signe du « OK ») — sans trouble sensitif.
L'article : Kiloh LG, Nevin S. Isolated neuritis of the anterior interosseous nerve. Br Med J. 1952;1(4763):850-851.
Ostéochondrose du capitulum huméral chez l'enfant (~5-10 ans) : douleur latérale du coude, aspect radiologique évoquant une nécrose (comparable à la maladie de Legg-Calvé-Perthes de la hanche).
L'article : Panner HJ. An affection of the capitulum humeri resembling Calvé-Perthes' disease of the hip. Acta Radiol. 1929;10:234-242.
Contrainte valgus constante appliquée pendant une extension rapide du coude fléchi : douleur médiale reproduite dans un secteur angulaire.
L'article : O'Driscoll SW, Lawton RL, Smith AM. The "moving valgus stress test" for medial collateral ligament tears of the elbow. Am J Sports Med. 2005;33(2):231-239.
La percussion d'un tronc nerveux comprimé ou en régénération déclenche des fourmillements dans son territoire ; au coude, sur le nerf ulnaire (gouttière) ou en cas de tunnel radial.
L'article : Tinel J. Le signe du « fourmillement » dans les lésions des nerfs périphériques. Presse Méd. 1915;23:388-389.
Des signes simples encore utiles — et des habitudes que les preuves ont corrigées.
Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier.
Sources des programmes (médecine fondée sur les preuves) : Épicondylite latérale1011 · Épicondylite médiale1011.
Méthode. Le socle sémiologique (anatomie, examen par bord, diagnostic différentiel par localisation) suit un traité d'examen de l'appareil locomoteur9, complété pour l'exhaustivité des entités par un traité d'appareil locomoteur (luxations, arthrose, syndromes canalaires, tendinopathies). Les valeurs diagnostiques (Se/Sp) proviennent d'une revue systématique et de séries de validation primaires, vérifiées sur PubMed. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités.
Réserves honnêtes. (1) La sémiologie du coude est peu et mal validée : la plupart des tests isolés n'ont pas de Se/Sp établie.1 (2) Les rares valeurs disponibles (moving valgus, hook, squeeze, tests de Novak) viennent de petites séries mono-centriques à haut risque de biais, avec référence chirurgicale — chiffres réels mais fragiles, affichés avec leur effectif. (3) Plusieurs signes classiques (Mill, Maudsley, épicondylite médiale, milking, rupture du triceps, tunnel radial) n'ont aucune valeur chiffrée : présentés sans Se/Sp. « — » = valeur non fournie par la source ; sources primaires des éponymes dans chaque carte (§11).