Un examen de la cheville et du pied organisé par motif de consultation. De la plainte, on déroule l'examen pas à pas et on cible la manœuvre utile — dont on connaît la valeur réelle (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance) — jusqu'au diagnostic. À ne jamais manquer : la rupture du tendon d'Achille, l'entorse haute (syndesmose), la fracture (règles d'Ottawa), l'arthrite septique et, chez l'enfant, la hanche.
Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours indique le test à faire en priorité, puis où aller selon qu'il est positif ou négatif, jusqu'au diagnostic. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur dans le panneau de droite.
Aide-mémoire — Règles d'Ottawa (cheville & pied). Radiographie après un traumatisme si douleur de la zone malléolaire ou du médio-pied ET au moins un critère : sensibilité osseuse du bord postérieur ou de la pointe d'une malléole (6 cm) ; sensibilité de la base du 5e métatarsien ou de l'os naviculaire ; impossibilité de faire 4 pas en charge. Sensibilité proche de 98 % pour les fractures. Idée reçue à corriger : ces règles n'ont pas de critère d'âge — le seuil ≥ 55 ans appartient à la règle du genou ; chez l'enfant elles sont fiables dès ~6 ans, avec plus de prudence avant. Bachmann 20031 ; Dowling 20092.
Après avoir écarté la fracture (Ottawa) et la rupture d'Achille, le mécanisme oriente. L'examen ligamentaire est plus fiable différé au 4e-5e jour, une fois l'hématome résorbé (van Dijk).
| Mécanisme | Signe d'appel | Tests clés | Diagnostic |
|---|---|---|---|
| Inversion (pied en dedans) | douleur/œdème pré-malléolaire latéral | tiroir antérieur, tilt talien | Entorse latérale (LTFA ± LCF) |
| Rotation externe / éversion | douleur au-dessus de la cheville, syndesmose | squeeze test, Kleiger | Entorse haute (syndesmose) |
| Rotation externe + douleur médiale | malléole médiale, haut de la fibula | Ottawa → radio (Maisonneuve) | Fracture bi-malléolaire / Maisonneuve |
| Flexion plantaire brutale / « coup de fouet » | douleur postérieure, encoche | Thompson, Matles | Rupture du tendon d'Achille |
| Écrasement du médio-pied | ecchymose plantaire, douleur du tarse | radio en charge comparative | Lésion de Lisfranc |
| Déformation majeure | pouls, coloration des orteils | examen vasculo-nerveux | Luxation / fracture ouverte |
Grader l'entorse latérale se fait mal cliniquement en aigu ; ce qui compte est d'écarter la fracture (Ottawa), la syndesmose et la rupture d'Achille, puis d'initier une prise en charge fonctionnelle (voir les auto-exercices, 12).
Le siège de la douleur (dessous vs derrière) et l'horaire orientent.
Seuils : ≤ 4 → goutte peu probable (~2 %) · 4,5–7,5 → incertain, la ponction tranche · ≥ 8 → très probable (~83 %). La certitude reste la mise en évidence des cristaux d'urate. N'exclut pas une arthrite septique (fièvre, porte d'entrée) : au moindre doute, ponctionner.3
Réflexe de sécurité : une douleur du pied ou de la cheville peut venir de la hanche ; examiner la marche.
La douleur élective d'un repère oriente d'emblée. On palpe toujours de façon comparative. Le pied compte 26 os : arrière-pied (talus, calcanéus), médio-pied (5 os du tarse : naviculaire, cuboïde, 3 cunéiformes), avant-pied (métatarsiens, phalanges).
Pour chaque manœuvre : technique, réponse positive, ce qu'elle teste, et sa valeur. Un test sensible écarte, un test spécifique confirme. Quand aucune valeur fiable n'existe, le signe est marqué descriptif.
| Manœuvre | Se | Sp | Réf |
|---|---|---|---|
| Fracture | |||
| Règles d'Ottawa (cheville & pied) | ~98 % | ~32 % | 1 |
| Entorse latérale | |||
| Tiroir antérieur — examen combiné J4-5 | ~96 % | ~84 % | 4 |
| Tiroir antérieur — isolé (chronique) | ~54 % | ~87 % | 5 |
| Tilt talien (inversion forcée) | 17-66 % | 82-100 % | 5 |
| Syndesmose | |||
| Squeeze test | ~30 % | ~94 % | 6 |
| Rotation externe (Kleiger) | ~20 % | ~85 % | 6 |
| Achille & autres | |||
| Thompson / Simmonds | ~96 % | ~93 % | 8 |
| Matles | ~88 % | ~85 % | 8 |
| Windlass (en charge) | ~32 % | ~100 % | 9 |
| Pincement pouce-index (Morton) | ~96 % | ~100 % | 10 |
| Podagre (goutte) | ~99 % | ~8 % | 3 |
Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve et ses sources ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier. Ces mêmes ordonnances sont accessibles depuis chaque diagnostic de l'aiguillage (00).
Sources des programmes (EBP) : entorse & instabilité de cheville14151617 · tendinopathie d'Achille corporéale1819 · Achille insertionnelle20 · fasciite plantaire2122 · dysfonction du tibial postérieur23 · névrome de Morton / métatarsalgie24.
Le pied humain est une prouesse de la bipédie : une arche élastique qui amortit et restitue l'énergie à chaque pas.
La voûte plantaire et l'aponévrose plantaire forment un ressort : la dorsiflexion des orteils tend l'aponévrose et rigidifie le pied à la propulsion (mécanisme du treuil, décrit par Hicks) — le même que teste le signe de Windlass. Le tendon d'Achille stocke et rend l'énergie élastique, ce qui rend la course endurante possible ; mais cette architecture, sollicitée par le sport et le chaussage moderne, se paie en tendinopathies et en fasciites.
L'entorse latérale est la rançon d'une cheville faite pour la mobilité : le ligament talo-fibulaire antérieur, le plus faible, cède en inversion — le traumatisme le plus fréquent de l'appareil locomoteur. Le chaussage étroit, lui, favorise hallux valgus et névrome de Morton, quasi absents dans les populations habituellement déchaussées : un mismatch entre un pied façonné pour marcher pieds nus et nos usages récents.
À retenir. Beaucoup de pathologies du pied sont des surmenages d'une structure élastique remarquable ; la gestion de la charge et le chaussage en sont des leviers modifiables. Hypothèses évolutionnistes étayées, à présenter comme telles.
Le pied et la cheville portent une pluie d'éponymes. Les voici par ordre alphabétique, avec l'article d'origine.
Parisien, pionnier de la chirurgie urologique, professeur à Paris et coauteur avec Desault d'un traité de chirurgie.
Professeur d'orthopédie à Cincinnati pendant 37 ans (par ailleurs violoniste et botaniste amateur). Souvent nommé à tort « Alfred ».
Premier titulaire d'une chaire d'orthopédie en Scandinavie, pionnier de la réadaptation.
« Père de l'orthopédie moderne » à Liverpool ; il installe une radio dès 1896 et sera le premier président de la SICOT.
Chirurgien du Hospital for Joint Diseases, auteur de travaux de référence sur la mécanique des traumatismes de cheville.
Pionnier de l'ostéo-radiologie, cofondateur de la Deutsche Röntgengesellschaft (1905), auteur d'un atlas de référence.
Élève de Dupuytren (et son grand rival), chirurgien-chef de La Pitié, réputé pour sa voix tonitruante.
Élève de Dupuytren, fondateur de la Société de chirurgie ; le premier à expliquer le rôle de la rotation externe dans les fractures de cheville.
Chirurgien orthopédiste new-yorkais ; peu de données biographiques au-delà de sa description.
Chirurgien de Philadelphie, aussi pionnier de l'appendicectomie. À ne pas confondre avec Dudley Joy Morton (1884–1960), le « pied de Morton » = 1er métatarsien court, 1927.
Il décrit en 1951 le mécanisme de la métatarsalgie de Morton et le clic éponyme. Prénom « Jan Derk » non confirmé.
Chirurgien-assistant au Children's Hospital de Boston (Harvard), il rattache correctement une talalgie de l'enfant à l'apophyse calcanéenne en croissance.
Chirurgien du Royal Army Medical Corps, il collabora ensuite avec John Charnley sur la prothèse de hanche. Souvent nommé à tort « Robert William ».
Chirurgien au Hospital for Special Surgery (New York), président de l'AAOS.
Il étudie les lésions des nerfs périphériques chez les blessés de la Première Guerre mondiale.
Sources biographiques : whonamedit.com, LITFL (Medical Eponym Library), PubMed. Corrections d'attribution notables : Freiberg s'appelle Albert (pas Alfred) ; Simmonds s'appelle Franklin Adin (pas Robert William) ; le prénom de Maisonneuve est contesté (Jacques-Gilles Thomas vs Jules Germain) ; il existe deux Morton distincts (Thomas George = névrome ; Dudley Joy = pied court). Dates introuvables (Matles, Kleiger) et paginations anciennes (Sever, Freiberg, Haglund, Chopart) restent « à vérifier ».
Les vieux signes encore utiles (Simmonds-Thompson, Silfverskjöld, Coleman, Jack/Hübscher, Cotton) figurent au catalogue. Voici ceux délaissés à juste titre — et quelques éponymes cités par erreur.
Recensé par de nombreuses sources cliniques ; sans valeur diagnostique établie.
Provenance incertaine : la citation primaire (« Keen, JBJS 1950 ») n'a pu être vérifiée — à confirmer ou à écarter.