SemioClic · sémiologie fondée sur les preuves

Cœur & vaisseaux :
le motif oriente,
le signe tranche

La sémiologie cardiovasculaire procède en deux temps : écarter d'abord les urgences vitales, puis, à partir du motif, cibler le signe utile — dont on connaît la valeur réelle. L'auscultation reste centrale : cinq foyers, B1-B2, galops, souffles systoliques et diastoliques.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche rédigée et vérifiée (sources en fin de page).
Aide au raisonnement — ne remplace ni l'examen, ni l'ECG, ni le jugement clinique, ni l'imagerie quand ils sont indiqués.
Par où commencer
00 — AIGUILLAGE

Du motif au diagnostic, pas à pas

Choisissez le motif : à chaque étape, l'outil indique le signe utile et sa valeur, jusqu'au diagnostic. Tapez un diagnostic dans la recherche, ou déroulez le parcours. Cliquez un test (pastille 🔍) pour voir sa technique et sa valeur dans le panneau de détail.

Aide-mémoire — les urgences d'abord. Devant toute plainte cardiovasculaire, écarter d'emblée : syndrome coronarien aigu (ECG + troponine), dissection aortique (douleur déchirante, asymétrie de pouls/pression), embolie pulmonaire (dyspnée + tachycardie, score de Wells), tamponnade (triade de Beck, pouls paradoxal), œdème aigu du poumon, ischémie aiguë de membre (5 P). Au moindre doute : ECG, et adressage.

Certains territoires vasculaires sont traités dans d'autres fiches. L'ischémie mésentérique → fiche digestive/abdominale ; l'AVC / AIT et l'ischémie carotidienne symptomatique → fiche neurologique ; l'ischémie rétinienne (occlusion de l'artère centrale de la rétine) → fiche « œil ». On garde ici leurs signes d'appel cardiovasculaires (souffle carotidien, FA emboligène, asymétrie de pouls).
01 — SIGNES D'ALARME & URGENCES

Ce qu'il faut écarter en premier

02 — DOULEUR THORACIQUE

Douleur thoracique : éliminer les urgences

Cinq grandes urgences à écarter devant toute douleur thoracique : syndrome coronarien aigu / infarctus, dissection aortique, embolie pulmonaire, péricardite (et sa complication la tamponnade), pneumothorax. Au moindre doute : ECG.

Repère. Une douleur reproduite à la palpation est un argument (imparfait) contre une origine coronarienne, mais ne l'élimine jamais à elle seule : devant tout doute, ECG.
03 — DYSPNÉE, IC & VALVES

Dyspnée, insuffisance cardiaque & valvulopathies

Valeur (dyspnée aux urgences). Le galop B3 (LR+ ~11) et la congestion pulmonaire radiologique (LR+ ~12) confirment l'insuffisance cardiaque ; un BNP < 100 pg/mL l'exclut (LR− 0,11)1. En ambulatoire (dyspnée chronique), les seuils d'exclusion sont plus bas (NT-proBNP < 125 pg/mL). Aucun signe isolé ne suffit.

04 — PALPITATIONS & SYNCOPE

Palpitations, syncope & troubles du rythme

Palpitations

Syncope / lipothymie

05 — ŒDÈME, TVP & ARTÈRES

Œdème des membres, thrombose & artériopathie

Œdème des membres inférieurs

Artériopathie & ischémie de membre

Valeur. Pour l'AOMI symptomatique : souffle fémoral LR+ ~5,6, abolition des pouls pédieux LR+ ~4,7 ; l'IPS reste le test de référence2. Pour la TVP : le score de Wells stratifie (faible ~5 %, intermédiaire ~17 %, élevé ~53 %), les D-dimères excluent (suspicion faible)3.

06 — HYPERTENSION ARTÉRIELLE

Hypertension artérielle

07 — AUSCULTATION & EXAMEN

L'examen cardiovasculaire pas à pas

  1. Constantes & inspection — pouls (rythme, symétrie), pression aux 2 bras, fréquence respiratoire, SpO₂ ; cyanose, marbrures, temps de recoloration cutanée (> 3 s = hypoperfusion), turgescence jugulaire, œdèmes ; recherche du choc de pointe (déplacé/étalé si cardiomégalie).
  2. Palpation — choc de pointe, frémissement (thrill) traduisant un souffle intense, pouls périphériques (fémoraux, poplités, pédieux, tibiaux postérieurs) comparatifs.
  3. Percussion — la percussion de la matité cardiaque peut dépister une cardiomégalie (assez sensible, peu spécifique), mais elle est aujourd'hui supplantée par la radiographie et l'échographie5.
  4. Auscultation — 5 foyers : aortique (2e espace intercostal droit, EICD), pulmonaire (2e espace intercostal gauche, EICG), tricuspidien (appendice xiphoïde), mitral (pointe, 5e EICG), + foyer d'Erb (3e EICG).
  5. Les bruitsB1 (fermeture mitrale/tricuspide, pointe) ; B2 (fermeture aortique/pulmonaire, base ; dédoublement inspiratoire physiologique, fixe dans la communication interauriculaire, paradoxal dans le bloc de branche gauche ou le RA serré ; éclat en cas d'HTA/HTAP ; A2 aboli si calcification aortique). Entre B1 et B2 = systole.
  6. GalopsB3 protodiastolique (remplissage rapide d'un ventricule dilaté : insuffisance cardiaque) ; B4 télédiastolique (systole auriculaire contre un ventricule rigide : HVG, ischémie ; absent en fibrillation atriale, faute de systole auriculaire).
  7. Souffles — préciser temps (systolique/diastolique), foyer maximal, irradiation, intensité (échelle de Levine /6), et l'effet des manœuvres (inspiration = Rivero-Carvallo pour l'IT ; Valsalva/lever augmentent le souffle de la cardiomyopathie hypertrophique et du prolapsus mitral).
  8. Ne pas oublierfrottement péricardique (bruit de cuir, péricardite), foie/reflux hépato-jugulaire, auscultation des carotides et des trajets artériels (souffles), examen des membres (TVP, ischémie).
08 — LES SOUFFLES

Décrire et reconnaître un souffle, pas à pas

Un souffle se décrit en sept points. Une fois ces points précisés, il « parle » : le temps et le foyer suffisent le plus souvent à nommer la valvulopathie. Servez-vous de l'explorateur, puis entraînez votre oreille sur les banques sonores.

1 · Les sept points d'un souffle

PointCe qu'on préciseExemple discriminant
TempsSystolique (entre B1 et B2), diastolique (après B2), ou continuDiastolique = toujours pathologique
Foyer maximalAortique (2e EICD), pulmonaire (2e EICG), tricuspidien (xiphoïde), mitral (pointe), Erb (3e EICG)Pointe = mitral · base droite = aortique
IrradiationOù le souffle « file »Carotides = RA · aisselle = IM
IntensitéÉchelle de Levine /6 (ci-dessous)≥ 4/6 = frémissement (thrill) palpable
Timbre / tonalitéRude, râpeux, doux, humé, roulantRâpeux = RA · doux aspiratif = IA
FormeCrescendo-decrescendo (losangique, éjectionnel) ou en plateau (holosystolique)Losange = éjectionnel (RA) · plateau = régurgitant (IM)
ManœuvresEffet de l'inspiration, du Valsalva/lever, de l'accroupissement, de la poignée isométriqueInspiration ↑ (Rivero-Carvallo) = cœur droit

Sigles : RA rétrécissement aortique · IM insuffisance mitrale · IT insuffisance tricuspide · IA insuffisance aortique · RM rétrécissement mitral.

Échelle de Levine (intensité /6). 1 : à peine audible, effort d'attention · 2 : faible mais audible d'emblée · 3 : franc, sans frémissement · 4 : fort avec frémissement (thrill) · 5 : très fort, stéthoscope à peine posé · 6 : audible stéthoscope décollé de la peau. Le thrill (≥ 4/6) signe un souffle organique. Décrite par Freeman & Levine, Ann Intern Med 1933.

2 · Explorateur de souffles

Choisissez le temps puis le foyer/manœuvre dominant : l'outil propose la valvulopathie la plus probable et sa description. Outil pédagogique — il ne remplace pas l'échocardiographie.

Sélectionnez le temps et le foyer pour afficher le souffle correspondant.

3 · Les grands souffles en un tableau

SouffleTempsFoyer & irradiationTimbre / formeManœuvre cléCe qu'il signe
Rétrécissement aortiqueSystoliqueAortique → carotidesRude, losangique↓ B2, pouls parvus et tardusSténose valvulaire aortique
Insuffisance mitraleSystoliquePointe → aisselleDoux, en plateau (holosystolique)↑ handgrip (comme IA, CIV ; ≠ RA/CMH)Fuite mitrale
Insuffisance tricuspideSystoliqueXiphoïdeDoux, holosystolique↑ en inspiration (Rivero-Carvallo)Fuite tricuspide (cœur droit)
Cardiomyopathie hypertrophiqueSystoliqueBord gauche / pointeÉjectionnel, variable↑ Valsalva & au lever, ↓ accroupissementObstacle dynamique sous-aortique
Insuffisance aortiqueDiastoliqueBord gauche (Erb), penché en avantDoux, aspiratif, decrescendo↑ poignée isométrique ; signes périphériquesFuite valvulaire aortique
Rétrécissement mitralDiastoliquePointe (décubitus latéral G)Roulement, éclat de B1, claquement d'ouvertureCampanule, après effortSténose valvulaire mitrale
Souffle fonctionnelSystoliqueBord gauche, sans irradiationDoux, bref, musicalVarie avec la position, examen normalAnorganique (enfant, grossesse, anémie, fièvre)
Repères classiques de sémiologie ; la confirmation et la quantification reposent sur l'échocardiographie. La détection auditive d'un souffle a une reproductibilité inter-observateur modérée6.
Pour s'entraîner à l'oreille. Les descriptions écrites ne remplacent pas l'écoute répétée. Des bibliothèques sonores pédagogiques permettent de mémoriser les souffles : 3M Littmann (Littmann Learning Institute / SoundBuilder), Eko (ekohealth.com — stéthoscopes numériques et exemples audio) et la banque « Heart Sounds & Murmurs » de l'Université du Michigan (accès libre). Écoutez chaque souffle au bon foyer et avec sa manœuvre.

4 · Le cœur en mouvement : la circulation, les valves et les souffles

Le schéma anime un cycle complet et suit le sang : corps → veines caves → OD → VD → artère pulmonaire → poumons → veines pulmonaires → OG → VG → aorte → corps. Le sang bleu (pauvre en oxygène) circule à droite, le rouge (oxygéné) à gauche. En systole, les valves mitrale et tricuspide se ferment, l'aortique et la pulmonaire s'ouvrent (éjection) ; en diastole, l'inverse (remplissage). Choisissez une anomalie pour voir quand naît le souffle, réglez la vitesse, mettez en pause, puis écoutez.

POUMONS CORPS a. pulm. aorte v. pulm. v. caves OD OG VD VG Pulm. Tri. Mit. Ao. B1 B2 systole diastole
Vitesse1,00×
Phase : —
Cœur normal

Deux bruits : B1 « toum » (fermeture mitrale/tricuspide, début de systole) et B2 « ta » (fermeture aortique/pulmonaire, début de diastole). Entre les deux, pas de souffle.

Sons de synthèse (bruit filtré) à visée pédagogique : ils schématisent le timbre et surtout le temps du souffle, sans remplacer de vrais enregistrements ni l'écoute au lit du malade. Pour des sons réels, voir les banques citées plus haut (Littmann, Eko, Univ. du Michigan).

09 — CATALOGUE DES SIGNES

Les signes et ce qu'ils valent

Pour chaque signe : comment le chercher, ce qu'il teste, sa valeur. Retenez qu'aucun signe isolé ne tranche — c'est la combinaison, l'ECG et l'imagerie qui confirment.

Insuffisance cardiaque

Galop protodiastolique (B3)

Réalisation
Auscultation à la pointe, patient en décubitus latéral gauche, campanule ; bruit sourd de début de diastole.
Positif si
Troisième bruit après B2 (« galop »).
Teste
Une insuffisance cardiaque (remplissage d'un ventricule dilaté).
Valeur
LR+ ~11 pour l'IC chez le dyspnéique — l'un des signes les plus utiles1.

Turgescence jugulaire & reflux hépato-jugulaire

Réalisation
Patient à 45°, tête tournée ; repérer le sommet de la pulsation jugulaire interne (> 3 cm au-dessus de l'angle sternal = élevée). Reflux : pression douce sur l'hypochondre droit 10-15 s.
Positif si
Turgescence à 45° ; montée soutenue de la colonne jugulaire au reflux.
Teste
Une élévation de la pression veineuse centrale (IC droite/globale).
Valeur
Turgescence jugulaire LR+ ~5 pour l'IC1 ; l'estimation clinique de la PVC confirme une PVC élevée mais pas une PVC basse (accord inter-observateur médiocre)7.

Valvulopathies

Rétrécissement aortique : signes du souffle

Réalisation
Souffle mésosystolique au foyer aortique ; chercher l'irradiation aux carotides, l'abolition de B2, le pouls carotidien lent (parvus et tardus) et le pic systolique tardif.
Positif si
Souffle irradié + B2 aboli + montée carotidienne lente.
Teste
Un rétrécissement aortique (et sa sévérité).
Valeur
Abolition de B2, irradiation carotidienne et pouls parvus et tardus ont les meilleurs rapports de vraisemblance ; l'absence de souffle sur la clavicule/carotide rend le RA improbable6. Règle de gravité au lit8.

Manœuvres dynamiques & échelle de Levine

Réalisation
Coter l'intensité du souffle /6 (Levine). Inspiration profonde (Rivero-Carvallo) majore les souffles du cœur droit (insuffisance tricuspide). Valsalva et passage debout augmentent le souffle de la cardiomyopathie hypertrophique et du prolapsus mitral ; l'accroupissement le diminue.
Positif si
Variation caractéristique du souffle.
Teste
L'origine et le mécanisme d'un souffle.
Valeur
La détection d'un souffle systolique a une reproductibilité inter-observateur modérée (kappa 0,3–0,5)6 ; les manœuvres orientent l'étiologie.

Péricarde & vasculaire

Pouls paradoxal

Réalisation
Brassard dégonflé lentement : noter la pression où les bruits n'apparaissent qu'en expiration, puis à toutes les respirations ; la différence > 10 mmHg = pouls paradoxal.
Positif si
Chute inspiratoire de la PAS > 10 mmHg.
Teste
Une tamponnade (aussi asthme sévère, EP).
Valeur
Chez un patient avec épanchement : LR+ ~3,3 ; surtout, son absence rend la tamponnade très improbable (LR− 0,03)9.

Pouls distaux, souffle fémoral & index de pression cheville-bras

Réalisation
Palper les pouls fémoraux, poplités, pédieux et tibiaux postérieurs, comparatifs ; ausculter les fémorales ; mesurer l'IPS (Doppler de poche : pression cheville / pression bras).
Positif si
Pouls aboli, souffle fémoral, IPS < 0,90.
Teste
Une artériopathie oblitérante des membres inférieurs.
Valeur
Souffle fémoral LR+ ~5,6 ; abolition des pouls pédieux LR+ ~4,7 ; l'IPS est plus performant que tout signe isolé2.

Souffle carotidien & asymétrie tensionnelle

Réalisation
Ausculter les carotides (souffle) ; mesurer la pression aux deux bras.
Positif si
Souffle carotidien ; asymétrie tensionnelle significative.
Teste
Une sténose carotidienne ; une dissection aortique (asymétrie).
Valeur
Souffle carotidien : bonne spécificité, mauvaise sensibilité — son absence n'exclut pas une sténose10.

Signes classiques encore utiles

Galop télédiastolique (B4)

Réalisation
Campanule à la pointe ; bruit sourd juste avant B1 (systole auriculaire contre un ventricule rigide).
Positif si
Quatrième bruit présystolique. Absent en fibrillation atriale (pas de systole auriculaire).
Teste
Une hypertrophie/rigidité ventriculaire (HVG hypertensive, ischémie, RA).
Valeur
Moins spécifique que B3 ; utile comme signe d'appel d'une cardiopathie hypertensive/ischémique.

Choc de pointe : dévié ; en dôme de Bard

Réalisation
Palper la pointe du cœur, décubitus dorsal puis latéral gauche ; repérer sa position par rapport à la ligne médio-claviculaire et au 5e EICG.
Positif si
Choc dévié en bas et à gauche, étalé (dilatation/cardiomégalie) ; ou choc en dôme, soulevant et soutenu (« dôme de Bard ») = hypertrophie ventriculaire gauche.
Teste
Une cardiomégalie / une hypertrophie ventriculaire gauche.
Valeur
Un choc de pointe dévié latéralement est assez spécifique de cardiomégalie ; peu sensible (souvent non palpable).

Signe de Harzer

Réalisation
Doigts glissés sous l'appendice xiphoïde, remontant vers le thorax, en fin d'expiration.
Positif si
Battements du ventricule droit perçus contre la pulpe des doigts.
Teste
Une hypertrophie/dilatation du ventricule droit (cœur pulmonaire, HTAP).
Valeur
Classique du retentissement droit ; peu sensible, mieux perçu chez le sujet maigre ou emphysémateux.

Signe de Kussmaul

Réalisation
Observer la veine jugulaire pendant la respiration, patient à 45°.
Positif si
Ascension paradoxale de la pression jugulaire à l'inspiration (au lieu de la baisse physiologique).
Teste
Une gêne au remplissage du cœur droit : péricardite constrictive, cœur pulmonaire, infarctus du VD.
Valeur
Spécifique de la constriction/gêne diastolique droite ; rare mais évocateur.

Signes périphériques d'insuffisance aortique

Réalisation
Chercher la constellation d'hyperpulsatilité liée à la large différentielle : pouls bondissant de Corrigan, hochement céphalique de Musset, pouls capillaire de Quincke, double ton de Traube et double souffle crural de Duroziez aux fémorales, signe de Müller (luette), signe de Hill (PAS poplitée > humérale).
Positif si
Présence de ces signes d'hyperpulsatilité.
Teste
Une insuffisance aortique (souvent volumineuse/chronique).
Valeur
Peu sensibles isolément mais évocateurs en constellation (Corrigan le plus fiable) ; l'écho confirme et quantifie.

Respiration de Cheyne-Stokes

Réalisation
Observer le cycle respiratoire au repos ou au sommeil.
Positif si
Alternance périodique crescendo-decrescendo de l'amplitude avec apnées.
Teste
Une insuffisance cardiaque avancée (aussi atteinte neurologique centrale).
Valeur
Marqueur de gravité/pronostic dans l'IC ; à interpréter selon le contexte.

Manœuvre d'Osler avec réserve

Réalisation
Gonfler le brassard au-dessus de la PAS et palper l'artère radiale/humérale.
Positif si
Artère toujours palpable (« tuyau de pipe ») alors que le pouls est aboli.
Teste
Une pseudohypertension du sujet âgé (artères incompressibles).
Valeur
Reproductibilité médiocre (formalisée par Messerli, 1985) : à évoquer devant une HTA résistante sans atteinte d'organe, sans s'y fier seule.

Signes fins & manœuvres

Bruits ajoutés à l'auscultation

Réalisation
Après B1-B2, repérer les bruits surajoutés selon leur temps et leur foyer.
Positif si
Click méso-systolique (se rapproche de B1 au Valsalva) = prolapsus mitral ; claquement d'ouverture mitral (l'intervalle B2-claquement d'autant plus court que la sténose est serrée) = rétrécissement mitral souple ; pistol shot (bruit méso-systolique) + roulement de Flint = insuffisance aortique sévère ; vibrance péricardique (sec, métallique, ↑ à l'inspiration) = péricardite constrictive.
Teste
L'étiologie fine d'une valvulopathie ou d'une constriction.
Valeur
Signes classiques souvent oubliés ; l'écho confirme.

Manœuvre de Pemberton

Réalisation
Faire lever et maintenir les deux bras au-dessus de la tête ~1 min.
Positif si
Apparition d'une cyanose faciale, d'un œdème du visage et d'une turgescence jugulaire.
Teste
Un syndrome cave supérieur / un obstacle médiastinal.
Valeur
Simple et évocateur devant un œdème « en pèlerine ».

Tests du défilé thoracobrachial (Adson, Roos)

Réalisation
Adson : extension-rotation de la tête du côté testé + inspiration, bras en abduction. Roos / EAST : bras à 90° d'abduction-rotation externe, ouverture-fermeture des mains 3 min.
Positif si
Reproduction des paresthésies / diminution du pouls radial (Adson) ; épuisement et symptômes avant 3 min (Roos).
Teste
Une compression neurovasculaire à la traversée cervico-thoraco-brachiale.
Valeur
Adson : ~40 % de faux positifs (un test négatif a plus de valeur) ; Roos : bonne valeur prédictive négative.

Symptômes fonctionnels rares (interrogatoire)

Réalisation
Les faire préciser à l'interrogatoire : dyspnées et équivalents positionnels.
Positif si
Blockpnée d'effort (blocage respiratoire, équivalent d'angor) ; trépopnée (dyspnée dans un décubitus latéral) ; platypnée (dyspnée en position debout, soulagée couché — shunt) ; ictus laryngé (syncope à la toux).
Teste
Des équivalents rares mais évocateurs.
Valeur
Peu connus, utiles à reconnaître pour ne pas les banaliser.
10 — RÉCAPITULATIF

Valeur des signes en un coup d'œil

SigneOriente versSeSpLR+LR−
Insuffisance cardiaque (dyspnée)
Galop B3Insuffisance cardiaque~13 %~98 %~11
Turgescence jugulaireInsuffisance cardiaque~37 %~87 %~5,1~0,66
Reflux hépato-jugulaireInsuffisance cardiaque~14 %~93 %
Crépitants pulmonairesInsuffisance cardiaque~62 %~68 %~2,8
Œdèmes des membres inférieursInsuffisance cardiaque~52 %~75 %~2,3
Congestion pulmonaire (RxT)Insuffisance cardiaque~12
BNP < 100 pg/mLExclut l'IC0,11
Cœur : cavités & valves
Choc de pointe déviéCardiomégalie~59 %~76 %
B2 aortique aboliRétrécissement aortique~78 %~92 %
Absence de souffle carotide/claviculeExclut le RA~0,10
Pouls paradoxal > 10 mmHgTamponnade~82 %~3,30,03
Vasculaire
Souffle carotidienSténose carotidienne~53–77 %~71–83 %
Souffle fémoralAOMI~5,60,39
Abolition des pouls pédieuxAOMI~4,70,38
IPS (cheville-bras) < 0,90AOMI~75 %~86 %
Se = sensibilité, Sp = spécificité ; LR = rapport de vraisemblance ; « — » = non disponible dans la source (souvent : la référence ne publie qu'un LR, ou l'inverse). Se/Sp de l'insuffisance cardiaque d'après Martindale 201611 ; choc de pointe (cible = cardiomégalie radiologique) O'Neill 198912 (à consolider sur l'original) ; B2 aboli du RA Se≈78 %/Sp≈92 % (Gamaza-Chulián 2020, réf. à vérifier) ; souffle carotidien McColgan 201210 / Johansson 200813 ; IPS Xu14 ; pouls paradoxal Roy 20079. LR agrégés des séries Rational Clinical Examination162. À retenir : la plupart de ces signes sont peu sensibles mais spécifiques (ils confirment sans éliminer) ; le pouls paradoxal fait exception (Se ≈ 82 %, surtout utile pour exclure une tamponnade).
11 — ÉPONYMES

Qui se cache derrière les signes ?

La cardiologie est le royaume des éponymes. Les voici par ordre alphabétique, avec l'article d'origine.

Robert Adams & William Stokes — syndrome d'Adams-Stokes

Médecins irlandais · Adams 1791–1875, Stokes 1804–1878

Deux figures de l'école de Dublin ; Stokes laisse aussi son nom à la respiration de Cheyne-Stokes. L'antériorité revient à Morgagni (1761), d'où « syndrome de Morgagni-Adams-Stokes ».

Le syndrome : syncope brutale par bloc auriculo-ventriculaire de haut degré (asystolie/bradycardie extrême), parfois avec convulsions — à ne pas confondre avec une crise comitiale.
L'article : Adams R. Dublin Hosp Rep. 1827;4:353-453. — Stokes W. Dublin Q J Med Sci. 1846;2:73-85 (paginations à vérifier).

Austin Flint — souffle d'Austin Flint

Interniste américain · 1812–1886

Pionnier américain de l'auscultation, auteur du premier manuel américain de maladies cardiaques (1859) et président de l'AMA — ironiquement opposé aux signes portant le nom de leur descripteur.

Le souffle (1862) : roulement méso/télédiastolique de la pointe au cours de l'insuffisance aortique (par gêne de l'ouverture mitrale).
L'article : Flint A. On cardiac murmurs. Am J Med Sci. 1862;44:29-54 (à vérifier sur l'original).

Claude Schaeffer Beck — triade de Beck

Chirurgien cardiaque américain · 1894–1971

Pionnier de la chirurgie cardiaque : première défibrillation humaine réussie (1947) ; il diffusa dès 1950 des cours de réanimation.

La triade (1935) : hypotension + turgescence jugulaire + assourdissement des bruits du cœur = tamponnade. Présente chez une minorité seulement des patients tamponnés.
L'article : Beck CS. Two cardiac compression triads. JAMA. 1935;104(9):714-716.

Hulusi Behçet — maladie de Behçet

Dermatologue turc · 1889–1948

Professeur de dermatologie à Istanbul ; il rassemble en 1937 une triade jusque-là éparse en une entité autonome.

La maladie (1937) : aphtose bipolaire (buccale + génitale) + uvéite ; vascularite pouvant toucher les gros troncs veineux.
L'article : Behçet H. Über rezidivierende, aphthöse, durch ein Virus verursachte Geschwüre… Dermatol Wochenschr. 1937;105:1152-1157 (à vérifier).

Frères Brugada — syndrome de Brugada

Cardiologues catalans (Espagne) · Pedro, Josep & Ramon (identités/dates à vérifier)

Trois frères rythmologues ; ils individualisent en 1992 une cause de mort subite sur cœur structurellement normal.

Le syndrome (1992) : syncope/fibrillation ventriculaire au repos ou la nuit, ECG type 1 (sus-décalage ST en V1-V2), démasqué par la fièvre.
L'article : Brugada P, Brugada J. Right bundle branch block, persistent ST segment elevation and sudden cardiac death. J Am Coll Cardiol. 1992;20(6):1391-1396.

Leo Buerger — maladie de Buerger

Pathologiste/chirurgien austro-américain · 1879–1943

Au Mount Sinai (New York), il donne en 1908 la première description anatomopathologique précise de la thromboangéite oblitérante liée au tabac.

La maladie (1908) : thromboangéite oblitérante — atteinte inflammatoire segmentaire des artères et veines des membres, quasi exclusive du fumeur. Antériorité : von Winiwarter, 1879.
L'article : Buerger L. Thrombo-angiitis obliterans: a study of the vascular lesions leading to presenile spontaneous gangrene. Am J Med Sci. 1908;136(4):567-580.

John Cheyne & William Stokes — respiration de Cheyne-Stokes

Médecins écossais (1777–1836) & irlandais (1804–1878)

Cheyne (Dublin) décrit la respiration périodique en 1818 ; Stokes la détaille en 1854 en la reliant à l'insuffisance cardiaque. Stokes laisse aussi son nom au syndrome d'Adams-Stokes (syncope par bloc auriculo-ventriculaire).

La respiration : alternance d'hyperventilation croissante-décroissante et d'apnées — marqueur pronostique dans l'insuffisance cardiaque.
L'article : Cheyne J. A case of apoplexy… Dublin Hosp Rep. 1818;2:216-223. — Stokes W. The Diseases of the Heart and the Aorta. Dublin ; 1854.

Carey Coombs — roulement de Carey Coombs

Cardiologue britannique · 1879–1932

Cardiologue de Bristol, il consacra ses travaux à la cardite rhumatismale de l'enfant et écrivit Rheumatic Heart Disease (1924).

Le roulement (1907) : roulement mésodiastolique doux de la pointe, dû à la valvulite mitrale du rhumatisme articulaire aigu ; transitoire et sans claquement d'ouverture (≠ rétrécissement mitral organique).
L'article : Coombs CF. Rheumatic carditis in childhood. Bristol Med Chir J. 1907;25(97):193-200.

Sir Dominic John Corrigan — pouls de Corrigan

Médecin irlandais · 1802–1880

L'un des cliniciens irlandais les plus influents du XIXe siècle pour ses observations sur le cœur.

Le pouls (1832) : pouls bondissant et collapsant (« coup de bélier ») de l'insuffisance aortique — le plus fiable des signes périphériques.
L'article : Corrigan DJ. On permanent patency of the mouth of the aorta, or inadequacy of the aortic valves. Edinb Med Surg J. 1832;37:225-245.

Alfred de Musset — signe de de Musset

Poète français · 1810–1857 (patient, non médecin)

Le poète romantique aurait présenté une insuffisance aortique sévère ; l'anecdote fut consignée par son frère Paul, et l'éponyme forgé a posteriori par Armand Delpeuch (1900). Seul signe cardiaque nommé d'après un patient.

Le signe : balancement rythmique de la tête, synchrone du pouls, dans l'insuffisance aortique sévère.
L'article : Anecdote : Musset P de. Biographie de Alfred de Musset. Paris ; 1877. Éponyme : Delpeuch A, Presse Méd. 1900 (observation datée de mars 1842 ; cause débattue).

Paul Louis Duroziez — double souffle crural

Médecin français · 1826–1897

Ancien chef de clinique de Bouillaud, prix Corvisart 1852, président de la Société de médecine de Paris.

Le signe (1861) : double souffle (systolique + diastolique) à l'auscultation de l'artère fémorale comprimée — insuffisance aortique.
L'article : Duroziez PL. Du double souffle intermittent crural, comme signe de l'insuffisance aortique. Arch Gén Méd. 1861;17:417-443, 588-605 (antériorité établie du Portugais P. F. da Costa Alvarenga, 1855 — d'où « signe d'Alvarenga-Duroziez »).

Nikolaus Friedreich — signe de Friedreich

Pathologiste/neurologue allemand · 1825–1882

Professeur à Heidelberg, surtout connu pour l'ataxie de Friedreich — à ne pas confondre avec ce signe cardiovasculaire.

Le signe (1864) : collapsus diastolique brusque des jugulaires (descente « y » profonde) — péricardite constrictive.
L'article : Friedreich N. Zur Diagnose der Herzbeutelverwachsungen. Virchows Arch. 1864;29:296-312 (année 1864 vs 1880 selon LITFL — à vérifier).

Louis Gallavardin — phénomène de Gallavardin

Cardiologue français · 1875–1957

Fondateur de l'école lyonnaise de cardiologie (~360 publications), président de la Société française de cardiologie (1946).

Le phénomène (1925) : dissociation du souffle du rétrécissement aortique — composante rude au foyer aortique, composante musicale irradiée à la pointe (piège pour une insuffisance mitrale).
L'article : Gallavardin L, Ravault P. Lyon Médical. 1925;135:523-529 (pagination à vérifier).

Graham Steell — souffle de Graham Steell

Cardiologue britannique · 1851–1942

Cardiologue du Manchester Royal Infirmary, passionné d'auscultation — gêné que le souffle porte son nom.

Le souffle (1888) : souffle diastolique d'insuffisance pulmonaire secondaire à l'hypertension artérielle pulmonaire (classiquement sur rétrécissement mitral).
L'article : Steell G. The murmur of high-pressure in the pulmonary artery. Med Chron (Manchester). 1888;9:182-188 (à vérifier).

Sir Leonard Erskine Hill — signe de Hill

Physiologiste britannique · 1866–1952

Travaux sur la circulation cérébrale et la sphygmomanométrie ; FRS 1900.

Le signe (1909) : différentiel de pression systolique poplitée–humérale majoré (≥ 60 mmHg) dans l'insuffisance aortique sévère. Aujourd'hui considéré comme un artéfact de la mesure au brassard au membre inférieur (non retrouvé en mesure intra-artérielle).
L'article : Hill L, Flack M. The measurement of systolic blood pressure in man. Heart. 1909;1:73-82 (attribution/pagination à nuancer).

Bayard Taylor Horton — maladie de Horton

Interniste américain (Mayo Clinic) · 1895–1980

Il décrit en 1932 l'artérite temporale à cellules géantes ; laisse aussi son nom à l'algie vasculaire de la face.

L'artérite (1932) : artérite à cellules géantes du sujet > 50 ans — céphalée temporale, claudication de la mâchoire, artère temporale indurée à pouls aboli ; risque de cécité (NOIAA).
L'article : Horton BT, Magath TB, Brown GE. Proc Staff Meet Mayo Clin. 1932;7:700-701 (à vérifier).

Edward Gamaliel Janeway — taches de Janeway

Médecin/pathologiste américain · 1841–1911

Clinicien du Bellevue Hospital (New York). C'est le PÈRE (Edward G.), pas le fils Theodore Caldwell ; éponyme diffusé par son élève Libman (1906).

Les taches : macules indolores érythémato-hémorragiques des paumes et plantes (micro-emboles septiques) — endocardite infectieuse. À distinguer des nodosités d'Osler, douloureuses.
L'article : Janeway EG. Certain clinical observations upon heart disease. Medical News. 1899;75:257-262 (observation 1882 ; pagination à vérifier).

Tomisaku Kawasaki — maladie de Kawasaki

Pédiatre japonais · 1925–2020

Il rapporte en 1967 une série de 50 cas d'un syndrome fébrile de l'enfant, d'abord jugé bénin puis relié aux anévrismes coronaires.

La maladie (1967) : syndrome adéno-cutanéo-muqueux fébrile du jeune enfant (conjonctivite, chéilite/langue framboisée, exanthème, desquamation « en doigt de gant », adénopathie) — risque d'anévrismes coronaires.
L'article : Kawasaki T. Acute febrile mucocutaneous syndrome with lymphoid involvement… Arerugi. 1967;16:178-222 (en japonais).

Adolf Kussmaul — signe & respiration de Kussmaul

Interniste allemand · 1822–1902

Clinicien de premier plan (première description de la périartérite noueuse, tentatives précoces de gastroscopie).

Le signe (1873) : augmentation paradoxale de la turgescence jugulaire à l'inspiration (péricardite constrictive, cœur pulmonaire). La respiration (1874) : ample et profonde de l'acidocétose.
L'article : Kussmaul A. Über schwielige Mediastino-Pericarditis und den paradoxen Puls. Berl Klin Wochenschr. 1873;10:433-449 (antériorité de Griesinger, 1854).

René Leriche — syndrome de Leriche

Chirurgien vasculaire français · 1879–1955

« Père de la chirurgie vasculaire », chaire au Collège de France ; il forma DeBakey, Fontaine et Kunlin.

Le syndrome : oblitération de l'aorte terminale — triade claudication fessière + impuissance + abolition des pouls fémoraux.
L'article : Leriche R. Presse Méd. 1940;48:601-604 (1re description 1923 ; réf. à vérifier).

Samuel A. Levine — signe & échelle de Levine

Cardiologue américain · 1891–1966

Professeur à Harvard, défenseur de l'examen au lit du malade et de la mobilisation précoce post-infarctus.

Le signe : poing serré porté au thorax pour décrire une douleur ischémique (spécifique). L'échelle (1933) : gradation des souffles /6 (1 = à peine audible ; 6 = audible sans stéthoscope).
L'article : Freeman AR, Levine SA. The clinical significance of the systolic murmur. Ann Intern Med. 1933;6(11):1371-1385 (article princeps de l'échelle des souffles ; le « signe du poing » n'a, lui, pas de réf. primaire isolée).

Antoine Marfan — syndrome de Marfan

Pédiatre français · 1858–1942

Professeur de clinique infantile à Paris ; il présente en 1896 une enfant longiligne aux membres démesurés (« pattes d'araignée »).

Le syndrome (1896) : maladie du tissu conjonctif (fibrilline) — morphotype longiligne, arachnodactylie, ectopie du cristallin, dilatation/dissection de l'aorte ascendante, prolapsus mitral.
L'article : Marfan AB. Un cas de déformation congénitale des quatre membres… Bull Mém Soc Méd Hôp Paris. 1896;13:220-226 (à vérifier).

J. H. Means & Jacob Lerman — frottement de Means-Lerman

Endocrinologue (1885–1967) & clinicien thyroïdien américains

James Howard Means, chef de médecine au Massachusetts General Hospital et pionnier de la thyroïdologie, et Jacob Lerman (dates à vérifier) décrivent un bruit cardiaque de la thyréotoxicose.

Le frottement (1932) : bruit systolique de grattement (« scratch ») au 2e espace intercostal gauche en fin d'expiration, dans l'hyperthyroïdie — peut mimer un frottement péricardique.
L'article : Lerman J, Means JH. Cardiovascular symptomatology in exophthalmic goiter. Am Heart J. 1932;8(1):55-65.

Friedrich von Müller — signe de Müller

Interniste allemand · 1858–1941

« Der Grosse Kliniker », professeur à Munich ; travaux sur le métabolisme et le rein.

Le signe (1889) : pulsation systolique de la luette synchrone du pouls — insuffisance aortique.
L'article : Müller F. Zur Pathologie des weichen Gaumens. Charité-Annalen. 1889;14:251-252.

Norbert Ortner — syndrome d'Ortner

Interniste autrichien · 1865–1935

Professeur à Innsbruck puis Vienne, successeur de von Neusser.

Le syndrome (1897) : dysphonie par paralysie du nerf laryngé récurrent gauche, comprimé par une dilatation cardiaque (classiquement oreillette gauche sur rétrécissement mitral) — « syndrome cardiovocal ».
L'article : Ortner N. Recurrenslähmung bei Mitralstenose. Wien Klin Wochenschr. 1897;10:753-755 (à confirmer).

Sir William Osler — nodosités & manœuvre d'Osler

Interniste canadien · 1849–1919

« Père de la médecine moderne », l'un des fondateurs du Johns Hopkins ; il crée le premier résidanat moderne.

Nodosités d'Osler : nodules douloureux de la pulpe des doigts — endocardite. Manœuvre d'Osler : artère radiale restant palpable sous le brassard gonflé = pseudohypertension.
L'article : Osler W. Gulstonian lectures on malignant endocarditis. Lancet. 1885. Manœuvre formalisée : Messerli FH, et al. N Engl J Med. 1985;312:1548-1551 (PMID 4000185) (décrite par Osler en 1892 ; le nom et la formalisation diagnostique reviennent à Messerli, 1985).

Heinrich Quincke — pouls capillaire de Quincke

Interniste allemand · 1842–1922

On lui doit aussi l'œdème de Quincke (1882) et l'introduction de la ponction lombaire (1891).

Le signe (1868) : pulsation visible du lit unguéal dans l'insuffisance aortique. Quincke notait qu'elle existe aussi chez le sujet sain.
L'article : Quincke H. Beobachtungen über Capillar- und Venenpuls. Berl Klin Wochenschr. 1868;5:357-359 (pagination à vérifier).

Maurice Raynaud — phénomène de Raynaud

Médecin français · 1834–1881

Docteur en médecine de Paris (1862), professeur de pathologie médicale, élu à l'Académie de médecine (1879).

Le phénomène (1862) : trouble vasospastique des extrémités — pâleur, cyanose puis rougeur, déclenché par le froid ou le stress.
L'article : Raynaud AGM. De l'asphyxie locale et de la gangrène symétrique des extrémités. Thèse, Paris ; 1862.

José M. Rivero-Carvallo — signe de Rivero-Carvallo

Cardiologue mexicain · 1905–1993

Membre fondateur de l'Instituto Nacional de Cardiología (Mexico, 1944), consacré à la valve tricuspide.

Le signe (1946) : majoration du souffle d'insuffisance tricuspide en inspiration profonde retenue (le distingue d'une insuffisance mitrale).
L'article : Rivero-Carvallo JM. Signo para el diagnóstico de las insuficiencias tricuspídeas. Arch Inst Cardiol Méx. 1946;16(4):531-540.

Moritz Roth — taches de Roth

Pathologiste suisse · 1839–1914

Pathologiste de Bâle. Il décrit les taches (1872) ; l'éponyme est en fait forgé par Moritz Litten (1876-78) — d'où « taches de Litten ».

Les taches : hémorragies rétiniennes à centre blanc — endocardite (aussi leucémie, diabète, HTA, VIH).
L'article : Roth M. Über Netzhautaffectionen bei Wundfiebern. Dtsch Z Chir. 1872;1(5):471-484.

Mikito Takayasu — maladie de Takayasu

Ophtalmologiste japonais · 1860–1938

Il rapporte en 1908 des anastomoses artérioveineuses péripapillaires chez une jeune femme — première trace de l'artérite des gros troncs qui portera son nom (fixé en 1975).

La maladie (1908) : artérite inflammatoire de l'aorte et de ses branches chez la femme jeune — « maladie des femmes sans pouls » : abolition/asymétrie des pouls, anisotension, souffles.
L'article : Takayasu M. A case with peculiar changes of the central retinal vessels. Acta Soc Ophthalmol Jpn. 1908;12:554-555.

Alexander Tietze — syndrome de Tietze

Chirurgien allemand · 1864–1927

Chirurgien à Breslau, il décrit en 1921 une tuméfaction douloureuse bénigne des cartilages costaux, longtemps confondue avec une atteinte cardiaque ou tuberculeuse.

Le syndrome (1921) : tuméfaction ferme et douloureuse d'un ou plusieurs cartilages chondro-costaux (surtout 2e-3e), sans érythème — à distinguer de la costochondrite (douleur sans tuméfaction).
L'article : Tietze A. Über eine eigenartige Häufung von Fällen mit Dystrophie der Rippenknorpel. Berl Klin Wochenschr. 1921;58(2):829-831.

Ludwig Traube — bruit de pistolet de Traube

Médecin allemand · 1818–1876

Pionnier de la médecine expérimentale allemande (Charité, Berlin), cofondateur avec Virchow d'une revue de pathologie.

Le signe (1867) : double bruit (« coup de pistolet ») à l'auscultation de l'artère fémorale — insuffisance aortique.
L'article : Traube L. Über zwei eigenthümliche Phänomene bei Insuffizienz der Aortenklappen. Berl Klin Wochenschr. 1867;4(44):455-457.

Rudolf Virchow — triade de Virchow

Pathologiste allemand · 1821–1902

Fondateur de la pathologie cellulaire (1858), il décrivit thrombose et embolie.

La triade : stase sanguine + hypercoagulabilité + lésion endothéliale (facteurs de thrombose). Formulation rétrospective (~années 1950) : en 1856, Virchow décrivait les conséquences de l'embolie, sans « triade » ni lésion endothéliale.
L'article : Virchow R. Thrombose und Embolie. In : Gesammelte Abhandlungen… Frankfurt ; 1856:219-732.

Sources biographiques : whonamedit.com, LITFL (Medical Eponym Library), PubMed. Corrections & nuances notables : Janeway = le père (Edward Gamaliel, pas le fils) ; la triade de Virchow est une reconstruction rétrospective (~1950), pas l'énoncé de Virchow (1856) ; les taches de Roth ont été nommées par Litten ; la manœuvre d'Osler n'a pas de référence primaire (formalisée par Messerli 1985) ; de Musset est un patient (le poète). Plusieurs dates/paginations anciennes (Friedreich, Homans, Leriche, Quincke, Traube…) restent « à vérifier » — whonamedit était inaccessible lors de la recherche.

12 — SIGNES ABANDONNÉS

Signes abandonnés (et à nuancer)

Les signes anciens encore utiles (galop B3/B4, choc de pointe, pouls paradoxal, signe de Kussmaul, signes périphériques d'IA, Cheyne-Stokes, manœuvre d'Osler avec réserve) figurent au catalogue et aux éponymes. Voici ceux délaissés à juste titre — et une nuance de méthode.

Signe de Homans abandonné

Description
Douleur du mollet à la dorsiflexion forcée du pied, présentée comme signe de thrombose veineuse profonde. D'après John Homans, chirurgien vasculaire américain (1877–1954).
Pourquoi abandonné
Présent chez ~⅓ des TVP et ~⅕ des patients sans TVP → rapport de vraisemblance ≈ 1 (aucune valeur) ; remplacé par le score de Wells + D-dimères + écho-Doppler.

Valeur confirmée nulle (Wells, JAMA 2006)3 ; chronologie de la description (1934/1941/1944) elle-même incertaine.

Signe de Broadbent abandonné

Description
Rétraction systolique de la paroi thoracique postéro-latérale gauche, attribuée à des adhérences péricardiques. D'après Sir William Broadbent, médecin britannique.
Pourquoi abandonné
Rare, non validé, supplanté par l'échographie. Piège : « Broadbent » recouvre deux signes distincts.

Provenance secondaire ; source primaire à vérifier.

Signe d'Ewart désuet

Description
Matité, égophonie et souffle bronchique sous la pointe de l'omoplate gauche par compression pulmonaire, dans les gros épanchements péricardiques. D'après William Ewart, interniste anglais (1848–1929), décrit en 1896.
Pourquoi abandonné
Signe tardif et peu sensible, supplanté par l'échographie ; intérêt surtout historique.

Ewart W. BMJ. 1896;1:717-721.

Signe de Frank — pli du lobe de l'oreille curiosité

Description
Pli diagonal du lobe de l'oreille proposé comme marqueur de maladie coronaire. D'après Sanders T. Frank, 1973.
Pourquoi abandonné
Association statistique inconstante et très confondue par l'âge ; aucune valeur décisionnelle individuelle. Curiosité non utilisable en pratique.

Frank ST. Aural sign of coronary-artery disease. N Engl J Med. 1973;289(6):327-328 (pagination à vérifier).

Nuance de méthode. Le signe de McConnell (dysfonction du ventricule droit dans l'embolie pulmonaire) est un signe échographique, pas clinique : il n'a pas sa place dans un examen au lit sans écho. Et attention aux fractures/entités qui ne sont pas des signes : Stokes-Adams est un syndrome, la triade de Virchow une construction conceptuelle.
13 — SOURCES

Méthode & bibliographie

Valeurs issues des séries Rational Clinical Examination du JAMA et de méta-analyses ; sémiologie descriptive d'après un traité de sémiologie cardiovasculaire. Les éponymes citent leur article d'origine (voir section 11).

Méthode & réserves honnêtes. Les rapports de vraisemblance sont indicatifs (populations et définitions variables). Certains chiffres n'ont pas été confirmés sur le texte intégral et sont signalés dans le texte (souffle carotidien, Se/Sp chiffrée de l'IPS, insuffisance aortique). Les biographies d'éponymes s'appuient sur LITFL/PubMed (whonamedit était inaccessible) : dates et paginations anciennes « à vérifier ». Cette fiche ne remplace ni l'ECG, ni l'échographie, ni l'avis cardiologique.
  1. Wang CS, FitzGerald JM, Schulzer M, et al. Does this dyspneic patient in the emergency department have congestive heart failure? JAMA. 2005;294(15):1944-1956. PMID:16234501 · doi:10.1001/jama.294.15.1944Valeur des signes de l'IC (B3, turgescence jugulaire, BNP).
  2. Khan NA, Rahim SA, Anand SS, Simel DL, Panju A. Does the clinical examination predict lower extremity peripheral arterial disease? JAMA. 2006;295(5):536-546. PMID:16449619AOMI : souffle fémoral, pouls, IPS.
  3. Wells PS, Owen C, Doucette S, et al. Does this patient have deep vein thrombosis? JAMA. 2006;295(2):199-207. PMID:16403932Score de Wells ; signe de Homans sans valeur.
  4. Messerli FH, Ventura HO, Amodeo C. Osler's maneuver and pseudohypertension. N Engl J Med. 1985;312(24):1548-1551. PMID:4000185Manœuvre d'Osler (pseudohypertension).
  5. Heckerling PS, Wiener SL, Wolfkiel CJ, et al. Accuracy of precordial percussion in detecting cardiomegaly. Am J Med. 1991;91(3):328-334. PMID:1835287Percussion de la matité cardiaque.
  6. Etchells E, Bell C, Robb K. Does this patient have an abnormal systolic murmur? JAMA. 1997;277(7):564-571. PMID:9032164Souffle systolique / rétrécissement aortique.
  7. Cook DJ, Simel DL. Does this patient have abnormal central venous pressure? JAMA. 1996;275(8):630-634. PMID:8594245Estimation clinique de la pression veineuse centrale.
  8. Etchells E, Glenns V, Shadowitz S, et al. A bedside clinical prediction rule for detecting moderate or severe aortic stenosis. J Gen Intern Med. 1998;13(10):699-704. PMID:9798818 · doi:10.1046/j.1525-1497.1998.00207.xRègle clinique de gravité du RA.
  9. Roy CL, Minor MA, Brookhart MA, Choudhry NK. Does this patient with a pericardial effusion have cardiac tamponade? JAMA. 2007;297(16):1810-1818. PMID:17456823Pouls paradoxal ; tamponnade.
  10. McColgan P, Bentley P, McCarron M, Sharma P. Evaluation of the clinical utility of a carotid bruit. QJM. 2012;105(12):1171-1177. PMID:22886230Souffle carotidien : bonne Sp, faible Se.
  11. Martindale JL, Wakai A, Collins SP, et al. Diagnosing acute heart failure in the emergency department: a systematic review and meta-analysis. Acad Emerg Med. 2016;23(3):223-242. PMID:26910112Se/Sp des signes d'IC (B3, turgescence, reflux hépato-jugulaire, crépitants, œdèmes).
  12. O'Neill TW, Barry M, Smith M, Graham IM. Diagnostic value of the apex beat. Lancet. 1989;1(8635):410-411. PMID:2563789Choc de pointe dévié → cardiomégalie (Se/Sp à consolider sur l'original).
  13. Johansson EP, Wester P. Carotid bruit as a predictor of carotid stenosis. BMC Neurol. 2008;8:23. PMID:18577216Se/Sp du souffle carotidien selon le seuil de sténose.
  14. Xu D, Li J, Zou L, et al. Sensitivity and specificity of the ankle-brachial index to diagnose peripheral artery disease. Vasc Med. 2010;15(5):361-369. PMID:22926041IPS < 0,90 : Se ≈ 75 %, Sp ≈ 86 %.