Une sémiologie du bassin et de la hanche organisée par région : aine (coxo-fémorale), bord latéral (trochanter), fesse (sacro-iliaque, piriforme, ischion), pubis du sportif, ressaut, hanche de l'enfant, traumatismes. Deux repères : une vraie douleur de hanche est inguinale et irradie au genou ; la plupart des tests sont peu spécifiques (ils écartent plus qu'ils ne confirment). Toujours penser aux urgences : fracture du col, arthrite septique, épiphysiolyse de l'ado, nécrose avasculaire.
Répondez aux questions : à chaque étape, le parcours propose le test à faire, puis où aller selon le résultat. Cliquez sur le nom d'un test (pastille 🔍) pour afficher sa technique et sa valeur. Deux réflexes : la douleur inguinale parle pour la hanche ; penser aux urgences (fracture, infection, épiphysiolyse, nécrose).
L'honnêteté de la hanche. C'est une articulation profonde, difficile à examiner : la plupart des tests (FADIR, FABER, log roll) sont très sensibles mais peu spécifiques — ils écartent plus qu'ils ne confirment. Les seuls domaines bien validés sont la rotation interne (coxarthrose), l'appui monopodal (tendinopathie fessière) et la batterie sacro-iliaque. Toujours : la douleur inguinale oriente la hanche, la fessière un carrefour, et une douleur de genou chez l'enfant impose d'examiner la hanche.
Sept situations où le bassin ou la hanche imposent un geste ou un adressage rapide — traumatiques, infectieuses, ischémiques, ou propres à l'enfant.
La douleur inguinale, irradiant au genou, avec limitation et douleur de la rotation interne, signe l'atteinte coxo-fémorale. Distinguer l'usure (coxarthrose), le conflit du sujet jeune (labrum), les tendinopathies péri-articulaires, et les urgences (nécrose, fracture, arthrite).
Sujet > 50 ans : douleur mécanique inguinale (irradiant au genou), boiterie, limitation progressive, rotation interne limitée. Radiographies (l'IRM n'est pas de 1re intention). Antalgie, activité adaptée, kinésithérapie ; prothèse dans les formes évoluées.
Sujet jeune/sportif : douleur inguinale d'effort, accrochage, « C-sign », FADIR positif. Radiographies (± angle alpha), arthro-IRM ; rééducation, parfois arthroscopie.
Douleur inguinale antérieure à la flexion résistée et à la montée d'escaliers, ± ressaut antérieur. Repos relatif, kinésithérapie ; infiltration échoguidée si résistance.
Nécrose : terrain à risque (corticoïdes, alcool, drépanocytose), radiographie normale au début → IRM (§01). Coxite : arthrite de hanche inflammatoire (spondyloarthrite, polyarthrite), septique (urgence) ou microcristalline — caractère inflammatoire/fébrile, VS/CRP, ponction si doute.
La douleur latérale, à la palpation du grand trochanter et en appui, oriente vers les tendons fessiers — mais penser au nerf cutané latéral de la cuisse (méralgie) et à une douleur référée dorso-lombaire.
Douleur latérale à la palpation du trochanter, en appui monopodal et couché sur le côté (gêne le sommeil). Tendinopathie des moyen/petit fessiers ± bursite. Longtemps prise pour une « sciatique » ou une « arthrose de hanche ». Rééducation (renforcement des abducteurs), gestion des charges.
Paresthésies/brûlures du bord antéro-latéral de la cuisse, sans déficit moteur : compression du nerf cutané latéral de la cuisse près de l'épine iliaque antéro-supérieure (obésité, ceinture serrée, grossesse, diabète). Diagnostic clinique ; lever la compression.
Douleur projetée à la crête iliaque, à l'aine ou au trochanter depuis un segment T12-L1 : point de crête douloureux, douleur au « pincer-rouler ». Le grand piège de la « fausse hanche »/« fausse tendinite ».
La fesse mêle sacro-iliaque, muscle piriforme (nerf sciatique), ischion (tendons/bourse) et rachis (racine S1). La topographie et une batterie de tests trient — car les tests sacro-iliaques isolés ne valent rien.
Douleur fessière/de la charnière, parfois post-partum ou après un faux mouvement. Batterie de Laslett (≥ 3/6). Écarter une sacro-iliite inflammatoire (terrain, IRM). Rééducation, ceinture ; infiltration échoguidée si résistance.
Fessalgie inflammatoire à bascule, sujet jeune, dans une spondyloarthrite (l'atteinte axiale rachidienne relève de la fiche Rachis). L'IRM des sacro-iliaques (œdème osseux), la CRP et le HLA-B27 confirment (critères ASAS).
Piriforme (syndrome fessier profond) : douleur fessière profonde ± sciatalgie non discale, aggravée assis ; diagnostic d'élimination. Ischion : tendinopathie proximale des ischio-jambiers / bursite ischiatique — douleur à la tubérosité ischiatique, assise et course (coureur, sprinteur).
Une fessalgie qui descend dans la jambe selon un trajet radiculaire (L5, S1) est une sciatique d'origine rachidienne : voir la fiche Rachis & sacro-iliaque (Lasègue, slump, examen radiculaire).
Chez le sportif, la « douleur de l'aine » recouvre la pubalgie ; toujours éliminer une hernie. Le ressaut (coxa saltans) est un motif fréquent, le plus souvent bénin.
Football, course : atteinte intriquée de la symphyse pubienne, des adducteurs et des droits de l'abdomen. Douleur au squeeze test des adducteurs (sensible, peu spécifique) et à la palpation pubienne. Radiographies, IRM ; rééducation du couple abdominaux-adducteurs.
Masse ou gêne à l'aine impulsive à la toux, parfois prise pour une hanche. La hernie fémorale (sous le ligament inguinal, chez la femme) risque l'étranglement. Avis chirurgical ; urgence si irréductible/douloureuse.
Externe : la bandelette ilio-tibiale accroche le grand trochanter (Ober) — ressaut latéral. Interne : le tendon de l'iliopsoas accroche l'éminence ilio-pectinée — claquement antérieur/inguinal. Le plus souvent bénin ; kinésithérapie si gênant.
Deux règles d'or : une boiterie fébrile = arthrite septique jusqu'à preuve du contraire ; une douleur de genou chez l'enfant/l'ado impose d'examiner la hanche. L'âge oriente le diagnostic.
Septique (§01) : fièvre, impotence totale, refus d'appui → ponction, urgence. Synovite transitoire (« rhume de hanche », 3-8 ans) : boiterie post-virale, fébricule, état conservé, mobilité peu limitée — mais c'est un diagnostic d'élimination (écarter le septique : critères de Kocher, CRP, échographie).
Adolescent (± surpoids) : douleur hanche/genou, boiterie, membre en rotation externe, rotation interne limitée. Urgence : décharge, radiographies (Lauenstein), avis chirurgical (§01).
Legg-Perthes-Calvé (4-8 ans, garçon) : boiterie insidieuse peu douloureuse, douleur projetée au genou, apyrétique ; nécrose idiopathique de la tête. Luxation congénitale : dépistage néonatal répété (Ortolani/Barlow, abduction limitée, plis, Galeazzi) ; échographie, avis orthopédique — un retard mène à la coxarthrose précoce.
Après une chute (sujet âgé) ou un traumatisme à haute énergie : chercher un raccourcissement-rotation externe (col déplacé), une instabilité pelvienne, une attitude vicieuse (luxation). La radiographie normale n'exclut pas une fracture occulte.
Sujet âgé/ostéoporotique, chute : douleur inguinale, membre raccourci-rotation externe si déplacée (mais engrenée = appui parfois possible). Radiographies ; IRM/TDM si occulte suspectée (§01). Chirurgie, ostéoporose, prévention des chutes.
Haute énergie (jeune) ou fragilité (sujet âgé) : douleur du bassin/pubis/sacrum. Une fracture instable saigne (urgence hémodynamique). Fractures de fragilité souvent occultes (TDM/IRM).
Luxation (haute énergie ou prothèse) : attitude vicieuse, chercher le nerf sciatique et les pouls, réduction urgente. Fracture de contrainte (coureur, ostéoporose) : douleur d'effort progressive, radio initiale normale, fulcrum test → IRM ; décharge (une fracture du col peut se compléter).
La hanche est une articulation profonde (tête fémorale dans l'acétabulum, cerclée du labrum) : on la lit surtout par la localisation de la douleur et les amplitudes.11
Épine iliaque antéro-supérieure, symphyse pubienne, ligament inguinal, artère et veine fémorales ; l'articulation coxo-fémorale se projette sous le tiers moyen du ligament inguinal, juste en dehors de l'artère fémorale. C'est là que se ressent la vraie douleur de hanche.
Grand trochanter (~10 cm sous la crête iliaque), bourse trochantérienne, insertion des moyen/petit fessiers. En arrière : épine iliaque postéro-supérieure (fossette de Vénus, en regard de S1), crêtes iliaques, ischion (bourse ischiatique, tendons ischio-jambiers), muscles pelvitrochantériens (piriforme) traversés par le nerf sciatique.
Flexion ~140° (genou fléchi ; 90° genou tendu), extension 10-20°, abduction 40-45°, adduction 20-30°, rotation externe 45-55°, rotation interne 30-40°. À la hanche, la mobilisation passive prime ; une limitation de la rotation interne est le signe le plus rentable d'une coxopathie.
Un ordre structuré et toujours comparatif, la mobilisation passive au centre.11
Rappel de valeur. Peu de tests de hanche « font » le diagnostic : on combine l'histoire, la localisation, les amplitudes (rotation interne) et deux ou trois manœuvres ciblées.3
Comment faire chaque manœuvre et sa valeur. Détail complet dans le panneau de l'aiguillage (§00).
Un LR+ > 10 ou un LR− < 0,1 déplace fortement la probabilité ; entre 0,5 et 2, le test ne change presque rien. « — » = valeur non fournie par la source (rien n'est inventé).
| Test (cible) | Se | Sp | Statut | Source |
|---|---|---|---|---|
| Coxo-fémorale | ||||
| Rotation interne limitée (coxarthrose) | ~0,86 | basse | 1 plan | Birrell 20012 |
| Restriction des 3 plans (coxarthrose) | ~0,33-0,54 | ~0,88-0,93 | plus spécifique | Birrell 20012 |
| FADIR (conflit / labrum) | ~0,94-0,99 | basse | exclusion | Reiman 20153 |
| Tendinopathie fessière & abducteurs | ||||
| Palpation du grand trochanter | ~0,80 | basse | exclusion | Grimaldi 20174 |
| Appui monopodal 30 s | — | ≈1,00 | LR+ ≈12 | Grimaldi 20174 |
| Trendelenburg (moyen fessier) | ~0,73 | ~0,77 | petit n | Bird 20015 |
| Sacro-iliaque & piriforme | ||||
| Batterie SI ≥ 3/6 (Laslett) | ~0,94 | ~0,78 | vs bloc | Laslett 20056 |
| Batterie SI ≥ 3 (van der Wurff) | ~0,85 | ~0,79 | LR+ ~4,0 | van der Wurff 20067 |
| Tests du piriforme (assis + actif) | ~0,91 | ~0,80 | étude unique | Martin 20148 |
| Fracture occulte | ||||
| Percussion pubo-patellaire (col) | ~0,95 | ~0,86 | radio normale | Reiman 201310 |
Par ordre alphabétique ; « L'article » renvoie à la source primaire quand elle est identifiable.
Dépistage néonatal de la luxation congénitale : Barlow luxe une hanche instable (adduction + pression postérieure), Ortolani réduit une hanche luxée (abduction + poussée antérieure) — chacun perçu comme un ressaut (« clunk »).
L'article : Barlow TG. Early diagnosis and treatment of congenital dislocation of the hip. J Bone Joint Surg Br. 1962;44:292-301.
Ostéochondrite primitive (nécrose idiopathique) de la tête fémorale de l'enfant, décrite indépendamment la même année par les trois auteurs.
L'article : Legg AT. An obscure affection of the hip joint. Boston Med Surg J. 1910;162:202-204 ; Calvé J (1910) ; Perthes G (1910).
Recherche d'une rétraction de la bandelette ilio-tibiale : en décubitus latéral, la jambe supérieure amenée en abduction-extension ne se laisse pas redescendre.
L'article : Ober FR. The role of the iliotibial band and fascia lata as a factor in the causation of low-back disabilities and sciatica. J Bone Joint Surg. 1936;18:105-110.
Flexion-ABduction-Rotation Externe de la hanche (talon sur le genou opposé), pour distinguer une atteinte de hanche (douleur inguinale) d'une atteinte sacro-iliaque (douleur postérieure).
L'article : Patrick HT. Brachial neuritis and sciatica. JAMA. 1917;69:2176-2179.
Démasque un flexum de hanche : la flexion maximale de la hanche controlatérale efface la lordose et révèle le soulèvement de la cuisse examinée.
L'article : Thomas HO. Diseases of the Hip, Knee, and Ankle Joints. Liverpool: Dobb & Co; 1876.
En appui monopodal, la chute du bassin du côté opposé signe une insuffisance des muscles abducteurs (moyen fessier) de la hanche portante.
L'article : Trendelenburg F. Über den Gang bei angeborener Hüftgelenksluxation. Dtsch Med Wochenschr. 1895;21:21-24.
Des signes simples encore utiles — et des habitudes que les preuves ont corrigées.
Des programmes simples, à domicile, prêts à copier-coller dans l'ordonnance. Chaque bloc porte son niveau de preuve ; le bouton « copier » met le texte dans le presse-papier.
Sources des programmes (médecine fondée sur les preuves) : Tendinopathie fessière12 · Arthrose de hanche1314 · Pubalgie15.
Méthode. Le socle sémiologique (anatomie, examen par face, diagnostic différentiel par localisation, amplitudes, manœuvres) suit un traité d'examen de l'appareil locomoteur11, complété pour l'exhaustivité des entités par un traité d'appareil locomoteur (coxarthrose, pathologie périarticulaire, sacro-iliaque, pubalgie, luxations, hanche de l'enfant). Les valeurs diagnostiques (Se/Sp) proviennent de revues systématiques et de séries de validation primaires, vérifiées sur PubMed. Conformément à l'usage, ni EMC ni UpToDate ne sont cités. Les lombosciatiques et cruralgies (radiculalgies) restent dans la fiche Rachis & sacro-iliaque.
Réserves honnêtes. (1) La sémiologie de la hanche est peu spécifique : la plupart des tests (FADIR, FABER, log roll) écartent plus qu'ils ne confirment. (2) Plusieurs valeurs viennent de petites séries (Trendelenburg n=24 ; piriforme = étude unique) : affichées avec cette réserve. (3) La pubalgie, la nécrose avasculaire, le ressaut, les manœuvres de Freiberg/Pace/Beatty n'ont pas de Se/Sp validée : présentés sans chiffre. « — » = valeur non fournie par la source ; sources primaires des éponymes dans chaque carte (§12).