La douleur abdominale, c'est le chapitre du « ne rien manquer » : environ 1 consultation sur 10 aux urgences, dont ~10 % de causes graves. La démarche se fait dans l'ordre — écarter d'abord les urgences vitales (péritonite, rupture d'anévrisme de l'aorte, ischémie mésentérique, grossesse extra-utérine, occlusion, angiocholite), doser un β-hCG chez toute femme en âge de procréer, puis localiser et cibler la manœuvre utile — dont on connaît la valeur réelle (sensibilité, spécificité, rapport de vraisemblance). Trois pièges à retenir : douleur disproportionnée à l'examen (ischémie), douleur épigastrique = penser à l'infarctus inférieur (ECG), et sujet âgé à sémiologie fruste. Au-delà de la douleur, la fiche couvre aussi l'ictère, les signes du foie, l'hémorragie digestive et la dysphagie.
La règle d'or : écarter les urgences vitales d'abord, doser un β-hCG chez toute femme en âge de procréer, puis se laisser guider par la topographie. À chaque étape, l'outil indique le signe utile et sa valeur. Tapez un diagnostic dans la recherche, ou déroulez le parcours. Cliquez un test (pastille 🔍) pour voir sa technique et sa valeur à droite.
Aide-mémoire — les 3 réflexes. ① β-hCG chez toute femme en âge de procréer avec douleur abdomino-pelvienne (grossesse extra-utérine)1. ② Douleur disproportionnée à un examen pauvre = ischémie mésentérique jusqu'à preuve du contraire (terrain : fibrillation atriale, artériopathie)2. ③ Masse abdominale pulsatile + hypotension = rupture d'anévrisme de l'aorte (la triade complète manque dans la moitié des cas)3. Et toujours : douleur épigastrique → un ECG (infarctus inférieur), et chez le sujet âgé une sémiologie fruste cache plus souvent une cause grave4.
Toute douleur abdominale aiguë peut être le symptôme d'une urgence chirurgicale ou vitale. Ces signes imposent une prise en charge et/ou un adressage sans délai.
La localisation oriente, mais reste indicative : une appendicite débute souvent en péri-ombilical avant de migrer en fosse iliaque droite, et un infarctus peut se projeter à l'épigastre.
| Région | Causes principales à évoquer |
|---|---|
| Épigastre | Ulcère / dyspepsie, pancréatite, RGO — et infarctus du myocarde inférieur (ECG !) |
| Hypochondre droit | Colique biliaire, cholécystite, angiocholite, hépatite |
| Hypochondre gauche | Splénique (infarctus, rupture), pancréas (queue), angle colique gauche |
| Fosse iliaque droite | Appendicite, iléite (Crohn, infectieuse), adénolymphite mésentérique (enfant), gynéco / GEU |
| Fosse iliaque gauche | Diverticulite sigmoïdienne, constipation, gynéco / GEU |
| Péri-ombilical | Début d'appendicite, ischémie mésentérique, anévrisme de l'aorte, occlusion du grêle |
| Hypogastre / pelvis | Rétention aiguë d'urine (globe), cystite / pyélonéphrite, gynéco (salpingite, torsion, GEU) |
| Fosse lombaire (flanc) | Colique néphrétique, pyélonéphrite ; anévrisme (irradiation dorsale) |
| Diffuse | Péritonite, occlusion, ischémie mésentérique, gastro-entérite, cause métabolique |
Des causes extra-abdominales, parfois vitales, se projettent sur l'abdomen. À évoquer systématiquement quand l'examen abdominal ne « colle » pas.
L'abdomen ne parle pas que par la douleur. L'inspection du foie et de ses complications — ictère, insuffisance hépatocellulaire, hypertension portale — livre des signes précieux.
Aucun signe n'est spécifique isolément, mais leur association est très évocatrice.
Sémiologie hépato-digestive d'après le manuel de sémiologie de l'appareil digestif fourni (signes cliniques classiques) ; référence exacte de l'ouvrage à préciser.
Pour chaque signe : comment le chercher, ce qu'il teste et sa valeur (Se, Sp, rapport de vraisemblance). Retenez qu'aucun signe isolé ne suffit — c'est la combinaison clinique + biologie qui tranche.
Décrits dans d'anciens traités, aujourd'hui supplantés par l'imagerie et les scores — mais quelques-uns restent plausibles et utiles sans matériel (visite à domicile, zone sans imagerie). À prendre pour ce qu'ils sont : des signes d'orientation, non validés par les standards actuels.
Vieux signe perdu — le plus défendable : sans matériel, reproductible, idéal en visite ou sans imagerie. Source primaire : Markle GB. A simple test for intraperitoneal inflammation. Am J Surg. 1973;125(6):721-722 (confirmé : Arch Surg. 1985, PMID 3977592).
Vieux signe perdu, mais à connaître : un vrai signal d'alarme quand l'imagerie n'est pas immédiate. Décrit par Hans Kehr (chirurgien allemand, 1862–1916), vers 1905–1907 ; source primaire à vérifier.
Vieux signe perdu. Source primaire : Sitkovskiy PP. Об одном из клинических признаков… (un signe clinique de l'appendicite). Turkestansk med zhurn. 1922;1(1):37. L'attribution au nom « Rosenstein » (P. Rosenstein, 1875–1964) reste à vérifier.
Vieux signe perdu. Source : Klein W. Nonspecific mesenteric adenitis. Arch Surg. 1938;36(4):571-585 (source primaire à vérifier).
Ces signes anciens sont recensés à partir de la Medical Eponym Library (LITFL) et de la revue Clinical Medicine & Research (Abdominal Physical Signs & Medical Eponyms) ; leurs sources primaires sont citées ci-dessus, avec la mention « à vérifier » lorsque le texte d'origine n'a pas pu être consulté directement.
Les scores d'appendicite servent surtout à stratifier le risque (qui rassurer, qui imager, qui adresser), pas à trancher seuls. Un score bas est un bon outil d'exclusion.
Interprétation : 1–4 appendicite peu probable · 5–6 compatible, surveiller/réévaluer · 7–8 probable · 9–10 très probable. Au seuil ≥ 5, la sensibilité est ~99 % (bon test d'exclusion) ; au seuil ≥ 7, la spécificité ~81 %. Le score sur-estime le risque chez la femme et est incohérent chez l'enfant : rester prudent et s'appuyer sur l'imagerie2425.
Alternative souvent plus performante (CRP intégrée). Items : vomissements (1) ; douleur en FID (1) ; défense/décompression légère (1) / moyenne (2) / forte (3) ; température ≥ 38,5 °C (1) ; polynucléaires neutrophiles 70–84 % (1) / ≥ 85 % (2) ; leucocytes 10–14,9 (1) / ≥ 15 ×10⁹/L (2) ; CRP 10–49 (1) / ≥ 50 mg/L (2). Total /12. Risque : faible 0–4, intermédiaire 5–8, élevé 9–12 (version originale 2008 ; révision 2021 : 0–3 / 4–8 / 9–12)26.
| Signe | Oriente vers | LR+ | LR− |
|---|---|---|---|
| Irritation péritonéale | |||
| Rigidité (contracture) | Péritonite | ~3,8 | 0,82 |
| Défense (guarding) | Péritonite | ~2,5 | 0,30 |
| Rebond (Blumberg) | Péritonite | ~2 (1,1–6,3) | variable (non exclusif) |
| Test de la toux | Péritonite | ~1,6 | ~0,5 |
| Carnett positif | Douleur pariétale | ~2,6 | 0,23 |
| Appendicite | |||
| Douleur en FID | Appendicite | ~7–8 | ~0,2 |
| Migration → FID | Appendicite | ~3,2 | 0,50 |
| Rovsing | Appendicite | ~2,5 | 0,83 |
| Psoas | Appendicite (rétro-cæcal) | ~2,4 | 0,90 |
| Biliaire & vasculaire | |||
| Murphy | Cholécystite | ~2,8 | — |
| Triade de Charcot | Angiocholite | élevé (Sp ~93 %) | ~0,7 (Se ~36 %) |
| Masse pulsatile ≥ 5 cm | Anévrisme aorte | ~12–16 | élevé (n'exclut pas) |
| Toucher rectal | Appendicite | ~1,2 (NS) | ~0,85 |
Pour les causes bénignes et fréquentes une fois l'urgence écartée : des conseils clairs, prêts à copier-coller. Chaque fiche rappelle quand reconsulter.
La douleur viscérale, transmise par le système nerveux autonome, est mal localisée et se projette sur la ligne médiane selon l'origine embryologique de l'organe : intestin antérieur (estomac, duodénum, voies biliaires) → épigastre ; intestin moyen (grêle, appendice, côlon droit) → péri-ombilical ; intestin postérieur (côlon gauche, sigmoïde) → hypogastre. C'est pourquoi l'appendicite commence souvent en péri-ombilical : ce n'est que lorsque le péritoine pariétal, richement innervé, est irrité que la douleur migre et se localise en fosse iliaque droite — d'où la valeur du signe de migration. Cette même logique explique les douleurs projetées : un organe et une zone cutanée qui partagent un métamère « parlent » au même endroit.
Beaucoup de signes du ventre portent le nom de leur descripteur ; les voici par ordre alphabétique, avec l'article d'origine.
Peu d'éléments biographiques vérifiables au-delà de sa publication princeps.
Formé à Breslau (Wrocław) auprès de Mikulicz, il invente un gant en caoutchouc pour la stérilisation des mains du chirurgien, puis organise à Berlin des consultations prénatales et un institut de radiologie.
Polymathe de Leyde (médecine, chimie, botanique), il rénove l'enseignement en instaurant la clinique au lit du malade. En 1724, il rapporte la rupture mortelle de l'œsophage du grand-amiral van Wassenaer après des vomissements violents.
George Budd, professeur de médecine au King's College de Londres, décrit en 1845 des obstructions des veines hépatiques ; en 1899, l'anatomopathologiste Hans Chiari (Prague) en donne la description de référence.
Professeur de chirurgie à l'University of Pennsylvania, il dirige un hôpital de campagne de l'armée américaine pendant la Première Guerre mondiale.
Fondateur de la neurologie moderne, il crée à partir de 1862 la célèbre clinique de la Salpêtrière. La triade biliaire n'est qu'un de ses très nombreux éponymes (dont la maladie de Charcot-Marie-Tooth).
Formé à Bâle puis à Londres et Vienne (auprès de Spencer Wells et Billroth), chirurgien-chef du Diakonissenspital de Riehen pendant près de cinquante ans, pionnier de la chirurgie des voies biliaires.
Cruveilhier, premier titulaire de la chaire d'anatomie pathologique à Paris, et Baumgarten, professeur à Tübingen, ont donné leur nom à la reperméabilisation de la veine ombilicale au cours de l'hypertension portale.
Né en Ontario, formé à Toronto puis à Johns Hopkins (et Göttingen), il y dirige la pathologie gynécologique et travaille sur la grossesse extra-utérine et le cancer utérin.
Pathologiste parisien mort à 35 ans du choléra lors de l'épidémie de 1832, il laisse son nom à sa description des invaginations intestinales.
Obstétricien de Manchester (il laisse son nom à l'« opération de Manchester-Fothergill »), il décrit en 1926 un signe distinguant une masse de la paroi d'une masse intra-abdominale.
Diplômé de la Newcastle Medical School, Fellow du Royal College of Surgeons en 1903, il devient professeur de chirurgie à l'université de Durham en 1927.
À Boston, l'anatomopathologiste G. K. Mallory et l'interniste Soma Weiss (né en Transylvanie) décrivent en 1929 quinze patients ayant saigné après des vomissements, souvent sur terrain alcoolique.
Diplômé de Harvard puis docteur en médecine au College of Physicians and Surgeons de l'université Columbia (New York) en 1870, il exerce à New York, devient chirurgien au Bellevue Hospital puis chirurgien-chef au Roosevelt Hospital.
Docteur du Rush Medical College (Chicago) en 1879, perfectionné à Vienne, Munich, Berlin et Heidelberg, il devient une figure de la chirurgie américaine (plusieurs éponymes portent son nom, dont le « bouton de Murphy »).
En 1959, ces deux chirurgiens new-yorkais décrivent, à partir d'une courte série, l'angiocholite obstructive suppurée.
Docteur en médecine de Copenhague, professeur de chirurgie opératoire, il joue un rôle majeur dans la création du Rigshospitalet (ouvert en 1910) et cofonde la Société danoise de chirurgie.
Sources biographiques : whonamedit.com, LITFL (Eponymous), Wikipedia et articles historiques PubMed.
À la différence des « vieux signes perdus » encore défendables (catalogue des signes), ceux-ci ont été délaissés à juste titre : jamais validés, invasifs, ou trop peu performants. On les décrit pour la culture — et pour savoir pourquoi on ne les fait plus.
I. Boas (1858–1938), Diagnostik und Therapie der Magenkrankheiten, 1894 ; source à vérifier.
Aaron CD. A sign indicative of chronic appendicitis. JAMA. 1913;60(5):350-351.
Attribué à C. ten Horn ; source primaire à vérifier.
Bastedo WA. Artificial dilation of stomach and colon as aids in abdominal diagnosis. St Luke's Hosp Med Surg Rep. 1910;2:104-111.
Sources françaises d'abord (CDU-HGE, SFMU, HAS, SNFGE, CNGOF, AFU), puis séries Rational Clinical Examination du JAMA et méta-analyses. Chaque valeur chiffrée renvoie à sa référence.