Une préparation magistrale n'a de sens que si elle passe deux tests à la fois : elle a montré une efficacité, et il n'existe pas de spécialité équivalente disponible. Beaucoup de « classiques » échouent au premier test ; d'autres, au second — et certaines, longtemps utiles, ont été rattrapées par une spécialité. On commence par les deux outils — la grille de remboursement, puis l'ordonnancier — avant le catalogue complet de celles qui ont des preuves — magistrales et officinales —, avec les formules exactes et, pour chacune, ce qui reste justifié aujourd'hui en France. Puis le formulaire traditionnel passé au banc d'essai, et ce qu'il faut abandonner.
À poser avant tout le reste : c'est la grille à laquelle toute la fiche renvoie. Quand une section dit « le critère 3 n'est pas rempli », c'est de ces cases qu'elle parle.
Ces conditions sont fixées par l'Assurance Maladie1 et s'appliquent aussi bien aux préparations magistrales qu'officinales. La rédaction complète de l'ordonnance et le modèle sont en § 12.
Cliquez sur une indication — elles sont rangées de la tête aux pieds, puis par situation. Vous obtenez la formule exacte, la posologie, le niveau de preuve, le statut de remboursement, les pièges, et l'ordonnance avec la mention obligatoire, prête à recopier.
La quantité à délivrer, l'excipient et le conditionnement se discutent avec le pharmacien préparateur : c'est lui qui connaît la faisabilité, la stabilité et le délai. Un appel avant de prescrire évite au patient un aller-retour inutile.
Dix-sept entrées dans l'ordonnancier, regroupées ici par grande situation. Pour chacune : le niveau de preuve, et surtout le statut français — car une préparation qui marche mais dont l'équivalent est commercialisé n'est ni justifiée ni remboursable. Lisez la dernière colonne autant que les étoiles : plusieurs de ces préparations ont des preuves mais n'ont plus de raison d'être exécutées en officine, une spécialité les ayant rattrapées.
| Indication | Préparation | Preuve | Statut en France |
|---|---|---|---|
| Fissure anale chronique | Diltiazem 2 % pommade | ★★ | Aucun diltiazem topique n'a d'AMM en France — mais une spécialité de nifédipine est désormais remboursée, ce qui change la donne.23 |
| Mélasma | Trio de Kligman (hydroquinone + trétinoïne + corticoïde) | ★★★ | L'hydroquinone est interdite en cosmétique : la magistrale est la seule voie légale.4 |
| Hyperkératoses étendues | Vaseline salicylée 5–40 % | ★★ | Une spécialité à 50 % existe pour les petites lésions ; la magistrale ne se justifie que sur de grandes surfaces.56 |
| Molluscum contagiosum | Hydroxyde de potassium 5–10 % | ★★ | Molusderm (10 %), Molutrex et Poxkare (5 %) sans ordonnance → magistrale devenue inutile.78 |
| Hyperhidrose axillaire | Glycopyrronium 1 % crème | ★★ | Aucune spécialité en France ; anti-transpirants d'aluminium à essayer d'abord.9 |
| Douleur de mucite radique | Bain de bouche à la doxépine 25 mg/5 mL | ★★ | Effet réel mais inférieur au seuil de pertinence clinique — à ne pas survendre.10 |
| Sécheresse oculaire sévère | Collyre au sérum autologue | ★★ | Préparation hospitalière (PUI / établissement de transfusion), pas d'officine.11 |
| Abcès de cornée sévère | Collyres « renforcés » (céfazoline, tobramycine…) | ★ | Préparation hospitalière. L'essai disponible montre surtout qu'une fluoroquinolone du commerce fait aussi bien dans les formes non perforées.12 |
| Lichen plan buccal érosif | Clobétasol 0,05 % en base adhésive buccale | ★★ | Aucune base adhésive buccale commercialisée en France : pleinement justifiée.13 |
| Psoriasis, eczéma lichénifié | Coaltar, ichtyol | ★ | Interdits en cosmétique, mais prescriptibles en préparation : la magistrale reste la voie d'accès.14 |
| Enfant : dose ou forme absente | Solution buvable / gélules dosées | ★★★ | L'usage le plus fréquent et le plus légitime. C'est la molécule qui est validée, pas la préparation.15 |
| Diarrhée aiguë de l'enfant | Réhydratation orale OMS (officinale) | ★★★ | L'officinale la mieux validée au monde : moins de perfusions non programmées, OR 0,61 (0,47–0,81). Sachets prêts à l'emploi pris en charge sur prescription avant 5 ans (Adiaril, Viatol, Picolite...).161 |
| Hygiène des mains | Solution hydro-alcoolique OMS (officinale) | ★★★ | Formulation conçue pour la production locale ; ressortie lors des pénuries de 2020.17 |
| Rupture de stock d'une spécialité | Préparation de dépannage autorisée par l'ANSM | selon la molécule | Cadre créé par le décret du 4 août 2025 ; liste évolutive, publiée par l'Assurance Maladie.1819 |
★★★ = plusieurs essais randomisés concordants ou méta-analyse ; ★★ = essai randomisé contre placebo/comparateur, mais effet modeste, essais peu nombreux, population limitée ou méta-analyses discordantes ; ★ = usage établi mais preuve indirecte, ou essai ne montrant pas d'avantage sur l'alternative disponible. Le détail chiffré de chaque ligne, avec la formule, est dans la section correspondante.
C'est là que se concentrent les magistrales qui tiennent debout — et aussi la plus grande densité de folklore. Vue d'ensemble d'abord, détail ensuite. Les préparations traditionnelles nommées (cold cream, Dalibour, baume du commandeur…) ont leur propre section, § 04.
| Préparation | Indication | Preuve | Faut-il encore la préparer ? |
|---|---|---|---|
| Trio de Kligman | Mélasma | ★★★ | Oui — l'hydroquinone n'a aucune autre voie légale. |
| Acide salicylique 5–40 % | Hyperkératoses, verrues | ★★ | Sur grande surface seulement : une spécialité à 50 % existe pour les petites lésions. |
| Urée 10–40 % | Xérose, kératodermies, crevasses | ★★ | Rarement — la gamme SVR Xerial couvre 5 à 50 % sans ordonnance.22 |
| Glycopyrronium 1–2 % | Hyperhidrose, syndrome de Frey | ★★ | Oui — aucune spécialité en France. |
| Chlorure d'aluminium 15–25 % | Hyperhidrose | ★★ | Non — détranspirants au chlorure d'aluminium sans ordonnance (Etiaxil).23 |
| Hydroxyde de potassium 5–10 % | Molluscum contagiosum | ★★ | Non — Molusderm 10 %, Molutrex et Poxkare 5 %, sans ordonnance. |
| Cantharidine 0,7 % | Molluscum contagiosum | ★★★ | Impossible — non disponible en France. |
| Soufre précipité 8–10 % | Gale (nourrisson, grossesse) | ★★ | Non retenue par les recommandations françaises. |
| Coaltar, ichtyol | Psoriasis, eczéma lichénifié, dermite séborrhéique | ★ | Possible — interdits en cosmétique, la magistrale reste la voie d'accès. |
| Métronidazole 0,75 % | Rosacée, plaies malodorantes | ★ | Non — spécialité commercialisée. |
| Émollients (cold cream, cérat, glycérolé d'amidon) | Xérose, dermatite atopique | ★★ | Voir § 04 — la classe a des preuves, la formule non. |
| Colorants et baumes traditionnels | Eczématides, crevasses, intertrigo | — | Voir § 04 — aucune preuve d'essai retrouvée. |
La colonne de droite est celle qui compte en pratique : une préparation peut avoir de bonnes preuves et n'avoir plus aucune raison d'être exécutée en officine.
La formule princeps date de 1975 : trétinoïne 0,1 % + hydroquinone 5 % + dexaméthasone 0,1 % dans une pommade hydrophile. Ses auteurs avaient montré qu'aucun des trois composants n'était dispensable : retirer l'un d'eux faisait disparaître l'effet dépigmentant.24
La formule utilisée aujourd'hui est moins concentrée et mieux tolérée. Dans un essai randomisé chez 260 patients asiatiques atteints de mélasma modéré à sévère, la triple association (fluocinolone acétonide 0,01 % + hydroquinone 4 % + trétinoïne 0,05 %) a fait mieux que l'hydroquinone 4 % seule à 8 semaines : 64,2 % de mélasma « absent ou léger » contre 39,4 % — au prix de plus d'effets indésirables locaux (48,8 % vs 13,7 %, tous légers à modérés). Deux réserves de lecture : l'essai est en insu de l'investigateur seulement, et les rythmes d'application diffèrent entre les bras (1 fois par jour contre 2).4 Un essai français de 2023 retrouve une amélioration à 12 semaines (mMASI −2,84), une nouvelle triple association sans hydroquinone faisant au moins aussi bien — mais il est monocentrique, sur 40 patients, sans bras photoprotection seule : le −2,84 est une variation intra-groupe, pas une supériorité démontrée.25
L'acide salicylique topique est l'un des rares traitements des verrues à avoir un effet démontré : la revue Cochrane (85 essais, 8 815 participants) donne un risque relatif de guérison de 1,56 (IC 95 % 1,20–2,03) contre placebo, avec un effet plus net aux mains (RR 2,67) qu'aux pieds (RR 1,29). L'association acide salicylique + cryothérapie fait mieux que l'acide salicylique seul (RR 1,24).5
Un essai randomisé contre placebo chez 2–16 ans a montré une disparition des lésions chez 55,3 % des enfants sous KOH 10 % contre 16,3 % sous placebo (p < 0,001), mais avec beaucoup plus d'effets indésirables locaux (72,3 % vs 31,8 %) — brûlure, irritation, dépigmentation transitoire.8 Une méta-analyse en réseau de 25 essais le classe parmi les traitements efficaces (OR 10,02 ; IC 95 % 4,64–21,64 contre placebo), aux côtés de la cryothérapie et de la podophyllotoxine.27
Le contrepoint mérite d'être connu : la revue Cochrane dédiée (22 essais, 1 650 participants) conclut qu'aucune intervention n'a démontré d'efficacité convaincante, et son estimation du KOH 10 % contre sérum salé n'est pas significative — RR 3,50 (IC 95 % 0,95–12,90) sur une seule étude de 20 participants.28 Deux lectures d'une même littérature : c'est ce qui vaut à cette préparation deux étoiles et non trois.
Essai de phase IIIa, 171 patients avec hyperhidrose axillaire primaire : la crème au bromure de glycopyrronium 1 % réduit significativement la production de sueur à 4 semaines (critère principal exprimé en valeurs logarithmiques, p = 0,004 ; −197 mg vs −83 mg). Les répondeurs sont deux fois plus nombreux — mais le chiffre dépend beaucoup de l'échelle : 60 % contre 26 % sur la qualité de vie, seulement 23 % contre 12 % sur l'échelle de sévérité HDSS. Effet indésirable attendu : bouche sèche chez 16 % des patients — c'est un anticholinergique, même appliqué localement.9
À signaler : c'est l'unique essai pivot, et la majorité de ses auteurs sont salariés du laboratoire qui développe le produit. Cela n'invalide pas le résultat, mais interdit de le traiter comme une donnée indépendante.
Ce sont les formules qu'on recopie d'un carnet à l'autre depuis des décennies, souvent reprises des formulaires des fabricants d'excipients. Elles méritent mieux qu'un silence : voici, pour chacune, ce que dit la preuve — et surtout ce que dit le remboursement, car plusieurs d'entre elles ne remplissent pas les critères alors qu'on y appose la mention obligatoire.
Ce sont des préparations officinales inscrites au Formulaire national, pas des magistrales au sens strict. Leurs formules historiques, telles que les reprend la documentation des fabricants d'excipients :14
La question se pose sans arrêt : un enfant en xérose sévère ou en dermatite atopique a besoin de grosses quantités — le NICE chiffre le besoin à 250 à 500 g par semaine d'émollient sans parfum, à renouveler largement, y compris pour l'école.37 D'où la tentation de faire préparer de gros pots. Avant d'y venir, un piège de prescription coûte plus cher aux familles que tout le reste :
Reprend la composition de la spécialité38 en retirant le parabène. Contrepartie à connaître : une émulsion aqueuse sans conservateur se contamine — d'où une date limite d'utilisation courte, un conditionnement en flacon-pompe ou en petits tubes plutôt qu'en pot où l'on plonge les doigts, et parfois une conservation au frais. C'est précisément pour cela que l'industrie met un conservateur : on échange un risque allergique contre un risque microbiologique, et il faut le dire à la famille.
La solution la plus élégante au problème du conservateur : un corps gras anhydre n'a pas besoin d'être conservé, puisqu'il n'y a pas d'eau où les micro-organismes pousseraient. C'est aussi le plus occlusif, donc le plus efficace sur une xérose sévère — au prix d'un toucher gras que beaucoup d'enfants et de parents refusent. À proposer pour la nuit, avec une crème le jour.
Formule diffusée par les fabricants d'excipients.30 Chez l'enfant, exigez du pharmacien un excipient sans borate de sodium (classé CMR 1B) et sans teinture de benjoin : les formules historiques du Formulaire national en contiennent, les excipients modernes les ont retirés. C'est la vérification la plus importante de cette ordonnance.
Ces formules circulent largement, notamment via les formulaires des fabricants d'excipients. Toutes portent la mention obligatoire ; toutes ne la méritent pas.
| Formule | Ce que vaut la preuve | Verdict remboursement |
|---|---|---|
| Acide salicylique 20 g + pommade QSP 50 g (= 40 %) — kératose séborrhéique | Aucun essai randomisé d'acide salicylique dans la kératose séborrhéique retrouvé. Le seul topique réellement validé dans cette indication est le peroxyde d'hydrogène à 40 %, sur deux essais de phase III.13 | Critère 1 fragile. La kératose séborrhéique est bénigne : si l'objectif est esthétique, la préparation sort du champ thérapeutique et n'est pas prise en charge.20 La gêne fonctionnelle ou le doute diagnostique changent la donne — mais alors c'est l'histologie qui prime. |
| Acide salicylique 20 g + pommade QSP 50 g — verrue | Bonne. Acide salicylique contre placebo : RR de guérison 1,56 (IC 95 % 1,20–2,03), meilleur aux mains qu'aux pieds.5 | Critère 3 à discuter. Une spécialité à 50 % existe sans ordonnance pour les petites lésions.6 La magistrale se défend sur une surface large ou une verrue mosaïque étendue. |
| Acide salicylique 10 g + teinture de thuya 5 g + onguent 10 g — verrue | Mitigée. Le salicylé fait le travail ; le thuya n'a aucune donnée en application locale.42 | Exclue. Les préparations à base de plantes sont explicitement écartées du remboursement au titre de l'efficacité thérapeutique.20 Retirer le thuya rend la préparation à la fois plus simple et remboursable. |
| Acide salicylique 5 g + acide lactique 2,5 g + pommade QSP 50 g — callosités | Plausible par la classe : l'association salicylique + lactique est exactement celle d'une spécialité de référence des verrues. | Critère 3 à discuter. DUOFILM associe acide salicylique 16,7 % et acide lactique 15 % dans un collodion.44 Votre formule est bien plus diluée (10 % / 5 %) et en pommade : défendable pour traiter large, là où le collodion ne convient pas. |
| Glycérolé d'amidon 20 g + Cold Cream QSP 200 g (ou 35 g + 300 mL fluide) | De classe. Les émollients ont des preuves solides dans l'eczéma35 ; rien n'établit la supériorité de cette formule sur un émollient du commerce. | Critères 1 et 3 fragiles. L'offre commerciale d'émollients est pléthorique, et une visée de simple hygiène ou de confort sort du champ remboursable.20 Reste l'argument réel de l'intolérance aux conservateurs et parfums des produits finis — à écrire dans le dossier si c'est le motif. |
| Baume du commandeur 5 g + Cérat QSP 50 g — crevasses sous pansement occlusif | Aucune. Pas d'essai clinique retrouvé.41 | Exclue — teinture entièrement végétale.20 Et un signal de sécurité : myrrhe, benjoin, baume de Tolu et millepertuis sont des sensibilisants connus, et le fournisseur mentionne lui-même le risque. Les appliquer sous occlusif sur une peau lésée réunit les trois conditions qui favorisent une sensibilisation de contact. Sur des crevasses, un émollient épais ou une préparation à l'urée est plus défendable. |
| Geste | Code | Tarif secteur 1 | Efficacité (essai 2025) |
|---|---|---|---|
| Cryothérapie, 1–10 lésions hors visage | QZNP004 | 21,55 € | 50 % |
| Cryothérapie, 1–10 lésions du visage | QANP007 | 28,80 € | 50 % |
| Curetage, 1–5 lésions | QZFA013 | 23,43 € | 87,5 % |
| Curetage, 6 lésions ou plus | QZFA022 | 43,62 € | 87,5 % |
| Laser vasculaire ou lampe flash, < 30 cm² | QZNP001 | 48,00 € | — |
C'est le cas d'école, mais pas pour la raison qu'on croit : les preuves y sont plus faibles qu'il n'y paraît, et l'argument juridique qui justifiait la préparation vient de s'affaiblir. À lire en entier avant de reprendre l'ordonnance habituelle.
Le choix de l'excipient revient au pharmacien. La formule nifédipine reprise ici est celle diffusée par la Société nationale française de colo-proctologie55 — qui la propose explicitement pour les pays où NIFEXINE n'est pas commercialisée. Celle qui circule dans les textes de formation continue en hépato-gastro-entérologie (nifédipine 300 mg + lanovaseline 15 g + paraffine 1 mL)56 n'est pas une variante concurrente : c'est exactement la même formule au quart des quantités, pour un tube de 15 g au lieu de 60 g. Aucun désaccord entre sociétés savantes, donc.
Trois préparations avec des preuves — mais aucune ne se fait en officine de ville. À connaître pour savoir vers qui adresser, pas pour prescrire.
Collyre fabriqué à partir du sérum du patient (typiquement dilué à 20 %). Une méta-analyse de 12 essais randomisés dans la sécheresse oculaire montre, contre larmes artificielles : test de Schirmer +2,35 mm, temps de rupture du film lacrymal +2,83 s, score OSDI −10,54 points, et moins d'effets indésirables — mais ce dernier résultat est à la limite de la signification (RR 0,36 ; IC 95 % 0,13–0,99 ; p = 0,048) et la méta-analyse inclut quatre bases de données chinoises : à ne pas présenter comme un fait établi.11 Indications : sécheresse sévère réfractaire, kératite neurotrophique, greffon. Circuit : prescription hospitalière, prélèvement, préparation en PUI ou en établissement de transfusion, conservation congelée.
Antibiotiques à concentration très supérieure aux collyres du commerce (par exemple céfazoline 5 % et tobramycine 1,3 %), préparés à l'hôpital pour les abcès de cornée. Un essai d'équivalence chez 204 patients porteurs d'ulcères cornéens bactériens non perforés a conclu que la gatifloxacine 0,3 % en monothérapie équivalait à l'association renforcée céfazoline–tobramycine (différence de cicatrisation 5,4 %, IC 90 % −4,5 à 15,3, pour une marge d'équivalence fixée à ± 20 %).12
On cite volontiers, dans la kératoconjonctivite vernale, un essai randomisé en double insu du tacrolimus 0,03 %. En le relisant, il ne démontre pas ce qu'on lui fait dire : il porte sur 21 patients, utilise une pommade ophtalmique (et non un collyre), et compare tacrolimus + olopatadine à tacrolimus + placebo — donc sans aucun bras sans tacrolimus. Aucune démonstration d'efficacité n'était possible par construction, et tous les résultats sont non significatifs (symptômes p = 0,205 ; signes p = 0,205). Les auteurs eux-mêmes appellent des essais contrôlés plus larges.58 C'est un bon exemple de citation qui circule au-delà de ce qu'elle contient.
Surtout, la ciclosporine en collyre à 1 mg/mL (VERKAZIA) a obtenu une autorisation européenne de mise sur le marché en 2018 dans la kératoconjonctivite vernale sévère de l'enfant à partir de 4 ans et de l'adolescent, remboursée à 65 %, avec prescription réservée aux ophtalmologues.59 C'est elle qu'il faut essayer en premier ; la préparation de tacrolimus se discute en recours, en milieu spécialisé.
Un cas positif (la doxépine), à condition de ne pas exagérer sa portée — et deux cas où l'essai a été fait et n'a rien montré.
Deux essais de phase III, tous deux positifs sur leur critère principal :
Une indication qui manquait au catalogue, et qui coche les deux cases. La revue Cochrane des corticoïdes dans le lichen plan buccal (35 études, 1 474 participants) trouve, contre placebo, que la douleur a plus de chances d'être résolue sous corticoïde topique en base adhésive : RR 1,91 (IC 95 % 1,08–3,36) sur 2 études et 72 participants — preuve de faible certitude, la résolution clinique restant non concluante (RR 6,00 ; 0,76–47,58).61
Ces deux préparations sont souvent présentées comme « réfutées ». C'est aller trop vite : ce sont des absences de preuve sur de petits effectifs, pas des preuves d'absence d'effet — exactement la distinction posée en § 02. Elles ne justifient pas une prescription de routine ; elles ne justifient pas non plus d'affirmer que « ça ne marche pas ».
Ici, la question n'est pas « est-ce que ça marche ? » — la molécule est validée — mais « comment donner une dose qui n'existe pas dans une forme qu'un enfant peut avaler ».
Les préparations orales magistrales sont un pilier de la pédiatrie hospitalière européenne, faute de formes adaptées à l'enfant.15 Une enquête internationale de la Fédération internationale pharmaceutique confirme que la pratique reste très répandue et très hétérogène d'un pays à l'autre.65
C'est la nouveauté réglementaire la plus utile à connaître : depuis 2025, la magistrale est un outil officiel de gestion des pénuries — mais sous un cadre strict.
Le décret n° 2025-760 du 4 août 2025, pris en application de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024, organise la lutte contre les pénuries de médicaments et crée une catégorie nouvelle, la préparation officinale spéciale, que le ministre chargé de la santé peut autoriser à titre exceptionnel et temporaire lorsqu'un médicament industriel n'est plus disponible.19
| Molécule | Période de prise en charge | Arrêté |
|---|---|---|
| Quétiapine LP | à partir du 24/02/2025 | arrêté du 21/02/2025 |
| Sertraline | 15/05/2025 → 16/09/2025 | arrêté du 13/05/2025 |
| Propranolol 40 mg | 21/02/2026 → 11/03/2026 | arrêté du 19/01/202640 |
| Aprépitant | à partir du 15/04/2026 | arrêté du 15/04/2026 |
Liste relevée sur la page dédiée de l'Assurance Maladie à la date de rédaction de cette fiche (2 août 2026).18 Elle est évolutive par nature : ces fenêtres ouvrent et se referment au fil des ruptures. Ne pas s'y fier sans vérifier la page à jour — c'est le seul contenu de cette fiche qui se périme en quelques semaines.
Ce ne sont pas des préparations « pas encore étudiées » : pour la plupart, l'essai a été fait. Il a été négatif.
C'est la magistrale la plus prescrite dans l'allaitement — souvent appelée « pommade de Newman » ou crème tri-thérapie (antibiotique + corticoïde + antifongique). Elle a été évaluée :
La crème amitriptyline 2 % + kétamine 1 % a été testée dans un essai randomisé en double insu contre placebo, dans les syndromes douloureux neuropathiques : aucune différence sur la douleur.67 Un résultat utile à connaître, cette préparation continuant d'être demandée. Là encore, la nuance compte : les auteurs eux-mêmes suggèrent qu'une optimisation des doses serait nécessaire, des concentrations plus élevées ayant produit une analgésie significative dans un autre travail. Ce n'est donc pas « la voie topique ne marche pas », c'est « cette formule, à ces doses, n'a rien montré ».
La liberté de formulation n'est pas totale : certaines substances sont interdites en préparation, d'autres sont seulement exclues du remboursement. Les conséquences ne sont pas les mêmes.
Quatre critères doivent être remplis simultanément pour qu'une préparation soit prise en charge. Sont exclues, entre autres, les préparations à visée cosmétologique, diététique ou d'hygiène, celles à base de plantes ou d'oligo-éléments, et nommément les préparations à base de DHEA, de bêta-carotène ou de créatine.21
Le cadre tient en quelques lignes — mais chaque ligne oubliée coûte un remboursement.
Le code de la santé publique la définit comme tout médicament préparé selon une prescription médicale destinée à un malade déterminé, en l'absence de spécialité pharmaceutique adaptée ou disponible.20 Deux voisines à ne pas confondre : la préparation officinale (inscrite à la pharmacopée ou au formulaire national, préparée d'avance et dispensée directement) et la préparation hospitalière (faite en pharmacie à usage intérieur).20
Elle doit figurer sur l'ordonnance, écrite de la main du prescripteur ou saisie dans la zone dédiée de l'ordonnance électronique. Son absence entraîne un rejet du remboursement.21
Ils sont détaillés et testables en tête de fiche : § 00 — Ma préparation est-elle remboursable ?
Explications en mots simples. Le bouton ci-dessous n'imprime que ce mémo, pas toute la fiche.
Registre « en savoir plus » : plus narratif que le reste, mais sourcé de la même façon.
Pendant l'essentiel de l'histoire de la pharmacie, tout médicament était une préparation : l'apothicaire composait au comptoir, à partir d'un formulaire. L'industrialisation du XXe siècle a inversé le rapport — la spécialité, produite en série, évaluée puis autorisée, est devenue la norme, et la préparation, le recours. Ce n'est pas un déclin technique : c'est le prix payé pour l'évaluation. Une spécialité a un dossier ; une préparation n'en a pas.
Le trio de Kligman illustre bien le mouvement inverse, plus rare : une formule née d'un article de 197524 qui, faute d'équivalent commercialisé en France, y survit sous forme magistrale un demi-siècle plus tard.26 Sa longévité tient à un détail rapporté dès l'article princeps — la synergie des trois composants, aucun ne fonctionnant seul.
L'enquête internationale de la Fédération internationale pharmaceutique montre que la place des préparations orales magistrales varie fortement d'un pays à l'autre, en fonction des formes pédiatriques disponibles sur le marché national et des habitudes locales.65 Une même situation clinique se résout donc par une spécialité ici, par une préparation là. Corollaire pratique : une formule trouvée dans un article étranger n'est pas forcément réalisable en France — la disponibilité de la matière première tranche, comme le montre le cas de la cantharidine dans le molluscum : deux essais de phase III concluants aux États-Unis, aucune disponibilité en France.3133