Devant un enfant qui boite, la première question est un tri : l'infection, la fracture, la tumeur et l'épiphysiolyse ne peuvent pas attendre ; presque tout le reste, si. Et la plupart des jambes arquées, des genoux qui se touchent, des pieds plats et des pieds qui tournent sont des étapes normales de la croissance, à condition de reconnaître les exceptions. Cette page donne les outils de tri, les repères chiffrés par âge, les ordonnances d'imagerie et des fiches à remettre aux familles.
On cherche d'abord un signe d'urgence, puis on raisonne par âge. Cliquez sur la situation qui correspond ; chaque fin de parcours dit quoi faire, avec quelle urgence. Vous pouvez aussi taper un mot (« genou », « fièvre », « talon »…) pour sauter directement à la bonne case.
Lecture des couleurs : rouge = urgences maintenant, ou examens le jour même ; ambre = imagerie ou avis dans les jours qui viennent ; vert = prise en charge en ville, avec réévaluation.
Un seul de ces signes change le parcours. La plupart des boiteries n'en ont aucun : elles se gèrent en ville, avec une réévaluation prévue.
| Signe | Ce qu'il fait craindre | Conduite |
|---|---|---|
| Fièvre de 38 °C ou plus | Infection ostéo-articulaire ; la fièvre est le meilleur prédicteur d'arthrite septique.3132 Kingella donne souvent une température autour de 38 °C.7 | Urgences pédiatriques le jour même ; hospitalisation.6 |
| Refus total d'appui | Fracture, arthrite, épiphysiolyse instable chez l'adolescent.210 | Le jour même. Adolescent : allongé, ne plus marcher. |
| Douleur nocturne, pâleur, ecchymoses, hépatosplénomégalie, amaigrissement | Leucémie, tumeur osseuse.1213 Une VS élevée avec des plaquettes normales ou basses est inquiétante.3 | Le jour même : NFS avec frottis et plaquettes, CRP, VS, et radiographie centrée sur la douleur. Une NFS normale n'exclut ni leucémie ni tumeur osseuse : avis si la douleur persiste. |
| Adolescent (surtout en surpoids) avec douleur de hanche, d'aine, de cuisse ou de genou | Épiphysiolyse fémorale supérieure : 52 % des consultations de soins primaires pour ce motif chez l'enfant obèse n'ont abouti ni au diagnostic ni à l'adressage.33 | Radiographie du bassin de face + Lauenstein bilatéral le jour même. |
| Lésion incohérente avec l'histoire ; fracture d'un nourrisson ; retard à consulter | Maltraitance.5 | Hospitaliser si nourrisson, risque médical ou mise à l'abri nécessaire. |
| Boiterie qui dure plus de 7 jours, ou consultations répétées pour le même épisode | Diagnostic à revoir.2 | Réexamen, NFS-CRP, imagerie ; avis spécialisé. |
| « Synovite » qui ne guérit pas en 2 semaines ou qui récidive | Legg-Perthes-Calvé.1718 | Radiographie du bassin, IRM si normale. |
| AINS ou antibiotique déjà pris | Fièvre et syndrome inflammatoire masqués.16 | Ne pas se laisser rassurer par un tableau atténué. |
Ces règles servent à l'hôpital, quand la biologie est faite. En cabinet, elles servent surtout à comprendre pourquoi une fièvre avec boiterie ne se gère pas en ville.
La cause la plus fréquente de hanche douloureuse non traumatique de l'enfant. On ne la retient qu'après avoir écarté l'infection.
Repos relatif à la maison, reprise selon la douleur. Ibuprofène suspension buvable 20 mg/mL : 0,5 mL/kg par prise (soit 10 mg/kg), 3 fois par jour, espacées de 8 h, pendant 5 jours. Sans dépasser 30 mg/kg/jour. À partir de 3 mois et 5 kg ; au-delà de 30 kg, forme comprimé selon le RCP. Prendre la température avant chaque prise : l'ibuprofène peut masquer une fièvre. Paracétamol en complément si besoin, à la posologie habituelle selon le poids. Revoir l'enfant sans attendre si fièvre, refus d'appui ou aggravation ; sinon réévaluation dans la semaine.
Une nécrose de la tête fémorale de l'enfant, qui se revascularise spontanément en plusieurs années. Le généraliste la soupçonne devant une boiterie peu douloureuse qui ne guérit pas.
Le glissement de la tête fémorale sur le col, au moment de la poussée pubertaire. C'est le diagnostic que le généraliste rate le plus souvent, parce que la douleur est ailleurs.
Environ 6 naissances sur 1000 en France. Le bénéfice est maximal si le diagnostic est fait avant la fin du premier mois, sinon avant 3 mois.14
Ne sont pas des facteurs de risque à eux seuls : la grossesse gémellaire (chez un jumeau, c'est le siège qui compte),5051 ni le pied bot varus équin idiopathique.52 Le sexe féminin augmente le risque mais ne déclenche pas d'échographie selon la HAS.1448
L'échographie se fait à 1 mois (pas avant : une instabilité néonatale guérit seule dans plus de la moitié des cas), avec deux mesures à exiger sur le compte rendu : fond cotyloïdien < 6 mm, différence droite-gauche < 1,5 mm.14 L'échographie de tous les nouveau-nés n'a pas montré qu'elle réduisait les diagnostics tardifs, et elle augmente les traitements.58 Une luxation peut, rarement, apparaître après un examen néonatal normal.59
Un pied du nouveau-né normal se fléchit vers le haut de plus de 50°, a un bord externe rectiligne et pas de pli cutané anormal.60 Devant une déformation, on cherche si elle se corrige à la main.
| Déformation | Ce qu'on voit | Ce qu'on fait |
|---|---|---|
| Pied bot varus équin | Pied en équin, talon en varus, avant-pied en dedans, non réductible. Environ 1 naissance sur 1000 en Europe du Nord, trois garçons sur quatre, bilatéral une fois sur deux.61 | Consultation d'orthopédie pédiatrique dès la 1re semaine ; demande de prise en charge à 100 %.60 Méthode de Ponseti (plâtres successifs, souvent ténotomie, puis attelle) : correction dans environ 90 à 98 % des cas.6263 En France, la méthode fonctionnelle (kinésithérapie) a donné un taux de chirurgie voisin (21 % contre 16 %), mais des chirurgies plus lourdes et moins de résultats excellents ou bons (75 % contre 94 %).64 |
| Metatarsus adductus | Avant-pied en dedans, arrière-pied normal. Environ 3 % des nouveau-nés.65 Repère : la bissectrice du talon passe normalement entre le 2e et le 3e orteil.60 | Léger et souple (réductible jusqu'à la position neutre) : surveillance par le médecin traitant, contrôle à 2 mois. Rigide, modéré ou sévère : traitement dès la 1re semaine (kinésithérapie et contentions).60 Évolution spontanée : 87 % résolus à 6 ans, 95 % à 16 ans.6667 |
| Pied talus valgus | Dos du pied collé contre la jambe, souvent spectaculaire, mais qui revient à angle droit. | Revient à angle droit et bord externe rectiligne : simple surveillance ; sinon kinésithérapie dès la 1re semaine.60 Tous normaux à la réévaluation dans la série de Widhe.65 Échographie des hanches à 1 mois : anomalie de hanche une fois sur 5.49 |
| Pied convexe congénital | Pied raide, plante bombée « en piolet ». | Consultation d'orthopédie pédiatrique dès la 1re semaine.60 |
Le nourrisson a les jambes arquées, l'enfant de 3-4 ans les genoux qui se touchent, puis tout s'aligne. Ce qui inquiète, c'est un axe hors du calendrier, asymétrique, ou qui s'aggrave.
Vitamine D : 400 à 800 UI par jour, de la naissance à 18 ans, en prise quotidienne avant 2 ans. 800 à 1600 UI par jour de 2 à 18 ans si obésité, peau noire, absence d'exposition solaire ou régime végétalien. Si l'observance quotidienne est impossible (2-18 ans), sans facteur de risque : vitamine D3, 50 000 UI par trimestre, ou 80 000 à 100 000 UI deux fois en automne-hiver. Avec facteur de risque : vitamine D3, 50 000 UI toutes les 6 semaines, ou 80 000 à 100 000 UI tous les 3 mois. Jamais 200 000 UI en une prise.
Mesures, enfant debout, rotules de face : jambes arquées → distance entre les condyles fémoraux, malléoles internes au contact ; genoux en dedans → distance entre les malléoles internes, genoux au contact.6972 Les normes publiées viennent de populations différentes et la mesure clinique est peu reproductible : l'outil oriente, il ne mesure pas.
Les parents s'inquiètent, l'enfant trébuche parfois, mais court et joue normalement. La règle est l'abstention, avec des exceptions précises.
C'est la demande de semelles la plus fréquente, et la moins justifiée. La bonne question n'est pas l'âge, mais : est-il souple, et fait-il mal ?
Presque tout le monde a une petite inégalité. Ce qui compte : son ampleur, sa cause, et sa trajectoire pendant la croissance.
Le tendon tire sur un noyau de croissance encore fragile. Douleur mécanique, à l'effort, réveillée par la pression du point d'insertion ; elle ne réveille pas la nuit.34
| Siège | Nom | Âge | Ce qui le confirme |
|---|---|---|---|
| Tubérosité tibiale antérieure | Osgood-Schlatter | 12-15 ans ; début moyen 13,1 ans99 | Douleur à la pression de la tubérosité, à l'extension contrariée du genou, au saut ; tubérosité saillante. Environ 10 % des adolescents.21 |
| Pointe de la rotule | Sinding-Larsen-Johansson | Pré-adolescent | Douleur à la pression du pôle inférieur de la rotule ; évolution bénigne et spontanément résolutive.100 |
| Talon (apophyse postérieure du calcanéum) | Sever | 8-15 ans101 | Douleur quand on comprime l'arrière du talon entre pouce et doigts ; souvent des deux côtés. En médecine générale néerlandaise, incidence de 3,7 pour 1000 patients inscrits.102 |
Souvent découvertes par hasard, sur une radio faite pour autre chose. Le généraliste doit savoir lesquelles rassurer, et quand adresser.
| Lésion | Ce qui la caractérise | Conduite |
|---|---|---|
| Fibrome non ossifiant | La lésion osseuse bénigne la plus fréquente ; lacune métaphysaire excentrée, bordée de sclérose, souvent près du genou ; découverte fortuite.111112 | Régresse spontanément. Grandes lésions (plus de la moitié du diamètre de l'os, plus de 33 mm de haut) : risque de fracture, surveillance clinique et radiographique tous les 6 à 12 mois.112113 Le curetage préventif n'est pas automatique : 59 % des grandes lésions ne se fracturent pas, et les fractures consolident sous plâtre.114 |
| Ostéochondrome (exostose) | Excroissance osseuse coiffée de cartilage, qui « fuit » l'articulation, près des cartilages de croissance (« près du genou, loin du coude »).34 La tumeur osseuse bénigne la plus fréquente.115 | Surveillance, exérèse si gêne. Exostose qui grossit ou devient douloureuse après la fin de la croissance : avis (transformation maligne, environ 1 % des formes solitaires).115 |
| Exostoses multiples (maladie héréditaire) | Plusieurs exostoses, souvent familiales. | Suivi spécialisé. Transformation en chondrosarcome chez 2,7 à 5 % des patients, vers 28 ans en moyenne, surtout au bassin et à l'omoplate.116117 |
| Ostéome ostéoïde | Petite lésion (nidus de 1 cm au plus ; au-delà de 2 cm, c'est un ostéoblastome), adolescent, garçon.28118 | Douleur nocturne calmée par les AINS : c'est le signe d'appel.28 Radiographie puis avis : scanner (image « en cocarde ») ou scintigraphie.34 |
Position, geste, ce qui est positif. Toujours comparer au côté sain.
Un bon libellé évite l'incidence inutile, ou dangereuse. Copiez, puis complétez l'âge et la latéralité.
Radiographie du bassin de face et des deux hanches en incidence de Lauenstein (profil « grenouille »), comparative. Motif : suspicion d'épiphysiolyse fémorale supérieure (douleur de hanche / de genou, boiterie). À réaliser le jour même.
Radiographie du bassin de face et des deux hanches en incidence de Lauenstein, comparative. Motif : boiterie depuis plus de 2 semaines, limitation de la mobilité de hanche. Recherche d'ostéochondrite primitive de hanche.
Échographie des deux hanches (dépistage de la luxation congénitale de la hanche). À réaliser à l'âge de 1 mois. Motif : facteur de risque (siège / antécédent familial du 1er degré / syndrome postural). Merci de préciser sur le compte rendu le fond cotyloïdien (normal < 6 mm) et la différence droite-gauche (normale < 1,5 mm).
Radiographie de la jambe droite / gauche de face et de profil (tibia et fibula en entier). Motif : boiterie ou refus d'appui depuis le …, après une chute. Recherche d'une fracture spiroïde du tibia (fracture du « toddler »).
NFS avec plaquettes et frottis sanguin, CRP, VS. Résultats à transmettre le jour même. Radiographie de face et de profil centrée sur la zone douloureuse (préciser : ……), le jour même. Motif : douleurs osseuses nocturnes / boiterie chez un enfant, recherche d'hémopathie ou de tumeur osseuse.
Radiographie du rachis entier de face et de profil, debout (EOS si disponible), avec bassin visible (test de Risser). Motif : gibbosité au test d'Adams, recherche de scoliose. Mesure de l'angle de Cobb.
Langage simple, une page par fiche. Cochez celles à imprimer.
Qu'est-ce que c'est ? Une petite inflammation de la hanche, fréquente vers 3 à 8 ans. Elle guérit seule, en général en quelques jours, presque toujours en moins de deux semaines.
Ce qu'on fait : du repos à la maison, sans forcer ; l'anti-inflammatoire prescrit par le médecin (ibuprofène : Advil, Nurofen…), à la dose prévue pour son poids, pendant le temps indiqué. L'enfant reprend ses activités quand il n'a plus mal.
Avec l'ibuprofène : prenez la température avant chaque dose, car il peut cacher la fièvre. N'en donnez pas s'il a la varicelle, s'il vomit ou s'il boit mal : appelez le médecin.
Reconsultez le jour même si :
Revenez voir le médecin si ce n'est pas mieux en une semaine, ou si votre enfant boite encore dans 2 à 4 semaines, ou si cela revient. Il faudra alors une radio.
Les jambes changent en grandissant. Le bébé a les jambes arquées ; vers 18 mois elles deviennent droites ; vers 3 à 5 ans, les genoux se touchent souvent ; puis tout s'aligne petit à petit vers 7 à 10 ans.
Ce qu'on ne fait pas : pas de chaussures spéciales, pas d'attelles, pas de semelles pour corriger les jambes : elles se redressent seules.
Ce qui compte : la vitamine D tous les jours, de la naissance à l'adolescence, selon la dose prescrite.
Reparlez-en au médecin si :
C'est très fréquent : à 4 ans, près d'un enfant sur trois marche les pieds tournés en dedans. Cela vient de la façon dont les os de la cuisse ou de la jambe sont « tournés » à cet âge.
Ça s'arrange avec la croissance, le plus souvent avant 8 à 10 ans. Il peut trébucher un peu plus, mais il peut courir, jouer et faire du sport normalement. Il n'y a pas de conséquence prouvée à l'âge adulte.
Inutile : les chaussures orthopédiques, les attelles de nuit, les semelles. Elles ne changent rien à la rotation des os.
Reparlez-en au médecin si : un seul pied tourne, votre enfant a mal ou boite, il tombe au point d'être gêné dans ses jeux, ou cela s'aggrave. Et si un adolescent se met à marcher un pied tourné en dehors en boitant : consultez rapidement.
C'est normal chez le petit : plus d'un enfant sur deux à 3 ans, un sur quatre à 6 ans. La voûte du pied se forme seule, en grandissant.
Un test simple : quand votre enfant se met sur la pointe des pieds, ou quand on lui relève le gros orteil, la voûte apparaît. C'est un pied plat « souple » : il n'a besoin de rien.
Les semelles ne fabriquent pas de voûte. On les propose seulement si le pied fait mal.
Reparlez-en au médecin si : le pied fait mal, la voûte n'apparaît pas sur la pointe des pieds (pied raide), un seul pied est touché, ou au contraire le pied se creuse de plus en plus.
Qu'est-ce que c'est ? Le tendon tire sur un « noyau de croissance » de l'os, encore fragile : sous le genou (Osgood-Schlatter, vers 12-15 ans) ou au talon (Sever, vers 8-15 ans). Ça fait mal pendant ou après le sport, et ça guérit à la fin de la croissance.
Ce qu'on fait : on adapte le sport plutôt que de tout arrêter : on réduit ce qui fait mal (sauts, sprints), on garde ce qui ne fait pas mal, on reprend progressivement. De la glace après l'effort si cela soulage. Le kinésithérapeute peut apprendre des exercices de renforcement.
Règle de la douleur : 0 à 3 sur 10 pendant l'effort, on continue ; 4 à 5, on continue seulement si c'est passé le lendemain ; plus de 5, on arrête cette activité et on en parle au médecin.
Reconsultez si : la douleur réveille la nuit, un seul côté gonfle, votre enfant boite au repos, a de la fièvre, ou si ça ne s'améliore pas.
Laissez ses jambes libres. Un bébé a naturellement les cuisses pliées et écartées, « en grenouille ». Ne l'emmaillotez pas jambes tendues et serrées : cela abîme la hanche. Dans une gigoteuse ou un porte-bébé, les jambes doivent pouvoir se plier et s'écarter.
À chaque visite, jusqu'à ce qu'il marche, le médecin examine ses hanches, couche enlevée. C'est un examen rapide et indolore.
Une échographie des hanches à 1 mois est prévue si bébé était en siège, si un parent, un frère ou une sœur a eu une luxation de hanche, ou s'il avait un pied tourné vers le haut à la naissance. Si le médecin trouve un signe anormal aux hanches, l'échographie se fait rapidement, sans attendre 1 mois.
Parlez-en au médecin si : une cuisse s'écarte moins que l'autre au change, une jambe paraît plus courte, ou s'il boite quand il commence à marcher.
De Berck au Japon : ce que l'histoire de ces maladies dit de leur cause.
Au début du XXe siècle, trois médecins décrivent presque en même temps, sans se concerter, une maladie de hanche de l'enfant que l'on confondait jusque-là avec la tuberculose : Arthur Legg aux États-Unis, Georg Perthes en Allemagne, et Jacques Calvé en France.133 Calvé était chirurgien assistant à l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer, qui soignait de très nombreux enfants atteints de tuberculose de la hanche et venait d'être équipé d'un appareil de radiographie : c'est la combinaison du nombre et de la nouvelle technique qui lui a permis d'isoler cette « pseudo-coxalgie ». Il dirigea ensuite, jusqu'en 1945, un grand hôpital orthopédique de Berck.134 À la même époque, François Calot, chirurgien à Berck de 1890 à 1941, fondait l'Institut orthopédique de Berck, devenu l'Institut Calot135 — où exerce l'intervenante de la soirée qui a inspiré cette fiche.
Le dépistage de la luxation de hanche doit beaucoup à un pédiatre italien, Marino Ortolani, qui décrit son test en 1936, puis en fait un film traduit dans de nombreuses langues pour diffuser l'examen précoce.136 Le pied bot, lui, a changé de pronostic avec la méthode de plâtres d'Ignacio Ponseti : la chirurgie extensive, autrefois habituelle, est devenue rare.62
Au Japon, avant 1965, la luxation de hanche touchait 1,1 à 3,5 % des enfants. Les orthopédistes ont incriminé la tradition de maintenir les jambes du nourrisson tendues dans un lange serré. En 1975, une campagne nationale a demandé d'éviter cette extension prolongée des hanches et des genoux : l'incidence est tombée sous 0,2 %.132137 Un essai randomisé mongol l'a confirmé en 2021 : chez des nouveau-nés à hanche immature, l'emmaillotage traditionnel jambes tendues laissait 40 % de hanches anormales au suivi contre 7,5 % sans emmaillotage, et 8 dysplasies contre aucune.131
L'épiphysiolyse varie d'un facteur dix entre pays (0,71 à 10,8 pour 100 000 enfants).42 Et au Royaume-Uni, le Perthes suit la carte de la pauvreté : il est plus fréquent dans les quartiers les plus défavorisés, sans qu'on sache pourquoi.4041
Le cartilage de croissance est la zone faible du squelette de l'enfant. Deux maladies de cette page semblent liées à la charge qu'il supporte, plus qu'à une fragilité propre : l'épiphysiolyse, dont l'âge au diagnostic baisse à mesure que les enfants pèsent plus lourd et mûrissent plus tôt,1946 et la maladie de Blount, dont la forte association avec l'obésité « suggère une cause mécanique ».75 C'est une hypothèse de discordance entre un squelette façonné pour des enfants maigres et actifs et un environnement où l'obésité infantile est devenue courante — plausible, cohérente avec les données, mais non démontrée comme cause. Le nouveau-né, lui, naît hanches fléchies et écartées : les pratiques qui étendent ses jambes de force contrarient une position que la hanche attend pour se stabiliser.131132