Aide à la décision · médecine générale

L'œil en MG :
trier, traiter, adresser

Trois grands motifs en consultation : œil rouge, baisse de vision, larmoiement / écoulement. La plupart sont bénins ; l'enjeu est de repérer les urgences (kératite, glaucome aigu, occlusion artérielle, décollement, Horton) avec un examen simple — acuité visuelle et fluorescéine. Chaque chiffre est rattaché à sa source primaire.

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche actualisée et vérifiée (sources en fin de page).
Cronau & Pokhrel (AFP) · Azari & Barney (JAMA) · Cochrane · HEDS · Mac Grory (AHA) · ONTT · Mitchell (DMLA) · DEWS II · revues de référence
Synthèse pour professionnels — ne remplace pas l'examen ophtalmologique ni le jugement clinique.
Première version : 2026-06-15Dernière révision : 2026-06-27
Orientation & alarmes
00 — LE RÉFLEXE

Drapeaux rouges, tous motifs confondus

Quel que soit le motif (rouge, vision, larmoiement), ces signes imposent un avis ophtalmologique urgent12.

Adresser en urgence si… 1. baisse d'acuité visuelle · 2. douleur oculaire profonde · 3. photophobie marquée · 4. port de lentilles · 5. traumatisme ou projection chimique · 6. pupille anormale / cornée trouble / halos · 7. corps flottants + éclairs + voile (décollement) · 8. sujet > 50 ans avec céphalées et BAV (Horton) · 9. chirurgie oculaire récente (< 3 mois) avec œil rouge/douloureux (endophtalmie).
Le kit « œil » au cabinet. Pour examiner sérieusement : une échelle d'acuité (Monoyer à 5 m de loin, Parinaud de près — ou une appli) ; un trou sténopéique (pinhole : si la vue s'améliore à travers, la cause est réfractive, pas organique) ; des bandelettes de fluorescéine + une lumière bleue (filtre cobalt de l'ophtalmoscope/otoscope ou lampe dédiée) ; une lampe-stylo. L'acuité se mesure œil par œil, avec la correction habituelle.
01 — SÉMIOLOGIE

Petit lexique de l'œil : le signe, ce qu'on cherche, ce qu'il évoque

Nommer précisément ce qu'on voit oriente d'emblée. Les signes qui comptent vraiment en MG, et leur valeur d'alarme.

SigneDéfinition / comment le chercherCe que ça évoque
Rougeur en nappeplacard rouge homogène, bien limité, sous la conjonctive (le sang ne s'efface pas à la pression)Hémorragie sous-conjonctivale — bénigne si indolore et vision normale (§05)
Rougeur diffuse superficiellevaisseaux conjonctivaux dilatés, mobiles, prédominant dans les culs-de-sac, s'éclaircissant vers la cornéeConjonctivite (§02) ; rougeur sectorielle localisée → épisclérite
Cercle périkératiquerougeur profonde en couronne autour de la cornée (limbe), ne s'efface pas, vaisseaux fixessigne d'atteinte profonde : kératite, uvéite antérieure, glaucome aigu → avis3
Myosispupille en contraction (petite), parfois irrégulière (synéchies)Uvéite antérieure (§04) ; à l'inverse une semi-mydriase aréactive évoque le glaucome aigu
Pruritdémangeaison au premier plan (le patient se frotte les yeux)Conjonctivite allergique (§02) — le prurit est le signe le plus discriminant
Photophobiegêne/douleur à la lumière, vraie (pas un simple éblouissement)atteinte cornéenne ou uvéale : kératite, uvéite → drapeau (§00)
Chémosisconjonctive œdémateuse, gélatineuse, soulevéeallergie aiguë, infection, parfois cellulite orbitaire si associé à exophtalmie
Sécrétionspurulentes (paupières collées) vs claires/aqueusespurulent → bactérien ; clair + contage → viral ; clair chronique → allergie/sécheresse
Prise de fluorescéinecolorant + lumière bleue : la zone désépithélialisée devient verte ; image dendritique = pathognomoniqueabrasion, ulcère, kératite herpétique (§03)1
Repère clé : une rougeur superficielle avec vision et cornée normales est presque toujours bénigne ; une rougeur profonde (cercle périkératique), une douleur profonde, une photophobie ou une baisse de vision signent une atteinte de la cornée, de l'uvée ou de la pression — à adresser.
Par tableau clinique
02 — ŒIL ROUGE

Conjonctivites : distinguer, ne pas surtraiter

Première cause d'œil rouge. Vision conservée, pas de douleur profonde ni photophobie. Trois types à séparer4.

TypeIndicesConduite
Virale (la plus fréquente)larmoiement clair, contage / rhume, souvent bilatérale, adénopathie pré-auriculairesymptomatique (lavages) ; très contagieuse. Pas d'antibiotique.
Bactériennesécrétions purulentes, paupières collées au réveillavages ; antibiotique local seulement si forme franche, lentilles ou terrain à risque.
Allergiqueprurit ++, bilatérale, atopie, chémosisantihistaminique local ± éviction. Pas d'antibiotique.
L'antibiotique n'est presque jamais utile. Dans la conjonctivite bactérienne aiguë, ~41 % guérissent seuls en 6–10 jours sous placebo ; l'antibiotique local n'accélère que modestement (RR ~1,2)5. La prescription différée (antibiotique seulement si pas d'amélioration) est une bonne option. Posologies : section 15.

Filet de sécurité : faire reconsulter à 48–72 h si pas d'amélioration, et sans délai en cas de baisse de vision, douleur vive ou photophobie (on n'est alors plus dans la conjonctivite).
03 — ŒIL ROUGE

Kératites : l'œil rouge qui voit mal et qui fait mal

La cornée est atteinte : douleur, photophobie, larmoiement, souvent baisse de vision. Toute kératite relève de l'ophtalmologiste.

04 — ŒIL ROUGE

Urgences de l'œil rouge

Glaucome aigu (fermeture de l'angle)
douleur intense + baisse de vision + halos colorés + nausées/vomissements ; pupille semi-mydriase aréactive, cornée trouble, globe dur. Cécité en heures → urgence absolue8.
Uvéite antérieure (iritis)
œil rouge douloureux, photophobie, pupille en myosis ou irrégulière (synéchies), cercle péri-kératique. Rechercher spondyloarthrite/HLA-B27, sarcoïdose → ophtalmologiste3.
Cellulite orbitaire
exophtalmie, ophtalmoplégie douloureuse, baisse de vision (souvent sinusienne). À distinguer de la préseptale (œdème sans atteinte profonde) : l'orbitaire = urgence (imagerie, antibiotiques IV).
Le piège du glaucome aigu : les nausées peuvent faire errer vers une cause digestive. Devant un œil rouge douloureux + halos + globe dur, c'est l'œil qu'il faut traiter en urgence — et ne pas instiller de collyre mydriatique/atropinique (aggrave la crise).
05 — ŒIL ROUGE

Œil rouge rassurant

06 — VISION

Baisse de vision brutale = urgence

Le plus souvent indolore et sans œil rouge. Toute BAV brutale est une urgence jusqu'à preuve du contraire2 — l'enjeu est d'orienter vite.

TableauIndicesConduite
Occlusion artère centrale rétine (OACR)cécité brutale, indolore, profonde, unilatérale = « AVC rétinien »appeler le 15 — filière neurovasculaire immédiate (comme un AVC)10
Décollement de rétinecorps flottants + éclairs + voile/rideau périphériquefond d'œil dilaté le jour même (< 24 h)11
NOIAA / maladie de Horton> 50 ans + céphalées, claudication mâchoire, artère temporale indurée ; CRP ↑CRP en urgence + corticothérapie immédiate sans attendre la biopsie12
Névrite optique (NORB)sujet jeune, BAV subaiguë + douleur à la mobilisation ; lien SEPavis ophtalmo/neuro rapide, IRM ; ne pas débuter de corticoïdes oraux seuls (ONTT)13
DMLA exsudative> 50 ans, BAV centrale + métamorphopsies (grille d'Amsler)avis rapide (< 1 sem.) — anti-VEGF si pris à temps14
Hémorragie intravitréennediabétique ++ : myodésopsies massives, voile rouge ; FO inaccessibleavis rapide + échographie B (écarter décollement)15
Amaurose fugacecécité monoculaire transitoire = « AIT rétinien »bilan urgent comme un AIT (carotides) ; Horton si > 50 ans16
Délais en clair. Immédiat (15 ou urgences ophtalmo) : OACR (fenêtre utile très courte, ≈ < 4,5 h comme l'AVC → d'où le 15 sans délai), glaucome aigu, Horton avec signe visuel. Le jour même : décollement de rétine. < 1 semaine : DMLA exsudative, hémorragie du vitré, névrite optique. Après 50 ans, toute BAV brutale impose une CRP (Horton). Qui appeler : pour l'OACR, le 15 (filière neurovasculaire) ; sinon les urgences ophtalmologiques.
07 — VISION

Baisse de vision progressive

Non urgente, mais à adresser pour diagnostic et traitement — et à ne pas confondre avec une cause brutale masquée.

08 — VISION

Amétropies & astigmatisme : quand l'image ne se forme pas sur la rétine

Cause la plus fréquente de « je vois mal » — et la plus corrigeable. Un œil emmétrope forme l'image sur la rétine ; une amétropie la forme avant ou après19. Le trou sténopéique tranche au cabinet : si la vue s'améliore à travers, la cause est réfractive (lunettes), pas organique.

AmétropieMécanismePlainte typiqueCorrection
Myopieœil trop long → image en avant de la rétineflou de loin, plisse les yeux ; débute souvent à l'âge scolaire et progresseverres divergents (−) ; lentilles ; chirurgie
Hypermétropieœil trop court → image en arrière de la rétineflou de près surtout, fatigue, céphalées d'effort ; compensée par l'accommodation chez le jeuneverres convergents (+)
Astigmatismecornée/cristallin non sphérique (rayons inégaux) → image déformée à toute distanceflou et dédoublement à toutes distances, fatigue visuelleverres cylindriques ; lentilles toriques
Presbytieperte d'accommodation (cristallin moins souple) avec l'âge, vers 45 ansflou de près qui s'installe ; on éloigne le texteaddition de près (loupes, progressifs)
Réflexe MG. Devant une baisse de vision, toujours tester avec trou sténopéique et/ou la correction habituelle : une baisse corrigeable = amétropie (→ orthoptiste/ophtalmologiste pour réfraction) ; une baisse non corrigeable impose de chercher une cause organique (§06–07). Chez l'enfant, une amétropie non corrigée (surtout asymétrique) est une cause d'amblyopie → dépistage (§14). La myopie forte est un facteur de risque de décollement de rétine, de glaucome et de maculopathie : elle justifie un suivi du fond d'œil.
09 — AUTRES SIGNES

Diplopie, ptosis, anomalies pupillaires & mouvements anormaux

L'œil ne fait pas que rougir ou voir flou. Ces signes sont souvent neurologiques : leur tri se joue sur le mode d'installation et le contexte2.

Les trois à ne pas rater. Diplopie ou ptosis brutal avec mydriase douloureuse = paralysie du III sur anévrisme jusqu'à preuve du contraire (imagerie en urgence). Ptosis + myosis = Horner (dissection carotidienne si douleur). Après 50 ans, toute diplopie récente impose d'éliminer une maladie de Horton (CRP).
10 — ÉCOULEMENT

Larmoiement & écoulement

11 — PAUPIÈRES

Orgelet, chalazion, blépharite

12 — SÉCHERESSE

Sécheresse oculaire

Très fréquente : sable, brûlure, fluctuante, parfois larmoiement réflexe paradoxal. Maladie multifactorielle, souvent hyperévaporative (dysfonction meibomienne)22.

Ordonnance type — sécheresse légère à modérée Hyaluronate de sodium 0,1–0,3 % sans conservateur (Hyabak, Hylo-Comod, Vismed…) : 1 goutte dans chaque œil, 3 à 6 fois/jour et à la demande.
+ le soir : gel au carbomère 974P (Lacrygel, Gel-Larmes, Vidisic) : 1 application au coucher (vision trouble transitoire → réserver au coucher).
Enfant : mêmes substituts (dispositifs médicaux), sans âge minimal. Jeter le flacon multidose 3 à 6 mois après ouverture.
Examen & gestes
13 — CORNÉE

Corps étranger & abrasion cornéenne

Sensation de corps étranger, larmoiement, photophobie après projection/frottement. La fluorescéine fait le diagnostic23.

Jamais d'anesthésique topique « à emporter ». L'usage répété est toxique pour la cornée ; il sert uniquement à l'examen au cabinet24. L'occlusion (pansement) n'est pas recommandée en routine.
14 — ENFANT

L'œil de l'enfant

Traitement
15 — PRESCRIPTIONS

Collyres & doses — aide-mémoire (MG & internes)

Posologies vérifiées au RCP français (BDPM/ANSM, EMA) ; à recroiser au RCP/Vidal en vigueur (et au CRAT en grossesse) avant de prescrire. Espacer ≥ 10 min entre deux collyres, en finissant par les pommades/gels. Important : pour la plupart des collyres, la dose pédiatrique est identique à celle de l'adulte à partir d'un âge minimum — c'est l'âge mini qui compte, pas une « demi-dose ».

IndicationTraitement (DCI · princeps FR)AdulteEnfant (âge mini)
Conjonctivite bactérienne
la plupart guérissent en 6–10 j → lavages au sérum φ ± antibiotique différé
azithromycine · Azyter (unidose)1 gtte ×2/j · 3 jdès la naissance : idem
acide fusidique gel · Fucithalmic1 gtte ×2/j · jusqu'à 2 j après guérisontous âges : idem (nourrisson OK)
tobramycine · Tobrex1 gtte ×4/j (sévère : /h puis ↓) · 5–15 j max (toxicité cornéenne)≥ 1 an : idem ; < 1 an non établi
ofloxacine · Exocine / ciprofloxacine · Ciloxan (réservés : sévère, lentilles)ofloxacine 2 gttes ×4/j ; cipro schéma dégressif≥ 1 an (ofloxacine) ; cipro tous âges mais expérience limitée < 1 an
Conjonctivite allergiqueantihistaminique : azélastine · Allergodil ; olopatadine · Opatanol ; kétotifène · Zaditen1 gtte ×2/j≥ 4 ans (azélastine), ≥ 3 ans (olopatadine, kétotifène)
cromoglicate de sodium · Cromabak (préventif, effet retardé)1 gtte ×2–6/j pendant l'expositionpas d'âge mini officiel (avis médical)
Antiseptique (formes simples)picloxidine · Vitabact1 gtte ×2–6/j · ≤ 10 jpas d'âge mini ; aucune CI d'âge
Sécheressehyaluronate Na sans conservateur · Hyabak/Hylo-Comod ; gel carbomère 974P · Vidisic/Lacrygel le soir1 gtte ×3–6/j et à la demande ; gel au coucheridem (dispositifs médicaux, sans âge mini)
Herpès cornéen (avis ophtalmo ; jamais de corticoïde seul)ganciclovir gel · Virgan (aciclovir pommade Zovirax : commercialisation arrêtée 2019)1 gtte ×5/j jusqu'à réépithélialisation, puis ×3/j · 7 j (≤ 21 j)non recommandé < 18 ans (pas d'étude)
Examen (cabinet)fluorescéine (bandelettes) ; oxybuprocaïne · Cébésine (anesthésique)usage unique au cabinet — l'anesthésique n'est jamais remis au patient (toxicité cornéenne)
Dacryocystite / cellulite (voie orale)amoxicilline-ac. clavulanique · Augmentin1 g (amox.) ×2–3/j · 7–10 j80 mg/kg/j d'amox. en 3 prises, sans dépasser la dose adulte (forme 8:1, plafond du clavulanate) ; ≥ 40 kg : dose adulte
Zona ophtalmique (voie orale, < 72 h)valaciclovir · Zelitrex ; ou aciclovir · Zoviraxvalaciclovir 1000 mg ×3/j · 7 j ; ou aciclovir 800 mg ×5/j · 7 jvalaciclovir : pas d'AMM zona < 12 ans ; zona ophtalmique de l'enfant rare → indication et schéma à valider avec l'ophtalmo/pédiatre
Adapter à la fonction rénale les antiviraux oraux (valaciclovir, aciclovir). Princeps/schémas susceptibles d'évoluer (AMM, ruptures). Grossesse : par voie générale, fluoroquinolones et atropine restreintes ; en collyre, vérifier le CRAT (fluoroquinolones topiques généralement acceptables). Ikervis (ciclosporine) : initiation spécialisée, contre-indiqué < 18 ans. L'atropine collyre n'est pas un médicament de MG (risque anticholinergique chez le nourrisson).
16 — TERRAIN & SÉCURITÉ

Terrain à risque & ce qu'il ne faut jamais faire

« Terrain à risque » : ce que ça veut dire

Situations qui abaissent le seuil d'adressage et de traitement devant un œil rouge ou une conjonctivite — un même tableau « bénin » y devient à surveiller de près.

Prévention (à glisser en consultation)

Ne jamais faire

En pratique
17 — DÉBUNK

Idées reçues

Six croyances tenaces, et ce que dit la preuve.

Un œil rouge = une conjonctivite = un collyre antibiotique.
la plupart sont virales ou allergiques, et la bactérienne guérit le plus souvent seule5. L'antibiotique systématique est à abandonner.
Un peu de cortisone calme vite l'œil.
dangereux sans avis : sur un herpès cornéen, les corticoïdes peuvent perforer la cornée6.
Mon œil est tout rouge, c'est grave.
souvent l'inverse : l'hémorragie sous-conjonctivale est spectaculaire mais bénigne9. Ce sont la douleur et la baisse de vision qui inquiètent.
Ma vue a baissé d'un coup mais ça ne fait pas mal, ça peut attendre.
non : une baisse de vision brutale indolore peut être une occlusion artérielle (« AVC de l'œil ») ou un décollement → urgence210.
Je garde mes lentilles, ça passera.
non : œil rouge douloureux sous lentilles = abcès jusqu'à preuve du contraire — retirer et consulter en urgence7.
Le reflet blanc sur la photo de bébé, c'est juste le flash.
à ne jamais négliger : une leucocorie peut révéler un rétinoblastome — réflexe rouge et adressage urgent26.
18 — À REMETTRE

Fiche patient

Le bouton ci-dessous n'imprime que cette fiche.

Mon problème d'œil — l'essentiel
Document d'information — à conserver
Le plus souvent, c'est bénin
Un œil rouge ou qui pleure est presque toujours sans gravité (irritation, conjonctivite, petite hémorragie) — même si c'est impressionnant. La plupart guérissent seuls ; les antibiotiques sont rarement utiles.
Produit chimique dans l'œil = on rince AVANT tout
Projection de produit (eau de Javel, ammoniaque, chaux, ciment…) : rincez tout de suite à l'eau du robinet pendant 15 minutes sans vous arrêter, les yeux ouverts, puis appelez les secours. Ne perdez pas de temps à chercher autre chose.
Consulter sans tarder — aux urgences ou en appelant le 15 si c'est brutal
  • votre vision baisse, même sans douleur ;
  • l'œil est vraiment douloureux (pas juste qui gratte) ;
  • vous ne supportez plus la lumière ;
  • vous voyez des éclairs, un voile / rideau ou une pluie de mouches ;
  • vous portez des lentilles et l'œil est rouge et douloureux ;
  • après un choc sur l'œil.
Une vision qui s'éteint brutalement d'un œil peut être l'équivalent d'un AVC pour l'œil : appelez le 15, chaque heure compte.
À faire / à ne pas faire
  • Laver l'œil au sérum physiologique, de l'angle interne vers l'extérieur.
  • Se laver souvent les mains et ne pas se frotter les yeux.
  • Retirer ses lentilles tant que l'œil est rouge ; après guérison, repartez sur une paire neuve (jetez l'ancienne et nettoyez l'étui).
  • Ne pas utiliser de collyre à la cortisone ou anesthésiant sans avis médical.
C'est contagieux ? Je peux conduire / travailler ?
Une conjonctivite infectieuse se transmet par les mains et les objets, surtout les premiers jours et tant que l'œil coule (souvent ~1 semaine) : ne partagez pas serviette, oreiller ni maquillage, jetez le mascara en cours. Conduite : évitez si votre vision est gênée ou si la lumière vous fait mal. La plupart des conjonctivites guérissent sans séquelle ; seules les atteintes profondes (cornée, fond de l'œil) peuvent laisser des traces — d'où l'importance de consulter devant les signes ci-dessus.
À noter
Traitement : ……………………………………
Reconsulter si pas mieux dans : ……………………
Ressources
19 — EN SAVOIR PLUS

Histoire & évolution

Pour le lecteur curieux : comment on a appris à voir dans l'œil, et pourquoi notre œil a des défauts d'usine.

1851 : voir le fond de l'œil pour la première fois

En 1851, le physicien Hermann von Helmholtz invente l'ophtalmoscope : en renvoyant la lumière dans la pupille selon le bon axe, il rend soudain visibles la rétine, la papille et les vaisseaux. C'est l'acte de naissance de l'ophtalmologie moderne — et la première fois qu'on pouvait observer in vivo un nerf (le nerf optique) et des vaisseaux. La tonométrie viendra ensuite donner les moyens de dépister le glaucome.

Pourquoi notre œil a une tache aveugle

La rétine des vertébrés est « inversée » : les photorécepteurs sont placés à l'arrière, et leurs fibres doivent traverser la rétine pour former le nerf optique — là où il n'y a pas de photorécepteurs, c'est la tache aveugle27. Un héritage du développement embryologique (l'œil se forme par invagination) que la pieuvre, à la rétine « à l'endroit », n'a pas.

De l'anatomie à la maladie. Cette géométrie héritée explique des vulnérabilités : un œil court (hypermétrope) à chambre antérieure étroite voit son angle se fermer à la moindre dilatation — c'est le glaucome aigu8. Nos urgences ophtalmologiques sont en partie le prix d'un œil bricolé par l'évolution.

L'épidémie de myopie : un œil fait pour le grand air

Si l'œil a une longue histoire évolutive, la myopie, elle, a surtout une histoire récente et fulgurante. En une à deux générations, elle est devenue la norme en Asie de l'Est : près de 96 % des conscrits de 19 ans à Séoul étaient myopes au début des années 201028. À l'échelle mondiale, on projette la moitié de l'humanité myope en 2050, dont ~10 % de myopies fortes — celles qui exposent au décollement, au glaucome et à la maculopathie29. Un patrimoine génétique ne se transforme pas en vingt ans : cette vitesse signe un effet d'environnement — le cadre du mismatch évolutif.

On a longtemps accusé le seul travail de près (lecture, écrans). Mais le facteur le plus solide est plus inattendu : le temps passé dehors. Dans l'étude de Sydney, ce n'est pas le sport mais le simple fait d'être à l'extérieur, à la lumière vive, qui protégeait — même chez les gros lecteurs30. Surtout, on est passé de l'association à la preuve : ajouter 40 minutes d'activité extérieure par jour à l'école a réduit l'incidence de la myopie sur trois ans dans un essai randomisé chinois31. Le mécanisme avancé : la lumière du jour, bien plus intense qu'un éclairage intérieur, stimulerait la dopamine rétinienne, qui freine l'allongement du globe.

À présenter comme une hypothèse. L'œil s'est développé sous un ciel ouvert, calibré pour la vision de loin et de longues journées de lumière naturelle ; grandir à l'intérieur, le regard rivé à 30 cm, serait un environnement « inadapté » pour lui. Le rôle protecteur de la lumière extérieure est établi par des essais ; le récit évolutif qui l'enrobe reste, lui, une interprétation plausible. Conséquence pratique, elle, bien réelle : encourager le temps dehors chez l'enfant.

20 — SOURCES

Bibliographie

Cadre. Revues de référence (Cronau, Pokhrel, Azari & Barney), méta-analyse Cochrane, essais (HEDS, ONTT), recommandations (AHA pour l'OACR, ACR pour Horton, DEWS II). Les collyres et dispositions françaises sont à vérifier au RCP/Vidal/ANSM. Inspiré, pour la structure « par motif », de l'analyse d'ophtalmoclic.fr (sans reprise de contenu).

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  1. Cronau H, Kankanala RR, Mauger T. Diagnosis and management of red eye in primary care. Am Fam Physician. 2010;81(2):137-144. PMID:20082509Triage de l'œil rouge ; drapeaux rouges.
  2. Pokhrel PK, Loftus SA. Ocular emergencies. Am Fam Physician. 2007;76(6):829-836. PMID:17910297Approche des urgences oculaires, dont la baisse de vision brutale.
  3. Harthan JS, Opitz DL, Fromstein SR, Morettin CE. Diagnosis and treatment of anterior uveitis. Clin Optom (Auckl). 2016;8:23-35. PMID:30214346 · doi:10.2147/OPTO.S72079Uvéite antérieure : photophobie, myosis, associations systémiques.
  4. Azari AA, Barney NP. Conjunctivitis: a systematic review of diagnosis and treatment. JAMA. 2013;310(16):1721-1729. PMID:24150468 · doi:10.1001/jama.2013.280318Distinguer conjonctivites virale / bactérienne / allergique.
  5. Sheikh A, Hurwitz B, van Schayck CP, McLean S, Nurmatov U. Antibiotics versus placebo for acute bacterial conjunctivitis. Cochrane Database Syst Rev. 2012;(9):CD001211. PMID:22972049 · doi:10.1002/14651858.CD001211.pub3~41 % de guérison spontanée ; bénéfice modeste des antibiotiques.
  6. Herpetic Eye Disease Study Group (Wilhelmus KR, et al.). A controlled trial of topical corticosteroids for herpes simplex stromal keratitis. Ophthalmology. 1994;101(12):1883-1895. PMID:7997324 · doi:10.1016/S0161-6420(94)31087-6Herpès cornéen : corticoïdes jamais à l'aveugle.
  7. Carnt N, Stapleton F. The diagnosis and management of contact lens-related microbial keratitis. Clin Exp Optom. 2017;100(5):482-493. PMID:28815736 · doi:10.1111/cxo.12581Abcès cornéen sous lentilles : urgence.
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