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Myologie · renforcement · rééducation

Muscles, mouvements, renforcement
quel muscle fait bouger quoi, et comment le réparer

On apprend les muscles un par un, en listes, et on oublie l'essentiel : un muscle ne sait faire qu'une chose, tirer, et tout le reste découle de l'endroit où il s'attache. Cette fiche montre ce mécanisme en 3D animée — les os tournent autour de l'axe articulaire mesuré sur eux, et le trajet du muscle se raccourcit sous vos yeux. Puis elle dit ce qui, dans les essais, renforce vraiment un muscle, et ce qui répare un tendon abîmé. Y compris quand la réponse est « rien de ce qu'on croyait ».

Par le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — fiche sourcée, références vérifiées une à une (liste en fin de page) ; relecture par l'auteur en attente.
Os et muscles des modèles 3D : BodyParts3D (licence CC BY-SA 2.1 JP), déformés par aucun artifice ; les trajets musculaires sont calculés, et la section « Sources » dit avec quelles limites. Pour médecins, internes, étudiants, kinésithérapeutes — et pour les patients, par les fiches d'auto-exercices à imprimer.
Première version : 2026-09-24Dernière révision : 2026-09-24
Comprendre
00 — L'essentiel

L'essentiel en une minute

Huit idées qui valent pour tous les muscles, puis la carte des 11 mouvements animés.

La carte des mouvements animés

Cinq régions, 11 mouvements, 60 couples muscle-mouvement. Chaque animation fait tourner les os autour de l'axe articulaire mesuré sur eux, et recalcule le trajet de chaque muscle.

Les modèles se manipulent à la main : glisser pour tourner, curseur pour parcourir le mouvement, clic sur un muscle pour l'isoler.

01 — Lire la 3D

Comment lire les modèles, et ce qu'ils ne disent pas

Un modèle qu'on ne sait pas critiquer est un modèle qu'on croit. Voici comment celui-ci est fabriqué, et où il s'arrête.

Les osMaillages réels d'un sujet adulte, issus de BodyParts3D8. Ils ne sont ni déformés ni redessinés.
L'axe du mouvementMesuré sur l'os : axe reliant les deux épicondyles pour le coude, sphère ajustée sur la tête humérale ou fémorale pour l'épaule et la hanche, axe reliant les deux malléoles pour la cheville. Jamais saisi à la main.
Les attachesCalculées : ce sont les zones où le maillage du muscle touche celui de l'os, à 3 mm près. Contrôle : l'insertion du biceps tombe à 87 % de la hauteur du radius, là où est la tubérosité radiale.
Le trajetUn élastique tendu entre les deux attaches, qui contourne l'os. Il est calculé d'avance pour chaque angle : la page ne fait qu'interpoler, donc le trajet ne peut pas sauter d'un côté à l'autre sous vos yeux.

Les deux nombres qu'il ne faut pas confondre

La page affiche, pour chaque muscle, de combien son trajet se raccourcit quand le mouvement se fait : c'est l'excursion. Le chiffre de bras de levier cité à côté est autre chose : la distance du muscle au centre de l'articulation — la sphère ajustée sur la tête humérale —, toutes directions confondues. Les deux divergent : en abduction, le supra-épineux a une excursion de 13 mm par radian pour une distance au centre d'environ 22 mm. Et un muscle qui passe loin du centre peut n'avoir presque aucune excursion dans un mouvement donné, parce que c'est la composante autour de l'axe de ce mouvement qui compte : le subscapulaire est à 27 mm du centre et n'a que 10 mm d'excursion en abduction, ce qui est exactement ce qu'on attend d'un muscle dont le métier n'est pas d'abduire.

Ce que ce modèle ne sait pas faire, et qui est écrit partout où c'est le cas.
  • Un seul sujet. Ce ne sont pas des mesures de population : aucun écart-type, aucune variabilité.
  • Les muscles ne se déforment pas. Seuls les os bougent ; le maillage du muscle reste dans sa position de départ et seul son trajet est recalculé. Simuler la déformation aurait été une approximation de plus, non validée.
  • Les muscles courts très proches de l'axe sont exagérés. Un câble à attaches ponctuelles fait varier l'anconé de 86 % de sa longueur, ce qu'aucun muscle ne fait. Au-delà de 40 % de variation, la page n'affiche donc plus que le sens (« raccourcit », « s'allonge ») et barre la jauge. Ces 40 % ne sont pas un seuil physiologique mesuré : c'est une limite de confiance du modèle, posée par convention et écrite ici pour qu'on puisse la contester.
  • Trois muscles sont montrés sans trajet, parce que le modèle manque de ce qu'il faudrait pour les décrire : le grand fessier en flexion de hanche (sa terminaison dans le fascia lata), le tibial postérieur et le long fibulaire (leurs gouttières rétro-malléolaires). La raison s'affiche à côté du muscle.
  • Confrontation extérieure. À l'épaule, les quatre muscles de la coiffe ont été mesurés dans la même configuration et avec la même définition qu'une étude par IRM chez 20 sujets vivants1 — distance perpendiculaire du trajet au centre de rotation, bras en position de départ d'abduction : supra-épineux 22,6 mm contre 24,2 ± 1,6 ; infra-épineux 24,1 contre 24,2 ; petit rond 27,3 contre 22,9 ; subscapulaire 27,1 contre 23,3. Deux concordent à moins d'un millimètre, deux sont surestimés de 3,8 et 4,4 mm, et l'étendue du modèle (22,6 à 27,3) est trois fois plus large que celle de l'étude (22,9 à 24,2). Bon ordre de grandeur, dispersion trop large : le modèle sert à comprendre un mécanisme, pas à publier un millimètre. Ces quatre chiffres proviennent d'une mesure dédiée ; ils ne doivent pas être confondus avec la distance à l'axe d'un mouvement donné, que les données de la page calculent séparément pour chaque mouvement.

Les amplitudes affichées à côté de chaque mouvement viennent du barème indicatif d'invalidité annexé au Code de la sécurité sociale9 : ce sont des repères conventionnels d'un texte médico-légal, sans effectif ni écart-type. Quand le barème donne l'amplitude d'un ensemble — 170° pour l'élévation du bras, scapula comprise — la fiche n'anime que la part de l'articulation modélisée et le dit.

02 — Épaule

Épaule : le deltoïde lève, la coiffe tient

C'est la région la mieux étayée de la fiche : la dérivation automatique, le Gray de 1918 et une étude de bras de levier par IRM donnent la même réponse1011.

Amplitudes (barème)Élévation latérale 170°, antépulsion 180°, rétropulsion 40°, rotation interne 80°, rotation externe 60°9. Le barème ajoute un critère utilisable en consultation : « la main doit se porter avec aisance au sommet de la tête et derrière les lombes ».
AbductionDeltoïde moyen et supra-épineux10. Dans le modèle, le deltoïde moyen est le plus gros raccourcisseur et le supra-épineux suit, avec un bras de levier d'environ 22 mm — celui du rayon de la tête.
Rotation externeInfra-épineux et petit rond10. Ce sont eux qu'on renforce dans l'épaule du nageur, et leur endurance est le seul facteur modifiable retenu dans la littérature12.
Ce que ça changeUne abduction douloureuse avec force conservée n'est pas la même chose qu'une abduction impossible : dans le second cas, on cherche une rupture, et les tests de « lag » ont une valeur diagnostique connue13.

Ce que l'exercice peut promettre à l'épaule

Moins qu'on ne l'espère, et c'est important à dire avant de prescrire. Dans l'essai GRASP, 708 patients avec une pathologie de coiffe : six séances d'exercice progressif encadrées ne font pas mieux qu'une seule séance de conseils à 12 mois14. Cela ne veut pas dire que l'exercice est inutile — cela veut dire que l'essentiel de son effet ne vient pas du nombre de séances. Voir Épaule, coude, poignet pour les protocoles.

03 — Coude

Coude et avant-bras : deux mouvements dans un

La flexion et la prono-supination se font autour de deux axes différents, et cette distinction explique la plupart des douleurs de coude.

Amplitudes (barème)Flexion-extension de 0° (bras pendant) à 150° environ ; prono-supination totale 180°. Le barème qualifie le secteur 60 à 100° d'« angle favorable », en notant que cette position utile varie selon les métiers9.
FléchisseursBrachial, biceps brachial, brachio-radial10. Le brachial est le plus « efficace » par sa proximité : il n'a que 18 mm de bras de levier, mais son insertion sur l'ulna ne dépend pas de la position de la main.
PronateursRond pronateur et carré pronateur, bras de levier d'environ 10 mm dans le modèle. Leur excursion est minuscule : la pronation est un mouvement de rotation, pas de grand raccourcissement.
Ce que ça changeUne douleur d'épicondyle latérale réveillée par l'extension du poignet contre résistance n'est pas une douleur de flexion du coude : ce sont les extenseurs du poignet qui souffrent, pas les fléchisseurs du coude. Voir les protocoles.

Le biceps apparaît dans les deux mouvements : fléchisseur du coude et supinateur de l'avant-bras. C'est pour cela qu'on teste sa force coude fléchi et main en supination — et qu'une rupture de son chef long se voit surtout sur la supination.

04 — Hanche

Hanche : trois plans, trois groupes

C'est la région où le modèle a le plus buté sur ses limites, et où il le dit.

Amplitudes (barème)Flexion 140° (variable selon l'adiposité), hyperextension 15 à 30°, abduction 50°, adduction 15 à 30°, rotation interne 30°, externe 60°9. Position d'examen prescrite : sur le dos, bassin fixé, genou fléchi pour la flexion et l'abduction ; sur le ventre, genou fléchi à 90° pour l'extension et les rotations.
FléchisseursIliaque et grand psoas — que le Gray signale être « parfois considérés comme un seul muscle, l'ilio-psoas »10 —, avec le tenseur du fascia lata et le sartorius.
AbducteursMoyen et petit glutéaux, tenseur du fascia lata. Ce sont les muscles de la tendinopathie glutéale, premier diagnostic devant une douleur de la face latérale de hanche qui empêche de dormir sur le côté.
Limite assuméeLe grand fessier est affiché sans trajet en flexion : il se termine largement dans le fascia lata, absent du modèle, et le câble calculé le faisait raccourcir alors qu'il s'allonge. Mieux valait le dire que le corriger jusqu'à ce qu'il tombe juste.

L'extension de hanche n'a que 20° d'amplitude utile dans le modèle, et les trois extenseurs y varient peu (2 à 7 %). Ce n'est pas une faiblesse du modèle : c'est la raison pour laquelle les exercices d'extension de hanche se font avec une résistance et non en amplitude — on n'a pas de course à parcourir, on a une charge à vaincre.

05 — Genou

Genou : le quadriceps et les trois ischio-jambiers

Le mouvement le plus simple à modéliser, et celui où les rôles sont les plus nets.

AmplitudeLe barème ne donne pas la flexion normale : il cote les pertes par seuils (flexion impossible au-delà de 110°, de 90°, de 45°)9. L'animation va à 135°, ordre de grandeur usuel.
FléchisseursBiceps fémoral, semi-tendineux, semi-membraneux, avec le gastrocnémien en accessoire10. Les trois ischio-jambiers raccourcissent de 25 à 29 % dans le modèle : ils travaillent ensemble.
ExtenseursLes quatre chefs du quadriceps, qui s'allongent pendant la flexion — de 15 % pour le droit fémoral à 50 % pour le vaste médial dans le modèle. C'est cet allongement sous tension, le travail excentrique, qui fait le fond des protocoles du genou.
Ce que ça changeDans le syndrome douloureux fémoro-patellaire, le consensus international recommande l'exercice de la hanche et du genou, pas du genou seul, et écarte l'électrothérapie15.

Le gastrocnémien médial raccourcit beaucoup à la flexion du genou (−58 % dans le modèle, chiffre à prendre comme un ordre de grandeur) : il croise le genou et la cheville. D'où la règle d'examen : on étire le gastrocnémien genou tendu, et on isole le soléaire genou fléchi.

06 — Cheville

Cheville : le triceps sural contre un seul antagoniste

Un rapport de force déséquilibré, qui explique la fréquence des tendinopathies calcanéennes et la lenteur de leur récupération.

Amplitudes (barème)Flexion plantaire 40°, flexion dorsale 25°9.
Flexion plantaireSoléaire et les deux chefs du gastrocnémien, par le tendon calcanéen — la seule pièce tendineuse que BodyParts3D fournit à part, et qui est donc réellement modélisée ici.
Flexion dorsaleTibial antérieur, long extenseur des orteils, long extenseur de l'hallux. Leur distance à l'axe bi-malléolaire est de 40 à 55 mm dans le modèle, soit le même ordre que le triceps sural mesuré de la même façon (49 à 58 mm) : ce n'est donc pas le bras de levier qui sépare les deux groupes.
Limite assuméeLe tibial postérieur et le long fibulaire sont affichés sans trajet : leurs tendons coulissent dans des gouttières rétro-malléolaires que le modèle ne contient pas. Sans cette poulie, le câble coupe au plus court et s'allonge à tort.

Le point clinique : sur une tendinopathie calcanéenne, on ne fait pas arrêter de courir. Un essai a comparé la poursuite de la course et des sauts sous surveillance de la douleur à six semaines d'arrêt : aucune différence sur la vitesse d'amélioration16. Voir Jambe, cheville, pied.

07 — Dictionnaire

Dictionnaire des muscles

416 entrées pour 335 entités anatomiques distinctes, filtrables par niveau, par région et par mot. Chaque fiche dit d'où vient ce qu'elle affiche, et sous quelle licence.

Trois niveaux, parce qu'on n'a pas besoin de la même chose selon qu'on révise un examen ou qu'on cherche pourquoi une épaule ne tourne plus :

Pourquoi 416 lignes et non 335. Quand la Terminologia Anatomica découpe un muscle en parties sans les nommer séparément (l'orbiculaire de l'œil et ses trois parties), chaque partie occupe une ligne et porte la mention « partie n sur N ». À l'inverse, une série numérotée (quatre lombricaux de la main) compte pour quatre entités. Le compte d'entités retenu ici — nom latin, à défaut nom français, plus le rang — est une convention parmi d'autres : il est calculé par le constructeur de la page, jamais recopié, mais il n'a pas de valeur canonique. Répondre « combien y a-t-il de muscles ? » par un seul nombre, c'est toujours choisir une convention en silence.

D'où vient chaque champ, et sous quelle licence. Le tableau assemble des sources de statut juridique différent, et chaque fiche porte son étiquette.
  • La nomenclature latine vient de la Terminologia Anatomica, dont le texte précise que « les termes individuels de cette terminologie sont dans le domaine public »17.
  • Les descriptions des 81 muscles du niveau essentiel ont été réécrites en français depuis le Gray de 1918, domaine public10 — étiquette Gray 1918.
  • Les autres descriptions (origine, insertion, innervation, action) viennent de l'article List of skeletal muscles of the human body de Wikipédia en anglais, version du 17 avril 202618, diffusé sous licence Creative Commons Attribution — Partage dans les mêmes conditions 4.0 International19. Elles ont été modifiées : séries éclatées une ligne par muscle avec leur rang, appariement à la nomenclature latine, champs normalisés, colonnes artère et antagoniste écartées. Elles n'ont pas été traduites — traduire n'aurait pas changé la licence et aurait ajouté une couche d'erreur possible. Étiquettes Wikipédia · CC BY-SA (249 entrées) et Gray + Wikipédia · CC BY-SA (60 entrées, dont une partie des champs seulement vient du Gray), soit 309 entrées sur 416.
Conséquence, et elle vous concerne si vous réutilisez ce tableau : ces 309 entrées et leurs adaptations ne peuvent être rediffusées que sous la même licence CC BY-SA 4.0, avec la même attribution. Les 81 entrées du niveau essentiel, elles, sont sorties de cette contrainte : leur texte vient du Gray, domaine public. C'est d'ailleurs la raison de ce travail de réécriture — pas une coquetterie de sourçage.

Une précision d'honnêteté : si les 309 autres entrées restent sous CC BY-SA, ce n'est pas parce que le Gray de 1918 ignorerait ces muscles — il en décrit la plupart. C'est que la réécriture depuis le Gray n'a été faite que pour le niveau essentiel, celui qu'on examine et qu'on rééduque. Le reste attend.

Renforcer
08 — La dose

La dose qui marche

Ce que la synthèse la plus récente retient, et la phrase qui dispense d'acheter du matériel.

La prise de position 2026 de l'American College of Sports Medicine est une synthèse de 137 revues systématiques portant sur plus de 30 000 participants ; elle remplace celle de 2009220. Deux réglages ressortent, et un troisième constat qui change la pratique :

≥ 80 %du maximum, pour gagner en force, en amplitude complète, 2 à 3 séries, au moins 2 séances par semaine
≥ 10séries par groupe musculaire et par semaine, pour gagner en volume musculaire
0effet consistant du matériel, de la complexité de l'exercice, du temps sous tension ou de la périodisation

Cette dernière ligne mérite d'être citée telle quelle : l'entraînement jusqu'à la fatigue momentanée, le type de matériel, la complexité de l'exercice, la structure des séries, le temps sous tension, l'occlusion vasculaire et la périodisation n'ont pas eu d'impact consistant2. Autrement dit, le débat sur le matériel n'est pas le bon débat : ce qui décide est la charge relative et le volume hebdomadaire.

Force et volume musculaire ne se pilotent pas pareil

Une méta-analyse en réseau distingue nettement les deux objectifs : 178 études et 5 097 participants pour la force, 119 études et 3 364 participants pour l'hypertrophie21. La force répond surtout à la charge ; le volume musculaire répond surtout au nombre de séries, avec une relation dose-réponse graduée — chaque série hebdomadaire supplémentaire apporte environ +0,4 % de gain, et l'écart entre volumes hauts et bas dans une même étude vaut +3,9 %22.

L'amplitude complète fait mieux que l'amplitude partielle, sur les deux tableaux (taille d'effet 0,56 pour la force, 0,88 pour l'hypertrophie)2. C'est le réglage le plus rentable et le plus facile à corriger en consultation : descendre complètement.

Jusqu'où aller dans la série ? Pas jusqu'à l'échec. Un essai sur des tractions a comparé l'arrêt à 25 % de perte de vitesse et à 50 % : le groupe arrêté tôt a progressé sur toutes les variables mesurées, le groupe arrêté tard sur aucune23. Repère utilisable sans matériel : garder 2 à 3 répétitions en réserve, c'est-à-dire s'arrêter quand la vitesse d'exécution commence nettement à chuter.
09 — Santé

Santé, pas seulement muscle

Le renforcement est associé à une mortalité plus basse — avec un plafond, et une condition.

Une cohorte de 147 374 personnes suivies jusqu'à 30 ans (35 798 décès) trouve une association qui culmine autour de 90 à 119 minutes de renforcement par semaine24 :

0,87mortalité toutes causes (IC 95 % 0,81-0,95)
0,81mortalité cardiovasculaire (0,67-0,97)
0,73mortalité neurologique (0,58-0,92)
120 minau-delà, aucun bénéfice supplémentaire

Ce que ces chiffres ne sont pas. Des cohortes d'observation, pas des essais : elles ne montrent pas que le renforcement cause cette baisse, et le biais qui menace est connu — qui soulève des poids trois fois par semaine va souvent mieux par ailleurs. La population compte aussi : trois cohortes de professionnels de santé et d'infirmières américains, activité déclarée par questionnaire ; ce n'est ni la population générale, ni la France24.

La condition. Dans une autre cohorte de 216 339 adultes âgés, la musculation n'était pas associée à la mortalité chez ceux qui ne pratiquaient aucune activité d'endurance25. Le renforcement ne remplace pas la marche, le vélo ou la nage : il s'y ajoute. C'est aussi la structure des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, qui demandent les deux26.

Chez la personne âgée, l'enjeu se déplace vers la sarcopénie, dont les seuils diagnostiques sont fixés par le consensus européen EWGSOP227 : c'est la force, mesurable au dynamomètre ou par le test de lever de chaise, qui fait le diagnostic — la masse musculaire ne vient que confirmer.

10 — Sans matériel

Sans matériel : les paliers

Et une mise en garde d'emblée : sur ce chapitre précis, la littérature est pauvre.

Ce qu'on ne peut pas vous promettre. Le mot « callisthénie » n'apparaît pas dans le texte intégral de la prise de position 2026 de l'ACSM2. Les essais directs sont courts et petits : 23 participants sur 4 semaines, sans changement d'épaisseur musculaire28 ; 30 participants sur 5 semaines, avec des pompes lestées par élastique29 ; 42 participants comparant suspension et charges classiques, gains similaires30. Et la méta-analyse en réseau la plus large chez le senior (102 essais, 4 754 participants) place le poids du corps dernier (taille d'effet 0,71 ; 0,16-1,26) derrière les machines (1,34 ; 1,16-1,52)31. Cela ne prouve pas une infériorité de principe — les intervalles se recoupent et les programmes au poids du corps y étaient probablement moins chargés — mais interdit d'annoncer l'équivalence.

Et un argument à ne plus utiliser. « Cet exercice active tel muscle à X % » : les conclusions tirées des comparaisons d'amplitude électromyographique sont jugées « fréquemment non étayées et injustifiées » par la revue méthodologique de référence32. La fiche n'en cite aucune.

Ce qui suit est donc présenté pour ce que c'est : consensus de pratique — une manière éprouvée d'augmenter la difficulté sans matériel, dont l'ordre des paliers n'a été validé par aucun essai. Le critère de passage, lui, est tiré des données : passer au palier suivant quand on tient le haut de la fourchette en gardant 2 à 3 répétitions en réserve23.

Pousser : la pompe

  1. Contre un mur, mains à hauteur d'épaules — 3 × 10 à 15.
  2. Sur une table ou un plan de travail — 3 × 10 à 15.
  3. Genoux au sol, bassin aligné avec le tronc — 3 × 8 à 12.
  4. Au sol, pieds au sol, corps gainé d'un bloc — 3 × 5 à 12.
  5. Pieds surélevés sur une chaise — 3 × 5 à 10.
  6. Descente lente (3 secondes) puis remontée genoux au sol — 3 × 5.
  7. Une main décalée, puis archer, puis une main — 3 × 3 à 5 de chaque côté.

Tirer : la traction

  1. Tirage horizontal sous une table solide, talons au sol — 3 × 8 à 12.
  2. Tirage horizontal à une barre basse, corps de plus en plus horizontal — 3 × 8 à 12.
  3. Suspension active (épaules basses, omoplates serrées) — 3 × 20 à 30 secondes.
  4. Traction assistée (pieds sur une chaise, élastique) — 3 × 5 à 8.
  5. Descente lente depuis le haut (5 secondes) — 3 × 3 à 5.
  6. Traction complète, menton au-dessus de la barre — 3 × 3 à 8.

Pousser avec les jambes : le squat

  1. Assis-debout d'une chaise haute, mains en appui — 3 × 8 à 12.
  2. Assis-debout sans les mains — 3 × 10 à 15.
  3. Squat complet au poids du corps, talons au sol, descente complète — 3 × 10 à 20.
  4. Fente avant puis fente arrière — 3 × 8 à 12 par jambe.
  5. Squat bulgare (pied arrière sur une chaise) — 3 × 8 à 12 par jambe.
  6. Descente lente sur une jambe vers une chaise — 3 × 5 par jambe.
  7. Squat sur une jambe complet — 3 × 3 à 5 par jambe.

Tenir : le gainage, et pousser la hanche

  1. Planche sur les avant-bras, genoux au sol — 3 × 20 à 30 secondes.
  2. Planche complète, bassin ni creux ni haut — 3 × 20 à 45 secondes.
  3. Planche latérale genou fléchi, puis jambes tendues — 3 × 20 à 40 secondes par côté.
  4. Pont fessier deux jambes, puis en appui sur une chaise — 3 × 12 à 20.
  5. Pont fessier une jambe — 3 × 8 à 12 par jambe.
  6. Extension de hanche debout contre élastique, ou charnière avec un sac de courses — 3 × 10 à 15.

Pour voir quels muscles travaillent dans ces mouvements, les animations des sections précédentes sont utiles : le pont fessier est une extension de hanche (hanche), la pompe une extension de coude plus une antépulsion d'épaule (coude, épaule).

11 — Délais

Gagner, perdre, récupérer

Ce qu'on peut annoncer à un patient qui commence, et à un patient qui s'arrête.

Les premières semainesCe qu'on gagne d'abord n'est pas du muscle : c'est de la commande nerveuse3334. La force monte avant que le muscle ne grossisse — utile à dire, car le patient qui ne voit rien dans le miroir a pourtant déjà changé.
L'hypertrophieLa croissance mesurable des fibres apparaît vers la 10e semaine : avant, ce qu'on mesure est en partie de l'œdème et du remodelage35.
L'excentriqueLe travail en allongement produit un peu plus de force et de volume que le concentrique, à condition d'être fait à haute intensité36.
À l'arrêt, l'âge change toutChez l'adulte jeune, un tiers de la dose habituelle suffit à conserver l'hypertrophie acquise, et un neuvième y suffit encore en partie. Chez le sujet de 60 à 75 ans, aucune de ces deux doses réduites ne la conserve37. Le message n'est pas le même selon l'âge : « lève le pied » chez le jeune, « garde la même fréquence » chez l'âgé.

Courbatures : ce qu'on peut dire, et ce qui ne marche pas

Les courbatures apparaissent surtout après un travail en allongement inhabituel, culminent vers 24 à 48 heures et cèdent seules. Pour les prévenir, les étirements ne servent pas : la revue Cochrane trouve un effet d'environ un demi-point à un point sur une échelle de 10038 — c'est-à-dire rien de perceptible. Un dernier point qui rassure en consultation : après un exercice excentrique inhabituel chez 203 sujets, 111 avaient une créatine-kinase au-delà de 2 000 U/L au quatrième jour et 51 au-delà de 10 000, sans aucune altération de la fonction rénale ni myoglobinurie visible39. Une CK élevée après une séance inhabituelle n'est pas une rhabdomyolyse.

12 — Sécurité

Sécurité et terrains

Où le risque est réel, où il est surestimé, et ce qu'on répond aux questions qu'on nous pose vraiment.

La pression artérielle : le levier n'est pas le poids, c'est l'effort

Les mesures intra-artérielles pendant un effort de musculation trouvent des pics élevés — 320/250 mmHg en moyenne à la presse à cuisses bilatérale, un sujet dépassant 480/35040. Mais le résultat vraiment utile est ailleurs : l'ampleur de la réponse tensionnelle dépend du degré d'effort, pas de la force réellement produite41, et la manœuvre de Valsalva devient inévitable au-delà d'environ 80 % de la contraction maximale. Conséquence pratique : dire « pas de charge lourde » ne protège pas, puisqu'un effort maximal avec une charge légère produit la même réponse. Ce qu'on règle, c'est le nombre de répétitions en réserve — et on apprend à souffler pendant l'effort.

Rhabdomyolyse d'effort : rare, et pas là où on la craint

L'incidence documentée est de 7 à 8 pour 10 000 personnes-années chez les militaires contre environ 2 pour 10 000 en population civile, avec une insuffisance rénale aiguë dans environ 8 % des cas hospitalisés42. Les situations à risque sont l'effort inhabituel, intense, prolongé, en ambiance chaude, chez un sujet non entraîné — pas la séance de renforcement progressive d'un patient suivi.

Personne âgéeLe renforcement à haute intensité est faisable et sûr : dans l'essai LIFTMOR, 101 femmes ménopausées ostéopéniques ont fait 5 séries de 5 répétitions à plus de 85 % du maximum pendant 8 mois, avec un seul effet indésirable (un spasme lombaire) et aucune fracture vertébrale43. À dire en entier : c'était entièrement supervisé, deux fois trente minutes par semaine — ce n'est pas un programme à laisser en autonomie d'emblée.
OstéoporoseLe renforcement en charge est recommandé, mais la flexion rachidienne chargée ne l'est pas44 : on évite de soulever dos rond et les torsions brusques, on privilégie les charges axiales et un encadrement au début.
Enfant et adolescentLe renforcement encadré ne « bloque pas la croissance » : le risque d'entorse ou d'élongation y est plus faible que chez l'adulte, et les deux tiers des blessures des 8-13 ans sont des atteintes de main ou de pied par chute ou pincement — donc un problème de surveillance du matériel, pas de charge4546.
Hypertendu, coronarienOn règle l'effort (répétitions en réserve), on évite le blocage respiratoire prolongé, on ne cherche pas le maximum. Le renforcement fait partie des recommandations d'activité physique de l'OMS pour ces patients26.
Ce que la fiche ne sait pasAucun seuil de créatine-kinase ni critère d'hospitalisation citable n'a pu être retrouvé en source primaire lisible, et aucune consigne détaillée sourcée pour la grossesse (charges, décubitus, Valsalva). Ces deux points sont absents, pas résolus.
13 — Outil

Outil : construire un programme en quatre questions

Quatre réponses, et l'outil écrit le volume hebdomadaire, les paliers de départ et les zones d'incertitude. Rien n'est envoyé sur internet.

🔒 Rien n'est envoyé sur internet : tout se passe sur votre appareil.
Réparer
14 — Le principe

Le principe commun, et les cinq endroits où il ne marche pas

Charger progressivement, tolérer une douleur qui cède, laisser du temps. Puis les exceptions, qui comptent autant que la règle.

Le fond de tous les protocoles qui suivent est le même : charger le tendon ou le muscle, progressivement, sans chercher l'indolence immédiate. Ce qui varie est la charge, le rythme et ce qu'on autorise comme douleur. Et le premier réflexe à désapprendre est l'arrêt : sur une tendinopathie calcanéenne, poursuivre la course et les sauts sous surveillance de la douleur ne ralentit pas la récupération par rapport à six semaines d'arrêt16.

Cinq contre-courants que la fiche ne lisse pas.
  • Épaule : la dose de séances ne fait pas le résultat. Dans GRASP (708 patients), six séances d'exercice progressif ne battent pas une seule séance de conseils à 12 mois14.
  • Capsulite : l'étirement intensif fait moins bien que le laisser-faire encadré. 63 % contre 89 % de bons résultats à 24 mois47. C'est la seule région de la fiche où l'on ne franchit pas la douleur.
  • Cheville : un dispositif passif gagne. À un an, la récidive d'entorse est de 27 % après entraînement neuromusculaire, 15 % avec une attelle semi-rigide portée en sport, 19 % avec les deux48.
  • Genou arthrosique : viser un seul objectif fait mieux que tout mélanger. Un programme mono-cible bat un programme mixte (taille d'effet 0,61 contre 0,16), et le renforcement du quadriceps bat le renforcement global du membre (0,85 contre 0,39)49.
  • La fréquence idéale n'est pas tranchée. Une méta-régression sur 110 études favorise les fréquences inférieures au quotidien, alors que les protocoles princeps d'Alfredson et de Jonsson sont biquotidiens5051. Cette divergence n'est pas résolue dans la littérature : on choisit avec le patient ce qu'il fera vraiment.

La douleur est tolérée, elle n'est pas le levier

Nuance que les protocoles « douloureux » font souvent oublier : travailler dans la douleur apporte un bénéfice réel mais petit et court — taille d'effet −0,27 (−0,54 à −0,05) à court terme, nul à moyen et long terme, sur 7 essais et 385 patients52. Autrement dit : « avoir mal pendant l'exercice n'est pas un problème » est défendable ; « il faut avoir mal pour guérir » ne l'est pas. Un patient qui travaille à 5 sur 10 pendant douze semaines n'en retirera pas davantage à moyen terme qu'en travaillant sans douleur.

La règle que le patient peut appliquer seul, et qui manque dans la plupart des ordonnances : la douleur réveillée par une séance doit être revenue à son niveau d'avant la séance avant la séance suivante. Si ce n'est pas le cas, on baisse la charge d'un cran — sans arrêter53. C'est cette règle, et non un chiffre de douleur, qui protège du surdosage.

Quand le kinésithérapeute est à trois mois ou à trente kilomètres

La question n'est pas théorique : c'est la situation ordinaire d'une partie des patients, et prescrire un protocole supervisé qu'ils n'atteindront pas revient à ne rien prescrire. Trois repères, tirés des essais eux-mêmes plutôt que de la débrouille :

Une réserve à ne pas escamoter : ces protocoles ont été testés avec un contact initial — une séance d'explication, souvent une vidéo, parfois un appel de suivi. « Sans kinésithérapeute » ne veut pas dire « sans personne » : le temps d'explication en consultation, lui, n'est pas optionnel, et c'est probablement le facteur le moins également réparti de tous.

Dernier point de méthode, et il explique quelques blancs dans les pages qui suivent : certains essais ne publient pas leurs doses. Quand les séries et les répétitions ne figurent ni dans l'article ni dans une annexe accessible, la fiche écrit « non publié » au lieu d'inventer un « 3 × 15 » d'apparence sérieuse. Quand elles existent — Alfredson, Holmgren, Bahr, le protocole L — elles sont données.

15 — Membre supérieur

Épaule, coude, poignet

Tendinopathie de la coiffe et épaule douloureuse non traumatique

Protocole de Holmgren essai randomisé, texte intégral lu démontré
Contenu
Six exercices : deux excentriques de coiffe (supra-épineux, infra-épineux, petit rond), trois concentriques-excentriques des stabilisateurs de la scapula (trapèze moyen et inférieur, rhomboïdes, dentelé antérieur), un étirement postérieur d'épaule.
Dose
3 séries de 15 répétitions, deux fois par jour pendant 8 semaines, puis une fois par jour des semaines 8 à 12 ; étirement postérieur 30 à 60 secondes, trois fois, deux fois par jour. Charge augmentée par poids et bande élastique, réajustée toutes les deux semaines (7 visites en tout)53.
Cadre
Une infiltration sous-acromiale à l'inclusion pour tous, exercices débutés deux semaines après, information sur la maladie et conseils ergonomiques.
Résultat
20 % de recours à la chirurgie (10 sur 51) contre 63 % (29 sur 46), rapport de cotes 7,7 (3,1-19,4) ; succès rapporté par le patient 69 % contre 24 %.
Chez qui
102 patients déjà inscrits sur une liste d'attente de décompression, symptômes depuis plus de six mois, en échec de traitement conservateur. Le transfert à une épaule douloureuse de trois semaines n'est pas acquis.
Sans matériel ?
Oui, avec un élastique.
Ce qu'on dit au patient : une douleur pendant l'exercice est acceptable si elle cède ensuite et ne majore ni la nuit ni le lendemain.

Et le contrepoint, à donner en même temps : la décompression sous-acromiale chirurgicale ne fait pas mieux qu'une arthroscopie factice62, et six séances encadrées ne battent pas une séance de conseils14. Encore faut-il dire ce qu'était cette séance : une heure, même examen initial, avec livret, carnet de suivi, bande élastique fournie et vidéos, et des exercices à faire seul cinq fois par semaine. Ce n'est pas « quinze minutes d'explications » : c'est exactement le genre de support écrit que cette fiche essaie de produire. À noter aussi qui était inclus : épaules non traumatiques, sans luxation, sans fracture, sans rupture transfixiante à opérer et sans maladie neurologique14.

Épicondylalgie latérale

à ne pas faire L'infiltration de corticoïde soulage vite puis nuit : à un an, 83 % de guérisons contre 96 % après injection placebo, avec 54 % de récidives contre 12 %5. L'histoire naturelle est favorable, et l'exercice excentrique des extenseurs du poignet est le traitement de fond retenu63.

Excentrique des extenseurs du poignet d'après Tyler bénéfice probable
Geste
Poignet en extension contre résistance, puis descente lente contrôlée. Les auteurs utilisaient une barre de caoutchouc peu coûteuse, présentée comme le moyen pratique d'ajouter de l'excentrique isolé63.
Dose
Non publiée dans l'article lu : ni séries, ni répétitions, ni fréquence. La fiche ne les invente pas.
Alternative encadrée
Huit séances associant mobilisation avec mouvement et exercices font mieux que l'abstention à six semaines59.

Capsulite rétractile

La seule région où l'on ne pousse pas dans la douleur. L'étirement passif intensif fait moins bien que la « négligence supervisée » — exercices dans les limites de la douleur et explications — avec 63 % contre 89 % de bons résultats à 24 mois47. En pratique de recours, l'essai UK FROST autorise jusqu'à douze séances de kinésithérapie sur douze semaines, associées à une infiltration64 ; la comparaison des traitements ne dégage pas de vainqueur net65.

Syndrome du canal carpien, versant exercices

preuve très faible Les exercices de glissement tendineux et nerveux sont proposés en complément, mais la certitude est très faible66, et le contenu exact des programmes n'est pas détaillé dans les essais lus67. À l'inverse, l'attelle nocturne et la chirurgie ont, elles, une place documentée : la fiche ne prétend pas que les exercices remplacent l'une ou l'autre.

16 — Rachis

Cou et lombes

Lombalgie commune

démontré C'est le domaine où l'exercice est le mieux établi : la revue Cochrane rassemble 249 essais d'exercice et conclut à un effet cliniquement important sur la douleur, avec une certitude modérée55. Aucun type d'exercice ne domine les autres de façon convaincante56 — ce qui est une bonne nouvelle en consultation : on prescrit ce que le patient acceptera de faire.

La recommandation française cadre le reste : rester actif, pas d'imagerie en l'absence de signal d'alarme, et réévaluation entre deux et quatre semaines68. Sur le repos au lit, la revue Cochrane est nette : il ne fait pas mieux que rester actif69. Et sur l'organisation des soins, un essai a montré qu'un modèle de soins stratifié selon le risque améliore les résultats70.

Ce qu'on arrête de dire. « Votre dos est fragile », « il faut muscler la sangle avant de bouger », « attendez de ne plus avoir mal pour reprendre » : rien de tout cela n'est soutenu par les données ci-dessus. L'éducation seule, en revanche, a un effet modeste mais réel sur la douleur71.

Cervicalgie commune

Renforcement cervical d'Ylinen essai randomisé bénéfice probable
Contenu
Un groupe force : isométrique cervical à haute intensité plus stabilisation avec bande élastique. Un groupe endurance : relevés de tête en décubitus dorsal puis ventral. Les deux : exercices dynamiques d'épaules et de membres supérieurs avec haltères54.
Dose
Non publiée dans le résumé lu (ni séries ni répétitions).
Complément
La revue Cochrane des exercices cervicaux conclut à un bénéfice pour les programmes de renforcement ciblés72.

Sciatique commune

pas de protocole standardisé Il n'existe pas, pour la sciatique, de protocole d'exercice comparable à ceux du tendon : aucune des sources lues ne décrit séries, répétitions ni progression7374. Ce qui est établi concerne le pronostic et la chirurgie : dans un essai de 283 patients avec sciatique sévère depuis six à douze semaines, la chirurgie précoce accélère le soulagement sans changer le résultat à un an75.

17 — Hanche & aine

Hanche, aine, ischio-jambiers

Tendinopathie des fessiers (syndrome douloureux du grand trochanter)

démontré C'est le plus beau résultat de cette partie : l'éducation associée à l'exercice bat l'infiltration de corticoïde, à huit semaines et encore à un an4. Nombre de patients à traiter pour un succès : 2 contre l'abstention.

Programme LEAP essai randomisé, 204 patients confirmés en IRM démontré
Cadre
14 séances individuelles sur 8 semaines (60 min la première, 30 ensuite), centrées sur l'éducation : quantité de charge appropriée et progression graduelle4.
À domicile
Renforcement des abducteurs de hanche et contrôle de l'adduction pendant la fonction : 4 à 6 exercices par jour.
Douleur autorisée
Aucune augmentation tolérée sur le réentraînement fonctionnel (elle signerait une compression du tendon) ; jusqu'à 5 sur 10 sur les exercices lourds et lents, à condition qu'elle cède ensuite, sans majoration la nuit ni le lendemain.
Sans matériel ?
Le programme à domicile, oui (poids du corps et élastique). Les séances en cabinet utilisaient un plateau glissant à résistance élastique.

Douleur d'aine liée aux adducteurs

Adduction de Copenhague programme d'Harøy prévention démontrée
Contenu
Un seul exercice, en trois niveaux de progression76.
Rythme
3 fois par semaine pendant la présaison (6 à 8 semaines), puis une fois par semaine pendant la saison (28 semaines).
Dose par niveau
Non publiée dans le résumé lu : ne pas attribuer de chiffre à ce programme.
Traitement curatif
Le programme d'Hölmich, qui vise force et coordination des adducteurs, a montré sa supériorité sur un traitement passif dans un essai de référence77.

Lésion des ischio-jambiers

Les exercices en allongement raccourcissent le délai de retour au sport : 28 jours contre 51 chez des footballeurs, 49 contre 86 chez des sprinteurs et sauteurs, avec les rares récidives toutes survenues dans les bras conventionnels7879.

Protocole L : Extender, Diver, Glider doses lues dans l'annexe de Vermeulen 2022 démontré
Extender
Allongé sur le dos, hanche fléchie à 90° maintenue à la main, extensions lentes du genou — 3 × 12, deux fois par jour.
Diver
Debout en appui sur la jambe lésée, hanches en extension, mains devant la poitrine, bascule du tronc vers l'avant — 3 × 6, un jour sur deux.
Glider
Tronc droit, une main en appui, jambes légèrement écartées, tout le poids sur le talon de la jambe lésée qui glisse en arrière — 3 × 6, un jour sur trois.
Attribution
Ces paramètres sont ceux de l'essai de Vermeulen, qui utilise les exercices d'Askling80 ; l'annexe d'Askling elle-même n'est pas en accès libre. Des sites non recevables annoncent « Glider 3 × 4 » : la source primaire dit 3 × 6.
Progression, verbatim de la même fiche : passage au stade suivant si squat unipodal indolore et vélo à deux fois le poids du corps pendant cinq minutes ; puis course à 70 % au moins de la vitesse ressentie comme normale.

En prévention, l'exercice nordique est souvent annoncé à « −50 % de lésions ». Réanalysé en ne gardant que les essais qui randomisaient réellement cet exercice, le résultat devient non concluant (RR 0,56 ; 0,20-1,52)81 — et il n'est réalisé en totalité que dans 10,7 % des saisons de clubs professionnels82.

18 — Genou

Genou

Syndrome douloureux fémoro-patellaire

démontré Le consensus international est explicite : exercice de la hanche et du genou, pas du genou seul, et pas d'électrothérapie15.

Programme de van Linschoten essai randomisé, texte intégral lu démontré
Séance
Échauffement sur ergocycle, puis exercices statiques et dynamiques des quadriceps, des adducteurs et des fessiers, plus équilibre et souplesse — 25 minutes supervisées83.
Progression
Charge augmentée toutes les 2 semaines pendant les 6 premières semaines, en jouant sur le nombre de répétitions ou l'intensité.
Sans matériel ?
Oui pour l'essentiel ; l'ergocycle n'est qu'un échauffement remplaçable par de la marche.

Tendinopathie rotulienne

Deux protocoles de référence exigent des machines : la charge lourde et lente de Kongsgaard61 et le programme progressif de Breda60, qui reposent sur la presse à cuisses ou la chaise à quadriceps. Le premier stade de Breda, lui, est reproductible partout : cinq répétitions de 45 secondes de maintien isométrique du quadriceps à mi-course, tous les jours.

Et il existe une alternative testée sans machine : le squat sur une jambe sur un plan incliné à 25°, descente avec la jambe douloureuse et remontée avec l'autre, 3 séries de 15, deux fois par jour, pendant 12 semaines84. Particularité à annoncer au patient : ce protocole est volontairement douloureux (les auteurs demandent une douleur d'au moins 5 sur 10 pendant l'exercice), ce qui n'est pas la règle ailleurs dans cette fiche.

Gonarthrose

démontré L'exercice réduit la douleur et améliore la fonction85, et il figure en première ligne des recommandations internationales86. Le détail utile, déjà cité plus haut : viser un objectif à la fois, cibler le quadriceps, et au moins trois séances supervisées par semaine si c'est possible49.

19 — Jambe & pied

Jambe, cheville, pied

Tendinopathie calcanéenne

Excentrique d'Alfredson paramètres lus dans un essai secondaire démontré
Geste
Abaissement du talon au bord d'une marche, en charge lourde ; le retour en position haute se fait avec la jambe saine, pour éviter le travail concentrique du côté atteint5087.
Dose
3 séries de 15 répétitions genou tendu, puis 3 séries de 15 genou fléchi, deux fois par jour, pendant 12 semaines. Douleur autorisée pendant les exercices ; charge augmentée par un sac à dos, par paliers de 5 kg, dès que le geste est indolore87.
Équivalent
La charge lourde et lente fait aussi bien ; ce qui change est l'observance : 92 % pour la charge lourde et lente contre 78 % pour l'excentrique88. À efficacité égale, on prescrit ce que le patient fera.
Le sport : pause, pas arrêt
Le modèle de surveillance de la douleur ne dit pas « continuez comme avant » : il met la course et les sauts en pause les trois premières semaines, puis autorise la reprise avec deux conditions — douleur au plus 5 sur 10 pendant l'activité et symptômes revenus à leur niveau de base dans les 24 heures16. À cinq ans, 80 % des patients sont complètement récupérés89.
Réserve : la forme insertionnelle (douleur au contact de l'os) est mal étudiée — 86 % des essais portent sur la forme du corps du tendon90. Il existe cependant un protocole testé pour elle, à ne pas confondre avec le précédent : même volume, deux fois par jour, sept jours sur sept, mais sans jamais charger en fin de flexion dorsale (pas de descente sous le niveau de la marche)51.

Aponévrosite plantaire

Renforcement en charge lourde de Rathleff essai randomisé, suivi 12 mois bénéfice probable
Geste
Élévations sur la pointe d'un pied, une serviette roulée sous les orteils, un jour sur deux57.
Dose
Les séries et répétitions de cet essai ne sont pas publiées. La progression enregistrée d'un essai frère est en revanche disponible : 12 RM × 3 séries les semaines 1-2, 10 RM × 4 séries les semaines 3-4, 8 RM × 5 séries à partir de la semaine 591.
Pronostic à annoncer
C'est long : 45,6 % de patients encore douloureux à 10 ans (et 50,0 % à 5 ans)92 ; 42 % de douleur résiduelle à 2 ans sous étirements et semelles préfabriquées93. Et à 12 semaines, dans un essai comparant deux dosages, 4 patients sur 70 seulement déclaraient ne plus ressentir le besoin d'être traités58 — ce chiffre porte sur ce critère précis, pas sur la supériorité du renforcement.

Entorse latérale de cheville

D'abord ne pas manquer la fracture : les règles d'Ottawa ont un rapport de vraisemblance négatif de 0,08, ce qui ramène la probabilité de fracture sous 1,4 % quand elles sont négatives (pour une prévalence de 15 %), avec une sensibilité proche de 100 % et une réduction de 30 à 40 % des radiographies inutiles94. La recommandation française de 2025 les reprend avec ses grades par tranche d'âge, et ajoute un outil utile là où l'imagerie n'est pas à portée : « le diapason à 128 Hz et les critères Bernois doivent être utilisés pour déterminer si la radiographie est indiquée, notamment dans un contexte où l'accès à la radiographie n'est pas aisé »95. Ensuite, l'exercice : les trois familles utiles sont le renforcement, la mobilisation articulaire et le travail proprioceptif, avec un effet qui apparaît au-delà de quatre semaines96. Et le résultat inattendu déjà cité : sur la récidive à un an, l'attelle semi-rigide portée en sport fait mieux que l'entraînement neuromusculaire4897.

Périostite tibiale — et ce qu'il ne faut pas confondre

rien d'étayé à prescrire C'est le point le plus inconfortable de la fiche : pour la douleur tibiale d'effort, aucun traitement n'est exempt de biais, et l'étirement comme le renforcement figurent parmi ce qui n'a pas fait la preuve de son efficacité98. Prescrire un protocole ici serait inventer.

Le critère le plus enseigné pour distinguer une fracture de contrainte est circulaire. « Douleur sur moins de 5 cm = fracture, plus de 5 cm = périostite » : les 5 cm sont précisément la définition du syndrome de stress tibial médial99, et la seule étude qui a mesuré la longueur douloureuse dans la fracture donne jusqu'à 10 cm100 — les deux se chevauchent. Aucune étude de sensibilité ni de spécificité de ce seuil n'existe.

Ce qui tient : la face du tibia (la crête antérieure est un site à haut risque101), le saut monopodal douloureux (rapport de cotes élevé mais intervalle de confiance immense, donc aucun chiffre utilisable), et le fait que l'intensité de la douleur n'est pas prédictive. En cas de doute, c'est l'imagerie et la décharge, pas la charge progressive.
20 — Outil

Outil : ordonnance d'auto-exercices

Choisir la situation. Ce qui s'affiche se lit sur deux plans : ce qui vous concerne (preuve, protocole tel qu'il a été testé, population de l'essai) reste à l'écran ; ce que le patient emporte est écrit pour lui, et c'est la seule chose qui s'imprime.

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Sport
21 — Coureur & nageur

Coureur et nageur : ce qui protège, et ce qui n'a jamais protégé personne

C'est la partie où les croyances les mieux installées tombent le plus vite.

17,8blessures pour 1 000 heures de course chez le novice
7,7pour 1 000 heures chez le coureur récréatif entraîné102
0,32risque relatif de blessure sous programme de renforcement3

Ce qui réduit vraiment le risque

démontré Le renforcement. Sur 26 610 participants, avec une relation dose-effet : plus le volume de renforcement augmente, plus le risque baisse3103. Chez le coureur novice précisément, le seul essai randomisé dédié — 325 participants, 24 semaines, trois bras — trouve un rapport de risque de 0,66 (0,45-0,97) pour le programme hanche et gainage104.

Et un programme mal ciblé peut nuire. Dans ce même essai, le bras d'exercices cheville et pied a fait pire que les étirements sur les blessures aiguës : rapport de risque 3,60 (1,20-10,86)104. Ce n'est pas « du renforcement, donc c'est bon » : c'est ce renforcement-là, pour cette population-là.

démontré L'adduction de Copenhague pour l'aine : un seul exercice, 41 % de problèmes d'aine en moins76. Et le programme d'échauffement FIFA 11+ réduit les blessures de 39 % — alors que son prédécesseur, le FIFA 11, ne montrait rien105.

Ce qui ne protège pas, malgré la réputation

Cinq croyances que les données contredisent
CroyanceCe que disent les données
La règle des 10 % par semaineTestée dans un essai randomisé de 532 novices : 20,8 % contre 20,3 % de blessés, p = 0,90106. Le seul signal observationnel porte sur un seuil de 30 %, dans un sous-groupe, et n'est pas significatif107.
Le rapport charge aiguë / charge chronique« Aucune preuve ne soutient son usage » : métrique inexacte qui « ajoute du bruit et crée des artefacts »108. La méta-analyse 2025 place son optimum entre 0,8 et 1,3 avec un intervalle de 0,14 à 0,94 — c'est-à-dire rien109.
La pronation abîme les genouxPas d'association dans une cohorte prospective de coureurs novices110.
La chaussure choisie selon la forme du piedRate ratio 1,03, certitude modérée : c'est la conclusion ferme de la revue Cochrane111. Aucun type de chaussure ne fait mieux qu'un autre.
Les étirements préviennent les blessuresRR 0,96 (0,85-1,10) : le seul bras sans effet de la méta-analyse3.

Le coureur à forte corpulence

Sujet où l'on dit beaucoup de choses sans données. Ce qui est publié : les coureurs novices avec un indice de masse corporelle élevé ralentissent spontanément (environ 1,7 km/h de moins) mais ne raccourcissent pas leurs sorties112 ; dépasser 3 km la première semaine quand l'indice dépasse 30 est associé au risque113 ; l'effet protecteur de l'amorti n'existe que chez les coureurs légers et disparaît chez les plus lourds114 ; et la proportion de blessures du genou est plus basse de 12 à 13 points chez les coureurs en surpoids ou obèses115 — ils se blessent ailleurs, pas moins. Conclusion pratique : cadrer la distance des premières semaines, pas l'allure, et ne pas promettre qu'une chaussure amortie protégera.

Fracture de contrainte : trier par site avant tout

Huit localisations sont à haut risque de complication et changent la conduite : col fémoral versant tension, patella, crête antérieure du tibia, malléole médiale, talus, naviculaire, base du cinquième métatarsien, sésamoïdes101. Devant l'une d'elles : imagerie, décharge, avis. Ailleurs, le repos relatif indolore suffit le plus souvent, avec un bon pronostic.

Ce que la fiche ne peut pas donner : aucun critère de reprise de la course chiffré et validé n'existe, pour aucune localisation. La formulation la plus honnête est celle du consensus ischio-jambiers : progression pilotée par la capacité et les symptômes, indolore pour le sprint, sans calendrier imposé116.

L'épaule du nageur

La revue systématique de référence (22 études) conclut qu'il n'y a « aucune preuve forte soutenant ou réfutant l'association » pour la plupart des facteurs examinés, et qu'il existe une preuve modérée contre l'association avec les amplitudes de rotation, la nage de spécialité, la fréquence d'entraînement, le sexe, l'âge et la taille12. Le seul facteur modifiable retenu est l'endurance de force des muscles postérieurs de l'épaule. Or les programmes de renforcement améliorent la force et le rapport rotateurs externes/internes au-delà de douze semaines sans diminution démontrée de la douleur117 : plausible, non prouvé. À dire au nageur tel quel.

Déficit énergétique relatif dans le sport

Cadre de repérage utile, mais à ne pas manier comme un diagnostic : la disponibilité énergétique est « impossible à mesurer avec assez de précision sur le terrain », le raisonnement diagnostique officiel est circulaire et la causalité n'est pas démontrée118. Ce qui reste : devant une fracture de contrainte, une aménorrhée, une fatigue inexpliquée ou une perte de performance chez un sportif, on cherche un apport insuffisant — sans se croire autorisé à en faire une étiologie.

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22 — Idées reçues

Idées reçues

Chez les patients, chez les sportifs, et quelques-unes chez nous.

« Il faut s'étirer avant l'effort pour éviter les blessures. »
Non : sur 26 610 participants, les étirements donnent un risque relatif de 0,96 — aucun effet — quand le renforcement donne 0,323. Et un étirement statique juste avant l'effort fait perdre un peu de force dans l'instant119. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut arrêter de s'étirer si on aime ça : simplement, ce n'est pas de la prévention.
« Les courbatures, c'est l'acide lactique. »
L'acide lactique est éliminé en moins d'une heure, les courbatures apparaissent le lendemain. Elles suivent un travail en allongement inhabituel. Pour les prévenir, les étirements apportent environ un demi-point sur une échelle de 10038 — c'est-à-dire rien de perceptible.
« Ma créatine-kinase est à 3 000, je fais une rhabdomyolyse. »
Après un exercice excentrique inhabituel chez 203 sujets, 111 avaient une créatine-kinase au-delà de 2 000 U/L et 51 au-delà de 10 000, sans aucune altération de la fonction rénale39. Le chiffre seul ne fait pas le diagnostic ; le contexte et les urines, oui.
« La musculation bloque la croissance des enfants. »
Le risque d'entorse ou d'élongation est plus faible chez l'enfant que chez l'adulte, et les deux tiers des blessures des 8-13 ans sont des atteintes de main ou de pied par chute ou pincement4546 : c'est un problème de surveillance du matériel, pas de charge.
« Il faut soulever lourd, sinon ça ne sert à rien. »
Pour la force maximale, oui, la charge compte (≥ 80 % du maximum). Pour le volume musculaire, c'est le nombre de séries qui décide, et des charges modérées suffisent221. Et pour la santé, 90 à 120 minutes par semaine suffisent, au-delà desquelles on ne gagne plus rien sur la mortalité24.
« Cet exercice active tel muscle à 80 %, donc il est meilleur. »
Argument irrecevable : les conclusions tirées des comparaisons d'amplitude électromyographique sont « fréquemment non étayées et injustifiées »32. L'électromyographie ne mesure pas la force produite, et encore moins l'adaptation à long terme.
« J'augmente de 10 % par semaine, c'est la règle. »
Cette règle a été testée : 532 coureurs novices randomisés, 20,8 % de blessés avec un programme gradué contre 20,3 % sans, p = 0,90106. Ce qui compte n'est pas un pourcentage universel mais les sauts de charge, appréciés individuellement.
« Il faut arrêter le sport jusqu'à ce que le tendon ne fasse plus mal. »
Sur le tendon calcanéen, poursuivre course et sauts sous surveillance de la douleur donne la même vitesse d'amélioration que six semaines d'arrêt16. Le repos complet n'est pas le traitement : la charge progressive l'est.
« Une infiltration de cortisone va régler mon tennis elbow. »
À court terme oui, à un an non : 83 % de guérisons contre 96 % après une injection placebo, et 54 % de récidives contre 12 %5. C'est l'un des rares endroits où le traitement qui soulage vite dégrade le résultat final.
« Ma chaussure de running est adaptée à ma pronation, donc je suis protégé. »
La revue Cochrane conclut que prescrire la chaussure selon la posture du pied ne change pas le risque de blessure (rate ratio 1,03, certitude modérée)111, et la pronation n'est pas associée au risque chez le novice110.
« Le poids du corps, c'est aussi efficace que la salle. »
On aimerait, mais ce n'est pas démontré : la méta-analyse en réseau la plus large chez le senior classe le poids du corps dernier31, et les essais directs sont trop courts et trop petits pour conclure2830. Ce qu'on peut dire : le matériel n'a pas d'effet consistant à charge relative égale2 — la difficulté est d'atteindre cette charge sans matériel quand on est déjà fort.
« Si je n'ai aucun signe d'alarme, je peux continuer tranquillement. »
C'est la seule idée reçue de cette liste que la fiche refuse de valider dans les deux sens. Les signes d'alarme servent à déclencher un avis ; leur absence ne prouve rien, et aucune des sources lues ne permet d'écrire le contraire120121.
23 — Drapeaux rouges

Drapeaux rouges, région par région

Ce qui fait arrêter l'auto-exercice et demander un avis. Avec le délai quand il est sourcé — et dit comme proposition quand il ne l'est pas.

Trois avertissements avant de lire ce tableau.
  • Ces signes ne rassurent pas. Ils déclenchent un avis ; ils ne permettent jamais de conclure à l'absence de maladie grave. Une revue systématique montre que la plupart des drapeaux rouges ne modifient quasiment pas la probabilité d'une cause grave120, et le cadre international de raisonnement le dit explicitement pour le rachis121.
  • Les probabilités publiées ne se transposent pas. La plupart des chiffres viennent d'urgences, de chirurgie ou de recrues militaires, où la prévalence des causes graves atteint 25 à 35 % ; en médecine générale elle est de l'ordre de 0,9 %122. Les rapports de vraisemblance se transposent, les probabilités après test non.
  • Seuls cinq délais sont réellement sourcés (ci-dessous en rouge). Tous les autres seraient des propositions, et la fiche n'en invente pas.
Les délais réellement sourcés
SituationDélaiSource
Douleur osseuse inexpliquée chez un mineur48 hRadiographie « très urgente » dans les 48 heures ; l'avis spécialisé dans les 48 heures n'est dû que si la radiographie évoque un sarcome6
Suspicion de syndrome de la queue de cheval4 hIRM en urgence, filière nationale dédiée7
Suspicion d'infection disco-vertébrale72 hRecommandation française 2022123
Suspicion de syndrome de loge30 minÉvaluation dans les 30 minutes, décision chirurgicale dans l'heure124
Lombalgie commune sans signe d'alarme2 à 4 sem.Réévaluation, pas d'imagerie d'emblée68

Code couleur : rouge = délai issu d'une recommandation ou d'un texte officiel ; gris = proposition de la fiche, non sourcée. Tous les délais de ce tableau sont rouges : ce sont les seuls que la fiche a trouvés sourcés.

Les tests cités, en pratique

Citer un rapport de vraisemblance sans donner les critères qui le produisent rend le chiffre inutilisable. Voici donc les critères, tels que les articles les énoncent.

Critères d'Ottawa et tests de la coiffe
RègleCritèresCe qu'elle vaut
Ottawa, chevilleDouleur de la région malléolaire et l'un des trois : douleur osseuse au bord postérieur ou à la pointe d'une malléole ; impossibilité de prendre appui immédiatement et à l'examen (quatre pas) ; âge de 55 ans ou plus (version de dérivation)125126Rapport de vraisemblance négatif 0,08 ; sensibilité proche de 100 % ; 30 à 40 % de radiographies évitées94
Ottawa, médio-piedDouleur du médio-pied et l'un des trois : douleur osseuse du naviculaire ; douleur osseuse de la base du cinquième métatarsien ; impossibilité de prendre appui126Rapport de vraisemblance négatif 0,08 ; chez l'enfant 0,0794
Ottawa, genouCinq items : âge 55 ans ou plus ; douleur de la tête de la fibula ; douleur isolée de la patella ; impossibilité de fléchir à 90° ; impossibilité de prendre appui immédiatement et à l'examen (quatre pas)127Un seul item présent suffit à indiquer la radiographie
Cheville : ce que dit la recommandation françaiseOttawa recommandé de 18 à 65 ans (grade A), de 5 à 17 ans (B), après 65 ans (C). Et, si un critère d'Ottawa est positif : « le diapason à 128 Hz et les critères Bernois doivent être utilisés pour déterminer si la radiographie est indiquée, notamment dans un contexte où l'accès à la radiographie n'est pas aisé » (accord d'experts)95Utile en zone sous-équipée
Coiffe : les tests qui comptentCe n'est pas la provocation de douleur qui informe le plus, mais le déficit actif : le patient ne tient pas la position dans laquelle on place son bras (« lag tests »)13Lag test en rotation externe positif : LR+ 7,2 (1,7-31) ; en rotation interne positif : LR+ 5,6 (2,6-12) ; normal : LR− 0,04, le meilleur test pour écarter une rupture transfixiante. Réserve des auteurs : tous ces gestes ont été faits par des spécialistes, la transposition en soins primaires est inconnue
Sarcopénie : les seuilsForce de préhension au dynamomètre, ou test des cinq levers de chaise27Préhension < 27 kg chez l'homme, < 16 kg chez la femme ; cinq levers de chaise en plus de 15 secondes

Rachis lombaire

Ce qui fait sortir de la lombalgie commune
SigneCe qu'il fait craindreCe qu'on en sait
Anesthésie en selle, troubles sphinctériens récents, déficit moteur progressifSyndrome de la queue de chevalUrgence, IRM immédiate ; la filière nationale britannique fournit même une carte d'information au patient à qui l'on renvoie chez lui avec une surveillance7
Antécédent de cancerMétastase vertébraleLe seul drapeau rouge dont la probabilité après test est réellement élevée dans la revue de référence120
Fièvre, immunodépression, toxicomanie intraveineuse, geste rachidien récentInfection disco-vertébraleLa fièvre manque une fois sur deux : son absence ne rassure pas123
Traumatisme, corticothérapie prolongée, âge avancéFracture vertébraleCombinaison de facteurs plus informative qu'un signe isolé120

Rachis cervical

Deux règles validées permettent de décider d'une imagerie après traumatisme : la règle canadienne du rachis cervical et les critères NEXUS. En dehors du traumatisme, la recommandation britannique liste les signes qui doivent faire suspecter une compression médullaire128, et un regroupement de signes d'insuffisance vertébro-basilaire a été proposé, avec ses rapports de vraisemblance129. À ne pas attribuer au cadre international de l'IFOMPT une formule (« 5 D et 3 N ») qui n'y figure pas.

Aine et hanche

Le consensus de Doha, qui structure la sémiologie de l'aine du sportif, comporte une colonne « à ne pas manquer »130 : fracture de contrainte du col fémoral (versant tension, à haut risque101), nécrose de la tête fémorale, arthrite septique, tumeur osseuse, hernie étranglée, pathologie urogénitale ou digestive projetée. Une douleur d'aine qui réveille la nuit, qui s'aggrave à la mise en charge ou qui empêche l'appui n'est pas une pubalgie d'entraînement.

Genou, jambe, cheville

Après traumatisme, les règles d'Ottawa du genou et de la cheville décident de la radiographie94131, et la recommandation française de 2025 reprend celles de la cheville avec des grades par tranche d'âge95. Pour le genou non traumatique, la fiche doit avouer une lacune : aucune liste de drapeaux rouges sourcée n'a pu être constituée.

À la jambe, le piège est la fracture de contrainte prise pour une périostite : le critère des « moins de 5 cm » est circulaire, et il faut se fier au site (crête antérieure du tibia à haut risque101), au saut monopodal douloureux et aux signes de gravité décrits sur les grades d'imagerie99132.

Épaule, coude, poignet, main

À l'épaule, quatre signes sont sourcés — déficit de force franc évoquant une rupture massive, avec les rapports de vraisemblance des tests de « lag »13, atteinte neurologique, signes généraux évoquant une tumeur ou une infection6 — et trois manquent, notamment la cause cardiaque projetée, pour laquelle aucune source exploitable n'a été trouvée. Au poignet, la fracture du scaphoïde reste le diagnostic à ne pas manquer, avec la valeur diagnostique connue de l'examen initial133134. Au coude, aucun drapeau rouge régional sourcé : c'est écrit comme tel plutôt que comblé.

Ressources
24 — Sources

Sources et méthode

134 références citées. Ce que vous lisez plus haut ne vaut que par ce que dit cette section.

Comment cette page a été écrite. Sujet, besoin clinique et cahier des charges : Dr Michaël Rochoy. Rédaction et recherche des sources assistées par une intelligence artificielle, selon un protocole de vérification automatique : cinq dossiers de sources constitués séparément (myologie de référence, renforcement, pathologies et protocoles, drapeaux rouges, sport), chaque identifiant PubMed résolu un par un sur sa notice officielle, chaque chiffre recopié du résumé ou du texte intégral lu, et la bibliographie ci-dessous reconstruite automatiquement depuis PubMed. Aucune relecture humaine indépendante à ce jour.

Ce qui n'est pas cité, par règle. Ni EMC, ni AKOS, ni UpToDate. Ces traités ont servi de carte pour remonter aux sources primaires, qui sont seules citées.

Les modèles 3D. Maillages BodyParts3D, © The Database Center for Life Science, licence Creative Commons Attribution-Partage dans les mêmes conditions 2.1 Japon8 : les modèles dérivés de cette fiche restent sous cette licence. Les axes articulaires, les attaches musculaires et les trajets sont calculés sur ces maillages, jamais saisis à la main ; la méthode et ses neuf versions successives sont documentées dans le dossier de travail. Le constructeur refuse d'écrire un mouvement dont un agoniste s'allongerait, dont un trajet sauterait d'un angle au suivant ou dont une attache flotterait à plus de 8 mm de l'os — ce garde-fou a bloqué huit cas, tous corrigés ou déclarés non modélisables.

Le dictionnaire des muscles. Nomenclature latine de la Terminologia Anatomica, dont le texte précise que ses termes individuels sont dans le domaine public17 ; descriptions des 81 muscles du niveau essentiel réécrites en français depuis le Gray de 1918, domaine public10 (73 entièrement, 8 partiellement, aucune absente) — un contrôle par tirage au sort de huit entrées a retrouvé le passage d'origine dans les huit cas, avec deux corrections de formulation.

Attribution des champs sous licence libre. Les champs origine, insertion, innervation et action des entrées non réécrites depuis le Gray proviennent de l'article List of skeletal muscles of the human body, par les contributeurs de Wikipédia, Wikipédia en anglais, version du 17 avril 2026 (oldid 1349360120)18, sous licence Creative Commons Attribution — Partage dans les mêmes conditions 4.0 International19. Œuvre modifiée : séries numérotées éclatées une ligne par muscle avec leur rang, appariement à la nomenclature latine de la Terminologia Anatomica, champs normalisés, colonnes artère et antagoniste écartées, aucune traduction. Ces champs concernent 309 des 416 entrées (249 sous cette seule licence, 60 mêlées au Gray) et, conformément à la clause de partage à l'identique, eux et leurs adaptations ne peuvent être rediffusés que sous CC BY-SA 4.0. La traçabilité de cette version a été vérifiée : rejouer l'extracteur sur le wikitexte de l'oldid 1349360120 reproduit le tableau de travail à l'identique.

Les amplitudes articulaires viennent du barème indicatif d'invalidité annexé au Code de la sécurité sociale9. C'est un texte médico-légal : ses valeurs sont des repères conventionnels, sans effectif, sans écart-type, sans distinction d'âge ni de sexe. L'étude de goniométrie qui donnerait cette dispersion est payante et n'a pas été lue. Enfin, Légifrance refusant l'accès automatisé, ces valeurs ont été relevées sur un miroir : à revérifier sur Légifrance avant réutilisation.

Réserves sur la 3D, en clair. Un seul sujet adulte, donc aucune variabilité. Les muscles ne se déforment pas : seuls les os bougent. Les variations de longueur affichées sont celles du modèle, et pour un muscle court très proche de l'axe elles sont exagérées (l'anconé y perd 86 % de sa longueur, ce qu'aucun muscle ne fait) : ces cas sont marqués. Les bras de levier du modèle à l'épaule ont été confrontés à une mesure par IRM chez 20 sujets vivants1 : écart de −1,6 mm pour le supra-épineux, −0,1 pour l'infra-épineux, mais +4,4 et +3,8 mm pour le petit rond et le subscapulaire. Bon ordre de grandeur, dispersion trois fois trop large. Et cette confrontation ne vaut que pour l'épaule : les distances à l'axe affichées au coude, à la hanche, au genou et à la cheville n'ont été comparées à aucune mesure externe. Elles sont cohérentes entre elles et avec l'anatomie, ce qui n'est pas une validation — à lire comme des ordres de grandeur du modèle, non comme des bras de levier mesurés.

Ce qui manque, et qu'il faudra combler.

  • Pas de protocole de reprise de la course fondé sur des essais, et c'est une lacune de la littérature, non de la recherche documentaire : la requête ciblée sur le retour progressif à la course après fracture de contrainte n'a rien ramené. Deux exceptions à ne pas noyer dans cette phrase : les ischio-jambiers ont des délais de retour au sport mesurés et un consensus dédié80116, et la tendinopathie rotulienne a des critères de progression publiés — douleur ≤ 3 sur 10 au squat unipodal, une semaine minimum par stade, retour en compétition au plus tôt à quatre semaines60. Ailleurs, ce qui circule est consensuel ou empirique.
  • Les doses de plusieurs protocoles ne sont pas publiées : excentrique des extenseurs du poignet, renforcement cervical, adduction de Copenhague. La fiche écrit « non publié » à chaque fois, plutôt qu'un « 3 × 15 » d'apparence sérieuse. Deux contournements sont signalés là où ils existent : la progression du renforcement du talon vient du protocole enregistré d'un essai frère91 et non de l'essai princeps, qui ne la donne pas57 ; et les paramètres du protocole L sont attribués à l'essai qui les publie80, jamais à Askling, dont l'annexe n'est pas en accès libre.
  • Rien d'étayé à prescrire dans la périostite tibiale : étirement et renforcement figurent parmi ce qui n'a pas fait la preuve de son efficacité98.
  • Pas de drapeaux rouges sourcés pour le genou non traumatique ni pour le coude, et pas de source exploitable pour la cause cardiaque projetée à l'épaule.
  • 22 muscles du niveau essentiel n'ont pas de racines métamériques dans le dictionnaire : le Gray de 1918 ne les numérote pas, et rien n'a été reconstitué.
  • Aucun seuil de créatine-kinase citable ni critère d'hospitalisation pour la rhabdomyolyse d'effort, et aucune consigne détaillée sourcée pour le renforcement pendant la grossesse.
  • La callisthénie reste presque non étudiée : les paliers de progression de cette fiche sont un consensus de pratique, pas un résultat d'essai.

Deux chiffres corrigés en cours de route, pour mémoire : le pronostic de l'aponévrosite plantaire souvent cité comme « 50 % à 10 ans » est en réalité de 45,6 % à 10 ans (50,0 % étant la valeur à 5 ans)92, et la douleur résiduelle « 40 % à 2 ans » est de 42 %93. Les deux venaient d'une source de seconde main qui mélangeait deux lignes d'un même tableau.

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