En consultation, la question est rarement « quel est son taux ? ». C'est « il veut une carte de stationnement, une AAH, une reconnaissance de travailleur handicapé — est-ce que ça peut aboutir, et faut-il monter un dossier ? ». L'outil ci-dessous répond d'abord à celle-là, critères réglementaires à l'appui. Il sert ensuite à décrire les limitations, à situer le taux, et à produire les phrases à recopier dans le certificat Cerfa 15695*01 — chaque chiffre rattaché à son texte.
En consultation, la question n'est presque jamais « quel est son taux ? » mais « il veut une carte de stationnement — est-ce jouable ? ». Commencez par là. Le sélecteur de limitations, en dessous, sert ensuite à écrire le certificat et à situer le taux.
Le certificat médical est le document décisif du dossier : c'est lui qui permet à l'équipe pluridisciplinaire de fixer un taux d'incapacité et d'ouvrir — ou non — des droits. Le diagnostic seul n'y suffit jamais.
Comprendre le circuit évite deux erreurs fréquentes : croire que le médecin « demande » un droit, et croire que la MDPH peut accorder ce qui ne lui a pas été demandé.
La demande est portée par un formulaire unique rempli par la personne, auquel s'ajoutent, selon les cas : une pièce d'identité ou un titre de séjour, un justificatif de domicile, le jugement de protection juridique s'il en existe un, une photo pour toute demande de carte, la copie de la dernière notification en cas de renouvellement, et les bilans qui documentent les limitations décrites (orthophonique, ergothérapique, neuropsychologique, comptes rendus d'hospitalisation, avis du médecin du travail). Pour toute demande touchant la scolarité, le GEVA-Sco rempli par l'établissement avec l'enseignant référent est indispensable : un excellent certificat dans un dossier sans GEVA-Sco fait ajourner une demande d'accompagnant. Dites à la famille de le réclamer au moment où vous rédigez, pas après.
Ce n'est pas la date de la décision qui compte, c'est celle du dépôt : l'AAH est attribuée « à compter du premier jour du mois civil suivant celui du dépôt de la demande »6, et pour la PCH « la date d'ouverture des droits est le premier jour du mois du dépôt de la demande »7. La décision, qui arrivera des mois plus tard, sera rétroactive à cette date — mais à cette date seulement. Déposer le 2 du mois plutôt que le 28 du mois précédent coûte un mois plein d'allocation, définitivement.
L'affection de longue durée relève de l'Assurance maladie et du médecin-conseil, par le protocole de soins : elle n'ouvre aucun droit MDPH, et inversement un taux de 80 % ne donne aucune prise en charge des soins. Sont également hors MDPH : les arrêts de travail et la pension d'invalidité (Assurance maladie), l'APA et l'aide-ménagère (conseil départemental, CCAS), le transport sanitaire (prescription médicale — à distinguer du transport scolaire adapté, qui découle du projet personnalisé de scolarisation), le PAP et le PAI (établissement scolaire). Adresser un patient à la MDPH pour l'un de ces besoins lui coûte plusieurs mois pour un refus.
Huit rubriques, dont deux font tout le travail : la description clinique (rubrique 3) et le retentissement fonctionnel (rubrique 6).
La rubrique « description clinique actuelle » n'offre que trois lignes pour les signes cliniques invalidants, chacune à qualifier par sa fréquence : permanents, réguliers (plus de 15 jours par mois) ou ponctuels (moins de 15 jours par mois)3. C'est peu — d'où l'intérêt de choisir les trois signes les plus invalidants plutôt que les trois plus récents, et d'utiliser le champ « précisions » qui suit pour le reste.
Le retentissement fonctionnel se cote activité par activité selon quatre niveaux3 :
| Niveau | Libellé du Cerfa | En pratique |
|---|---|---|
| A | Réalisé sans difficulté et sans aucune aide | la personne fait, normalement. |
| B | Réalisé avec difficulté mais sans aide humaine | fait quand même, plus lentement, avec douleur, avec une aide technique. |
| C | Réalisé avec aide humaine : directe ou stimulation | quelqu'un fait avec, à la place, ou doit y penser pour elle. C'est le niveau charnière : la dépendance à un tiers pour un acte essentiel oriente vers une déficience sévère1. |
| D | Non réalisé | l'activité n'est plus faite du tout. |
Deux logiques cohabitent, et les confondre est la source d'erreur la plus fréquente : certains droits dépendent d'un taux d'incapacité, d'autres d'une analyse des activités, d'autres encore de rien de tout cela.
La PCH n'obéit pas à un taux. Le critère est fonctionnel : présenter « une difficulté absolue pour la réalisation d'une activité ou une difficulté grave pour la réalisation d'au moins deux activités », les difficultés devant être définitives ou d'une durée prévisible d'au moins un an15.
Aucun taux, aucun seuil : « est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique »20. Elle est reconnue par la CDAPH et, « lorsque le handicap est irréversible, […] attribuée de façon définitive »21. L'orientation vers un ESAT ou vers la réadaptation professionnelle vaut RQTH21.
| Mention | Critère (texte) | Ce qu'elle donne |
|---|---|---|
| Invalidité | « taux d'incapacité permanente au moins de 80 % » ou classement en 3e catégorie d'invalidité de la Sécurité sociale23 | priorité d'accès, avantages fiscaux, places réservées ; deux sous-mentions possibles : cécité (vision centrale inférieure à 1/20 après correction) et besoin d'accompagnement24. |
| Priorité | « incapacité inférieure à 80 % rendant la station debout pénible »23 | priorité d'accès aux files d'attente et places assises. |
| Stationnement | handicap qui « réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied » ou impose l'accompagnement par une tierce personne23 | stationnement sur les places réservées, gratuité fréquente. |
Chez l'enfant, l'évaluation se fait par comparaison avec un enfant du même âge3, et les contraintes assumées par la famille comptent explicitement1. L'AAH n'existe pas avant 20 ans : c'est l'AEEH qui joue ce rôle.
Un seul barème s'applique à la MDPH. Les autres — ceux que l'on croise en expertise, en accident du travail ou dans la fonction publique — donnent des pourcentages précis par articulation, mais ne valent pas devant la CDAPH.
C'est l'annexe 2-4 du code de l'action sociale et des familles1, en vigueur depuis le 9 novembre 2007. Il comprend huit chapitres : déficiences intellectuelles et difficultés du comportement, psychisme, audition, langage et parole, vision, déficiences viscérales et générales, appareil locomoteur, déficiences esthétiques. Le texte identifie « suivant les chapitres, trois à cinq degrés de sévérité (en général 4) »1 : les bornes ci-dessous sont celles de l'introduction générale, et elles varient d'un chapitre à l'autre — le chapitre VII plafonne à 90 % (85 % pour le tronc), le chapitre VIII à 85 %. L'outil affiche, pour chaque limitation, l'échelle propre à son chapitre.
| Niveau | Taux | Définition du texte |
|---|---|---|
| Légère | 1 – 15 % | gêne sans retentissement notable. |
| Modérée | 20 – 45 % | retentissement réel, autonomie et insertion préservées. |
| Importante | 50 – 75 % | « troubles importants entraînant une gêne notable dans la vie sociale », entrave repérée ou compensée « au prix d'efforts importants » ; l'autonomie reste conservée pour les actes élémentaires. |
| Sévère | 80 – 95 % | « entrave majeure dans la vie quotidienne […] avec atteinte de l'autonomie individuelle » : la personne doit être aidée, surveillée, ou n'assure les actes « qu'avec les plus grandes difficultés ». Également en cas d'abolition d'une fonction. |
| Totale | 100 % | réservé aux incapacités totales (état végétatif, coma). |
Deux barèmes chiffrent finement les articulations, et l'outil ci-dessus les affiche comme repères de gradation :
La réforme de 2018-2019 a créé des attributions sans limitation de durée. Elles ne s'obtiennent pas en les demandant : elles se déduisent de ce que le certificat dit de l'évolutivité.
| Droit | Durée | Sans limitation de durée si… |
|---|---|---|
| AAH (≥ 80 %) | 1 à 10 ans | taux ≥ 80 % et « limitations d'activité non susceptibles d'évolution favorable, compte tenu des données de la science »36. |
| AAH (RSDAE, ≥ 50 %) | 1 à 2 ans, jusqu'à 5 ans si le handicap et la restriction d'accès à l'emploi ne sont pas susceptibles d'évolution favorable36 | jamais (durée toujours bornée). |
| PCH | ≤ 10 ans par élément37 | l'élément aide humaine est accordé sans limitation de durée quand les difficultés ne sont pas susceptibles d'évolution favorable37. |
| CMI invalidité | définitive ou déterminée | sans limitation de durée si le taux est d'au moins 80 %38. |
| RQTH | déterminée | « lorsque le handicap est irréversible, la qualité de travailleur handicapé est attribuée de façon définitive »21. |
Rarement la gravité de la maladie. Presque toujours la manière dont elle a été décrite — ou le décalage entre ce que le certificat raconte et ce que la personne demande.
Huit croyances tenaces, côté patients comme côté soignants.
Le bouton en bas n'imprime que cette page, à remettre à la personne concernée.
Ce dossier est long, et une personne sur dix en France est en difficulté avec l'écrit. Se faire aider n'est ni un aveu, ni de la triche : c'est la façon normale de le remplir. Des gens le font gratuitement, tous les jours :
Ce sont des professionnels du formulaire : ils font gagner des mois. Si vous ne lisez pas bien le français, demandez qu'un proche ou un interprète soit présent — quelqu'un d'autre peut écrire, c'est vous qui signez.
Elle ne juge pas votre maladie et ne classe personne du plus au moins méritant. Elle regarde ce que vous n'arrivez plus à faire, ou ce que vous faites avec difficulté, avec de l'aide, ou plus du tout.
« Je marche difficilement » n'aide pas. « Je marche environ 150 mètres, puis je dois m'arrêter, avec une canne » aide beaucoup. Comptez : mètres, marches, minutes, nombre de fois par semaine, jours par mois.
Sur votre toilette, sur les toilettes, sur vos nuits, sur ce que vous n'arrivez plus à faire seul. Ce n'est ni de la curiosité ni de l'humiliation : ce sont précisément ces réponses qui décident de vos droits. Répondez au pire de vos journées, pas au meilleur. Si c'est trop difficile à dire à voix haute, écrivez-le sur un papier et donnez-le à votre médecin : beaucoup de gens font comme ça, et ça compte pareil.
C'est ce qu'on appelle le « projet de vie ». Il n'y a pas de bonne réponse à trouver, pas de belle écriture, et personne ne juge l'orthographe. La méthode la plus simple : racontez une journée, du réveil au coucher, en disant ce qui coince et qui vous aide. Puis répondez à trois questions, avec des phrases de ce genre :
Demandez ce dont vous avez besoin, pas ce que vous pensez mériter. La commission ne peut accorder que ce qui est écrit : si vous n'osez pas demander, elle ne le devinera pas. Ce n'est pas exagérer, c'est décrire.
C'est fréquent, et ce n'est pas la fin : beaucoup de décisions changent après un recours, et très peu de gens en font un. Écrire à la MDPH pour demander de revoir la décision est gratuit, sur papier libre, sans avocat. Le délai est indiqué sur le courrier de réponse : notez-le tout de suite, il est court.
Ce qui marche le mieux n'est pas d'écrire « je ne suis pas d'accord », mais de dire ce qui manquait : l'aide dont vous avez besoin au quotidien, la fréquence de vos mauvais jours, ce que le traitement vous impose. Un nouveau certificat de votre médecin qui corrige ce point précis vaut mieux qu'une longue lettre. Faites-vous aider par une association pour l'écrire.