L'HTA est le premier facteur de risque cardiovasculaire évitable — et l'un des plus simples à mal diagnostiquer. Un chiffre de cabinet ne fait pas une HTA, et « être à l'objectif » ne veut pas dire la même chose des deux côtés du Rhin. Chaque chiffre est rattaché à sa source primaire.
Porter l'étiquette « hypertendu » engage un traitement souvent à vie. Avant de la coller, deux exigences que tout le monde partage — HAS, ESC, ESH.
Une mauvaise mesure vaut moins que pas de mesure : elle fabrique de faux hypertendus et de fausses sécurités.
La MAPA (mesure ambulatoire sur 24 h) reste utile en cas de variabilité, de suspicion d'absence de baisse nocturne (non-dipping) ou de dysautonomie, et donne seule la PA nocturne3.
Normalement, la PA baisse de 10–20 % la nuit (« dipper »). On distingue le non-dipper (baisse < 10 %), l'extreme dipper (> 20 %) et le riser / dipper inversé (PA nocturne > diurne).
En pratique : ne pas prescrire le soir « pour protéger le cœur ». Le moment de prise se choisit sur la tolérance et surtout l'observance — un diurétique se prend plutôt le matin, pour éviter la nycturie.
Les seuils dépendent de la méthode de mesure — et la façon de classer diverge entre la France, l'ESH 2023 et l'ESC 2024 (qui a créé une catégorie « PA élevée »). Réglez la PA et la méthode.
L'HTA est la maladie chronique la plus fréquente — et la moitié de ceux qui l'ont l'ignorent ou ne sont pas contrôlés.
La PA n'est qu'un facteur de risque parmi d'autres. La décision de traiter (et l'intensité) dépend du risque cardiovasculaire global à 10 ans. SCORE2 (40–69 ans) et son extension SCORE2-OP (≥ 70 ans) l'estiment chez l'adulte sans maladie CV ni diabète1112.
Le lien PA–risque est continu et le bénéfice du traitement, proportionnel à la baisse obtenue — quel que soit le point de départ.
Devant une HTA confirmée : chercher le retentissement, les autres facteurs de risque, et les rares causes curables.
Ionogramme sanguin (sodium, potassium) Créatininémie avec estimation du DFG (CKD-EPI) Glycémie à jeun Bilan lipidique : cholestérol total, HDL, LDL, triglycérides Rapport albuminurie / créatininurie sur échantillon ECG de repos 12 dérivations [selon contexte : NFS (anémie/polyglobulie) · uricémie (uniquement si goutte ou antécédent) · TSH (signes de dysthyroïdie)]
Pour les ordonnances de biologie en médecine générale (justifications, conditions de prélèvement), voir aussi BioMG.fr — biomg.fr.
Le bilan étiologique peut être réalisé en ville, avant l'avis spécialisé. Indications retenues : HTA de stade 2 (160/100–180/110) avant 40 ans ; suspicion d'HTA secondaire ; HTA résistante (trithérapie dont un diurétique) ; HTA s'aggravant brutalement ; HTA grade 3 (> 180/110) ; ou anomalies au bilan initial.
Kaliémie (prélèvement sans garrot prolongé) Rapport aldostérone / rénine (ARR) : aldostérone plasmatique + rénine Métanéphrines et normétanéphrines libres urinaires des 24 h Cortisol libre urinaire des 24 h [± test de freinage minute à la dexaméthasone 1 mg si suspicion de Cushing] TSH Imagerie : écho-Doppler des artères rénales Si SAHOS suspecté : polygraphie ventilatoire
Un rapport aldostérone/rénine élevé impose une confirmation spécialisée (test de charge) avant tout traitement. Cadre d'interprétation : Endocrine Society16. Aide aux ordonnances de biologie : BioMG.fr.
Premières prescrites, souvent sous-dosées dans le discours. Voici leur effet chiffré sur la PA systolique chez l'hypertendu — comparable à un demi-comprimé d'antihypertenseur pour les plus efficaces.
| Mesure | Effet PAS | Source |
|---|---|---|
| Régime DASH (riche en fruits/légumes/laitages allégés) | −11 mmHg | Appel 199717 |
| DASH + réduction du sel (effet maximal) | −11,5 mmHg | Sacks 200118 |
| Réduction du sel (~4–5 g/j en moins) | −5,4 mmHg | He 201319 |
| Réduction de l'alcool (gros consommateurs, −50 %) | −5,5 mmHg | Roerecke 201720 |
| Apport accru en potassium (fruits/légumes) | −3,5 mmHg | Aburto 201321 |
| Activité physique aérobie régulière | −3,5 mmHg | Cornelissen 201322 |
| Perte de poids | ≈ −1 mmHg/kg | Neter 200323 |
C'est ici que la France et l'Europe divergent le plus. Réglez le profil : l'outil affiche côte à côte la cible HAS/SFHTA et la cible ESC 2024, avec le niveau de preuve.
À baisse de PA égale, les grandes classes protègent à peu près autant33 : on raisonne en nombre de molécules et en observance, plus qu'en « la bonne molécule ».
| Comorbidité associée | Choisir… | Pourquoi (et portée) |
|---|---|---|
| Migraine (prophylaxie) | candésartan ; ou un bêtabloquant (propranolol, métoprolol) | Candésartan = seul ARA2 avec un essai prophylactique positif (propre à la molécule, pas un effet de classe)42 ; les β-bloquants sont un traitement de fond validé de la migraine43. |
| Goutte / hyperuricémie | losartan | Effet uricosurique (inhibition d'URAT1) qui abaisse l'uricémie — propre au losartan, absent des autres ARA244. À l'inverse, les thiazidiques l'augmentent. |
| Tremblement essentiel ; anxiété de performance | propranolol (β-bloquant non sélectif) | Réduit l'amplitude du tremblement (effet β2 périphérique) — préférer un non-sélectif45. |
| Algie vasculaire de la face ; contrôle de fréquence en FA | vérapamil | Vérapamil = traitement de fond de 1ʳᵉ intention de l'AVF46 ; vérapamil/diltiazem ralentissent la conduction nodale en FA (CI si FEVG altérée). |
| Lithiase calcique récidivante / hypercalciurie | thiazidique (chlortalidone, indapamide) | Réduit la calciurie → moins de récidives de calculs calciques (effet de classe)47. Revers : ils majorent l'uricémie (éviter si goutte). |
| SOPK (hirsutisme, acné) ; insuffisance cardiaque | spironolactone | Anti-androgène (hors AMM pour l'hirsutisme en France)48 ; antialdostérone à bénéfice de survie dans l'IC à FEVG réduite. |
| Hypertrophie prostatique (signes urinaires) | alpha-1-bloquant (doxazosine, urapidil) | Relâche le muscle lisse prostato-urétral (effet de classe des α-bloquants) — utile en add-on, jamais en 1ʳᵉ intention de l'HTA. |
Doses indicatives en HTA, prise unique sauf mention ; à confirmer au RCP/Vidal et à réduire selon le terrain (âge, IRC).
HTA résistante = PA non contrôlée malgré 3 classes bien dosées dont un diurétique, après avoir vérifié l'observance et confirmé par mesure hors cabinet.
Sept croyances tenaces, et ce que dit la preuve.
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Pour le lecteur curieux : comment on a appris à mesurer puis à traiter la pression, et pourquoi notre espèce y est vulnérable.
Mesurer la pression sans ouvrir l'artère est une idée récente : Scipione Riva-Rocci invente le brassard à mercure en 1896 ; Nikolaï Korotkoff y ajoute en 1905 les bruits auscultatoires qui donnent la systolique et la diastolique53. Mais pendant un demi-siècle encore, on crut l'HTA « essentielle » utile — une pression nécessaire pour perfuser des organes vieillissants.
L'hypothèse du sel. Dès les années 1970, Lewis Dahl relie consommation de sel et hypertension58 ; l'étude internationale INTERSALT (1988, 52 populations) confirme l'association entre sodium urinaire et pression, et le rôle protecteur du potassium59. Aux deux extrêmes : les Yanomami d'Amazonie, qui ne salent rien, n'ont quasiment pas d'HTA ni d'élévation tensionnelle avec l'âge.
Le cadre « mismatch » évolutif. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient sur un régime pauvre en sodium et riche en potassium (rapport Na/K ≈ 0,07). Dans cet environnement, un rein économe en sel et des mécanismes qui retiennent le sodium étaient un avantage de survie. L'alimentation moderne a inversé le rapport Na/K : le même équipement physiologique, désormais inadapté, se traduit par la sensibilité au sel et l'HTA60.