90 % des céphalées vues en ville sont primaires (migraine, tension, algie vasculaire) — bénignes mais invalidantes. L'enjeu : repérer les 10 % de céphalées secondaires graves avec un réflexe simple (le coup de tonnerre, les drapeaux SNNOOP10), puis traiter efficacement les primaires. Chaque chiffre est rattaché à sa source primaire.
Quel que soit le tableau, un seul de ces signes fait reconsidérer une céphalée secondaire et déclenche, selon le cas, imagerie ± biologie ± ponction lombaire1.
| SNNOOP10 | Signe | Évoque |
|---|---|---|
| S | Symptômes systémiques (fièvre, amaigrissement, sueurs) | méningite/encéphalite, Horton, vascularite, néoplasie |
| N · N | Néoplasie / VIH / immunodépression · déficit neurologique, confusion, crise | métastase, lymphome, infection opportuniste ; AVC, tumeur, abcès, encéphalite |
| O · O | Onset brutal (coup de tonnerre) · début après 50 ans (Older) | HSA, TVC, dissection, SVCR ; Horton, tumeur, hématome sous-dural |
| P10 | Pattern (profil qui change/progresse) · Positionnelle · Précipitée par Valsalva · Papilloedème · Progressive · Pregnancy/post-partum · œil painful · Post-traumatique · abus d'antalgiques · Immunodépression | HTIC, lésion expansive, hypotension du LCR, TVC, pré-éclampsie, glaucome aigu/AVF, hématome, abus médicamenteux |
Principe : une céphalée primaire isolée, examen neurologique normal, sans drapeau rouge, n'impose pas d'imagerie4.
Trois tableaux à distinguer sur la durée, la localisation, les signes associés et le comportement5.
| Migraine | Tension | Algie vasculaire (AVF) | |
|---|---|---|---|
| Durée | 4–72 h | 30 min – 7 j | 15–180 min |
| Siège | unilatérale (bascule possible), pulsatile | bilatérale, pression/serrement | strictement unilatérale, péri-/rétro-orbitaire, térébrante |
| Intensité | modérée à sévère, ↑ à l'effort | légère à modérée | sévère à atroce |
| Signes associés | nausées/vomissements et/ou photo- + phonophobie | aucun (au plus photo- ou phonophobie) | signes autonomes homolatéraux : larmoiement, œil rouge, rhinorrhée, ptosis/myosis |
| Comportement | alité, immobile, fuit la lumière | poursuit ses activités | agité, déambule ; salves à périodicité circadienne (réveille la nuit) |
Toute céphalée récente après 50 ans doit faire évoquer une ACG : c'est une urgence, le risque étant la cécité définitive6.
Cause majeure de céphalée chronique quotidienne, sous-diagnostiquée : le traitement de crise pris trop souvent entretient la céphalée8.
Prendre tôt, à dose adéquate ; évaluer la réponse sur 2–3 crises. Posologies adulte, à confirmer au RCP9.
Indication : crises fréquentes/invalidantes (en pratique ≥ 6–8 jours de céphalée/mois, ou retentissement, ou abus médicamenteux). Objectif : réduire la fréquence ≥ 50 %. Titration lente, essai ≥ 2–3 mois à dose efficace9.
Crises atroces, strictement unilatérales, en salves, avec signes autonomes — le patient est agité. Le traitement de crise doit être rapide14.
Cinq croyances tenaces, et ce que dit la preuve.
Le bouton ci-dessous n'imprime que cette fiche.
Pour le lecteur curieux : un mal universel, et comment on est passé de l'ergot de seigle aux anticorps.
La céphalée est l'un des motifs les plus fréquents au monde : prévalence active (sur 1 an) estimée à ~52 % toutes formes confondues, dont migraine ~14 % et céphalée de tension ~26 %16. La migraine est l'une des toutes premières causes mondiales d'années vécues avec incapacité, surtout chez la femme jeune17 ; elle est 2–3× plus fréquente chez la femme (l'AVF, à l'inverse, chez l'homme). En France, ~17–21 % des adultes seraient migraineux, avec un sous-diagnostic notable18.
Le mot « migraine » vient du grec hemikrania (Galien, IIᵉ s.) → hemigranea → migraigne ; la latéralité et les troubles visuels sont décrits dès l'Antiquité (Arétée de Cappadoce). Côté traitements, l'ergot de seigle (Claviceps purpurea, responsable du « feu de Saint-Antoine ») a livré l'ergotamine, vasoconstricteur longtemps central. La compréhension de la sérotonine a conduit, en 1991, au premier triptan (sumatriptan), agoniste 5-HT₁B/₁D10 ; puis, dans les années 2010–2020, à la voie CGRP — première classe spécifiquement conçue pour la migraine13.