Un cancer sur vingt à un sur douze a une cause professionnelle — mais l'immense majorité n'est jamais déclarée. Le déclic se joue au cabinet : reconstituer le parcours de travail, reconnaître l'exposition derrière un métier, et rédiger le certificat qui ouvre des droits.
Une question simple à poser devant tout cancer — parce que la reconnaissance ouvre des droits, et parce que personne d'autre ne la posera à la place du médecin.
On estime que 4 à 8,5 % des cancers sont d'origine professionnelle en France, soit de l'ordre de 15 000 à 33 000 nouveaux cas par an.1 Or à peine ~1 800 cancers sont reconnus chaque année en maladie professionnelle, dont plus de 85 % liés à l'amiante.2 L'écart — une sous-déclaration massive — tient à la longue latence (20 à 50 ans), à l'exposition oubliée ou méconnue du patient, à la méconnaissance de la procédure… et, souvent, au fait que l'origine professionnelle n'est pas évoquée en consultation.3
Un générateur dans tous les sens : partez d'un cancer, d'un métier ou d'une exposition — ou saisissez votre parcours (plusieurs métiers) et votre cancer pour savoir si une maladie professionnelle est possible et pré-rédiger le certificat.
Fondé sur la base des tableaux de maladies professionnelles de l'INRS.4 « RG » = régime général ; « RA » = régime agricole. Le délai indiqué est le délai de prise en charge (temps maximal entre la fin de l'exposition et la constatation de la maladie).
Comprendre la mécanique évite de renoncer à tort (« le délai est dépassé », « ce n'est pas dans un tableau »).
Un cancer est reconnu automatiquement d'origine professionnelle, sans avoir à prouver le lien, si les trois conditions d'un tableau sont réunies.5 C'est la présomption d'origine : c'est à la caisse de prouver une autre cause, pas au patient de prouver le lien.
La liste des travaux peut être limitative (seuls ces travaux ouvrent droit) ou indicative (exemples non exhaustifs) — à vérifier tableau par tableau.
Quand la présomption ne joue pas, le dossier passe devant le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui recherche un lien direct.5 C'est la caisse (CPAM/MSA) qui saisit le CRRMP ; son avis motivé s'impose à elle.
Les principaux cancers reconnus, avec le n° de tableau, le délai de prise en charge et la durée d'exposition exigée. Sauf mention, régime général (RG).
| Cancer | Agent / exposition | Tableau | Délai | Durée expo. |
|---|---|---|---|---|
| Poumon (bronchopulmonaire) | Amiante | RG 30 bis / RA 47 bis | 40 ans | selon critères |
| Chrome (chromates) | RG 10 ter | 30 ans | 5 ans | |
| Nickel | RG 37 ter | 40 ans | — | |
| Arsenic | RG 20 bis / 20 ter | 40 ans | — / 10 ans | |
| Goudrons, HAP (houille) | RG 16 bis | 30 ans | 10 ans | |
| Rayonnements ionisants | RG 6 | 30 ans | — | |
| Cadmium | RG 61 bis | 40 ans | 10 ans | |
| Cobalt (carbure de tungstène) | RG 70 ter | 35 ans | 5 ans | |
| Oxyde de fer (mines de fer) | RG 44 bis | 40 ans | 10 ans | |
| Silice (mineur silicotique) | RG 25 | voir tableau | — | |
| Plèvre / péritoine (mésothéliome) | Amiante | RG 30 / RA 47 | 40 ans | — |
| Fosses nasales, ethmoïde, sinus | Poussières de bois | RG 47 B / RA 36 bis | 40 ans | 5 ans |
| Nickel | RG 37 ter | 40 ans | — | |
| Chrome (cavités nasales) | RG 10 ter | 30 ans | 10 ans | |
| Nasopharynx | Formaldéhyde | RG 43 bis | 40 ans | 5 ans |
| Larynx | Amiante | RG 30 ter | 35 ans | 5 ans |
| Ovaire | Amiante | RG 30 ter | 35 ans | 5 ans |
| Vessie / voies urinaires | Amines aromatiques | RG 15 ter | 30 ans | 5 ans |
| Goudrons, HAP (houille) | RG 16 bis | 30 ans | 10 ans | |
| Rein | Trichloréthylène | RG 101 | 40 ans | 10 ans |
| Prostate | Pesticides | RA 61 | 40 ans | 10 ans |
| Foie (angiosarcome) | Chlorure de vinyle | RG 52 | 30 ans | 6 mois |
| Arsenic | RG 20 | 40 ans | — | |
| Peau (épithélioma, Bowen) | Arsenic | RG 20 | 40 ans | — |
| Goudrons, HAP (houille) | RG 16 bis | 20 ans | 10 ans | |
| Sang (leucémie, SMD, SMP) | Benzène | RG 4 | 20 ans · 3 ans (SMD) | 6 mois |
| Rayonnements ionisants | RG 6 | 30 ans | — | |
| Ganglions / moelle (LNH, LLC, myélome) | Pesticides | RA 59 | 30 ans | 10 ans |
| Os (sarcome) | Rayonnements ionisants | RG 6 | 50 ans | — |
Sources : base des tableaux INRS4 ; évolutions récentes — trichloréthylène → rein (tableau 101, décret 2021-636)6, pesticides → prostate (RA 61, décret 2021-1724)7, amiante → larynx & ovaire (tableau 30 ter, décret 2023-947)8, HAP de la houille (RG 16 bis, délais par localisation)9, benzène (RG 4 : leucémies aiguës & syndromes myéloprolifératifs à 20 ans, myélodysplasies à 3 ans)10, silice (classée cancérogène certain ; cancer du poumon reconnu seulement chez le mineur silicotique, tableau 25)11. Le béryllium n'a pas de tableau « cancer » → voie CRRMP. Vérifiez toujours l'intitulé et les délais exacts sur le tableau à jour.
Le patient dit rarement « j'ai été exposé aux amines aromatiques ». Il dit « j'étais coiffeur », « je faisais les routes ». À nous de traduire.2
| Métier (mots du patient) | Exposition cancérogène | Cancer(s) à évoquer |
|---|---|---|
| Menuisier, ébéniste, charpentier, parqueteur | Poussières de bois | Ethmoïde / sinus |
| Couvreur, étancheur, ouvrier routier (enrobés), ramoneur, cokerie | Goudrons, bitumes, suies, HAP | Peau, poumon, vessie |
| Plombier, chauffagiste, électricien, plaquiste, calorifugeur, BTP, chantiers navals, désamiantage | Amiante | Mésothéliome, poumon, larynx, ovaire |
| Garagiste, mécanicien (freins/embrayages anciens) | Amiante (garnitures) + solvants | Idem amiante |
| Soudeur, chromage, nickelage, tannerie | Chrome, nickel, fumées métalliques | Poumon, sinus |
| Coiffeur | Amines aromatiques (teintures) | Vessie |
| Travailleur du caoutchouc, imprimeur, colorants | Amines aromatiques, benzène | Vessie, hémopathies |
| Agriculteur, viticulteur, applicateur phyto, espaces verts | Pesticides ; arsenic (vigne, historique) | Prostate, lymphome/myélome ; peau, poumon |
| Anatomopathologie, thanatopraxie, laboratoire | Formaldéhyde | Nasopharynx |
| Radiologie, médecine nucléaire, industrie nucléaire | Rayonnements ionisants | Leucémies, poumon, os |
| Plasturgie / PVC (polymérisation) | Chlorure de vinyle | Angiosarcome du foie |
| Mineur (charbon, fer), tailleur de pierre, fonderie | Silice, oxyde de fer, radon | Poumon (cadres particuliers) |
| Dégraissage de pièces, solvants (avant ~1995) | Trichloréthylène | Rein |
Devant ces diagnostics, poser systématiquement la question de l'exposition et proposer un certificat — l'origine professionnelle y est la règle.2
Le rôle du médecin se résume à trois gestes — le reste appartient au patient et à sa caisse.
Un mémo simple, en langage courant — imprimable pour le patient.
Votre maladie et votre ancien travail — ce qu'il faut savoir. Prenez votre temps pour lire ceci et parlez-en à votre médecin : il n'y a rien de compliqué à faire tout de suite, et vous serez accompagné.
Votre maladie peut être liée à un travail passé. Si c'est le cas, elle peut être reconnue comme « maladie professionnelle » : vos soins peuvent être remboursés à 100 %, et selon votre état vous pouvez recevoir une rente (versée régulièrement) ou un capital (une somme d'argent). Pour l'amiante, un fonds spécial (le FIVA) indemnise aussi.
C'est gratuit, et ce n'est pas une plainte. La démarche ne vous coûte rien. Vous n'attaquez pas votre ancien employeur : vous faites seulement reconnaître que votre maladie vient de votre travail.
Même si c'était il y a longtemps — et même en cas de décès. Ces maladies apparaissent souvent 30 ou 40 ans après : il n'est pas trop tard. Et si la personne décède, son conjoint ou ses enfants (les « proches ayants droit ») peuvent recevoir une indemnité : cela vaut donc le coup, aussi pour eux.
Ce que vous pouvez préparer : la liste de vos métiers et employeurs, les produits côtoyés — même sans en connaître le nom : dites-le avec vos mots (poussières, fumées, colles, peintures, solvants, « ça sentait fort »), et les années. Vos bulletins de salaire et votre relevé de carrière (info-retraite.fr) aident à dater ; c'est le médecin qui « traduit » en exposition.
Comment faire, en 3 étapes : 1) votre médecin (n'importe lequel) rédige un certificat ; 2) vous demandez le formulaire de déclaration de maladie professionnelle (sur ameli.fr, ou msa.fr si vous avez travaillé dans l'agriculture) ; 3) vous l'envoyez à votre caisse avec le certificat. Gardez une copie de tout.
Vous n'êtes pas seul pour les papiers. Peuvent vous aider gratuitement : votre médecin, une assistante sociale (hôpital, mairie/CCAS), une association de patients (France Assos Santé — Santé Info Droits 01 53 62 40 30), et pour l'amiante l'ANDEVA. Vous pouvez venir accompagné d'un proche.