Une journée de classe, de 8h20 à 16h30, racontée par la courbe du CO₂ : ce que respirent vingt-cinq élèves, ce que dit la loi, et ce qu'on peut changer dès demain matin.
Un enfant de huit ans ne choisit ni son école, ni sa classe, ni l'air qu'on y trouve. Il le respire pourtant bien plus qu'il ne boit ou ne mange : environ 12 000 litres par jour, et, sur une journée de classe, de 1 700 litres s'il reste assis à 4 000 s'il bouge un peu1. Rapporté à son poids, c'est une fois et demie ce que respire un adulte. On exige de l'eau du robinet qu'elle soit potable ; de l'air, on demande beaucoup moins. Suivons donc une journée ordinaire dans une classe qui n'existe pas mais qui ressemble à beaucoup d'autres : vingt-cinq élèves, une enseignante, 180 mètres cubes, deux fenêtres, et une courbe calculée heure par heure à partir de mesures publiées.
D'où ça vient
Combien d'air respire un enfant ?
Les débits viennent du manuel d'exposition de l'agence américaine de l'environnement, qui compile les mesures publiées : 12,0 m³ par jour en moyenne entre 6 et 11 ans ; 4,8 litres par minute assis, 11 litres par minute en activité légère1. Sur six heures de classe : 4,8 × 360 = 1 728 litres assis, 11 × 360 = 3 960 litres en bougeant un peu. Le « 6 000 litres par jour » qui circule correspond à un enfant qui dormirait vingt-quatre heures sur vingt-quatre (4,5 litres par minute × 1 440 minutes = 6 480 litres).
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Un enfant assis produit environ 0,0036 litre de CO₂ par seconde2 et respire 0,08 litre d'air par seconde (4,8 ÷ 60). Quelle part de CO₂ ajoute-t-il à l'air qu'il expire ?
Réponse : 0,0036 ÷ 0,08 = 4,5 %, l'ordre de grandeur de l'air expiré. Deux sources indépendantes se tiennent.
Point de rupture. Ce sont des moyennes américaines ; un enfant qui bouge respire plus du double (11 litres par minute en activité légère, contre 4,8 assis). Pour la classe, c'est le chiffre « assis » qui compte.
8h20
La porte se ferme
À 8h20, la porte se ferme sur vingt-six personnes. Chacune rejette du dioxyde de carbone à chaque expiration, un peu moins de 4 millilitres par seconde pour un enfant assis et attentif, un peu plus pour l'adulte qui circule entre les tables2. Pris un par un, c'est dérisoire ; mis ensemble, cela fait près d'un dixième de litre par seconde, et une question très simple : où va-t-il ? On compte le CO₂ en parties par million, ou : dehors, l'air en contient environ 425 molécules pour un million3. Dans une salle que rien ne renouvellerait, on en ajouterait près de 1 900 par heure. Une classe n'est heureusement jamais hermétique : la porte s'entrouvre, un enfant sort, une fenêtre reste entrebâillée, et dans les classes françaises sans tout cela renouvelle l'air environ 1,2 fois par heure4. La courbe qui se dessine ici part de ces chiffres. Comparée aux mesures d'une enquête nationale, elle retrouve la moyenne observée et reste en dessous des pics réels5 ; si elle se trompe, c'est par optimisme.
D'où ça vient
D'où vient le CO₂ d'une classe ?
Le CO₂ produit dépend du métabolisme de base (fonction de l'âge, du sexe et du poids) et de l'activité, exprimée en « » (1 met = assis au repos)2. Pour un enfant de 6 à 11 ans à 1,4 met, cela donne 0,0032 à 0,0035 litre par seconde à 0 °C, un peu plus de 0,0036 à 20 °C ; pour l'enseignante à 1,6 met, environ 0,005. Le simulateur fait ensuite un bilan : ce qui entre (le CO₂ des occupants et celui de l'air neuf) moins ce qui sort (l'air renouvelé emporte le CO₂ de la salle).
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25 élèves × 0,0036 + 0,005 ≈ 0,095 litre de CO₂ par seconde, soit 342 litres par heure. Dans 180 000 litres d'air que rien ne renouvelle, de combien monte le CO₂ en une heure ?
Réponse : 342 ÷ 180 000 = 0,0019, soit près de 1 900 ppm (1 ppm = un millionième). Le récit arrondit à 1 800 en ne comptant que les élèves.
Point de rupture. Le simulateur suppose l'air parfaitement mélangé : même concentration partout dans la salle. Près des élèves, dans une salle mal brassée, elle est plus haute. Le simulateur est donc prudent : comparé à des mesures réelles, il retrouve la moyenne et sous-estime les pics4,5.
9h15
Ce que dit le CO₂, et ce qu'il tait
Vers 8h30, notre classe dépasse 800 ppm, le seuil sous lequel la réglementation juge le renouvellement de l'air « satisfaisant »6. Vers 9h15, elle franchit 1 500 ppm, le niveau à partir duquel le même texte demande d'agir « dans les plus brefs délais ». Personne ne s'en aperçoit, car le CO₂ n'a ni odeur ni couleur, et à ces doses il n'empoisonne personne. On aurait tort d'en conclure qu'il ne dit rien. Tout ce CO₂ ajouté sort de poumons voisins : il mesure la part de l'air de la classe qui a déjà été respirée, et avec elle ce qui voyage dans l'haleine, virus compris. Il ne voit pas tout pour autant. Le formaldéhyde des meubles et des colles, les particules venues de la rue échappent au capteur, et un purificateur d'air qui retient les virus ne fait pas bouger le CO₂ d'un seul ppm. Le CO₂ reste pourtant le meilleur témoin dont on dispose, bon marché, facile à lire, et il a vu toute la matinée.
D'où ça vient
Ce que mesure un capteur
Un capteur de CO₂ « » envoie une lumière infrarouge à travers un peu d'air : le CO₂ en absorbe une longueur d'onde précise, et le capteur mesure ce qui manque. C'est le type d'appareil qu'exige l'arrêté, avec une plage de 0 à 5 000 ppm et une précision de ± (50 ppm + 5 %)6. Les repères du texte : sous 800 ppm, renouvellement « satisfaisant » ; au-delà, le dépassement « implique des actions » ; au-delà de 1 500 ppm, actions « dans les plus brefs délais ». Aucun des deux n'est une valeur limite. Ce que le CO₂ ne voit pas : les polluants émis par le bâtiment et le mobilier, comme le formaldéhyde, ou venus du dehors ; et l'effet d'un purificateur d'air, qui filtre les particules mais laisse le CO₂ intact.
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Dehors : 425 ppm. Dans une classe à 1 500 ppm, combien de CO₂ a été ajouté par les occupants ?
Réponse : 1 500 − 425 = 1 075 ppm, soit un peu plus d'un litre de CO₂ par mètre cube.
Point de rupture. Un capteur mal placé (près d'une fenêtre ouverte, contre un élève, au soleil) ou jamais recalibré ment. L'arrêté impose une mesure d'au moins deux heures, entre 1 et 2 mètres de hauteur.
10h15
La récré, fenêtres grandes ouvertes
À 10h15, la sonnerie vide la classe et l'enseignante ouvre grand les fenêtres et la porte. Selon le vent et le froid, une salle ainsi ouverte renouvelle son air de quelques fois à plusieurs dizaines de fois par heure7 ; en quinze minutes, le compteur retombe vers 650 ppm. Puis les élèves rentrent, on referme parce qu'il fait froid, et l'histoire recommence : 800 ppm sept minutes après la reprise, 1 500 moins d'une heure plus tard. La récréation ramène l'air presque au niveau du dehors, pour une heure à peine. Faut-il en conclure qu'ouvrir les fenêtres ne sert à rien ? Au contraire, aérer aussi cinq minutes au début de chaque heure divise par quatre le temps passé au-dessus de 1 500 ppm, sans un euro de travaux. L'air reste alors au-dessus de 800 ppm la plupart du temps, ce qui dit la limite de l'exercice. Le simulateur ci-dessous refait la journée avec votre classe, son nombre d'élèves, son volume, sa façon d'aérer. On peut lui faire dire beaucoup de choses, sauf qu'une récréation suffit.
D'où ça vient
Combien d'air entre par une fenêtre ?
Le simulateur utilise trois valeurs mesurées. Classe occupée « fenêtres fermées », porte qui s'ouvre et fenêtre parfois entrebâillée : 1,2 renouvellement d'air par heure en moyenne dans 37 classes françaises sans ventilation mécanique, de 0,3 à 3,1 selon les classes4. Salle vide et close, la nuit : 0,16 par heure. Fenêtres et porte grandes ouvertes : de 3,7 à 39,8 renouvellements par heure selon les salles et la configuration, dans des salles de cours espagnoles7 ; le simulateur prend 8. « Un renouvellement par heure » veut dire qu'en une heure entre autant d'air neuf que la salle en contient.
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À 8 renouvellements par heure, pendant 15 minutes (un quart d'heure), combien de fois l'air de la salle a-t-il été remplacé ?
Réponse : 8 × 0,25 = 2 fois ; il reste environ e⁻² ≈ 14 % de l'excès de CO₂, d'où la chute vers 650 ppm.
Point de rupture. Le débit d'une fenêtre dépend du vent et de l'écart de température : il varie de un à dix. Mais le verdict ne dépend pas de cette valeur : avec 4 comme avec 20 renouvellements pendant la récré, la classe passe 39 à 51 % de son temps au-dessus de 1 500 ppm si l'on n'aère qu'aux récréations.
Refaites la journée avec votre classe
La courbe du récit est celle d'une classe de 25 élèves dans 180 mètres cubes, aérée en grand aux récréations et à midi. Changez la classe ou la façon d'aérer : la journée se recalcule, minute par minute. La courbe en pointillés reste celle du récit.
–ppm au plus haut
–ppm en moyenne, élèves présents
–du temps de classe au-dessus de 800
–du temps de classe au-dessus de 1 500
11h30
Une classe banale
À 11h30, notre classe imaginaire a de nouveau passé les 1 500 ppm. Est-elle exceptionnelle ? Entre 2013 et 2017, l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur a mesuré pendant une semaine deux classes dans chacune de 301 écoles tirées au sort : dans la moitié d'entre elles, le CO₂ moyen en classe dépassait 1 368 ppm5. Notre classe est donc banale. On cite souvent un autre chiffre de cette enquête, « 41 % des écoles ont au moins une classe à 1 700 ppm », qui est à la fois un peu faux et beaucoup trop sage. Un peu faux, puisqu'il vient d'un rapport d'inspection rédigé avant la fin de l'analyse et que le rapport final dit 40 %8,5. Trop sage, surtout, parce qu'il ne compte pas les écoles où l'on a touché 1 700 ppm une fois dans la semaine, mais celles dont une classe y a passé une grande partie de ses heures. Toucher 1 700 ppm au moins une fois, au moins trois écoles sur quatre l'ont fait. Et dans les seules écoles élémentaires, 55 % ont au moins une classe aussi mal aérée.
D'où ça vient
Ce que compte l'enquête nationale
L'enquête a tiré au sort 301 écoles parmi environ 67 300, puis deux classes par école, mesurées pendant une semaine5. L'indice de confinement , de 0 à 5, se calcule à partir de la part du temps de classe passée entre 1 000 et 1 700 ppm (f₁) et au-dessus de 1 700 ppm (f₂) : ICONE = 8,3 × log₁₀(1 + f₁ + 3 × f₂). Une classe « très confinée » a un indice de 4 ou 5. Résultats : 40 % des écoles ont au moins une classe très confinée ; 55 % des écoles élémentaires ; 22 % des maternelles ; 45 % en période de chauffe. Le maximum médian relevé par école est de 2 770 ppm. Le « 41 % » vient d'un rapport d'inspection établi sur un jeu de données partiel8. Depuis 2022, la version réglementaire de l'indice utilise d'autres seuils, 800 et 1 500 ppm9.
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Une classe passe tout son temps au-dessus de 1 700 ppm (f₂ = 1). Quel est son indice ?
Réponse : 8,3 × log₁₀(4) ≈ 5, le maximum.
Point de rupture. Une semaine de mesures par école, deux classes : une école peut avoir d'autres classes bien pires ou bien meilleures. Et les mesures datent de 2013-2017 ; les écoles ont pu changer depuis, dans un sens ou dans l'autre.
12h00
La cantine
À midi, la classe se vide et respire : fenêtres ouvertes une demi-heure, le compteur retombe presque au niveau du dehors. Les enfants, eux, sont partis ailleurs. Au réfectoire, on retrouve tout ce qu'une classe a de pire, en plus grand : plus de monde, plus de bruit, et, par définition, des bouches ouvertes. Or le volume de la voix compte. En parlant fort, on émet de l'ordre de cinquante particules par seconde, contre une seule en parlant doucement, et certaines personnes en émettent dix fois plus que les autres sans qu'on sache bien pourquoi10. La surveillante qui demande aux enfants de baisser d'un ton pour le confort des oreilles fait donc, sans le savoir, un peu de prévention. On ne simulera pas la cantine : faute de mesures publiées de ses volumes et de ses débits d'air, on n'aurait que des hypothèses, et une courbe tirée d'hypothèses ressemble beaucoup trop à une courbe tirée de mesures.
D'où ça vient
Pourquoi la voix compte
En parlant, on émet de fines gouttelettes, d'autant plus nombreuses que la voix est forte : de l'ordre d'une particule par seconde à voix basse, cinquante à voix forte, quelle que soit la langue ; quelques personnes, les « super-émetteurs », en émettent dix fois plus que les autres10.
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Vingt-cinq enfants qui parlent fort pendant dix minutes, à 50 particules par seconde chacun : combien de particules ?
Réponse : 25 × 50 × 600 = 750 000.
Point de rupture. Ces mesures ont été faites en laboratoire ; on ne sait pas précisément ce que devient ce facteur 50 chez des enfants dans une cantine.
14h00
La dictée
À 13h30, les élèves retrouvent une classe aérée ; vers 14h30, elle repassera les 1 500 ppm. C'est l'heure de la dictée. Que perd-on, concrètement, dans un air confiné ? En reprenant les résultats des études publiées, une analyse de 2020 estime qu'abaisser le CO₂ de 2 100 à 900 ppm rendrait les élèves 12 % plus rapides aux exercices scolaires et aux tests, pour 2 % d'erreurs en moins11. C'est la prédiction d'un modèle et non le résultat d'une expérience, et l'on ignore ce qu'elle devient sur une année entière. Les absences parlent davantage. Dans 434 classes américaines, chaque tranche de 1 000 ppm d'écart avec l'air extérieur allait de pair avec 10 à 20 % d'absences en plus12, soit, d'après notre calcul, de l'ordre d'une journée par élève et par an. Une telle association ne prouve rien à elle seule, puisque les écoles mal ventilées peuvent différer des autres de bien des façons. Mais une journée d'école manquée est aussi, souvent, une journée de travail manquée pour un parent.
D'où ça vient
Ce que disent les études, et ce qu'elles ne disent pas
Le « 12 % » est une prédiction : l'analyse de 2020 a relié, étude par étude, les performances mesurées aux concentrations de CO₂, puis en a tiré une courbe11. Ses auteurs notent que les données au-delà de 10 litres d'air neuf par seconde et par personne manquent. Les absences viennent d'une étude d'association dans 434 classes de l'État de Washington et de l'Idaho, avec une mesure ponctuelle du CO₂12 : une association ne prouve pas que le CO₂, ou la ventilation, cause les absences.
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Un taux d'absence moyen de 5 % qui augmente de 10 %, relatif, devient combien ?
Réponse : 5,5 %, soit un demi-point ; sur environ 144 jours de classe (semaine de quatre jours), 0,7 jour par élève.
Point de rupture. Si les écoles mal ventilées sont aussi les plus pauvres ou les plus vétustes, une partie de l'écart d'absences leur revient ; les auteurs le discutent sans pouvoir l'exclure.
14h30
Un enfant tousse
À 14h30, au troisième rang, un enfant tousse. Tout le monde entend la toux ; personne ne voit que la classe est à 1 500 ppm. Ce chiffre se traduit pourtant. L'air qu'expire un enfant assis contient environ 4,5 % de CO₂, contre 0,04 % dans l'air du dehors, ce qu'on déduit de ce qu'il produit et de ce qu'il respire2,1. À 1 500 ppm, soit un peu plus de 1 000 ppm au-dessus de l'air extérieur, environ 2,4 % de chaque inspiration est donc de l'air déjà passé par des poumons, ceux des voisins pour l'essentiel : de l'ordre de sept litres par heure et par enfant. Le risque d'infection dépend de ce que l'enfant enrhumé émet, et ce chiffre ne le donne pas ; il donne la quantité d'air partagé, par où passe tout ce qui se transmet dans les . Cette quantité se réduit. Dans les écoles des Marches, en Italie, pendant l'hiver 2021-2022, les classes équipées d'une ventilation mécanique ont connu au moins 74 % de contaminations au Covid en moins que les classes aérées par les fenêtres, et au moins 80 % en moins au-delà de 10 litres d'air par seconde et par élève13. L'étude est observationnelle, et les écoles équipées l'avaient demandé ; l'ordre de grandeur reste difficile à ignorer.
D'où ça vient
L'air déjà respiré
Le calcul : l'air qu'expire un enfant assis contient environ 4,5 % de CO₂ de plus que l'air qu'il inspire (voir le tiroir de l'ouverture). Si la classe est à 1 500 ppm, soit 1 075 ppm au-dessus de l'air du dehors, la part d'air expiré dans l'air de la classe vaut 1 075 ÷ 45 000 ≈ 2,4 %. Un enfant qui respire 4,8 litres par minute inhale donc 4,8 × 60 × 2,4 % ≈ 7 litres par heure d'air sorti d'autres poumons. L'étude italienne portait sur 10 441 classes de la région des Marches, de septembre 2021 à janvier 2022 ; 316 classes avaient une ventilation mécanique13.
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À 800 ppm, quelle part d'air déjà respiré ?
Réponse : (800 − 425) ÷ 45 000 ≈ 0,8 %, trois fois moins qu'à 1 500.
Point de rupture. Le calcul suppose l'air mélangé ; le voisin de l'enfant qui tousse respire plus que la moyenne. Et un purificateur d'air fausse la lecture : il retire des particules sans toucher au CO₂, si bien que le CO₂ surestime alors l'air contaminé. L'étude italienne est rétrospective : les écoles équipées étaient volontaires, et d'autres différences ont pu jouer.
15h30
Ce que dit la loi
À 15h30, il reste une heure de classe, et une question : tout cela n'est-il pas déjà réglé ? En partie, sur le papier. Depuis un décret de décembre 2022, la commune, propriétaire de l'école, doit évaluer tous les ans ses moyens d'aération et mesurer le CO₂ pendant au moins deux heures9,6. Les repères sont ceux que notre courbe a franchis avant 9h20 : au-dessus de 800 ppm, le dépassement « implique des actions » ; au-dessus de 1 500, il « conduit à engager dans les plus brefs délais des actions »6. La loi prévoit même « la mise à disposition de ses résultats auprès du public »14. Trois détails tempèrent l'enthousiasme. La mesure ne porte que sur la moitié des salles, cinq au minimum, si bien que la classe d'un enfant peut ne pas avoir été mesurée cette année9. Aucune de ces valeurs n'est une limite à ne pas dépasser. Et aucun texte n'oblige à publier les résultats en ligne. Les engagements sont pris ici et là ; reste à compter les fenêtres qu'ils auront ouvertes.
D'où ça vient
Les textes
Ce que dit le droit, mot pour mot : l'évaluation annuelle des moyens d'aération comprend une mesure du CO₂ « d'au moins deux heures » ; elle porte sur la moitié des pièces, avec un minimum de cinq9,6. La loi prévoit « la mise à disposition de ses résultats auprès du public »14. Le responsable est le propriétaire ou l'exploitant : la commune pour une école publique maternelle ou élémentaire, dont elle est propriétaire ; pour les collèges et les lycées, le département et la région, qui en ont la charge. Les résultats sont communicables à toute personne qui les demande ; la Commission d'accès aux documents administratifs l'a confirmé pour les mesures d'une école primaire15.
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Une école de huit classes : combien de salles au minimum doivent être mesurées ?
Réponse : la moitié, soit quatre, mais le minimum est de cinq : cinq.
Point de rupture. Ces textes imposent de mesurer et d'agir, pas d'atteindre un résultat : aucune valeur de CO₂ n'est contraignante. Seul le défaut de surveillance est sanctionné, par une contravention.
16h30
La classe se vide
À 16h30, la classe se vide pour de bon. Qu'aurait-il fallu pour que la courbe reste sous 800 ppm ? Le calcul est sans appel : environ 10 litres d'air neuf par seconde et par personne, soit, pour notre classe, un peu plus de 900 mètres cubes par heure, cinq fois son volume. C'est justement le débit au-delà duquel l'étude italienne observait la plus forte baisse des contaminations13. Le minimum réglementaire des classes équipées d'une ventilation mécanique est de 4,2 litres par seconde et par personne4 ; il plafonne notre classe vers 1 200 ppm. Encore faut-il une ventilation, puisque dans l'enquête nationale 71 % des écoles n'avaient aucun système5. Refaire les écoles prendra des années. En attendant, trois gestes changent la courbe dès demain. Ouvrir grand à chaque récréation, à midi et cinq minutes par heure. Poser un capteur de CO₂ dans chaque classe, parce qu'un chiffre visible fait ouvrir les fenêtres16,17. Et, là où l'aération ne suffit pas, ajouter des purificateurs à filtre , capables de retenir les particules les plus fines : ils ne feront pas baisser le CO₂, mais dans une salle d'essai, deux appareils bien dimensionnés ont réduit de près des deux tiers l'exposition aux aérosols expirés18.
D'où ça vient
Le débit qu'il faudrait
Tenir 800 ppm en permanence demande que l'air neuf dilue le CO₂ produit : 0,095 litre par seconde de CO₂ à diluer à 375 ppm au-dessus du dehors (800 − 425) exige 0,095 ÷ 0,000375 ≈ 253 litres d'air neuf par seconde, soit 9,7 litres par seconde et par personne, 910 mètres cubes par heure. Le minimum réglementaire des classes ventilées mécaniquement, 4,2 litres par seconde et par personne, soit 15 mètres cubes par heure4, plafonne la classe vers 1 200 ppm. Les purificateurs se choisissent sur leur débit d'air épuré (en anglais , en mètres cubes par heure), pas sur la promesse de l'emballage ; ceux qui ionisent ou produisent de l'ozone sont à écarter. Dans une salle d'essai, deux purificateurs HEPA bien dimensionnés ont réduit jusqu'à 65 % l'exposition aux aérosols expirés18.
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10 litres par seconde et par personne, 26 personnes : combien de mètres cubes par heure ?
Réponse : 10 × 26 × 3 600 ÷ 1 000 = 936 m³/h, cinq fois le volume de la classe chaque heure.
Point de rupture. Un purificateur n'apporte pas d'air neuf : il ne fait rien contre le CO₂ ni contre les polluants gazeux, et il n'aide que s'il tourne, donc s'il n'est pas trop bruyant pour qu'on le laisse allumé.
Après la classe
On n'accepterait pas qu'une piscine fasse nager les enfants dans une eau croupie, ni qu'une cantine leur serve une eau verdâtre en précisant que les repères sont « indicatifs ». L'air des classes a seulement le défaut d'être invisible. Il suffit d'un capteur pour le voir ; pour le changer, il faudra des fenêtres ouvertes, puis de l'air neuf.
Et maintenant ?
L'enquête est finie ; ici commence le plaidoyer. Les gestes sont rangés par délai d'effet : ce qui change l'air dès demain d'abord, ce qui prend un mois ensuite. Choisissez ce que vous êtes, ou lisez tout.
Ces champs complètent les textes ci-dessous ; rien n'est envoyé.
La lettre-type de demande des résultats (tout le monde)
Réponse attendue sous un mois
Destinataire : le maire pour une école maternelle ou élémentaire publique ; le président du conseil départemental pour un collège, régional pour un lycée. Par courriel ou lettre recommandée ; garder une copie.
Objet : Demande de communication des résultats de la surveillance de la qualité de l'air intérieur
— [école], [commune]
Madame la Maire, Monsieur le Maire,
Sur le fondement des articles L300-2 et L311-1 du code des relations entre le public et
l'administration, ainsi que des articles L124-1 et suivants du code de l'environnement relatifs au
droit d'accès aux informations relatives à l'environnement, je vous demande de bien vouloir me
communiquer, pour l'école [école], les documents suivants, établis en application des articles R221-30
et suivants du code de l'environnement :
1. les deux derniers rapports d'évaluation annuelle des moyens d'aération, y compris, pour chaque
pièce examinée, les résultats de la mesure à lecture directe du dioxyde de carbone (dépassement ou
non des seuils de 800 et 1 500 ppm) et les mesures correctives prévues ;
2. s'ils existent, les relevés de CO₂ ayant fondé ces rapports (pièce, heure, effectif), de préférence
par courriel et dans un format ouvert ;
3. le dernier autodiagnostic de la qualité de l'air intérieur ou, s'il n'est pas achevé, sa date
prévue d'achèvement ;
4. le plan d'actions et ses mises à jour ou, s'il n'est pas achevé, sa date prévue d'achèvement ;
5. le cas échéant, les rapports des campagnes de mesure de polluants réalisées dans l'école ;
6. la date et le contenu de l'information transmise au directeur de l'école (arrêté du 1er juin 2016
relatif aux modalités de surveillance de la qualité de l'air intérieur, art. 7), et les modalités
retenues pour informer les personnes qui fréquentent l'établissement (article R221-33 du code de
l'environnement).
La loi prévoit « la mise à disposition de ses résultats auprès du public » (article L221-8 du code de
l'environnement). La Commission d'accès aux documents administratifs a rendu un avis favorable à la
communication de mesures de la qualité de l'air intérieur d'une école primaire (avis n° 20223302 du
23 juin 2022).
À défaut de réponse dans le délai d'un mois prévu par l'article R311-13 du code des relations entre le
public et l'administration, cette demande sera regardée comme implicitement rejetée et je saisirai la
Commission d'accès aux documents administratifs.
Je vous prie d'agréer, Madame la Maire, Monsieur le Maire, l'expression de mes salutations
distinguées.
[signature]
École privée sous contrat : la mairie ne détient pas ses rapports ; s'adresser à l'organisme gestionnaire, et s'appuyer d'abord sur l'affichage et l'information du conseil d'école (le droit d'accès y est moins assuré, voir le dossier juridique, § 5.2).
Ce que la lettre ne demande pas, volontairement : des capteurs permanents, une mesure dans chaque classe, une valeur maximale ou une courbe qui n'auraient pas été relevées, une publication en ligne. Ces demandes relèvent du courriel au maire (ci-dessous) et du conseil d'école, pas du droit d'accès.
---
Le courriel au maire (tout le monde)
Dès aujourd'hui
Objet : L'air des classes de [commune] cet hiver
Madame la Maire, Monsieur le Maire,
[qualité] à [commune], je me permets de vous écrire au sujet de
l'air des classes. Lors de la dernière enquête nationale (Observatoire de la qualité de l'air
intérieur, mesures de 2013-2017), le CO₂ moyen en classe dépassait 1 368 ppm dans la moitié des écoles,
alors que l'arrêté du 27 décembre 2022 demande d'agir dès 800 ppm, et « dans les plus brefs délais »
au-delà de 1 500.
Trois mesures rapides et peu coûteuses changeraient les choses dès cet hiver :
- un capteur de CO₂ visible dans chaque classe : les classes équipées aèrent davantage ;
- un protocole d'aération commun à toutes les écoles de la commune ;
- des purificateurs d'air à filtre HEPA dans les salles qui restent au-dessus de 1 500 ppm malgré
l'aération, en attendant les travaux de ventilation.
Je serais heureux de savoir ce que la commune prévoit, et si les résultats de l'évaluation annuelle
de la qualité de l'air de nos écoles pourraient être rendus publics.
Avec mes remerciements,
[signature]
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Soutenir l'appel
Cet hiver, ouvrons les classes à l'air
Chaque jour de classe, un enfant de six à onze ans respire près de 2 000 litres d'air. Lors de la dernière enquête nationale, dans la moitié des écoles, cet air contenait en moyenne plus de 1 368 ppm de CO₂, le signe qu'il était mal renouvelé. La réglementation demande d'agir dès 800 ppm, et « dans les plus brefs délais » au-delà de 1 500. Les études associent un air mal renouvelé à davantage d'absences et à des exercices plus lents, et ont observé, pendant l'épidémie de Covid, moins de contaminations dans les classes bien ventilées.
Il n'est pas nécessaire d'attendre des travaux pour commencer. Nous demandons aux maires, aux présidents de département et de région, chacun pour les établissements dont il a la charge, de prendre dès cet hiver quatre mesures simples :
un capteur de CO₂ visible dans chaque salle de classe, parce qu'un chiffre affiché fait ouvrir les fenêtres ;
un protocole d'aération connu de tous : grandes ouvertures à chaque récréation et à midi, et dès que le capteur dépasse 800 ppm ;
des purificateurs d'air à filtre HEPA dans les salles qui restent au-dessus de 1 500 ppm malgré l'aération ;
la publication des résultats de l'évaluation annuelle des moyens d'aération, que la loi prévoit déjà de mettre à la disposition du public.
Ces mesures ne remplacent pas une ventilation dimensionnée, réglée sur 30 m³ d'air neuf par heure et par occupant comme le recommande le guide du bâti scolaire de l'Éducation nationale : elles permettent de ne pas passer un hiver de plus à l'attendre.
On n'accepterait pas que les enfants nagent dans une eau croupie. Ne les laissons pas respirer un air dont personne ne regarde la qualité.
Un clic, anonyme : rien n'est enregistré sur vous, seulement un nombre. Pour aller plus loin, écrivez à l'élu de votre établissement : le courriel est déjà rédigé.
Canha N, Mandin C, Ramalho O, et al. Assessment of ventilation and indoor air pollutants in nursery and elementary schools in France. Indoor Air. 2016;26(3):350-365. doi:10.1111/ina.12222. PMID 25955661.
Arrêté du 27 décembre 2022 fixant les conditions de réalisation de la mesure à lecture directe de la concentration en dioxyde de carbone dans l'air intérieur au titre de l'évaluation annuelle des moyens d'aération (NOR SPRP2231361A), art. 3 et 4.
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