Covid-19 : Une étude américaine menée sur plus de 500 000 parents confirme que l’école est un lieu de contamination important. Mais des solutions existent pour en réduire drastiquement le risque | Atlantico.fr

Des écoliers patientent avant un test salivaire pour la Covid-19 dans une école primaire à la périphérie de Bordeaux.

© Philippe LOPEZ / AFP

Briser les chaînes de contaminations

Covid-19 : Une étude américaine menée sur plus de 500 000 parents confirme que l’école est un lieu de contamination important. Mais des solutions existent pour en réduire drastiquement le risque

Des chercheurs de l’Université Johns-Hopkins ont conclu dans une nouvelle étude que les écoles sont un lieu de contamination important. Quels sont les principaux enseignements de cette étude et les pistes pour limiter les contaminations à la Covid-19 dans l’environnement scolaire ?

Atlantico : Dans une étude sur le risque de la Covid-19 à la maison suite à la scolarisation des enfants, des chercheurs de l’Université Johns-Hopkins ont conclu que les écoles sont un vecteur de contamination important. Ils ont analysé les symptômes de 576 000 parents d’élèves américains pendant la deuxième vague et ont pu observer les différentes risques de la scolarisation dans l’état actuel des établissements. De quels risques parle-t-on ?

Michaël Rochoy : La comparaison dans cette étude s’est faite entre des parents qui ont des enfants scolarisés et ceux qui n’en ont pas. Ils ont recueilli plus de 2,1 millions de réponses sur 50 États des USA qui leur ont permis de comparer les mesures qui ont été prises dans les établissements et d’étudier la propagation de la Covid-19. D’autres critères ont été pris en considération comme l’âge des parents, le milieu de vie, le travail et le nombre de personnes présentes dans le foyer.

Il s’agit d’une étude par questionnaire donc bien sûr il y a des risques de biais (se rappeler notamment les mesures mises en place et à quelle date). Dans cette étude par questionnaire donc, le fait d’avoir un enfant scolarisé à l’école à temps plein est associé à un sur-risque de contamination à la Covid-19 de l’ordre de 40 %. Ce n’est pas étonnant : l’école est un lieu où les enfants sont en grand nombre et sont brassés entre les familles de la même manière que peuvent l’être les entreprises.

Dans cette enquête, une éclaircie est à signaler, on analyse les mesures qui ont eu un impact positif. Quelles sont-elles ?

Oui, par exemple l’instruction à l’extérieur amène une diminution de risques de tests positifs de l’ordre de 12 % ; ce n’est évidemment pas souvent possible, variable selon le climat et les activités… Une autre mesure efficace est la présence des mêmes étudiants en classe. La création de bulles où les étudiants ne sont pas brassés est importante : lorsque l’on favorise les demi-groupes avec des classes de latin, de grec, d’allemand, etc. on amène plus de contaminations.

D’autres mesures sont aussi utiles comme le fait d’éviter le prêt des objets à son effet ou de ne pas faire venir son enfant fébrile au sein de l’école. L’arrêt des activités périscolaires (potentiellement sans masques dans des lieux clos à risque, comme le sport ou la musique) est aussi une mesure efficace.

A l’inverse certaines mesures sont sans effet, comme la fermeture des cafétérias. Ce n’est pas étonnant : fermer c’est déplacer le problème, en particulier sur les campus américains… Il ne faut pas les fermer, mais réorganiser pour éviter le brassage dans un même lieu clos (augmenter le nombre de services, manger en classe en plusieurs temps plutôt que mélanger les classes, aérer, etc.) : on rejoint la mesure des bulles décrites plus haut et ne pas mélanger soudainement toutes les classes le midi sans masque, ce qui est un non-sens.

Est-ce la première étude à confirmer ces données sur la contamination dans les écoles ?

Ces résultats confirment ceux d’autres, comme celle de Pasteur sortie il y a quelques mois. Dans cette dernière, on pouvait voir qu’une famille avec un enfant scolarisé était à risque. Il faut aussi comprendre que la reprise de septembre a été particulière avec une reprise normale avec circulation du virus, ce qui n’avait jamais été le cas depuis mars – il y a alors peu d’études faites sur l’école en France, ou alors des études faites pendant le confinement ou les vacances scolaires… Étudier l’effet de la fermeture des écoles le 15 mars, entre le premier tour des municipales et le confinement du 17 mars, ça n’était pas possible en France. À cette rentrée de septembre, il a fallu batailler fort pour avoir les masques à l’école. Le fait de porter un masque est pourtant l’un des facteurs les plus protecteurs pour les élèves.

On sait que les enfants se contaminent entre eux et contaminent les adultes, qui les contaminent aussi… Fatalement les écoles sont plus à risque que la maison, où on accueille rarement 30 enfants dans une salle fermée pendant 6h en leur disant d’aller tous manger ensemble en retirant le masque le midi. Il faut en avoir conscience, ne pas balayer le problème et sécuriser les salles de classe par la ventilation et l’aération, tous les lieux où circulent les élèves et surtout les lieux où les enfants retirent leurs masques : les restaurants scolaires.

Évidemment, nous parlons d’écoles mais sécuriser les cantines d’entreprise et demander à chacune de ne plus faire manger leurs employés ou ouvriers ensemble est une mesure capitale. C’est beaucoup plus simple, honnête et efficace que mettre en place des confinements de week-end ou des confinements vespéraux (ou couvre-feu) qui n’ont que pour but d’interdire de tels rassemblements intra-familiaux qu’on continue d’organiser en extra-familial chaque midi de façon complètement illogique !

Source: Covid-19 : Une étude américaine menée sur plus de 500 000 parents confirme que l’école est un lieu de contamination important. Mais des solutions existent pour en réduire drastiquement le risque | Atlantico.fr

Covid-19 : Israël pense nécessaire de vacciner les enfants, le Royaume-Uni prépare ses hôpitaux à une hausse des cas pédiatriques graves | Atlantico.fr

© Luis ROBAYO / AFP

Réaction inflammatoire

Covid-19 : Israël pense nécessaire de vacciner les enfants, le Royaume-Uni prépare ses hôpitaux à une hausse des cas pédiatriques graves

Le Covid-19 déclencherait une réponse inflammatoire chez certains enfants. Le système hospitalier britannique est mobilisé pour accueillir ces jeunes patients. Connaît-on une hausse des cas en France ? Faut-il s’inquiéter pour les enfants ?

Atlantico.fr : Le Covid-19 pourrait provoquer chez certains enfants un syndrome inflammatoire multisystémique (MIS-C ou PIMS). Au Royaume-Uni le système hospitalier s’organise pour faire face à cette menace qui augmente. De quoi s’agit-il ? Assiste-t-on à une hausse des cas aussi en France ?

Michaël Rochoy : C’est une réaction inflammatoire qui survient quatre à six semaines après l’infection. On n’a pas encore de certitudes sur le mécanisme d’actions. Après avoir été contaminé par le Covid, le corps de l’enfant fabrique des anticorps qui vont entraîner une réaction systémique. Ce n’est pas le virus lui-même qui est la cause mais la réaction du système immunitaire qui donne une réaction inflammatoire. Il y a plusieurs symptômes : la fièvre persistante systématique, on retrouve d’autres symptômes notamment gastro-intestinaux (douleurs, diarrhées) et aussi des éruptions cutanées qui sont fréquentes, ou encore des problèmes cardiaques (myocardite, inflammation du myocarde)

On sait que c’est un syndrome qui peut être lié à des prédispositions génétiques. Une équipe de l’hôpital Necker a notamment conclu en juin que les enfants ayant des ancêtres africains étaient plus à risque.

On rapproche souvent le PIMS de la maladie de Kawasaki qui est une inflammation post-infectieuse qui donne des signes similaires mais dans des proportions différentes.

La hausse du nombre de cas de PIMS semble liée au nombre de cas de Covid. Santé publique France montre que les courbes ont bien suivi les deux vagues en France. 368 cas ont été détectés en France entre mars 2020 et 24 janvier 2021 : 44 % de filles, avec un âge médian de 7 ans. En mai dernier, un enfant est décédé à Marseille.

Au-delà du PIMS, qu’en est-il des risques de cas graves de Covid chez les jeunes ? Est-ce en augmentation ?

Il est encore difficile de répondre de manière définitive. C’est trop tôt pour dire si les variants donnent plus de formes graves. Ce qui compte c’est surtout la transmission. Etant donné que le variant se transmet davantage, il y a plus de cas et donc plus de formes graves. Il faut donc surtout éviter la transmission en amont.

Israël a ouvert la vaccination aux jeunes de moins de 16 ans. Est-ce un choix stratégique au vu des dernières données sur la forte capacité de transmission des jeunes, notamment en milieu scolaire ?

C’est un choix qui semble réfléchi puisqu’Israël arrive à la fin de de son plan de vaccination (ils n’ont pas commencé par vacciner les jeunes). Mais il serait intéressant d’avoir un recul, il ne faudrait pas que ce soit un essai clinique sauvage. Il faudrait un certain suivi pour avoir des données qui arrivent rapidement pour s’assurer qu’il n’y ait pas de syndromes systémiques qui arriveraient après par exemple. Même si je n’y crois pas, il faut garder un œil critique et ne pas vacciner n’importe comment. Je pense qu’ils ont raison de le faire mais cela aurait été mieux si on avait eu des essais cliniques validés pour ça.

Le vaccin Pfizer a une autorisation de mise sur le marché uniquement pour les plus de 16 ans. Israël prend la responsabilité de vacciner les moins de 16 ans, c’est leur décision. A priori, ça va bien fonctionner, mais jusqu’à quel âge ? Les systèmes immunitaires ne sont pas les mêmes, notamment chez les très jeunes. Où est-ce qu’on s’arrête ? 5 ans ? 2 ans ? Avec quelle dose ? Il y a pas mal de questions qui se posent. Par exemple, pour la diphtérie et la coqueluche, on n’utilise pas les mêmes doses avant 10 ans et après 10 ans. Idem pour l’hépatite B (pas la même dose avant et après 11 ans). Il y a donc des variations chez les enfants en termes de vaccins par rapport aux adultes.

Source: Covid-19 : Israël pense nécessaire de vacciner les enfants, le Royaume-Uni prépare ses hôpitaux à une hausse des cas pédiatriques graves | Atlantico.fr