Covid-19, mieux protéger l’école de la République

Covid-19, mieux protéger l’école de la République

Tribune

Elisa Zeno, ingénieur de recherche, avec le collectif « École et familles oubliées » et le collectif « Du côté de la science » (1). Les signataires demandent des mesures immédiates de « sécurisation de l’école ».

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Covid-19, mieux protéger l’école de la République 

Tests salivaires dans une école de Roubaix, le 25 mars 2021.
Thierry THOREL/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

L’école des enfants de la République doit être sécurisée vis-à-vis du risque de transmission du coronavirus. Le bénéfice de l’enseignement en présentiel mérite que le risque infectieux soit minimisé par des mesures de prévention à la hauteur des enjeux.

→ DOSSIER. Le confinement en France

Mais si l’école a un rôle fondamental dans la formation et l’éducation des enfants, elle est aussi un lieu collectif où le virus circule au moins autant que dans le reste de la société si ce n’est plus. Les enfants se contaminent par le Sars-CoV-2, développent le Covid-19 et contaminent les autres enfants et les membres de leurs foyers, en véhiculant ainsi le virus à la société tout entière.

Le nombre d’enfants positifs sous-estimés

En France près d’un demi-million d’enfants et adolescents ont été testés positifs depuis le déconfinement, dont plus de 95 % depuis la rentrée scolaire de septembre. Un nombre sûrement très sous-estimé, compte tenu de la forte proportion des formes asymptomatiques chez les enfants et du sous-dépistage pour ces tranches d’âge. Selon les données d’autres pays, entre 10 à 15 %, et jusqu’à 30 %, d’enfants infectés développent des symptômes persistants ou « Covid longs », qui peuvent être handicapants. On ignore encore l’étendue des séquelles à long terme.

→ EXPLICATION. Covid-19 : peut-on freiner l’épidémie sans fermer les écoles ?

À l’heure où la version pédiatrique du vaccin n’est pas encore disponible, la seule option possible est la prévention de la contamination : les familles ne doivent pas avoir à choisir entre santé et scolarité. En effet, l’équilibre psychique de la communauté pédagogique, des parents et élèves est mis à rude épreuve par le manque de transparence et l’incohérence de la gestion des écoles, où les règles de sécurité sanitaire adoptées dans l’ensemble de la société ne s’appliquent pas.

L’école fait figure d’exception par l’absence de distanciation, le brassage entre les classes, le maintien de la restauration collective, et la définition différente des cas contacts et donc le non-isolement de personnes potentiellement infectées. Les valeurs de la République sont heurtées par cette rupture d’égalité, dans laquelle pourtant nos enfants doivent se construire comme futurs citoyens.

Briser les chaînes de contamination

De plus, l’école ne doit pas être associée dans l’esprit des enfants au risque de tomber malade ou de pouvoir contaminer ses proches, alors qu’elle est le lieu où ils sont censés grandir et s’épanouir, apprendre à vivre ensemble.

Enfin, le rôle de l’école dans la propagation de l’épidémie doit aussi être limité par des mesures de prévention et de surveillance visant à briser les chaînes de contamination dès leur apparition : le maintien de niveaux de circulation virale importants dans la communauté a des lourdes conséquences sanitaires et économiques que nous ne pouvons plus accepter.

La circulation du virus dans les écoles favorise l’émergence des variants et risque de compromettre la vaccination, alors qu’elle n’est même pas encore accessible à la majorité de la population, toujours exposée aux risques de formes sévères ou aux Covid longs.

Pour un pilotage par seuils

Aussi, pour les enfants de la République et leurs proches, ainsi que pour l’ensemble de la société, nous demandons des mesures de sécurisation de l’école, à effet immédiat :

● Pilotage par seuils prédéfinis à partir des taux d’incidence locaux, qui déclenchent automatiquement les modalités d’enseignement, les niveaux de distanciation et de brassage prescrits, et la jauge dans les classes et la cantine.

Pour assurer un enseignement sécurisé en présence :

● Mesures d’atténuation efficaces dans les écoles : détecteurs de CO2 dans tous les locaux afin de mesurer le niveau de renouvellement de l’air dans les classes, purificateurs d’air dans toutes les cantines et les locaux mal ventilés, masques de type chirurgical fourni par l’État pour tous et FFP2 à disposition pour personnels et élèves fragiles, distanciation, limitation des activités à risque ;

Augmenter les tests salivaires

● Suivi épidémique : test salivaire hebdomadaire par des personnels compétents pour tous les élèves et personnels, notamment par pooling, et tests salivaires rapides pour tout élève ou personnel symptomatique ou cas contact à risque, désignation d’un référent Covid par établissement poursuivi et communication avec les familles ;

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● Communication et transparence : pédagogie à destination des enseignants, élèves et familles sur la contamination par aérosols, bilan hebdomadaire destiné aux familles et personnels sur l’épidémie dans l’établissement (cas confirmés, suspects et contacts), données en open data sur le nombre et les résultats des tests dans chaque établissement ;

● Vaccination des personnels volontaires au plus vite.

Le choix de l’enseignement à distance

Pour assurer une continuité pédagogique juste et efficace :

● Droit des familles de choisir l’enseignement à distance de manière ponctuelle s’ils considèrent que la situation sanitaire de leur école ou de leur foyer le justifie ;

● Aménagement des examens dont BTS ;

● Outils et ressources pédagogiques pour l’enseignement à distance : séquences pédagogiques clés en main, accès à des logiciels éducatifs interactifs en ligne, accès au service du Cned aux familles qui en font la demande ;

● Prise en charge sociale : fourniture sur demande aux élèves boursiers de matériel informatique et d’une connexion haut débit, proposition de repas à emporter en cas d’enseignement distanciel, aide financière pour les familles.

(1) Thierry Amouroux, Porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers SNPI ; Eric Billy, chercheur en immunologie, Strasbourg, collectif “Du Côté de la Science” ; Isabelle Boulanger, Professeur de lettres modernes, collectif “École et Familles Oubliées” ; Benoît Bourges, économiste ; Matthieu Calafiore, Médecin généraliste, directeur du département de médecine générale de Lille, collectif “Du Côté de la Science” ; Julien Cahon, enseignant-chercheur, spécialiste des politiques éducatives ; Marion Damuni, Chargée de Gestion, collectif “École et Familles Oubliées” ; Pr. Stéphane Dedieu, Professeur des Universités, Reims  ; Dr Corinne Depagne, Médecin pneumologue, Lyon, collectif “Du Côté de la Science” ; Dr Jérôme Marty, médecin généraliste, président de l’Union Française pour une Médecine Libre (UFMLS) ; Roland Gori, Psychanalyste, professeur honoraire de psychopathologie à Aix Marseille Université, écrivain ; Dr. Claude-Alexandre Gustave, Biologiste médical, Lyon, Mélanie Heard, Pôle Santé Terranova ; Caroline Hodak, Historienne et conseil en stratégie de communication ; Benoît Hallinger, économiste ; Dr Sophie Ioos, pharmacienne épidémiologiste ; Dr Yvon Le Flohic, Médecin généraliste, collectif médical 22 ; Christian Lehmann, médecin généraliste, écrivain ; Dr Alexis Lepetit, psychiatre, gériatre, Lyon ; Pr. Jean-Michel Loubes, Professeur des Universités, Toulouse ; Arnaud Mercier, Professeur en communication, université Paris 2 Assas ; Philippe Moreau Chevrolet, Professeur de communication politique à Sciences-Po Paris ; Valerio Motta, conseiller en communication ; Myriam Oudghiri, Médecin, collectif “École et Familles Oubliées” ; Cécile Philippe, économiste, Présidente Institut Economique Molinari ; Dr Hélène Rossinot, Médecin de santé publique, collectif “Du Côté de la Science” ; Michaël Rochoy, Médecin généraliste, Univ. Lille, collectifs “Du Côté de la Science” et “Stop-Postillons” ; Barbara Serrano, Sociologue, Université de Versailles Saint-Quentin, collectif “Du Côté de la Science” ; Marie-Jean Sauret, Psychanalyste, membre de l’Association Le Pari de Lacan, professeur émérite des universités ; Olivier Saut, Directeur de Recherche CNRS, Bordeaux ; Jacques Testart, chercheur retraité et essayiste ; Elisa Zeno, Ingénieur de Recherche, Collectif “École et Familles Oubliées” ; Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, collectif “Du côté de la Science”

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 Source: Covid-19, mieux protéger l’école de la République

Port du masque : sur le nez, c’est mieux que sur le cou!


Port du masque : sur le nez, c’est mieux que sur le cou!

Photo Sébastien JARRY

Photo Sébastien JARRY

Rita Alawaa, cadre de santé hygiéniste au centre d’appui et de prévention des infections du CHU de Lille se dit « interpellée » face au nombre important de personnes qui portent le masque à raz du nez ou carrément sur le cou, découvrant la bouche.

« Le réservoir potentiel du virus est dans toute la sphère ORL, le nez y compris car il peut y avoir des projections par éternuement. Le risque quand on monte et descend le masque sur le cou, c’est de le mettre en contact avec des zones contaminées », réexplique la praticienne qui rappelle les recommandations de l’OMS : pas plus de quatre heures pour un masque « sans doute moins quand il fait chaud, à cause de la transpiration » ; éviter de le manipuler car « la main est l’élément de transmission
».

« Il faut déculpabiliser et se détendre un peu »

Les masques propres doivent idéalement être transportés dans un sac de type congélation propre pour éviter les contacts avec des objets, dans les sacs ou dans les poches.

Le docteur Rochoy, généraliste à Outreau et membre du collectif « Stop postillon » se félicite de l’obligation, surtout dans les lieux clos. Mais se montre plus souple sur l’espace public. « Mieux on le porte, mieux c’est. Bien sûr il faut éviter de le toucher en permanence, si possible ne pas le mettre dans la poche et le reprendre. Mais on est dans la vraie vie, il faut déculpabiliser et se détendre un peu parce que sinon les gens vont penser qu’on les titille sur des détails, alors qu’il y a des incohérences comme l’absence d’obligation en entreprise. L’enjeu c’est avant tout que tout le monde porte le masque pour que la protection soit maximale. »

Autrement dit, si tout le monde porte un masque chacun est protégé des postillons des autres.



 Source: Port du masque : sur le nez, c’est mieux que sur le cou!