Faut-il demander aux enfants de porter le masque à la maison ?

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LA VÉRIFICATION – C’est ce qu’a recommandé l’ancien directeur général de la Santé, le professeur William Dab, ce week-end, soulevant l’indignation sur les réseaux sociaux.

«Je crois que c'est un vrai objectif social de laisser nos enfants à l'école. En revanche, il faut que, quand ils rentrent à la maison, ils gardent le masque», a lancé le médecin.
«Je crois que c’est un vrai objectif social de laisser nos enfants à l’école. En revanche, il faut que, quand ils rentrent à la maison, ils gardent le masque», a lancé le médecin. famveldman – stock.adobe.com

LA QUESTION. Les enfants de plus de six ans ont désormais l’obligation de porter un masque à l’école. Faut-il maintenant envisager qu’ils le portent chez eux ? C’est ce qu’a suggéré dimanche 1er novembre sur BFMTV le professeur William Dab, directeur général de la Santé (DGS) de 2003 à 2005. «Je crois que c’est un vrai objectif social de laisser nos enfants à l’école. En revanche, il faut que, quand ils rentrent à la maison, ils gardent le masque», a lancé le médecin et épidémiologiste, allant jusqu’à recommander aux familles de ne pas partager leurs repas avec les plus jeunes. «Si on ne contrôle pas ça, on ne va pas réussir à concilier notre obligation éducative et malgré tout à ralentir cette épidémie pour éviter des malades et des morts, et limiter la casse économique et sociale qui est déjà considérable.»

Jugée «irréaliste» et «inhumaine», cette proposition a essuyé de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux. Faut-il vraiment demander aux enfants de porter le masque à la maison pour protéger la famille ?

VÉRIFIONS. Jusque très récemment, les enfants et jeunes adolescents n’étaient pas considérés comme des vecteurs importants du virus. Et pour cause : «les études rassurantes publiées pendant l’été 2020 sur le risque modéré d’épidémies en milieu scolaire l’étaient avant tout parce que la circulation du virus en Europe en post-confinement était faible», explique le conseil scientifique du gouvernement français dans son rapport du 28 octobre . Avec la rentrée, ces certitudes ont volé en éclat. «La situation a radicalement changé avec la reprise épidémique du mois d’octobre et doit nous conduire à reconsidérer l’ouverture des établissements scolaires», lit-on dans le rapport.

Entre la semaine du 4 septembre et celle du 23 octobre, le taux de positivité au Covid des enfants de moins de 9 ans est passé de 2,9 à 13,8% au niveau national. Ce qui signifie que sur 100 enfants de cette classe d’âge testés, près de 14 étaient porteurs du virus. Sur la même période, le taux de positivité des 10-19 ans est passé de 6,7 à 19,4%.

Les scientifiques s’accordent sur le fait que les enfants et les adolescents jouent bel et bien un rôle dans la transmission du Sars-CoV-2, même s’ils ne développent, pour l’immense majorité, qu’une forme bénigne de la maladie. «Les adolescents de 12 à 18 ans semblent avoir la même susceptibilité au virus et la même contagiosité vers leur entourage que les adultes», note le Conseil scientifique, qui précise que dans la moitié des cas, ils ne présentent pas de symptômes. Quant aux élèves de primaire, ils semblent moins susceptibles de contracter le virus et moins contagieux que les adultes. Toutefois, «une transmission silencieuse du virus entre enfants a été décrite», qui «peut s’accompagner de transmission intrafamiliale secondaire».n

Les écoles, lieux de circulation du virus

N’y a-t-il donc pas un risque bien réel qu’enfants et adolescents disséminent le virus chez eux, faisant naître des chaînes de transmission, pendant ce 2e confinement, puisque les écoles, les collèges et les lycées restent cette fois-ci ouverts ? «On sait que dans de nombreuses écoles, l’environnement est propice à la circulation du virus, essentiellement parce qu’il y a des classes qui sont mal ventilées», estime le Pr William Dab, interrogé par Le Figaro. Au 26 octobre, le milieu scolaire et universitaire représentait 15% des clusters identifiés en cours d’investigation par Santé publique France (363 sur 2394). «Si on l’accepte sans rien faire, il faut s’attendre à ce que les mesures de confinement décidées aient une efficacité très partielle. Ce qui veut dire que d’ici deux ou trois semaines, dans certaines régions, dont l’Ile-de-France, nous allons faire face à une situation extrêmement difficile dans nos hôpitaux.»

On sait que dans de nombreuses écoles, l’environnement est propice à la circulation du virus (…) Si on l’accepte sans rien faire, il faut s’attendre à ce que les mesures de confinement décidées aient une efficacité très partielle. — Pr William Dab, médecin et épidémiologiste

Selon le scientifique, deux solutions sont envisageables. «On peut décider de fermer les écoles, et il n’est pas impossible que cela arrive dans certaines régions si la situation sanitaire est trop difficile à gérer», prévoit l’ancien DGS. «Si on ne le fait pas, il faut tout faire pour que les jeunes ne

contaminent pas leur entourage». Autrement dit : lavage de mains intensif, respect des distances physiques, aération et port du masque. Ce dernier serait valable jusqu’à ce que la circulation du virus redescende à un niveau faible (5000 cas par jour au niveau national).

Une idée impossible ?

Reste qu’en pratique, cette idée semble difficile à mettre en place, pour ne pas dire impossible. «Sur un plan purement sanitaire, c’est pertinent, il y aurait un bénéfice à le faire. Sauf qu’en pratique, c’est intenable. Cela implique des conséquences non négligeables sur la vie familiale», juge le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste et membre du collectif Stop Postillons, qui prônait dès l’été dernier le port du masque à partir de 6 ans à l’école. «Il faut limiter les contacts physiques entre les familles, pas au sein des familles. Si on en est à porter un masque à la maison, c’est qu’on a vraiment échoué ailleurs.»

«Je ne dis pas que le risque sanitaire s’impose sur toute autre considération, que c’est ce qu’il faut faire absolument», se défend William Dab. «Mon message est qu’il faut donner aux familles toutes les informations afin de leur permettre de faire leurs choix en connaissance de cause. Il faut qu’elles sachent qu’en novembre, les gens ne pourront pas être aussi bien soignés qu’on peut l’espérer à l’hôpital, que 40% des cas en réanimation ont moins de 65 ans et que 90% ont une comorbidité (diabète, obésité, hypertension, NDLR). Je peux entendre que les gens ne souhaitent pas se priver de contacts physiques avec leurs enfants. Mais dans les familles où il y a des gens porteurs de ces pathologies, il faut faire très attention. Il revient maintenant à chaque famille d’apprécier cela.»

Source: Faut-il demander aux enfants de porter le masque à la maison ?