Le gouvernement démasqué – Libération

Michaël Rochoy, 33 ans, est médecin généraliste à Outreau. Enseignant-chercheur, adepte de Terry Pratchett et des Monty Python, il a particulièrement apprécié le «nonsense» absurde de la gestion pandémique des masques :

«Hier au téléphone le gouvernement m’a fait une proposition. Je n’ai pas saisi le nom de mon interlocuteur, mais il était question de lutter contre le froid et d’isoler mon habitation pour un euro seulement. Voilà qui tombait à pic, j’avais brisé mes fenêtres en m’initiant au golf lors du précédent confinement, et mon poseur de fenêtres n’arrivait plus à se fournir en double vitrage.

– Il n’y a pas de pénurie de fenêtres à redouter, ce n’est pas un sujet, me corrigea le messager du gouvernement. Mais avez-vous pensé à isoler vos combles ? C’est par le toit que s’échappe la chaleur.

-C’est-à-dire qu’il me semble plus urgent de bloquer les fenêtres, quitte à utiliser du simple vitra…

– Il y a un consensus très clair aujourd’hui pour dire qu’il ne faut surtout pas avoir de fenêtres, ça n’a pas d’intérêt, c’est même presque faussement protecteur, parce qu’ayant des fenêtres, on oublie d’isoler ses combles. Vous voulez que je vous dise ? Je ne sais pas utiliser une fenêtre ! Ça nécessite un apprentissage, des gestes techniques, précis, sinon on se trompe de sens et on l’ouvre et ça peut même être contre-productif.»

« Tout a commencé il y a neuf mois. Le 22 mars, au début du confinement, Antoine Hutt (radiologue), Jonathan Favre, Thibault Puszkarek et moi-même (médecins généralistes) avons lancé le site et collectif Stop-Postillons.fr. Il y avait une pénurie de masques (quoi qu’on en mente) et il fallait les garder pour les personnels exposés. Néanmoins tout le monde avait chez soi des t-shirts à découper, du tissu à coudre : des écrans anti-postillon» (EAP). Nous voulions “confiner les bouches et les nez” lors des sorties dérogatoires (dans les hypermarchés qui n’imposaient pas de masque à l’époque), puis maintenir cette couverture faciale lors du déconfinement.

«Nous avions donc un seul message, qui est resté en tête du site : “Portons tous un EAP dans l’espace public pour freiner et arrêter la pandémie. Porter quelque chose sera mieux que rien. Le but des EAP est collectif et altruiste : protéger les autres et être protégé si chacun en porte.”

Le très simple et efficace découpage de t-shirt

«Avec un message d’une telle banalité dans le cadre d’une pandémie à contamination respiratoire, nous aurions dû disparaître au bout d’une semaine. Les dirigeants auraient dû répondre: “OK, bonne idée, on fait ça, on demande aux gens de se couvrir le nez et la bouche en attendant les masques”, et c’était plié. C’était simple, il suffisait de faire confiance à l’intelligence collective et à la solidarité. Nous avions détaillé notre argumentaire, proposé une cinquantaine de tutoriels, dont la diversité permettait de fabriquer plusieurs types de protection, sans risquer la pénurie d’élastiques ou de tissu en mercerie : au pire, il restait toujours le très simple et efficace découpage de t-shirt. Nous avons relayé de nombreuses initiatives solidaires, comme ces couturières bénévoles qui envoyaient leurs créations aux quatre coins de France tandis que le ministre de la Santé demandait aux Français de ne rien porter en attendant de pouvoir acquérir un masque grand public le 11 mai… Quand on est encerclé par le feu, on n’attend pas des seaux d’eau labellisés par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers : on demande à chacun de prendre les récipients qu’il a sous la main et d’arroser en attendant mieux. Cet appel à l’intelligence collective, à la débrouillardise, a été rendu largement visible par les réseaux sociaux, avec un pic à 133 000 visites le 4 avril.

«Notre message, aussi basique soit-il, était pertinent. Il a progressivement été entendu. Trèèèès progressivement : le masque a été imposé dans les lieux publics clos à partir du 20 juillet, dans les entreprises à partir du 1er septembre, dans les écoles élémentaires à partir du 2 novembre. Ainsi, en pleine pandémie, il aura fallu huit mois après notre premier appel pour généraliser le masque dans la quasi-totalité des espaces recevant du public. Il aura fallu sacrifier une grande partie de notre temps libre avec d’autres médecins, scientifiques, parents, sur les réseaux sociaux, dans les médias, les revues scientifiques, pour que le gouvernement se dise : “Tiens finalement, ce ne serait peut-être pas mal de mettre des fenêtres partout en plus de l’isolation des combles…”

Colonies de bactéries

«Nous n’étions rien, nous ne sommes personne. Lorsque nous avons lancé le site le 22 mars, nous nous basions sur les données scientifiques, les seules qui comptent, au-delà des arguments d’autorité. Depuis le CheckNews de Libération du 13 mars, nous savions que les personnes asymptomatiques pouvaient être contagieuses. Nous avions lu l’étude de Davies et al. dans laquelle 21 volontaires avaient toussé dans une boîte, mise en incubation pendant 48 heures, avant de compter les “colonies” de bactéries de la taille du Sars-CoV-2 : 200 sans masque, 43 avec un masque en coton fait maison, 30 avec un masque chirurgical. Visionnaires en 2013, les auteurs concluaient qu’en cas de pénurie de masques chirurgicaux, un masque fait maison serait mieux que rien – mon expression favorite.

«Début mai nous avons proposé des infographies avec la graphiste Coralie Blanc et son père, Jean-Baptiste Blanc, médecin généraliste comme nous, en plaçant le masque en premier plan. Là encore, notre message était simple : “Dedans (sauf chez vous), portez toujours un masque; dehors, portez un masque en cas de contact ou de risque de contact proche.”

«Nous sommes en décembre, et le masque apparaît toujours en dernière position sur les sites gouvernementaux, après “éviter de se toucher le visage”, et avec la consigne de «le porter quand la distance d’un mètre ne peut pas être respectée». Le risque de transmission par aérosol n’est toujours pas considéré, ce qui permet d’ailleurs d’imposer le masque à l’école et en entreprise et en même temps, de laisser les cantines scolaires ou d’entreprises en l’état. C’est à désespérer.

Le gouvernement-qui-assure-suivre-l’OMS

«Pendant de longs mois, nous avons lu que le gouvernement avait suivi l’Organisation mondiale de la santé sur les masques. C’est faux : d’une part, l’OMS n’émet pas un avis pour la France mais pour tous les pays de la planète, y compris ceux où l’accès à l’eau potable est limité. D’autre part, l’OMS a précisé le 6 avril que le port du masque pouvait être envisagé en population générale comme une mesure barrière supplémentaire. L’OMS a recommandé son port généralisé le 5 juin, notamment “dans les lieux publics tels que les épiceries, au travail […], dans les écoles”, et la même OMS a précisé le 21 août qu’il pouvait être porté dès l’âge de 6 ans dans les pays où le virus circule activement. En France, le gouvernement-qui-assure-suivre-l’OMS a donc mis trois mois après la recommandation du 5 juin pour imposer le masque en entreprise et cinq mois pour l’école élémentaire.

«Concernant l’école enfin, nous avons dû militer, publier des tribunes cet été, écrire des communiqués en août, septembre et octobre, une revue de littérature, intervenir en visioconférence auprès de syndicats d’enseignants en demande d’informations scientifiques… Tout ça parce qu’un ministre déclarait être “préparé à tout” sur la base de l’avis… roulement de tambour… des sociétés savantes de pédiatrie ! Jean-Michel Blanquer avait soudain fait fi de l’OMS : avec un tel niveau en pirouette, il n’est pas étonnant qu’il ait récupéré le ministère des Sports lors du remaniement, remarquez. Toutefois, si la plus haute instance à suivre n’est plus l’OMS mais les sociétés nationales, pourquoi concernant les masques entre avril et juillet le gouvernement a-t-il ignoré l’Académie nationale de médecine le 2 avril, le 22 avril, le 7 mai et le 28 juillet, l’European Centre for Disease Control le 8 avril ou son propre Conseil scientifique le 20 avril ? Il est facile de multiplier les instituts, conseils, centres, agences, sociétés, académies, autorités et organisations pour au final choisir parmi tous leurs avis celui qu’on veut mettre en avant… Mais ça, ce n’est ni de la science, ni de la politique. C’est de la manipulation.»

 


Christian Lehmann médecin et écrivain

 

 

Source: Le gouvernement démasqué – Libération

L’école, un nid à Covid-19? | Le HuffPost

SCIENCE – Le 29 octobre, le premier ministre Jean Castex dévoilait les modalités du nouveau confinement censé endiguer la deuxième vague de Covid-19 qui déferle sur la France. Avec des restrictions adaptées “sur deux points essentiels, l’école et le travail”. Était-ce une erreur?

Ce vendredi 6 novembre, Europe 1 affirme que le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a écrit dans une note confidentielle qu’avec le reconfinement actuel, un plateau “haut et prolongé” de cas (et donc de décès) va être atteint. La faute, notamment, aux établissements scolaires et services publics restés ouverts, selon le numéro 2 du ministère.

Quelques heures plus tôt, le ministère de l’Éducation a justement durci le protocole sanitaire dans les lycées. Jean-Michel Blanquer a annoncé jusqu’à 50% de cours à distance pour faire face à l’aggravation de l’épidémie de coronavirus. Lors de l’annonce du confinement, c’est le masque obligatoire dès 6 ans, contre 11 ans depuis la rentrée, qui était mis en place.

Pourquoi prendre ces mesures seulement maintenant? Pourquoi réduire la présence uniquement pour les lycées? S’il y a évidemment beaucoup à dire sur la préparation de la deuxième vague par le gouvernement, il faut avant tout rappeler que le lien entre Covid-19 et école est un sujet très épineux. Les effets désastreux d’un manque d’éducation sont très bien connus et documentés. Mais l’impact de l’ouverture des écoles est lui plus compliqué à établir. La contagiosité des enfants fait débat dans le milieu scientifique depuis le mois de janvier. Et si notre connaissance a bien progressé, même les chercheurs sont encore divisés.

Les enfants aussi sont touchés par le Covid-19

Les maladies respiratoires classiques sont souvent très répandues chez les plus jeunes. C’est donc avec surprise que l’on a vu, au début de la pandémie de coronavirus, une quasi-absence de mineurs positifs. Depuis, heureusement, des dizaines d’études ont pu être publiées sur la question des enfants, du Covid-19 et de l’école. On sait que les plus jeunes peuvent être contaminés. On sait qu’ils peuvent contaminer. On sait également qu’ils ont souvent des symptômes très légers, voire être asymptomatiques (ce qui explique qu’on ne les ait pas détectés au début).

Mais alors que pour la grippe, les écoles font partie des lieux qui permettent à une épidémie d’exploser, on ne sait pas si c’est le cas pour le coronavirus. Il n’y a pas de consensus. Pour schématiser, deux thèses s’affrontent. Soit les jeunes sont peu contaminés et s’il peut y avoir des cas dans des établissements scolaires, ce n’est pas là que le coronavirus va devenir incontrôlé. Soit les rassemblements de nos têtes blondes sont des bombes à retardement pour l’épidémie que l’on n’a pas vues venir, notamment car les écoles ont été fermées lors de la première vague dans la plupart des pays.

Pourtant, de nombreuses études ont été publiées. Mais les récentes analyses tentant de faire le bilan de ces études ne tombent pas vraiment d’accord. Certaines (comme celle de l’épidémiologiste Zoë Hyde ou du collectif de médecins et chercheurs “Du côté de la science”) concluent plutôt à un risque de contamination et à une contagiosité des enfants égale à celle des adultes. D’autres (comme celle réalisée par plusieurs pédiatres américains, ou cette méta analyse publiée le 29 octobre par trois épidémiologistes dans le Journal of infectious diseases) estiment que les enfants sont moins contagieux. Ou plus exactement que la contagiosité augmente avec l’âge, ce qui change tout.

Petits et grands écarts

Car une des sources principales de ce grand flou autour des enfants concerne avant tout leur âge. Certaines études comparent les moins de 18 ans aux adultes. D’autres font des classes d’âge de 0 à 4 ans, de 5 à 8, de 0 à 11, de 12 à 16. Logique: cela dépend à la fois de la méthode choisie, mais aussi des données démographiques disponibles et des différentes classes d’âges dans les écoles dans chaque pays.

D’un côté, les tenants d’une moindre contagiosité des plus jeunes rappellent que parler des “enfants” et englober tous les mineurs est un non-sens. Dans la méta analyse évoquée plus haut, les chercheurs ont analysé de nombreuses études visant à savoir à quel point une personne en contaminait d’autres. “Plusieurs études suggèrent que l’infectiosité augmente quelque peu avec l’âge”, précise l’étude. Mais surtout, que les enfants de moins de 10 ans ont “significativement” moins de risque d’être contaminés.

En Inde, par exemple, où des milliers de cas contacts ont été testés, s’il y avait une forte proportion de jeunes, le taux d’incidence est en réalité bien plus faible chez les 0 à 4 ans (6,3 pour 10.000) et chez les 5-17 ans (12,7) que chez les adultes (environ 40). La Grande-Bretagne a également réalisé des campagnes de dépistage par PCR aléatoires dans sa population, rappelle Alasdair Munro, pédiatre et spécialiste des maladies infectieuses. Du 21 août au 1er octobre, alors que la deuxième vague débute, les moins de 11 ans sont très peu contaminés. Pour les 17-24 ans, par contre, ce n’est pas la même chose. Ils sont au dessus de la moyenne.

Études contradictoires

“Il semble que ce que les petits sont à la grippe, les jeunes adultes le sont au Sars-Cov2”, explique Alasdair Mundo. Pour la tranche d’âge de 12 à 16 ans, les résultats sont plus indécis, entre les deux. Dans un plus récent sondage analysant la période du 12 septembre au 23 octobre, la forte contamination des 17-24 ans est toujours aussi claire, mais les 12 à 16 ans sont de plus en plus nombreux à être contaminés. Les infections chez les moins de 11 ans augmentent également, de manière similaire à ce qui se passe sur l’ensemble de la population.

Il pourrait y avoir une explication biologique à cette différence d’âge. Dans une étude publiée en mai, des scientifiques se sont rendu compte que les récepteurs sur lesquels le coronavirus se fixe pour infecter les cellules humaines (ACE2) étaient proportionnels à l’âge. En clair, plus on grandit, plus on développerait ces récepteurs.

Pour autant, la crainte d’un biais est encore là. “Les jeunes enfants sont peu symptomatiques donc peu testés. Il y a également une aversion à l’écouvillon dans le nez, donc on va faire un seul prélèvement. Les PCR chez les enfants ne sont pas vraiment comparables à celles des adultes”, précise au HuffPost Michaël Rochoy, médecin généraliste, co-fondateur du collectif Stop-Postillons et co-auteur de l’article du collectif “Du côté de la science”. Il note d’ailleurs que dans les études sérologiques, la différence entre adulte et enfants est bien moins claire. Mais ces études ont aussi leurs biais, rappellent les auteurs de la méta-analyse.

L’école, cause ou conséquence?

On retrouve ce débat quand on essaye d’analyser le rôle des écoles dans la pandémie. Le collectif “Du côté de la science” rappelle qu’en Suède, où les écoles sont restées ouvertes, le taux de positivité des enfants est proche des adultes. Une étude publiée le 22 octobre analysant l’impact des mesures prises dans 131 pays conclut également que la réouverture des écoles a tendance à entraîner une hausse de l’épidémie. Mais il est difficile de séparer cela de la levée d’autres restrictions.

De plus, la majorité des foyers ont été détectés dans des écoles secondaires (l’équivalent des collèges et lycées), rappelle l’étude publiée dans le Journal of infectious diseases. “La question de faire une différence entre maternelle/primaire et collège/lycée peut se poser, du fait des données disponibles, mais celles-ci, encore une fois, sont peu claires”, estime Michaël Rochoy.

Le débat sur les écoles est similaire à celui de l’oeuf et de la poule: les écoles créent-elles les foyers ou sont-elles nourries par un virus déjà très implanté sur le territoire? Il y a par contre une chose sur laquelle la plupart des auteurs s’accordent: par temps de pandémie, l’école doit s’adapter. Et ce avant qu’il ne soit trop tard.

Des mesures de restrictions nécessaires

“La distanciation sociale, la réduction des effectifs en classe, un dépistage massif, une quarantaine des cas contacts et le port du masque” sont nécessaires, estime la méta-analyse. Qui cite un exemple parlant: en Allemagne, où des mesures de restriction importantes sont en place, peu de foyers ont été repérés dans les écoles. Et la majorité concernaient des cas touchant les professeurs.

Zoë Hyde va plus loin, en recommandant le même type de mesures quand la circulation du virus est faible, mais dans une situation de forte propagation, les écoles doivent fermer et les cours se faire en ligne.

Et en France aujourd’hui? “Je ne pense plus que ce soit une question sanitaire, mais politique. Le confinement actuel est insuffisant, Jérôme Salomon a raison. Il faut maintenant hiérarchiser ce qui est dispensable”, affirme Michaël Rochoy. “Le plus important à mon sens est de maintenir autant que possible les écoles, notamment les primaires et maternelles au vu des données dont on dispose, même si elles sont possiblement biaisées.” Mais est-ce encore possible au vu de la situation?

L’amélioration du protocole sanitaire mis en place par Jean-Michel Blanquer va dans le bon sens. Mais pour le co-fondateur du collectif Stop-Postillons, cela arrive bien trop tard. “Nous avons proposé ces méthodes de prévention dès le mois d’août: masques, limitation des effectifs, etc. Mais maintenant, avec la vague actuelle, c’est trop tard. Oui cela va marcher, mais ce qu’on veut aujourd’hui, ce n’est pas quelque chose qui marche. On veut quelque chose qui fonctionne du tonnerre pour éviter un plateau de mortalité qui s’annonce terrible.”

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Source: L’école, un nid à Covid-19? Pourquoi nous n’avons toujours pas la réponse | Le HuffPost

Port du masque obligatoire dès 6 ans : une «bonne nouvelle» pas toujours facile à appliquer – Libération

«C’est une bonne nouvelle», se réjouit Michaël Rochoy, généraliste à Outreau (Pas-de-Calais) et cofondateur du collectif Stop postillons, après l’annonce du port du masque à l’école dès 6 ans, par le Premier ministre Jean Castex à partir de la rentrée de lundi 2 novembre. «Le gouvernement a préféré qu’on soit au pied du mur pour prendre cette décision alors que si ça avait été fait dès le mois de septembre, ça aurait permis d’aplatir la courbe de l’épidémie», regrette toutefois le médecin. Si les enfants de moins de 10 ans peuvent être contaminés par le Covid-19, ils sont majoritairement asymptomatiques et développent rarement des formes graves. Mais sont-ils contagieux ? «Les enfants de moins de 11 ans le sont tout autant que les adolescents ou les adultes», affirme Michaël Rochoy, s’appuyant notamment sur une grande étude de tracing menée en Inde et publiée dans la revue Science : elle conclut que les enfants pourraient bien être des acteurs clés dans la diffusion de la maladie. «Laisser les enfants sans masque en primaire, ça aurait été saboter le confinement puisqu’ils peuvent ramener le virus dans les foyers», ajoute Elisa Zeno, cofondatrice du collectif Ecoles et familles oubliées.

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La question de leur contagiosité divise toujours beaucoup la communauté scientifique. Certains chercheurs affirment que les enfants transmettent beaucoup le virus, quand d’autres disent qu’ils sont au contraire très peu contaminants. «Les enfants sont peu porteurs, peu malades et peu contagieux entre eux et envers les adultes, insiste Fabienne Kochert, présidente de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa). Moins contagieux ne veut pas dire pas contagieux du tout donc si le virus circule davantage sur tout le territoire, on peut avoir un petit plus de clusters dans les écoles», reconnaît la pédiatre. Rémi Salomon, chef du service pédiatrie Necker, est du même avis et ajoute : «Il faut prendre un maximum de précautions pour que les enfants ne transmettent pas le virus, ne le ramènent pas à la maison.»

Difficultés dans les apprentissages

Du côté des enseignants, le port du masque dès le primaire rassure, même si, dans les faits, ce ne sera pas toujours simple à appliquer. «A 6 ans, les enfants ont tendance à manipuler beaucoup de choses, observe Philippe Descottes, enseignant dans une école primaire à Rennes. Ceux qui le portent déjà volontairement à partir du CM1 le manipulent régulièrement. Donc pour les plus petits, ce sera loin d’être évident.» Autre difficulté soulevée, celle liée aux apprentissages. Les élèves ont déjà parfois du mal à entendre leurs professeurs masqués, un problème de compréhension qui ne s’arrangera pas quand tout le monde sera logé à la même enseigne. «Une énorme partie des apprentissages se fait dans le dialogue avec les autres élèves et les enseignants, donc là, les interactions vont être bridées, remarque Eva, pofesseure des écoles en zone REP à Paris. Ce sera aussi un obstacle quand ils devront lire à voix haute et ce sera globalement compliqué pour le langage oral.» Les enseignants s’interrogent également sur la fourniture de ces masques. Si le ministère de l’Education ne prévoit rien, les familles les plus modestes ne pourront pas équiper leurs enfants correctement. «Certains portent déjà le même masque plusieurs jours de suite», relève Eva.

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Dans son ensemble, le monde éducatif ne s’oppose pas au port du masque dès l’âge de 6 ans mais tout le monde s’accorde à dire que ça ne doit pas être la seule mesure, loin de là, pour renforcer le protocole sanitaire et assurer la sécurité des élèves, comme celle du personnel.

 


Cécile Bourgneuf

 

 

Source: Port du masque obligatoire dès 6 ans : une «bonne nouvelle» pas toujours facile à appliquer – Libération

Les infos de 6h – Rentrée scolaire : les écoles ne sont pas prêtes pour certains médecins

Près de 12,3 millions d’élèves reprendront le chemin des classes ce lundi avec des contraintes liées au coronavirus qui circule toujours activement. Dans une tribune chez nos confrères du Parisien, plusieurs médecins alertent sur le port du masque qu’il faudrait selon eux rendre obligatoire en primaire, ce qui impliquerait une distribution gratuite à tous les enfants.

Pour Mickaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau dans le Pas-de-Calais et fondateur du Collectif Stop Postillon,l’école n’est pas prête avec le dispositif qui est prévu actuellement, notamment le fait de ne pas recommander le masque à partir de 6 ans. En Allemagne ou même chez nous à la Réunion, il y a eu une augmentation des cas dans les écoles qui ont mené à des fermetures de classes,” relate le médecin.

Le médecin et son collectif jugent donc le protocole sanitaire insuffisant et souhaitent l’augmenter. Le médecin préconise notamment “le port du masque dès 6 ans, distribuer des masques gratuits pour les élèves, mettre en place un protocole pour faciliter l’enseignement à distance et préciser la conduite à tenir lorsqu’un enfant est testé positif.

C’est compliqué de mettre tout cela en place d’ici demain, mais “c’est un objectif qu’il faut avoir dans un mois, deux mois selon ce qui est possible. C’est quelque chose qui peut être acceptable au sein de l’école de la République,” affirme le médecin.

À écouter également dans ce journal

Rentrée scolaire –  Jean-Michel Blanquer répond à la controverse ce matin dans le JDD ce diomanche 30 août. “Nous sommes préparés à tout,” a-t-il indiqué le ministre, qui fonde ses recommandations sanitaires sur les avis du Haut Conseil à la Santé publique. Il n’exclut pas si nécessaire des réductions de taille de classes, des fermetures d’établissements, mais aussi des tests aléatoires sur les personnels enseignants sur la base du volontariat.

Racisme – Réprobation générale après la Une du dernier numéro de Valeurs actuelles qui dépeint dans une fiction la députée de la France insoumise Danièle Obono en esclave collier de fer au cou. Emmanuel Macron a appelé personnellement la parlementaire pour lui faire part de son soutien et condamner cette publication.

États-Unis – Le président américain va se rendre à Kenosha mardi, la ville où l’Afro-Américain Jacob Blake a été grièvement blessé par un policier. Le président américain y rencontrera des responsables des forces de l’ordre et examinera les dégâts causés par les émeutes.

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 Source: Les infos de 6h – Rentrée scolaire : les écoles ne sont pas prêtes pour certains médecins

Rentrée scolaire et Covid-19 : faut-il mettre le masque dès l’école primaire ? | LCI

#Population: DÉBAT – Les élèves scolarisés à l’école primaire doivent faire leur rentrée le mardi 1er septembre. Selon la circulaire du ministère de l’Education, le masque ne sera pas requis, alors qu’il sera obligatoire dans les collèges. Certains plaident pour que ce soit le cas aussi pour les enfants à peine plus jeunes.Source: Rentrée scolaire et Covid-19 : faut-il mettre le masque dès l’école primaire ? | LCI