Coronavirus : Que sait-on des cinq cas de décès de personnes vaccinées ?

DECES Aucun lien n’a été établi entre les décès de ces personnes et leur vaccinationRachel Garrat-Valcarcel

Publié le 21/01/21 à 13h50 — Mis à jour le 21/01/21 à 13h50243 COMMENTAIRES701PARTAGES

Lors d’une vaccination à Montpellier, le 19 janvier. — Alain ROBERT/SIPA

  • Cinq personnes en France et plus de 70 en Europe sont mortes parmi toutes celles qui ont été vaccinées contre le coronavirus.
  • Alors que la fiabilité des vaccins est parfois mise en doute par une partie des populations, ces cas sont regardés avec beaucoup de prudence par les autorités de santé qui ne font à ce jour aucun lien entre les décès et le vaccin.
  • Interrogé par 20 Minutes, le médecin Michaël Rochoy se veut optimiste mais prévient que la campagne de vaccination sera longue et probablement émaillée d’autres cas de ce genre.

Pour la première fois mardi les autorités de santé françaises ont annoncé le décès de personnes qui avaient été vaccinées contre le Covid-19. Pour autant, à cette heure, rien ne dit que ces personnes, toutes âgées et résidentes en Ehpad, sont mortes à cause du vaccin. Faut-il s’inquiéter ? 20 Minutes revient sur ces cinq cas.

Que sait-on de ces cinq décès en France ?

Les cinq décès ont eu lieu dans les régions de Tours, Montpellier et Nancy, d’après les informations communiquées par les autorités de santé « Tous sont survenus chez des patients âgés, en Ehpad », a ajouté l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), interrogée par l’AFP. « Dans tous les cas, il s’agit de personnes âgées ou très âgées avec des comorbidités », a insisté l’ANSM. Ce qu’a confirmé le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors d’une visite dans un centre de vaccination à Nancy. « Ce sont des personnes qui ont pu décéder dans les jours qui ont suivi la vaccination sans pour autant présenter des signes de réaction allergique » après l’injection, a-t-il déclaré.

Dans un contexte tendu, les autorités de santé veulent jouer la transparence : elles ont annoncé qu’un point serait fait chaque semaine sur les effets indésirables (y compris les décès) observés après des vaccinations, sans pour autant qu’on puisse établir un lien entre les deux car cela nécessite d’enquêter sur chaque cas. Mardi, alors que 480.000 personnes avaient été vaccinées en France, 139 cas d’effets indésirables avaient déjà été recensés.

Que se passe-t-il lorsqu’un décès est recensé après vaccination ?

Nous sommes actuellement dans un processus normal de surveillance après la mise sur le marché d’un nouveau médicament. « On a beaucoup parlé de la phase 3 des vaccins mais il faut bien comprendre que nous sommes dans une phase 4, décrit Michaël Rochoy. C’est une pharmacovigilance normale sur les effets indésirables, dont les décès. On enquête pour voir si cela est lié ou non au médicament, en l’occurrence au vaccin. »

Les cas de décès sont remontés au Centre de pharmacovigilance de chaque région, qui étudie la question et entre chaque cas dans une base de données nationale. Une analyse est faite sur le plan chronologique (si la personne meurt un an après la vaccination, il est moins probable que ce soit lié) et sémiologique (si la personne est décédée à la suite d’une chute ou après un choc allergique par exemple).

Les cas sont ensuite remontés vers l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé et éventuellement à l’Agence européenne du médicament, l’agence qui autorise ou non les vaccins (ou tout autre médicament) dans toute l’Union européenne. « On a la chance d’avoir une pharmacovigilance régionalisée et performante en France, ce n’est pas le cas partout », précise, confiant, Michaël Rochoy.

Faut-il s’inquiéter ?

Au vu des statistiques, on est très loin du seuil s’alerte. Chaque année en France environ 600.000 personnes décèdent, en moyenne, soit un peu moins de 1 % de la population. Près de 170.000 de ces décès, environ un quart du total, surviennent en Ehpad ou en unité de soins de longue durée. « Va-t-on trouver des vaccinés parmi les décès en Ehpad du mois dernier et des mois à venir : oui très probablement », affirme Michaël Rochoy, médecin membre du collectif « Du côté de la science », interrogé par 20 Minutes.

Il faut dire qu’avec 1 décès pour 100.000 vaccinés et vaccinées environ, on est très en dessous de 1 % de décès en moyenne en France chaque année. Alors même qu’on a vacciné surtout des personnes âgées, dont le taux de mortalité est logiquement bien plus important que dans le reste de la population, vaccin ou pas.

« Il est difficile de raccrocher ces décès au vaccin. Un décès n’est jamais lié qu’à une seule cause, ces personnes pouvaient aussi avoir d’autres points communs que le vaccin. Le plus probable ici c’est que le vaccin n’ait rien à voir », pense Michaël Rochoy qui ne s’inquiète donc pas de la situation, même si bien sûr chaque décès est dramatique en soi.

Quelle est la situation dans le reste de l’Europe ?

La France n’est pas la seule concernée. Dans l’Union européenne et en Norvège, mardi toujours, on recensait 71 personnes décédées parmi celles vaccinées. D’après France Inter, en Allemagne on recense sept cas, chez des personnes âgées de 79 à 93 ans. Outre-Rhin, ce sont déjà plus de 1,2 million de personnes qui ont reçu au moins une dose de vaccin. La Norvège, elle, recense 33 cas sur 50.000 vaccinés et vaccinées. Là-bas, on a presque exclusivement vacciné dans l’équivalent de nos Ehpad (40.000) où presque la totalité des personnes résidentes ont reçu la première dose du médicament de Pfizer et BioNTech.

Les investigations sur 13 des 33 cas norvégiens ont déjà montré qu’il s’agissait à chaque fois de personnes très âgées, fragiles et atteintes d’une ou plusieurs maladies graves. Sous entendu donc, avec un risque de mortalité très élevé, vaccin ou pas. Au total, France Inter rappelle que plus de 50 millions de doses de vaccins (pas seulement du Pfizer/BioNTech) ont été administrées à travers le monde, sans effet notable sur la mortalité post-injection. Une échelle déjà très importante comparée aux essais cliniques réalisés sur quelques dizaines de milliers de personnes, fin 2020.