Coronavirus : Pourquoi la situation au Royaume-Uni inquiète le reste de l’Europe

RECONFINEMENT Ce lundi, l’Angleterre et l’Ecosse ont pris la décision d’un reconfinement total. Un avant-goût de ce qui attend le reste de l’Europe dans quelques semaines ?Jean-Loup Delmas

Publié le 05/01/21 à 17h26 — Mis à jour le 05/01/21 à 20h17

La situation au Royaume-Uni va-t-elle s’étendre à toute l’Europe ? — Ray Tang/LNP/Shutterstock/SIPA

  • Avec une situation sanitaire terrible et des hôpitaux au bord de la rupture, l’Angleterre et l’Ecosse ont annoncé ce lundi leur reconfinement total.
  • Beaucoup d’experts craignent un scénario à l’italienne : en février, le pays transalpin avait été moqué pour sa mauvaise gestion de l’épidémie, avant que toute l’Europe connaisse la première vague quelques semaines plus tard.
  • L’Europe doit-elle s’inquiéter et voir la situation britannique comme une annonce de ce qui va arriver cet hiver ?

Confronté à une explosion des chiffres de contaminations de coronavirus et d’hospitalisations, Boris Johnson n’a eu d’autres choix ce lundi soir que d’annoncer le reconfinement total – écoles comprises – de l’Angleterre, quelques heures après que l’Ecosse annonce son propre confinement.

Une décision rendue inévitable par une situation sanitaire catastrophique ces dernières semaines. En Angleterre, le bilan des contaminations publié chaque jour dépasse les 50.000, et tutoyait même les 59.000 ce lundi. Les hôpitaux anglais sont au bord de la saturation, avec un nombre de patients atteints par le virus proche de 27.000, bien plus que le pic de la première vague.

Le variant britannique, mais pas seulement

Comment de tels chiffres ont-ils pu être atteints ? Il y a bien sûr le coupable évident, le variant britannique du coronavirus, qui serait entre 50 et 70 % plus contagieux que la version lambda du Covid-19. S’il n’exclut pas l’influence que le variant a pu avoir, Antoine Flahault​, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève, rappelle que c’est une erreur commune à toutes les épidémies de tout imputer aux mutations.

Loin de ne raisonner qu’avec ce variant, l’épidémiologiste note que le R (le taux de reproduction du virus, à savoir le nombre de personnes que va contaminer en moyenne une personne malade) était à 1,2 en Angleterre depuis début décembre, et qu’il n’a jamais baissé depuis. « Un R qui reste à 1,2 pendant plusieurs semaines sans que le gouvernement prenne de mesures radicales, cela ne peut que conduire à une situation catastrophique », appuie-t-il.

Le gouvernement britannique trop inactif

Michaël Rochoy, médecin généraliste, chercheur en épidémiologie et membre du collectif « Du côté de la science », rappelle les bases d’une exponentielle : « Plus on est mal, plus on est mal. La situation ne fait qu’empirer de plus en plus vite et de plus en plus fortement. Dès que le R était au-dessus de 1 plus de quelques jours, l’Angleterre aurait dû agir radicalement. Pas attendre janvier. »

Et ce R supérieur à 1 initial, ne serait-il pas dû à ce fameux variant britannique ? Là aussi, ce n’était certainement pas la seule explication. Antoine Flahault​ rappelle ainsi que les restaurants et les bars étaient rouverts (ceux de Londres ont été fermés il y a trois semaines en raison de la flambée des cas), tandis que Michaël Rochoy note que le masque n’était pas obligatoire à l’école.

L’Europe continentale dans une situation incomparable

Malgré les torts du gouvernement britannique, beaucoup craignent un scénario à l’italienne : en février-mars, la Botte était moquée pour son incapacité à gérer le virus, avant que toute l’Europe ne subisse la première vague quelques semaines plus tard. Ce qu’il se passe en Angleterre est-il le début de ce qui va frapper l’Europe continentale en janvier ?

Si elle n’est pas exclue, cette hypothèse est loin d’être assurée pour Antoine Flahault. Encore une histoire de R : « Si l’Angleterre a un R de 1,2 depuis plusieurs semaines, la plupart des pays d’Europe continentale ont un R un peu inférieur à 1. Il y a donc une tendance plutôt à la maîtrise de l’épidémie, en tout cas à sa stabilisation, et non à l’envolée. » L’épidémiologiste divise l’Europe en deux tendances : d’un côté, une flambée épidémique, notée au Royaume-Uni, en Irlande (avec un R environ à 1,33), mais aussi en Espagne et au Portugal, et de l’autre une épidémie fragilement maîtrisée, en Belgique (R à 0,86), Allemagne, Danemark, Pays-Bas. Même si une troisième vague est possible, la tendance reste bien meilleure dans ces pays-là qu’en Angleterre.

La France dans un fragile équilibre

Reste un pays sur une ligne de crête : la France. « Avec un R aux alentours de 1, parfois un peu en dessous, parfois un peu au dessus, la France peut encore se placer dans les pays qui maîtrisent l’épidémie, mais son cas peut s’aggraver à tout moment », note Antoine Flahault. Même si certaines erreurs anglaises ne sont pas commises : restaurants et bars sont fermés, un couvre-feu est instauré, le port du masque est obligatoire à l’école.

« En voulant lever trop de leviers d’un coup, les Britanniques ont perdu le contrôle de l’épidémie. La France garde plusieurs mesures importantes. Mais si l’épidémie se renflamme, et elle peut le faire à tout moment vu le R haut, cela ne suffira probablement pas », estime Antoine Flahault.

Et c’est bien là la réelle inquiétude pour Michaël Rochoy, les raisons d’une étincelle ne manquent pas. Listons rapidement le retour des enfants à l’école après deux semaines de vacances qui ont pu agir comme un frein au virus – comme ce fut le cas lors de la Toussaint par exemple –, les rassemblements familiaux lors des fêtes, ou le fait qu’une dizaine de cas du variant britannique ont été identifiés en France. Pour le médecin, « il suffit de voir que ce mardi, Elisabeth Borne adoucit le protocole de télétravail et permet un retour en présentiel pour se dire que la France n’est pas tirée d’affaire. » Prudence reste donc de mise.

Source : https://www.20minutes.fr/monde/2945483-20210105-coronavirus-pourquoi-situation-royaume-uni-inquiete-reste-europe