Coronavirus: les masques, une arme pour prévenir la deuxième vague

Le port d’une protection faciale reste essentiel pour contrer l’épidémie. À condition que certaines mesures soient bien respectées.

Des tests effectués sur la solidité des masques dans le pôle mécanique du laboratoire national de métrologie et d’essais à Trappes. SEBASTIEN SORIANO/Le Figaro

À mesure que la France lève progressivement les restrictions, le port du masque sera, avec le lavage des mains, le maintien des distances physiques et l’aération des pièces fermées, essentiel pour freiner la course du virus. Le temps des controverses sur l’utilité de ce dispositif semble dépassé. Le 5 juin, l’Organisation mondiale de la santé a recommandé son emploi dans les régions où le virus circule, «dans le cadre d’une stratégie globale», dans les magasins, les transports publics et autres environnements peuplés ou confinés. Bien que son bénéfice soit difficile à quantifier, plusieurs études récentes laissent penser qu’une utilisation large du masque réduit de manière significative la transmission du Covid-19.

Un modèle mathématique mis au point par des chercheurs de l’université de Cambridge suggère ainsi que le port du masque pourrait contribuer de façon «majeure» à la réduction du taux de reproduction du virus (le nombre de personnes contaminées en moyenne par un individu infecté). Lorsque ce taux est inférieur à 1, l’épidémie cesse de progresser.

L’étude, publiée le 10 juin dans la revue Proceedings of the Royal Society, met cependant en lumière les conditions à respecter pour que la protection faciale contribue à endiguer l’épidémie. Le masque doit avoir une bonne capacité de filtration, et être porté par une très large majorité de la population. Le bénéfice disparaît si son usage est limité aux personnes déjà malades. «Cette protection n’est utile que si elle est portée par tout le monde, car les individus infectés sont contagieux environ deux jours avant de présenter des symptômes», remarque le Pr Didier Lepelletier, chef de service au CHU de Nantes et auteur de plusieurs avis du Haut Conseil de la santé publique sur le sujet.

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Avec un autre modèle, l’équipe de Cambridge observe que le port du masque, même lorsqu’il intervient après la première période de confinement, pourrait réduire le risque de survenue d’une seconde vague. «Bien que certains paramètres importants n’aient pas été pris en compte par les scientifiques, leur travail offre un bon cadre de réflexion, et confirme certaines intuitions, commente Hélène Arduin, chercheuse au CNRS, spécialisée dans la modélisation des maladies infectieuses. L’étude illustre aussi la nécessité d’avoir plus d’informations sur la manière dont le virus se propage et survit dans l’environnement.»

 

Aucune étude scientifique en population générale n’a montré que le masque peut être un élément favorisant la contagion s’il est mal porté et il est contre-productif de créer une psychose autour de son utilisation

Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur du site stop-postillons.fr

Le coronavirus se transmet de personne à personne, lors de contacts rapprochés, par des gouttelettes de salive, des éternuements ou des crachats. Une contamination par aérosols dans l’air n’est pas exclue, mais elle n’a pas été démontrée. «Le masque a un effet mécanique incontestable, souligne le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur du site stop-postillons.fr qui en promeut l’usage par la population. Il limite la dispersion des gouttelettes émises par un individu infecté. Chez le sujet sain, il réduit le nombre et la taille des particules virales inhalées.»

Un examen récent de la littérature scientifique portant sur différents virus respiratoires confirme la réduction importante du risque d’infection associée au port du masque, mais aussi aux visières protégeant les yeux et au maintien d’une distance d’un mètre. L’étude a été publiée le 1er juin dans la revue The Lancet. «La protection est plus forte avec les masques FFP2 et chirurgicaux, qui devraient être réservés aux soignants et aux personnes fragiles, mais elle est aussi observée avec les masques en tissu réutilisables portant la norme AFNOR», précise le Pr Lepelletier.

Pour être le plus efficace possible, le masque doit être porté sous le menton et sur le nez, en resserrant la barrette rigide. L’OMS recommande par ailleurs de ne pas toucher son masque de manière répétée, et de ne pas le mettre ou le retirer sans se laver les mains. «Cela dit, aucune étude scientifique en population générale n’a montré que le masque peut être un élément favorisant la contagion s’il est mal porté, souligne le Dr Rochoy, et il est contre-productif de créer une psychose autour de son utilisation. Plus ce dispositif sera adopté par nos concitoyens, plus forte sera notre protection collective.»

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